Sur le caractère peu fiable des sondages

mercredi 17 avril 2019.
 

Réponse à l’article

Sondages : l’incohérence des résultats saute aux yeux

Il y a lieu en effet d’être extrêmement sceptique concernant les sondages d’autant que, comme je l’ai indiqué dans l’article :" Instituts de sondage : agents du maillage de l’espace mental social" ces instituts sont propriété de groupes financiers ou patronaux pouvant être proches du pouvoir politique. Il ne s’agit pas d’instituts universitaires publics indépendants.

Que les résultats de sondages d’opinion paraissent favorables ou défavorables au Front de gauche, il ne faut surtout pas que celui-ci les utilise comme pronostics.

En 2009 le parti communiste français, pourtant souvent prudent, s’est laissé piéger comme un enfant. Rappelons les faits. Avant les élections européennes de 2009, le PCF avait écrit sur son site un article intitulé : "Un sondage encourageant pour le front de gauche".

Je cite un extrait « L’enquête porte sur les élections au Parlement européen du 7 juin prochain. Une liste rassemblant la plupart des forces de gauche hostiles au traité de Lisbonne recueillerait 14,5% et se retrouverait en troisième position derrière la liste PS (22,5) et UMP (25,5). Au passage, une telle liste dépasserait celle du MODEM (14) et de très loin la liste Europe Ecologie avec Daniel Cohn-Bendit et José Bové (7). Evidemment cette prévision ne porte que sur une hypothèse puisqu’à ce jour la LCR/NPA et Lutte ouvrière expriment malheureusement plus que des réticences à une participation à un front de gauche aux européennes… La démarche du front de gauche a été particulièrement sous médiatisée. Dans de telles conditions, les 14,5% sont un bon départ. Une réédition de la dynamique de la campagne du Non de gauche lors du référendum de 2005 n’est pas à exclure, toujours selon l’IFOP. »

Source : http://new.pcf.fr/spip.php?article3432

Or quels ont été les résultats réels de ces élections en juin 2009 ? Le front de gauche a obtenu en réalité 6,48 % et l’extrême gauche (NPA+LO) 6,08 %. Le PS avait obtenu 16,48 %.

Source : ministre de l’intérieur et France politique : http://www.france-politique.fr/elec...

Jean-Luc Mélenchon a donc raison d’insister une fois de plus sur le caractère peu fiable de ces sondages et de mettre en garde ses amis de son parti ou de ses partis frères pour qu’ils ne s’avancent pas sur le terrain mouvant et piégeant des sondages d’opinion en les considérant comme de quelconques pronostics.

Pour prolonger ce que dit Jean-Luc Mélenchon, je signale aussi une autre incohérence de grande envergure que j’ai constaté en examinant les 10 derniers sondages qui avaient été relevés sur ce site (avec beaucoup d’autres).

J’ai constaté qu’en réunissant la totalité des voix des candidats de la gauche d’une part et des candidats de la droite d’autre part (au premier tour), on obtenait grosso modo pour la gauche (EELV inclus) 45 % des voix en novembre et 40 % en décembre et pour les voix de droite (en incluant le FN), on obtenait 55% en novembre et 60 % en décembre, comme si l’électorat était bien ancré à droite dans notre pays.

Mais, en même temps, et à chaque fois, c’est François Hollande qui gagne au deuxième tour avec un score compris entre 57 % et 60 % ! Bizarre, non ?

Vous pouvez contrôler vous-même mes calculs en vous reportant sur ce site à l’adresse :

http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

En prenant pour argent comptant ces résultats, cela peut inciter les responsables du parti socialiste à orienter sa politique plutôt à droite pour gagner les voix de droite "potentiellement révélées" par les sondages, puisque selon ceux-ci, il serait élu avec un apport de 12 à 20 % des voix de droite !

Mais osons alors poser la question : s’agirait- il d’une vaste manipulation "haut de gamme " des instituts de sondage ? Nous savons qu’il existe une porosité entre ces instituts. Le fait que ceux-ci ne puissent être considérés comme totalement indépendants des forces financières hostiles à la venue au pouvoir d’une gauche déterminée à remettre en cause leurs privilèges ne peut exclure l’hypothèse d’une vaste manipulation. Cette hypothèse, que certains pourraient considérer comme paranoïaque ou comme une version de la "théorie du complot", est dérangeante.

Evidemment, bon nombre de politologues patentés trouveront des explications ad hoc à ce déplacement "possible" des voix de droite vers François Hollande : "ras le bol du sarkozysme"par une partie de l’électorat de droite, François Hollande donne l’image d’un homme modéré n’allant pas trop loin dans le changement, conduisant tranquillement, "sans peur et sans reproche" son pédalo sur une mer démontée, etc.

Mais remarquons, en même temps, que cette "modération" profite au Front National qui récolte ainsi un certain nombre de voix des couches populaires désespérées comme nous l’avons développé ailleurs sur ce site. Les "explications" de ces politologues ne sont pas forcément convaincantes et rien ne dit donc que ces pourcentages de voix reposent sur une réalité et ne soient pas le résultat d’une construction machiavélique. (Tous les anciens élèves de sciences Po ont lu Machiavel !)

Mais comment peut-on en arriver à exprimer de telles hypothèses ? Ce type de situation se rencontre dans d’autres secteurs : agence de notation, agences sanitaires, agences de sécurité énergétique, etc. partout où il y a porosité et même mélange entre intérêts privés et intérêts publics, partout où les organismes d’évaluation ne peuvent être considérés comme totalement indépendants du pouvoir économique et du pouvoir politique tant par leur financement que par l’indépendance de leurs experts, le doute s’installe et la confiance se dissout progressivement. La chaîne de télévision Arte a eu le mérite de diffuser à maintes reprises, mais souvent à des heures tardives, des reportages exposant concrètement ces situations.

La confusion des rôles et des intérêts est telle que le pantouflage des hauts fonctionnaires vers le privé et vice versa est considéré comme normal ! Être à la fois juge et partie ne pose pas problème du moment que ce ne soit pas trop voyant (ou qu’il existe un léger décalage dans le temps entre les deux rôles).

Dans un tel contexte, l’opacité de ces organismes aidant, il ne faut pas être étonné qu’un nombre très important de citoyens n’aient plus confiance envers ceux qui sont censés leur donner des évaluations en termes de risques ou de pronostics et ne pas être étonné qu’ils puissent imaginer les hypothèses les plus tordues . Comment pourrait-il en être autrement lorsque l’intérêt général, le bien commun, le bien public ne sont plus considérés comme sacrés ?

Hervé Debonrivage


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