Subprimes : du règne des banksters à la crise du capitalisme (article du 6 juillet 2007)

mardi 18 juillet 2017.
 

Le capitalisme ne se revendique pas d’une morale, seulement du principe " Business is business". Le meilleur voleur fait le meilleur capitaliste. Alexandre Dumas fils l’avait bien compris. "Les affaires ? C’est bien simple, c’est l’argent des autres. « 

Le capitalisme financier a multiplié cette tare du système à tel point que le terme de bankster pour parler des grands banquiers est passé à juste titre dans le langage courant.

A) Le règne des banksters

Certains lecteurs peuvent trouver que j’exagère. Pourtant la façon dont les banques ont développé les subprimes aux USA constitue une leçon de choses extraordinaire.

L’enchaînement des évènements mérite notre attention.

Pour acheter une maison aux Etats-Unis :

• les gens aisés bénéficiaient d’emprunts à taux bas (emprunts prime)

• les personnes aux revenus moindres n’obtenaient de crédits qu’à des taux supérieurs (mid prime)

• les salariés ordinaires, chômeurs, pauvres… étaient classés parmi les subprimes aux taux très élevés

Argument des banques : nous prenons moins de risques avec les gens fortunés

Méthode des banques pour placer des subprimes : engager les emprunteurs dans des crédits trompeurs dont ils ne comprenaient pas tous les risques. Ainsi, de nombreux crédits étaient basés sur des taux variables dépendants du taux d’intérêt directeur de la réserve fédérale ou du taux LIBOR (taux auquel les banques se prêtent de l’argent entre elles). Certains plans d’amortissement (prêts reset) commençaient par des taux fixes et bas pendant deux ans (afin d’allécher le client) avant de prendre en compte durant 28 ans des index variables incompréhensibles et surtout impossibles à payer par l’emprunteur. Pire, pour pousser à l’emprunt, le prêt pouvait être à amortissement négatif les premières années ; ainsi, l’emprunteur remboursait chaque mois mais devait en fait chaque mois encore plus de capital à la banque.

Garantie des banques : généralement, les maisons étaient hypothéquées.

Intérêt des banques : le prix de l’immobilier connaissant une hausse rapide et continue, lorsqu’un propriétaire subprime connaissait des retards de paiement, il suffisait de récupérer sa maison hypothéquée et de la revendre plus cher, peut-être par un nouveau subprime.

B) USA Du règne des bangsters à la crise immobilière

Titrisation des subprimes : Toute banque prêteuse doit disposer de fonds propres pour ne pas être déstabilisée par des difficultés de remboursement. Pour contourner cette précaution légale, les banques américaines ont vendu un produit financier (titre) comprenant des subprimes et des obligations plus sûres. Ainsi, elles pouvaient vendre de nouveaux subprimes sans augmenter leurs fonds propres. Le système rapportant des profits les banques ont créé de nouveaux titres avec les premiers titres complétés

Krach des subprimes au deuxième semestre 2006 : Plusieurs raisons expliquent l’augmentation des difficultés de paiement parmi les emprunteurs subprimes. Par exemple, le taux d’intérêt directeur de la réserve fédérale sur lequel des prêts sont indexés passe de 1% en 2004 à 5% en 2007.

La crise immobilière commencée en 2005 explose dans les premiers mois 2007 : Les banques expulsent les propriétaires ayant des difficultés de paiement et mettent leurs maisons en vente. Beaucoup de logements ne trouvent pas preneurs.

Eclatement de la bulle immobilière : Le château de cartes des créances titrisées (ABS, RMBS, CMBS, CDO…) s’effondre avec des valeurs soudain proches de zéro. La crise atteint même les fonds d’investissement (dont SICAV monétaires) et les banques susceptibles de couvrir des prêts subprimes.

C) De la crise immobilière aux crises boursière et bancaire

Crise boursière à partir du début de l’été 2007 : les difficultés dans le marché de l’immobilier provoquent une crise de confiance dans le système financier et une chute des valeurs boursières durant l’été 2007.

Crise bancaire : La crise de confiance atteint les banques elles-mêmes bien placées pour savoir l’ampleur des risques pris. Elles ne se prêtent plus d’argent.

Intervention des banques centrales : Elles considèrent avoir à faire à une « crise de liquidités bancaires » . La Réserve fédérale américaine, la Banque Centrale Européenne, celles du Royaume Uni, du Japon injectent des centaines de milliards de dollars au sein du système financier (155,85 milliards d’euros pour la BCE). Aux Etats-Unis, la Réserve fédérale intervient également pour sauver plusieurs groupes bancaires ( Bear Stearns, Merryl Lynch, Citigroup…).

Coût de la crise des subprimes : Combien ont perdu les banques par la dépréciation de leurs actifs ? Les économistes admettent environ 500 milliards de dollars compensés pour 300 milliards par l’émission de nouvelles actions. Pour éviter l’exacerbation de la crise, plusieurs banques ont été nationalisées (Northern Rock en Grande Bretagne, Fortis…) ou prises en charge par l’Etat (aux USA, Freddy Mac, Fannie Mae, AIG).

D) Les subprimes : un révélateur du monde de gangsters qu’est le capitalisme financier transnational

La crise des subprimes permet de mettre au clair comment les riches capitalistes s’enrichissent aux dépens des salariés, des milieux populaires et des Etats :

* Nous trouvons évidemment au coeur de la combine les grandes banques liées aux divers fonds spéculatifs. Les subprimes sont seulement un exemple du système de vol de leurs clients par des produits financiers complexes attrape-nigauds, par des agios, des prélèvements divers, des coûts sur le dos des imbéciles (revues, plusieurs cartes bancaires, plusieurs assurances dont le champ se recoupe...), des carnets de chèque envoyés aux clients à la chaîne pour les pousser à les utiliser, des prêts trompeurs...

* Nous trouvons dans la combine les agences de notation financière (Moody’s, Standard and Poor’s, Fitch...) qui ont donné leur meilleure note AAA aux placements financiers ADO qui intégraient des subprimes (sans en avoir informé les acheteurs) jusqu’à l’éclatement de la crise. En fait, ces agences de notation n’ont aucune indépendance vis à vis des grandes banques et du capitalisme financier transnational ; elles représentent seulement une arme entre leurs mains pour satisfaire leur appétit de profits.

* Nous trouvons dans cette affaire des subprimes, la façon dont les profiteurs du capitalisme privatisent les profits mais socialisent les pertes aux dépens des Etats. Quand les profiteurs amassent des fortunes, ils veulent que l’impôt soit le plus faible possible. Si surviennent des baisses de profit et une crise, ils considèrent que c’est aux collectivités publiques de payer d’où énorme accroissement de la dette des Etats. Vu les règles "libérales" européennes, la Banque Centrale Européenne et les banques d’Etat ne prêtent pas d’argent directement aux Etats : la BCE par exemple, prête aux banques à taux bas ; ces banques prêtent ensuite aux Etats pour sortir de la crise qu’elles ont elles-mêmes créée ; en fin de compte, ils vont vouloir que la dette des Etats soit payée par les peuples (blocage des salaires et des minima sociaux, aggravation des conditions pour bénéficier d’une retraite à taux plein, augmentation de la TVA, démantèlement des services publics...)

* Nous trouvons enfin dans cette affaire des subprimes la façon dont le capitalisme étatsunien utilise ses armes financières pour garder sa suprématie sur le monde

Au début des années 2000, l’économie américaine connaît une période difficile. La bulle spéculative sur les nouvelles technologies a éclaté. Les évènements du 11 septembre 2001 ont montré la fragilité de la défense US.

Pour relancer la croissance étatsunienne, la banque fédérale abaisse sans cesse le taux directeur jusqu’en juillet 2003 où il atterrit à seulement 1%.

Les grandes banques se lancent alors dans une phénoménale campagne de placement de prêts en faisant valoir que c’est le moment en raison de taux d’intérêt très bas. Parmi les établissements bancaires qui ont joué ce jeu mortel à fond, l’histoire économique retient : Goldman Sachs, Lehman Brothers, Merrill Lynch, Halifax-Bank of Scotland, Royal Bank of Scotland, Bradford & Bingley, Northern Rock, Bear Stearns, Bank of England.

Soudain, l’intérêt du grand capital étatsunien nécessite un relèvement des taux qui passent de 1% à 5,25% (de 2004 à 2006). Beaucoup d’emprunteurs ne peuvent plus honorer leurs remboursements d’emprunts. Le nombre de maisons en vente augmente tellement que le marché de l’immobilier s’effondre... c’est la crise.

E) CONCLUSION

Les chantres du libéralisme, de la concurrence libre et non faussée, prétendent que cette crise est conjoncturelle. Ils ont tort d’occulter le fait qu’elle est tout à fait caractéristique des fragilités du capitalisme financier transnational. En effet, tant que les fondements et logiques du capitalisme actuel ne sont pas remis en cause, il est hautement probable :

- que les conséquences de cette crise dite des subprimes s’éternise

- que d’autres crises éclatent, écologiques, financières, militaires...

Une seule crise pourrait aider à sortir de l’ornière : une vraie poussée sociale, démocratique et révolutionnaire internationale. Nous en sommes peut-être plus près qu’il n’y paraît.

Jacques Serieys


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