Chats (écrivains, récits, poèmes)

mardi 10 octobre 2017.
 

A) Le chat et l’écrivain

La grande sensibilité des écrivains leur a permis de magnifiquement décrire le caractère des chats.

- Chanoine (chat de Victor Hugo campé par Champfleury) : ”Au milieu s’élevait un grand dais rouge, sur lequel trônait un chat qui semblait attendre les hommages de ses visiteurs. Un vaste collier de poils blancs se détachait comme une pèlerine de chancelier sur sa robe noire. La moustache était celle d’un magyar hongrois, et quand solennellement l’animal s’avança vers moi, me regardant de ses yeux flamboyants, je compris que le chat s’était modelé sur le poète et reflétait les grandes pensées qui emplissaient le logis.”

- François, chat du couple Raquin dans le premier roman de Zola. François et Thérèse « François gardant une immobilité de pierre, la contemplait toujours ; ses yeux seuls paraissaient vivants ; et il y avait, dans les coins de sa gueule, deux plis profonds qui faisaient éclater de rire cette tête d’animal empaillé. » François face à Laurent, amant de Thérèse « D’un bond, il sauta sur une chaise ; le poil hérissé, les pattes roidies, il regardait son nouveau maître en face, d’un air dur et cruel. Le jeune homme n’aimait pas les chats, François l’effrayait presque. Dans cette heure de fièvre et de crainte, il crut que le chat allait lui sauter au visage pour venger Camille. Cette bête devait tout savoir : il y avait des pensées dans ses yeux ronds étrangement dilatés. Laurent baissa les paupières, devant la fixité de ces regards de brute. »

- Laissons une dernière citation au plus amoureux des chats parmi les écrivains français, Pierre Loti (auteur en particulier d’un classique de mon enfance Pêcheur d’Islande) : "Dans notre ignorance de tout, notre impuissance à rien savoir, quel étonnement (et peut être quelle terreur) il y aurait à pénétrer, par les étranges fenêtres de ces yeux, jusqu’à l’inconnaissable de ce petit cerveau caché derrière... Mais non, jamais, jamais, il ne sera donné à aucun de nous de rien déchiffrer, dans ces petites têtes câlines qui se font si amoureusement, caresser, tenir et comme pétrir dans nos mains."

B) Souvenirs personnels

Durant mon enfance, une chatte jouait un rôle important dans notre maison ; elle s’appelait Tigresse... Célèbre pour son mauvais caractère avec les personnes qu’elle n’aimait pas, elle lançait souvent ses griffes comme des éclairs sur leurs mains inopportunes puis urinait dans une chaussure, leur chapeau ou leur montre à gousset ouverte... Célèbre pour ses qualités dans la chasse aux rats, plusieurs commerçants nous l’empruntaient malgré les dégâts qu’elle occasionnait dans cette occupation... Célèbre pour son amour envers notre renard mâle apprivoisé, elle dormait entre ses pattes, blottie contre son ventre.

La ferme de mes grands parents maternels abritait toujours trois ou quatre chats. Je me souviens surtout de Saurelle (Saourélo) au pelage jaune orange clair dominant ; nous l’appelions aussi la bergère car elle assumait quelques fonctions utiles dans la basse cour, fait rarissime à ma connaissance. Avec un marteau, nous écrasions châtaigne après châtaigne durant toute l’année comme complément alimentaire pour une quinzaine de poules. L’opération prenait une bonne heure et certaines poules étaient tentées d’approcher la châtaigne à écraser avant le choc du marteau. La seule présence de Saurelle retenait les poules à une trentaine de centimètres alors que je ne l’ai jamais vu griffer une poule.

A l’époque où j’avais quelques petites responsabilités politiques dans la Ligue Communiste Révolutionnaire, je prenais souvent le dernier train pour rentrer de la gare de Lyon à Melun... Une bonne heure de chemin de fer... Une longue marche à pied pour monter à L’Almont. J’arrivais devant notre tour de 16 étages vers deux heures du matin. Minette m’attendait cachée dans un bac à fleurs, me suivait pour manger, ronronnait, dormait et redescendait faire sa vie de chatte parmi les tours le reste de la journée. En déménageant pour l’Aveyron, je croyais lui donner un cadre de vie plus agréable. En fait, elle fit des tours de plus en plus lointains autour de notre nouvelle location puis disparut au bout d’une quinzaine de jours.

C) Les chats libres d’Entraygues sur Truyère

Une dizaine de chats errants hantaient le quartier haut de mon bourg d’Entraygues. Quelques bénévoles ont eu l’idée de créer une association pour « promouvoir la liberté des chats de notre ville en assurant stérilisation, identification, alimentation et contrôle sanitaire... Entrechats d’Entraygues désire transformer les chats errants en chats libres de notre commune ».

Cette petite faune passe et repasse sans cesse autour de notre maison et du jardin. J’ai déjà bien repéré Abby, Aloa, Adèle, Agathe et Annie. Il est vrai que des chats "libres" ont tôt fait de réduire le nombre d’oiseaux ayant pris l’habitude de se prélasser ici et là dans le secteur. Ainsi, je crois bien qu’ils ont fait récemment un festin avec la grive musicienne qui me tenait compagnie au jardin.

Ma copine Turlutüt, la grive musicienne

Malgré cet inconvénient, je suis favorable et intéressé par la création d’Entrechats d’Entraygues car j’étais habitué dans mon enfance à diverses espèces d’animaux apprivoisés libres. Il s’agissait surtout d’oiseaux comme Coco le corbeau qui tenait compagnie aux pêcheurs tout en prélevant régulièrement sa part de fromage. J’avais déjà mis un article en ligne sur mes chardonnerets et tarins.

Chardonnerets, tarins apprivoisés libres au centre ville de Toulouse

D) Poèmes

1) LE CHAT ET LE SOLEIL

MAURICE CARÊME (1899-1978)

Le chat ouvrit les yeux

le soleil y entra

le chat ferma les yeux

le soleil y resta


voila pourquoi le soir

quand le chat se réveille

j’aperçois dans le noir

deux morceaux de soleil

L’Arlequin

2) A UN CHAT

JOSE LUIS BORGES (1899-1986)

Non moins furtif que l’aube aventurière,

Non moins silencieux que le miroir,

Tu passes et je pense apercevoir

Sous la lune équivoque une panthère.

Par quelque obscur et souverain décret

Nous te cherchons. Nous voulons, fauve étrange

Plus lointain qu’un couchant ou que le Gange,

Forcer ta solitude et ton secret.

Ton dos veut bien prolonger ma caresse ;

Il est écrit dans ton éternité

Que s’accordent à ta frileuse paresse

Ma main et son amour inquiété,

Ton temps échappe à la mesure humaine.

Clos comme un rêve est ton domaine.

3) Les chats

Charles Baudelaire

Les amoureux fervents et les savants austères

Aiment également, dans leur mûre saison,

Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,

Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires.


Amis de la science et de la volupté,

Ils cherchent le silence et l’horreur des ténèbres ;

L’Erèbe les eût pris pour ses coursiers funèbres,

S’ils pouvaient au servage incliner leur fierté.


Ils prennent en songeant les nobles attitudes

Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,

Qui semblent s’endormir dans un rêve sans fin ;


Leurs reins féconds sont pleins d’étincelles magiques,

Et des parcelles d’or, ainsi qu’un sable fin,

Etoilent vaguement leurs prunelles mystiques.

(Les Fleurs du mal)

4) À La Mémoire d’une Chatte Naine Que j’avais

Jules Laforgue

Ô mon beau chat frileux, quand l’automne morose

Faisait glapir plus fort les mômes dans les cours,

Combien passâmes-nous de ces spleeniques jours

À rêver face à face en ma chambre bien close.


Lissant ton poil soyeux de ta langue âpre et rose

Trop grave pour les jeux d’autrefois et les tours,

Lentement tu venais de ton pas de velours

Devant moi t’allonger en quelque noble pose.


Et je songeais, perdu dans tes prunelles d’or

- Il ne soupçonne rien, non, du globe stupide

Qui l’emporte avec moi tout au travers du Vide,


Rien des Astres lointains, des Dieux ni de la Mort ?

Pourtant !... quels yeux profonds !... parfois... il m’intimide

Saurait-il donc le mot ? - Non, c’est le Sphinx encor.

5) On les a fait Venir !

Henri Monnier

1

Je suis le chat de cimetière,

De terrain vague et de gouttière,

De haute-Egypte et du ruisseau

Je suis venu de saut en saut.

2

Je suis le chat qui se prélasse

A l’instant où le soleil passe,

Dans vos jardins et dans vos cours

Sans avoir patte de velours.

3

Je suis le chat de l’infortune,

Le trublion du clair de lune

Qui vous réveille dans la nuit

Au beau milieu de vos ennuis.

4

Je suis le chat des maléfices

Condamné par le Saint-Office ;

J’évoque la superstition

Qui cause vos malédictions.

5

Je suis le chat qui déambule

Dans vos couloirs de vestibules,

Et qui fait ses petits besoins

Sous la porte cochère du coin.

6

Je suis le félin bas de gamme,

La bonne action des vieilles dames

Qui me prodiguent le ron-ron

Sans souci du qu’en dira-t-on.

7

Epargnez moi par vos prières

Le châtiment de la fourrière

Où finissent vos émigrés

Sans demeure et sans pedigree.

6) A UNE CHATTE...

Charles Cros 1842-1888)

1.

Chatte blanche, chatte sans tache,

Je te demande, dans ces vers,

Quel secret dort dans tes yeux verts,

Quel sarcasme sous ta moustache.

2.

Tu nous lorgnes, pensant tout bas

Que nos fronts pâles, que nos lèvres

Déteintes en de folles fièvres,

Que nos yeux creux ne valent pas.

3.

Ton museau que ton nez termine

Rose comme un bouton de sein

Tes oreilles dont le dessin

Couronne fièrement ta mine.

4.

Pourquoi cette sérénité ?

Aurais-tu la clé des problèmes

Qui nous font frissonnants et blêmes,

Passer le printemps et l’été ?

5.

Devant la mort qui nous menace,

Chats et gens, ton flair, plus subtil

Que notre savoir, te dit-il

Où va la beauté qui s’efface ?

6.

Où va la pensée, où s’en vont

Les défuntes splendeurs charnelles ?

Chatte, détourne tes prunelles,

J’y trouve trop de noir au fond.

(Le coffret de santal 1873)

7) LE CHAT

Charles Baudelaire

Dans ma cervelle se promène,

Ainsi qu’en son appartement,

Un beau chat, fort, doux et charmant.

Quand il miaule, on l’entend à peine,


Tant son timbre est tendre et discret ;

Mais que sa voix s’apaise ou gronde,

Elle est toujours riche et profonde.

C’est là son charme et son secret.


Cette voix, qui perle et qui filtre

Dans mon fonds le plus ténébreux,

Me remplit comme un vers nombreux

Et me réjouit comme un philtre.


Elle endort les plus cruels maux

Et contient toutes les extases ;

Pour dire les plus longues phrases,

Elle n’a plus besoin de mots.


Non, il n’est pas d’archet qui morde

Sur mon coeur, parfait instrument,

Et fasse plus royalement

Chanter sa plus vibrante corde,


Que ta voix, chat mystérieux,

Chat séraphique, chat étrange,

En qui tout est, comme en un ange,

Aussi subtil qu’harmonieux !

"Le chat", section I, Les fleurs du mal.

8) ODE AU CHAT

PABLO NERUDA (1904-1973)

Au commencement

les animaux furent imparfaits

longs de queue,

et tristes de tête.


Peu à peu ils évoluèrent

se firent paysage

s’attribuèrent mille choses,

grains de beauté, grâce, vol...

Le chat

seul le chat

quand il apparut

était complet, orgueilleux.

parfaitement fini dès la naissance

marchant seul

et sachant ce qu’il voulait.


L’homme se rêve poisson ou oiseau

le serpent voudrait avoir des ailes

le chien est un lion sans orientation

l’ingénieur désire être poète

la mouche étudie pour devenir hirondelle

le poète médite comment imiter la mouche

mais le chat

lui

ne veut qu’être chat

tout chat est chat

de la moustache à la queue

du frémissement à la souris vivante

du fond de la nuit à ses yeux d’or.

Il n’y a pas d’unité

comme lui

ni lune ni fleur dans sa texture :

il est une chose en soi

comme le soleil ou la topaze

et la ligne élastique de son contour

ferme et subtil

est comme la ligne de proue d’un navire.

Ses yeux jaunes

laissent une fente

où jeter la monnaie de la nuit.


Ô petit empereur

sans univers

conquistador sans patrie

minuscule tigre de salon,

nuptial sultan du ciel

des tuiles érotiques

tu réclames le vent de l’amour

dans l’intempérie

quand tu passes

tu poses quatre pieds délicats

sur le sol

reniflant

te méfiant de tout ce qui est terrestre

car tout est immonde

pour le pied immaculé du chat.


Oh fauve altier de la maison,

arrogant vestige de la nuit

paresseux, gymnaste, étranger

chat

profondissime chat

police secrète de la maison

insigne d’un velours disparu

évidemment

il n’y a aucune énigme

en toi :

peut-être que tu n’es pas mystérieux du tout

qu’on te connaît bien

et que tu appartiens à la caste la moins mystérieuse

peut-être qu’on se croit

maîtres, propriétaires,

oncles de chats,

compagnons, collègues

disciples ou ami

de son chat.


Moi non.

Je ne souscris pas.

Je ne connais pas le chat.

Je sais tout de la vie et de son archipel

la mer et la ville incalculable

la botanique

la luxure des gynécées

le plus et le moins des mathématiques

le monde englouti des volcans

l’écorce irréelle du crocodile

la bonté ignorée du pompier

l’atavisme bleu du sacerdoce

mais je ne peux déchiffrer un chat.

Ma raison glisse sur son indifférence

ses yeux sont en chiffres d’or.

9) Epitaphe d’un chat

Joachim du Bellay

La tête à la taille pareille,

Le col grasset, courte l’oreille,

Et dessous un nez ébénin

Un petit mufle léonin,

Autour duquel était plantée

Une barbelette argentée,

Armant d’un petit poil follet

Son musequin damoiselet ;

La gorge douillette et mignonne,

la queue longue à la gueunonne,

Mouchetée diversement

D’un naturel bigarrement :

Tel fut Belaud la gente bête

Qui des pieds jusques à la tête,

De telle beauté fut pourvu

Que son pareil on n’a point vu.

10) Femme et Chatte

Paul Verlaine

Elle jouait avec sa chatte,

Et c’était merveille de voir

La main blanche et la blanche patte

S’ébattre dans l’ombre du soir.


Elle cachait - la scélérate ! -

Sous ses mitaines de fil noir

Ses meurtriers ongles d’agate,

Coupants et clairs comme un rasoir.


L’autre aussi faisait la sucrée

Et rentrait sa griffe acérée,

Mais le diable n’y perdait rien...


Et, dans le boudoir où, sonore,

Tintait son rire aérien

Brillaient quatre points de phosphore.

11) LE PETIT CHAT BLANC

Claude ROY

Un petit chat blanc

qui faisait semblant

d’avoir mal aux dents

disait en miaulant :


« Souris mon amie

j’ai bien du souci.

Le docteur m’a dit :

Tu seras guéri


si entre tes dents

tu mets un moment

délicatement

la queue d’une souris. »


Très obligeamment

souris bonne enfant

s’approcha du chat

qui se la mangea.


Moralité

Les bons sentiments

ont l’inconvénient

d’amener souvent

de graves ennuis

aux petits enfants

comme-z-aux souris.

12) MON PETIT CHAT

Maurice CARÊME

1

J’ai un petit chat

Petit comme ça,

Je l’appelle Orange.

2

Je ne sais pourquoi

jamais il ne mange

Ni souris ni rat

3

C’est un chat étrange

Aimant le nougat

et le chocolat.

4

Mais c’est pour cela,

dit tante Solange

Qu’il ne grandit pas

13) Le chat bourgeois

Jean Anouilh, Fables

Un chat tuait sans vrai désir.

C’était un chat très riche et il n’avait pas faim

Il faut bien se distraire enfin :

Chat bourgeois a tant de loisirs....

On ne peut pas toujours dormir sur un coussin.


De souris, il ne mangeait guère ;

Son pedigree fameux l’ayant mis au dessus

Des nourritures du vulgaire.

Son régime était strict. Cet immeuble cossu,

En outre visité, à des dates périodiques,

Par les services de la dératisation,

Gens aux procédés scientifiques,

Tuant sans joie ni passion,

Au nom de I’administration,

De rat, de vrai bon rat, qui fuit et qu’on rattrape

Négligemment, ne le tuant qu’à petits coups

Sans tuer son espoir - vrai plaisir de satrape -

Il n’y en avait plus du tout

Avec leurs poisons et leurs trappes.

Restaient quelques moineaux bêtes et citadins,

Race ingrate

Qu’on étendait d’un coup de patte :

Assez misérable fretin.

Oubliant les rats,

L’employé du service d’hygiène ne vint pas.

On l’avait convoqué

Sur une autre frontière.

Pour tuer cette fois des hommes. Et la guerre,

Approchant à grands pas des quartiers élégants,

Les maîtres de mon chat durent fuir sans leurs gants,

En un quart d’heure, sur les routes incertaines.

Dans l’impérieux souci de sauver leur bedaine

Ils oublièrent tout, les bonnes et le chat.

Les bonnes changèrent d’état.

Loin de Madame, violée par des militaires,

Elles si réservées, elles se révélèrent

Putains de beaucoup de talent.

Leur train de vie devint tout à coup opulent

Et elles prirent une bonne.

Après un temps de désarroi,

Le chat, devenu chat, comprit qu’il était roi ;

Que la faim est divine et que la lutte est bonne.

D’un oeil blanc, d’une oreille arrachée aux combats

Dont il sorti vainqueur contre les autres chats,

Il paya ses amours royales sous la lune.

Sans régime et sans soin, ne mangeant que du rat

Il perdit son poil angora

Qui ne tenait qu’à sa fortune

Et auquel il ne tenait pas ;

Il y gagna la mine altière

Et l’orgueil des chats de gouttière,

Et bénit à jamais la guerre

Qui offre aux chats maigris des chattes et des rats.


Jamais ce que l’on vous donne

Ne vaudra ce que l’on prend

Avec sa griffe et sa dent.

La vie ne donne à personne.

14) Le chat Le feu de ses prunelles

Charles Baudelaire

De sa fourrure blonde et brune

Sort un parfum si doux, qu’un soir

J’en fus embaumé, pour l’avoir

Caressée une fois, rien qu’une.


C’est l’esprit familier du lieu ;

Il juge, il préside, il inspire

Toutes choses dans son empire ;

Peut-être est-il fée, est-il dieu ?


Quand mes yeux, vers ce chat que j’aime

Tirés comme par un aimant,

Se retournent docilement

Et que je regarde en moi-même,


Je vois avec étonnement

Le feu de ses prunelles pâles,

Clairs fanaux, vivantes opales,

Qui me contemplent fixement.

"Le chat", section II, Les fleurs du mal.

15) Le petit chat

Edmond Rostand

C’est un petit chat noir, effronté comme un page.

Je le laisse jouer sur ma table, souvent.

Quelquefois il s’assied sans faire de tapage ;

On dirait un joli presse-papier vivant.


Rien de lui, pas un poil de sa toison ne bouge.

Longtemps, il reste là, noir sur un feuillet blanc,

A ces matous, tirant leur langue de drap rouge,

Qu’on fait pour essuyer les plumes, ressemblant.


Quand il s’amuse, il est extrêmement comique,

Pataud et gracieux, tel un ourson drôlet.

Souvent je m’accroupis pour suivre sa mimique

Quand on met devant lui la soucoupe de lait.


Tout d’abord de son nez délicat il le flaire,

Le frôle ; puis, à coups de langue très petits,

Il le lampe ; et dès lors il est à son affaire ;

Et l’on entend, pendant qu’il boit, un clapotis.


Il boit, bougeant la queue et sans faire une pause,

Et ne relève enfin son joli museau plat

Que lorsqu’il a passé sa langue rêche et rose

Partout, bien proprement débarbouillé le plat.


Alors, il se pourlèche un moment les moustaches,

Avec l’air étonné d’avoir déjà fini ;

Et, comme il s’aperçoit qu’il s’est fait quelques taches,

Il relustre avec soin son pelage terni.


Ses yeux jaunes et bleus sont comme deux agates ;

Il les ferme à-demi, parfois, en reniflant,

Se renverse, ayant pris son museau dans ses pattes,

Avec des airs de tigre étendu sur le flanc.


Mais le voilà qui sort de cette nonchalance,

Et, faisant le gros dos, il a l’air d’un manchon ;

Alors pour l’intriguer un peu, je lui balance,

Au bout d’une ficelle invisible un bouchon.


Il fuit en galopant et la mine effrayée,

Puis revient au bouchon, le regarde, et d’abord

Tient suspendue en l’air sa patte repliée,

Puis l’abat, et saisit le bouchon et le mord.


Je tire la ficelle, alors, sans qu’il le voie ;

Et le bouchon s’éloigne, et le chat noir le suit,

Faisant des ronds avec sa patte qu’il envoie,

Puis saute de côté, puis revient, puis refuit.


Mais dès que je lui dis : "Il faut que je travaille ;

Venez vous asseoir là, sans faire le méchant !"

Il s’assied ... Et j’entends, pendant que j’écrivaille,

Le petit bruit mouillé qu’il fait en se léchant.

16) QUAND LE CHAT

1

Quand

Le chat

Met ses

Chaussettes,

2

C’est la fête

Aux souricettes.

3

Quand

Le chat

Joue au

Cerceau,

4

C’est la fête

Aux souriceaux.

Jean-Luc MOREAU


Signatures: 0
Répondre à cet article

Forum

Date Nom Message