17 avril 1950 à Brest... La police tire sur une manifestation non interdite : 1 mort et 20 blessés

vendredi 14 juillet 2017.
 

UN HOMME EST MORT

Kris et Étienne Davodeau

84 pages – 15 euros

Éditions Futuropolis – Paris – octobre 2006

UN HOMME EST MORT

En 1950, la reconstruction de Brest, rasée par les bombardements, est interrompue. Les patrons ramassent des millions à reconstruire leurs propres maisons tandis que les ouvriers continuent à vivre dans des baraquements. Payés une misère, ils sont en grève depuis un mois, rejoints par les dockers, les traminots et ceux de l’arsenal. Alors que deux responsables syndicaux et deux députés communistes viennent d’être arrêtés, une manifestation est prévue le 17 avril pour demander leur libération. La police tire sur le cortège, blessant une vingtaine de personnes et tuant un militant, Édouard Mazé. C’est alors qu’arrive le cinéaste René Vautier.

Adepte d’un cinéma militant, il est recherché par les autorités pour ses films anticolonialistes « Afrique 50 » qui seront interdits pendant quarante ans. On découvre avec lui la ville en total chantier, la colère du peuple. On assiste aux obsèques. Le tournage ne dure que quelques jours et le montage suit très rapidement. Faute de matériel de prise de son, il va enregistrer un poème qu’Éluard a composé pour la mort d’un résistant, en substituant son nom par celui de Mazé et le diffusera pendant les projections. Celles-ci s’enchaînent, sur les piquets de grève et dans les villages alentour, avec des moyens de fortune, galvanisant les foules par l’émotion qu’il suscite. Lorsque le magnétophone lâchera, René Vautier lira le texte lui même. Puis, lorsque sa voix à son tour l’abandonnera, l’un des deux militants chargés de sa « protection rapprochée » qui l’accompagnent depuis le début le remplacera et improvisera sa propre version des évènements, bouleversant plus encore les spectateurs. Ce film de douze minutes tombera en lambeaux à la cent cinquantième représentation, après avoir accompli son œuvre. Il n’en reste rien. Dans l’urgence, des copies n’avaient pas été réalisées. Éluard entendra l’enregistrement de l’interprétation de son poème « digéré par le peuple », lui aussi disparu.

Nourri par une longue enquête, Kris et Davodeau ont su se libérer de leur documentation pour construire un récit fluide et émouvant, ne retenant que l’essentiel de ce qui s’avère être un crime d’État. L’exercice est réussi. Ils révèlent aussi des faits occultés comme l’interdiction de manifester ce jour-là, anti-datée par la mairie sous la pression de la Préfecture.

Le dossier documentaire qui suit, complète intelligemment le propos en revenant à la fois sur ces événements et leurs acteurs, l’origine de ce projet. Conseillons notamment la lecture de l’article sur « le cinéma militant, une arme à dégainer ensemble » de Kristen Falc’hon, car c’est bien de cela qu’il s’agit ici : un cinéma d’intervention sociale, création collective pour refléter les évènements en cours en cherchant à influer sur leur évolution. La contre-information ainsi apportée a souvent participé à la déstabilisation de l’ordre établi.


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