1er et 2 novembre 1954 : De la Toussaint rouge à l’indépendance de l’Algérie

vendredi 2 novembre 2018.
 

L’histoire commence le 8 mai 1945, ou plutôt non, elle commence en 1830, quand la France prend pied sur le sol d’Algérie, et que débute une colonisation qui va durer… on ne sait toujours pas d’ailleurs combien de temps, ni même si elle s’est jamais terminée…

Mais le 8 mai 45, comme on le sait, pendant que les flonflons et les pétards éclatent en métropole, d’autres pétards sautent au-delà de la Méditerranée. Les droits civiques bafoués vont se payer cher, très cher. Face à la répression qui s’abat, le calme revient. Mais a-t-on jamais éteint sous un couvercle d’oppression l’esprit de liberté ? Pour autant, le colon croit qu’il est là pour des siècles. Mauvais calcul. Aveuglé par une sorte d’habitude, on finit par oublier les injustices, les scandales, les humiliations, les inégalités criantes et le droit d’un peuple à vivre indépendant sur son sol ancestral.

L’Indochine a ouvert la voie. Alors, quand trop c’est trop, le couvercle saute et la Toussaint sera rouge, en 1954. Un peu partout sur le territoire, qui est encore pour un temps l’Algérie française, un peu partout vont exploser des bombes, siffler des balles, sauter des ponts et des transformateurs, tomber des soldats, et aussi des civils. Un petit instituteur, quelques notables musulmans, deux sentinelles ici, un sous-officier là-bas…

La métropole aura vite fait de classer ces événements à la catégorie terrorisme. Une excuse pour réprimer durement. Et pour finir, 8 années sanglantes, des déchirements, du malheur, des regrets, la guerre, quoi. La sale guerre d’Algérie, qui a produit, qui produit encore faudrait-il dire, tant de rancœur, et tant de rancunes aussi. De tentatives de coups d’état en putsch, de fusillades en massacres, tout le catalogue des horreurs sera décliné pendant ces huit années-là.

Combien d’années aura-t-il fallu pour qu’on prononce seulement le mot guerre ? Pourquoi ces hontes mal assumées, ces ressentiments exacerbés ? Pourquoi n’avoir pas vu s’installer cette aspiration à l’indépendance, si légitime pour les esprits éclairés de l’époque ? Et pourquoi donc, aujourd’hui encore, ne se passe-t-il guère de mois sans que n’arrivent au jour les responsabilités des uns ou des autres ? La semaine passée, c’était le tour de Mitterrand, et chacun y va de son couplet, qui le savait, ou pas, qui s’en doutait, ou pas, qui y croyait, ou pas…

8 ans de guerre sans merci (mais Clavel en parlait si bien : y a-t-il donc des guerres propres ?) qui n’ont toujours pas fini de creuser leurs sillons, semant leurs poisons et continuant à pourrir l’atmosphère de ce côté-ci et de ce côté-là. 8 ans qui coûteront des milliers de vie, qui alimenteront les souvenirs amers des générations perdues. 8 ans qui serviront de socle au rejet de l’autre, au différent, au « pas moi ». Quel terrible gâchis, sur cette terre de merveilles ! Tombée définitivement en amour pour ce pays depuis un déjà si lointain voyage, je n’oublierai jamais les parfums chaleureux, la Kabylie, et l’Oranais, et le vieux gardien du vignoble qui offrit à notre petite sa plus belle grappe, seulement pour ses cheveux blonds… L’Afrique est devenue libre il y a un demi-siècle. En Algérie, on attendra encore 2 ans. L’Algérie où tout commença une certaine Toussaint rouge…

brigitte blang

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