30 mai 1941 : Manoli Glezos vole le drapeau nazi flottant sur l’Acropole.

jeudi 1er juin 2017.
 

A 18 ans, en 1941, il dérobait avec un compagnon le drapeau nazi flottant sur l’Acropole dans une opération devenue légendaire.

Le dimanche soir 12 février 2012, malgré ses 90 ans, il manifestait puis connût un malaise dû aux gaz lacrymogènes. Chapeau bas devant ce héros, profiteurs nauséabonds et lâches de toujours !

C’était dans la nuit du 30 au 31 mai 1941 : les Allemands venaient de réduire la dernière poche alliée en Crète et « Hitler a dit dans un discours que "l’Europe est libre". Nous voulions lui prouver que justement, le combat commençait », raconte-t-il à l’AFP.

"La Grèce a conquis sa liberté, mais pas son indépendance. Sur l’échelle de la sujétion, nous frôlons les 100%, pour tout ce sont les étrangers qui décident", assène ce pétillant nonagénaire, faisant référence à la situation financière actuelle du pays.

Arrêté trois fois sous l’Occupation, Manolis Glezos a échappé au peloton. "Un policier grec a contrôlé nos papiers pour violation du couvre-feu quand nous nous éloignions de l’Acropole, mais il n’a jamais parlé", raconte-t-il sans vouloir s’appesantir sur son acte de bravoure. Son complice d’alors, Apostolos Santas, vient d’être porté en terre.

C’est aussi sans s’attarder qu’il mentionne l’exécution de son frère cadet, en 1944. Le portrait du jeune homme surplombe les amoncellements de livres, archives et souvenirs qui encombrent le modeste rez-de-chaussée que Manolis Glezos partage avec sa femme dans une banlieue calme d’Athènes.

Son engagement dans la résistance sous des régimes autoritaires et militaires, ont valu à Manolis Glezos deux condamnations à mort et douze ans dans "presque toutes les geôles du pays".

"Beaucoup y sont devenus fous", note-t-il. Lui a dû interrompre ses études d’économie : "en prison, c’était assimilé à du marxisme". A 90 ans, il n’a rien cédé de sa combativité au service de ses convictions d’extrême gauche.

Ancien membre du Parti communiste grec stalinien, qu’il a quitté en 1968, il est devenu une figure tutélaire de la gauche radicale.

Aujourd’hui, le militant souhaite une prise de relais par la jeunesse "pour descendre tous les drapeaux qui oppriment".

Mais, contrairement à de nombreux Grecs, hérissés par les exigences de rigueur de l’Allemagne en particulier, l’ex-résistant se garde de tout amalgame entre l’occupant d’hier et le sourcilleux partenaire d’aujourd’hui.

Pour lui, "l’ennemi, c’est le G20, l’union des impérialistes".

Pour se sortir de la crise, la Grèce devrait donc ne compter que sur elle : "ne plus consacrer un sou aux dépenses militaires", refuser de rembourser une dette "qui n’est pas légitime", s’en prendre à la fraude fiscale et aux "cumulards du secteur public", "mais en protégeant la santé, l’éducation, la recherche".

Et puis quand même exiger de l’Allemagne qu’elle s’acquitte de son propre dû, en remboursant le prêt obligatoire au régime nazi, "la seule fois ou la Grèce a prêté au lieu d’emprunter" lance-t-il avec malice sous sa moustache.

"Avec les dommages de guerre", qu’Athènes se réserve toujours le droit de revendiquer, "c’est 162 milliards d’euros, sans les intérêts".

Sur la place centrale d’Athènes, où des foules se pressent depuis plus de trois semaines pour dire leur ras-le-bol de la crise dans une mobilisation inédite, banderoles et affiches font écho au vieux militant, appelant à l’"indépendance nationale" ou proclamant : "je ne dois rien, je ne paie pas".

"Au début de l’occupation, la résistance était surtout passive. Quand on a escaladé l’Acropole, on n’en a pas croisé d’autres faisant la même chose. Mais jour après jour, nous sommes devenus plus nombreux. Maintenant aussi, le courant de résistance enfle", espère Manolis Glezos.


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