Aux peuples qui résistent par les urnes et s’ouvrent un autre chemin, à leurs dirigeants qui tiennent tête, il n’en coûte que l’audace

jeudi 7 décembre 2006.
 

Je vais aux Amériques, dans un secteur où les Etats-Unis, leur politique impériale absurde, leurs grossiers proconsuls, sont en train de se briser les dents. Et où l’Internationale socialiste est représentée par des partis déchus de toutes les façons imaginables. J’entre par la porte de service. Chez les domestiques en rébellion. Pour mieux dire : en révolution. Je fais partie des observateurs de l’élection présidentielle qui se déroule dimanche 3 décembre au Vénézuéla.

Je m’y trouvais déjà il y a quelques mois et les archives de mon blog en gardent le récit. Depuis, l’ambiance ne s’est guère détendue. Fait essentiel pourtant, l’opposition s’est réorganisée autour d’un candidat qui affirme renoncer aux méthodes putschistes et violentes qui jusque là avaient la faveur de la droite. Cela n’a pas empêché l’organisation patronale de reprendre ses menaces insurrectionnelles dans l’esprit d’exaspération des tensions qui est le cœur de la stratégie recommandée par les Etats-Unis dans ce genre de circonstances depuis le précédent réussi contre le Chili de Salvador Allende.

Je trouve significatif que ça ne marche plus. On l’a vu au Nicaragua et en Equateur. Dans ces deux pays la gauche l’a emporté en dépit des outrageantes ingérences des proconsuls locaux qui mettaient publiquement en garde les citoyens contre un vote de gauche et menaçaient de suspendre les aides, les échanges et surtout les mouvements de fonds résultant des versements de l’immigration aux familles restées au pays. Sur le plan strictement matériel, l’attitude des Etats Unis est davantage le résultat d’un choix idéologique que celui d’une nécessité matérielle. L’impact économique des politiques de gauche sur les fondamentaux de la production nord américaine est-il si décisif à terme ?

N’existe-t-il d’autres Etats-Unis possibles qu’entourés de peuples mendiants tenus en laisse par des gorilles locaux civils ou militaires ? On voit plutôt qu’il est sans commune mesure avec les risques de décomposition violente des sociétés saignées par le creusement des inégalités résultant des politiques néolibérales dans toute l’Amérique latine. Ou, dans un autre ordre de comparaison, avec le danger que fait peser sur eux le déséquilibre de leurs échanges avec l’Asie ? Les transitions à opérer entre l’économie de pillage et l’économie de partage sont-elles si extravagantes ?

Quelle économie capitaliste européenne ayant reçu l’équivalent de trente plans marshal en rente pétrolière prolongerait un système de répartition qui laisse 70 % de la population dans la pauvreté et le dénuement de tous biens et services ?

Quelle politique agricole en Europe capitaliste supporterait que des millions d’hectares soient laissés en friches par des gens ou des institutions par ailleurs parfois incapables de produire leur titre de propriété ?

Si la logique prédatrice des firmes nord américaines est une féroce réalité dans un certain nombre de secteurs de production, souvent différents d’un pays latino à l’autre, il n’empêche que la politique impériale est globalement contre productive du point de vue qu’elle annonce poursuivre. Elle est si ridiculement bestiale qu’elle semble afficher sa fin prochaine comme seul horizon.

Aux peuples qui résistent par les urnes et s’ouvrent un autre chemin, à leurs dirigeants qui tiennent tête, il n’en coûte que l’audace. Certes, ils subissent divers sabotages et tentatives d’assassinat. Ils sont accablés par des flots d’injures standardisés par les médias liés aux ambassades. Mais c’est au total peu de chose par comparaison au prix que leur coûterait le « retour à l’ordre ».

Quand l’Argentine a envoyé au diable sa dette déjà payée plusieurs fois, quand la Bolivie a renversé les proportions de la rente pétrolière entre les compagnies et l’Etat, quand le Vénézuéla fait de même, alphabétise, soigne et nourrit les pauvres, quelle incroyable bouffée d’oxygène pour leurs peuples exsangues ! Qui voudrait y renoncer ? Et quel opposant à ces politiques pense sérieusement qu’il s’agisse du début de l’expropriation générale de la propriété privée ? Oui quelques uns perdent un peu à la masse de ce qu’ils comptaient encore prélever par-dessus tout ce qu’ils ont déjà pris.

Mais tant et tant reçoivent avec ce peu beaucoup plus que des générations n’en avaient reçu toutes ensemble. J’y pense revoyant les mines de belettes moqueuses des bons amis qui me raillent parce que je me passionne à comprendre ce qui se passe sur ce continent en rébellion. Non pour imiter. Quel sens cela pourrait-il avoir ? Mais pour m’inspirer. Et d’abord du courage. Les « aquoibonistes » font la ronde en tenant la main des filous qui adressent des signaux de connivence aux puissants en crachant sur les misérables exotiques et leurs chefs risibles à leurs yeux. Parmi eux combien n’en finissent plus d’expier leur soutien à l’ayatollah Khomeiny, Pol Pot, Envers Hodja et ainsi de suite, jadis à la mode chez les bobos de ces temps là.

Pas moi. Et comme moi, des milliers ont toujours su reconnaître, même de très loin, le bruit de fouet qui sort de la bouche des maîtres quel que soit leur pelage. Et à l’inverse souvent identifier à temps ceux qui ouvraient la route, vaille que vaille avec leurs défauts, leurs outrances parfois et cette part de maladresse significative des ignorants qui n’ont pas compris tout de suite à quoi sert un rince doigt à table quand ils en ont vu un pour la première fois.

Ecoutez ça si vous ne le saviez pas. Parmi les missions mises en place par Chavez il y a eu l’opération « milagro ». Miracle. Avec l’aide de Cuba. Plusieurs milliers de personnes aveugles ont retrouvé la vue. Par une simple opération de la cataracte. Des milliers. Personne ne se souciait d’eux. Ils étaient aveugles, un point c’est tout. Et pauvres. L’un a cause de l’autre. Et vice versa pour toujours. Jusqu’à Chavez. Ce programme va être étendu a d’autres pays d’Amérique latine. Avec l’argent du Vénézuéla et les médecins cubano vénézuéliens. Tout cet argent dilapidé au lieu d’être placés dans des bonnes mains éduquées et responsables, libres et non faussées !

A Caracas, à l’arrivée (bésmilléh !), chaleur moite des Caraïbes. Le programme prévoit ma présence à une rencontre conviviale à l’ambassade de France entre compatriotes membres des missions diverses d’observation de ces élections. On me dit que je vais y rencontrer l’illustrissime journaliste très intelligent qui recopie les tracts des contras de Miami et qui a pu ainsi dénoncer le soi-disant antisémitisme de Chavez sur une pleine page de « Libération », le journal que je n’achète plus (et je ne suis pas le seul). Je le plains.

Chavez a gagné sept élections consécutives ! Va falloir trouver plus convaincant que les calomnies habituelles pour donner aux nigauds qui lisent Libé des raisons de le détester. Finalement il n’y sera pas. Mais beaucoup de compatriotes sont là. Enthousiastes et disponibles pour se rendre utiles à cette démocratie vénézuélienne qui a besoin de notre vigilante rigueur et qui nous a fait l’honneur de nous demander nos observations. Bientôt commence un feu d’artifice. C’est parait-il une méthode de campagne éléctorale. Ca surprend. Les deux candidats en font. Ce soir c’est celui de droite. Pas mal. Mais ce matin à six heures ? C’est qui ? Je n’en pense pas du bien car je n’arrive plus a fermer l’oeil. A Paris il est dix heures.


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