Lettre à André Chassaigne (par Jean-Paul Duparc, PCF, 2011)

jeudi 29 juin 2017.
 

Pour prendre connaissance des travaux de la Conférence Nationale du PCF, j’ai lu ton intervention lors de cette Conférence Nationale, ainsi que L’Humanité de ce lundi, le texte de la résolution adoptée et aussi divers blogs dont celui d’André Gérin.

D’un certain point de vue, mais qui est radicalement opposé au mien, André Gérin, qui appelle à voter "massivement pour la candidature d’André Chassaigne" énonce lui un objectif clair :" Si Jean Luc Mélenchon n’est pas désigné, il n’y aura plus de Front de gauche", visant l’espoir que "Mélenchon soit mal élu ou pas élu du tout".

Et je trouve qu’il est plus franc que les contorsions et les silences de ta déclaration, qui par exemple, et ce n’est qu’un exemple, ne dit pas un mot des conditions et de la possibilité d’un accord pour les élections législatives.

En ce sens je trouve qu’il ne faut pas (se) mentir : Dire comme tu l’écris comme axe pour proposer ta candidature " comment les communistes peuvent ils être les meilleurs artisans du succès électoral du Front de gauche ?" et en même temps être soutenu par la coalition hétéroclite de ceux qui, au sein du PCF, en veulent la mort me semble un non sens. ( qu’il s’agissent des personnes de sensibilité huiste pour l’alliance prioritaire avec le PS et qui ont fait le plus souvent des listes communes avec le PS dès le 1er tour aux régionales ; ou des "identitaires" façon Gérin ). Le vote des adhérents mi juin n’est pas une "primaire" au sens où ce n’est pas un simple choix entre deux personnalités, toutes choses étant égales par ailleurs quant aux accords politiques possibles et au devenir du Front de gauche.

L’intérêt de la résolution portée par la conférence nationale est de porter la possibilité d’un accord politique global qui, pour répondre aux besoins populaires de perspectives politiques, invite à faire franchir une "nouvelle étape au Front de gauche" : un programme partagé, une démarche stratégique, un accord pour les élections législatives qui respecte l’influence et l’organisation communiste avec une proportion de l’ordre de 80% des candidatures, et dans ce cadre une proposition que le candidat à l’élection présidentielle soit Jean Luc Mélenchon, pour une campagne également partagée.

Ce que ton texte ne dit pas André, c’est que si par malheur ta candidature était retenue, c’est la possibilité même de cet accord qui serait mis à bas pour le seul profit du gâchis d’une espérance, celle de la possibilité de porter fortement une autre voie collective à gauche, pour le seul profit finalement du PS et de la droite.

Car je suppose que personne ne vit chez les bisounours en pensant que pour nos partenaires politiques, il pourrait y avoir à la fois un communiste comme candidat commun à la Présidentielle et 80% des candidatures communistes aux législatives. Le Front de gauche serait effectivement mort, et il n’y aurait plus qu’un "rassemblement" autour du seul PCF avec quelques "compagnons de route".

Il y a quelque chose qui ne s’assume pas dans ta démarche, dans cette façon de dire à la fois "ma candidature est pour le front de gauche" et de devenir ( "à l’insu de ton plein gré" ????) l’instrument de ses pires adversaires au sein du PCF.

Et il y a quelque chose qui trompe les communistes, en leur faisant miroiter que, sans dommage, il auraient simplement le choix entre deux personnalités différentes.

J’ai tout à fait respecté ta proposition de candidature quand tu l’as émise il y a quelques mois, même si je ne l’ai pas soutenue, et d’ailleurs elle n’était pas une décision collective et je ne me sentais comme communiste nulle obligation de la soutenir.

Mais force est de constater qu’elle prend une autre tournure à l’issue de la conférence nationale : elle devient, à mes yeux, l’instrument de tout ce qui tire le PCF en arrière.

Militant depuis plusieurs années, je sais que nous sommes depuis des années en recherche de faire émerger de nouveaux outils politiques. Dès les "Espaces Citoyens" dans les années 1990. En 2007, j’ai soutenu et partagé la candidature de Marie George Buffet, et j’assume tout à fait qu’alors il n’y avait aucune autre réelle possibilité. ( ce qu’il est advenu depuis de Bové le montre assez !).

Mais justement depuis quelques années, avec le Front de gauche, nous avons été initiateur de cet effort politique du Front de gauche, qui évite les errements des collectifs antilibéraux, et qui est bel et bien la seule fenêtre politique d’espoir qui se soit entrouverte depuis plusieurs années dans notre pays.

Je tiens autant que toi au rôle et au rayonnement du PCF au sein du Front de gauche et plus largement dans la société. Il me semble que pour le présent comme pour l’avenir il est bien plus important pour le PCF d’avoir cet accord global à portée de main, dont cet ancrage très large pour les législatives qui sera le coeur d’une campagne collective, bien plus qu’une seule candidature à la Présidentielle.

Et ce n’est certainement pas en cassant la possibilité d’un accord global du Front de gauche, qui est à portée de main avec la résolution proposée par la Conférence Nationale, que nous permettrons quoique ce soit d’avenir pour le PCF lui même.

Voilà pourquoi, en même temps que je ne conteste nullement ton droit d’avoir maintenu ta candidature, je trouve que les arguments avec lesquels tu la maintiens sont porteurs de confusion ne serait ce que par omission , sur les véritables enjeux.

Jean Paul Duparc


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