Sophie Roquelle du Figaro : une journaliste-soldat de la guerre cognitive

vendredi 19 mai 2017.
 

Actionnaires et réactionnaires riment ensemble richement.

Alors que je parcourais la presse pour m’informer de la manière dont celle-ci rendait compte de la marche citoyenne du dimanche 18 mars organisée par le FDG, je tombais sur un article intitulé : "La démonstration de force de Mélenchon". Cet article du Figaro, signé de Sophie de Ravinel, m’a semblé relativement objectif, sans agressivité particulière, avec, chose rare, une photo de Mélenchon affable et souriant. Source : http://elections.lefigaro.fr/presid...

Bizarre me dis–je. Une partie du lectorat UMP du Figaro aurait-elle quelque sympathie pour Jean-Luc Mélenchon ? Ou s’agit-il tout simplement d’un article d’une journaliste qui fait son travail sans parti pris idéologique ?

Je ressentis alors une sourde inquiétude : le Figaro tournerait-il un œil vers la gauche ?

Le Figaro constitue une alimentation régulière de ma base de données des idées réactionnaires et antisociales. J’ai toujours considéré en effet, que pour connaître l’antigène il faut connaître le gène, même si cela peut occasionner une certaine gêne. En outre, le Figaro "a le mérite" de rendre publiques, mais c’est aussi évidemment sa fonction de propagande, les thèmes concoctés dans les think-tanks libéraux et les coulisses du pouvoir.

Je parcourus alors fébrilement ce précieux journal de droite et mon inquiétude fit place au soulagement : ouf ! Je découvris alors un article intitulé : "20 pistes pour baisser la dépense publique." signé de Sophie Roquelle. Je ne connaissais pas cette plume dont la légèreté est celle d’un fusil d’assaut , pardon Dassault.

Un petit bijou dans le genre ! Pas évident, même en fouinant dans un large éventail de la presse réactionnaire, de trouver un tel condensé d’idées antisociales d’une aussi grande pureté métallique. De la vraie pensée –métal parfaitement adaptée aux nouvelles générations de Terminators (fonctionnant en multitâches et connectés en permanence aux marchés boursiers). Et aussi un véritable bréviaire de l’anti-État ! http://www.lefigaro.fr/conjoncture/...

Je n’ai pas pris le temps d’analyser en détail ce petit catalogue que j’ai simplement scanné pour le faire traiter par un logiciel ad hoc : un systèmes expert construit avec les techniques de l’intelligence artificielle. Les données extraites sémantiquement sont ensuite classées dans une base de différentes thématiques de la pensée - métal, forme particulièrement violente, de la pensée libérale. Cette "pensée" pourrait se résumer en la phrase : "l’or et l’argent d’abord !" (comme disaient les pirates du XVIe siècle, fondateurs du capitalisme marchand). Cet horizon métallique constitue le négatif du programme vivant : "l’Humain d’abord !"

Mais, finalement, ce qui a le plus sollicité ma curiosité, était de savoir quel genre d’être humain pouvait mettre en forme journalistique une telle construction mentale-métal qu’il est facile de numériser car elle est elle-même réductible à des colonnes de chiffres. Cette construction repose sur un principe : "faire du chiffre à tout prix ! Economies, économie, économies ! ". Telle est la règle d’or de la chaîne d’or.

Curieusement, je n’ai rien trouvé sur Wikipédia concernant son cursus comme c’est fréquemment le cas pour les journalistes. Néanmoins, je me suis vite aperçu que je n’étais pas le seul à se poser ce genre de question. Je découvris alors que cette même journaliste avait rédigé un dossier du Figaro-Magazine sur le thème de l’assistanat, dossier qui provoqua quelques turbulences indignées sur le Web.

Le blog du mexicain, mondialement connu comme chacun sait, donne l’information suivante : "Cette chère Sophie Roquelle est en effet l’épouse de Jean-François Cirelli, numéro 2 de GDF-Suez, qui a défrayé la chronique en avril 2009, lorsque les médias ont annoncé l’augmentation de son salaire annuel, alors triplé pour atteindre la coquette somme de 1,3 millions d’euros. Autrement dit, cette dame se permet de pointer du doigt des gens censés profiter du système, qui vivent bien au-dessous du seuil de pauvreté, tandis que son mari gagne plus d’un mois de RSA par jour... Et il ne contribue malheureusement pas à l’effort de solidarité nationale à la hauteur de ses moyens, puisque les riches n’ont jamais bénéficié d’autant de largesses qu’aujourd’hui." Source :http://leblogdumexicain.over-blog.c...

Ah bon ? Tiens voilà un cas intéressant me dis-je.

Le blog : Rue-affre . M’ordre , commence son article par : "Sophie Roquelle, courageuse journaliste du fanzine marginal, semi clandestin, quasi entré en résistance, le Figaro, briseuse de « tabou » pourfendeuse de pensée unique, dénonçant dans un article audacieux, loin du politiquement correct, le « cancer de l’assistanat » et l’odieux privilège dont jouissent les allocataires du RSA, est donc au civil, l’honorable et fort estimable, Mme Sophie Roquelle-Cirelli, charmante épouse de Mr Jean-François Cirelli, vice président de GDF Suez" Source :. http://rue-affre.20minutes-blogs.fr...

Dans Le Post, même vent de révolte contre le dossier de la journaliste. http://archives-lepost.huffingtonpo...

Un autre article du Post montre que l’activité médiatique de Sophie Roquelle s’inscrit dans la stratégie 2012 de Sarkozy qui consiste à opposer les pauvres et les très pauvres. http://archives-lepost.huffingtonpo... Il faut bien fêter le 150e anniversaire des Misérables, de Victor Hugo.

Sur le site peuples.net, un article intitulé : " La France des assistés pour les nuls" mentionne aussi avec un humour acide le dossier de Sophie Roquelle : "En fait, cet article de Sophie Roquelle, du Figaro, possède un code, comme le Da Vinci pour les non-initiés. Je viens juste de le craquer, je me suis rendu compte qu’il suffisait de prendre la première phrase de chaque paragraphe pour obtenir la substantifique moelle de l’article. Il se trouve chers lecteurs que je suis équipé d’un décodeur Dassault Electronique, on est Geek ou pas, n’est ce pas ! je vous dévoile donc, et en avant-première, l’articulation de la France des assistés, avec les guillemets de rigueur pour les citations, cela va de soi…" Source : http://www.peuples.net/post/La-Fran... Je compris alors pourquoi mon logiciel avait été hyper rapide pour traiter l’information contenue dans les 20 propositions de Mme Sophie Roquelle-Cirelli,

Décidément, Sophie Roquelle suscite l’indignation sur le net !

Plus sobre, le blog de David Burlot donne des précisions supplémentaires sur le fameux conjoint : " Jean-François Cirelli occupe, de 1985 à 1995, des fonctions à la Direction du Trésor au Ministère de l’Économie et des Finances, avant de devenir Conseiller à la Présidence de la République de 1995 à 1997, puis Conseiller économique de 1997 à 2002. En 2002, il est nommé Directeur adjoint au cabinet du Premier Ministre, Jean-Pierre Raffarin, chargé des questions économiques, industrielles et sociales. Président-Directeur Général de Gaz de France de 2004 à 2008, Jean-François Cirelli est nommé Vice-Président, Directeur Général Délégué de GDF SUEZ le 22 juillet 2008. Mais bien entendu comme dans la famille Woerth, les activités professionnelles des uns et des autres sont entièrement cloisonnées." Source : http://www.sistraer.net/2011/06/sop...

Mais on trouve des informations encore plus complètes concernant cette personnalité sur le site Pipale http://www.pipale.com/jean-francois... On y apprend notamment qu’il a épousé le 16 décembre 2000 Mlle Sophie Roquelle.  : J’arrête ici la liste qui n’est pas exhaustive : d’autres sites encore s’insurgent contre l’impudence de Sophie Roquelle.

Mais la question que l’on peut aussi se poser est de savoir si les 20 propositions mentionnées ci-dessus et cette enquête sur l’assistanat constituent des textes ponctuels de campagne électorale et donc de circonstance, ou s’il s’agit d’une stratégie structurée sur le long terme.

Je constatais alors que ce type d’action médiatique n’était pas nouveau pour Sophie Roquelle. Ainsi, un article- programme (encore !) intitulé : "l’État doit montrer l’exemple, 50 idées pour économiser 50 milliards", reproduit du Figaro sur le site : Paper blog, avec une pub du livre de Jacques Marseille : "le grand gaspillage", ne date pas d’hier mais du 3 octobre 2009. Source : http://www.paperblog.fr/2365636/l-e...

Après vérification, je constatais que ce catalogue – programme était bien dans ma base de données. Je l’avais intitulé : "à bas les fonctionnaires, vive les actionnaires !"

En réalité, cette journaliste s’apparente à une véritable militante politiquequi ne fait que retranscrire les mesures envisagées par le Medef, par les gros actionnaires et donc par le pouvoir financier pour faire payer la note sociale aux catégories populaires et certainement pas aux grandes fortunes ou aux super cadres. Sur le plan politique, il ne s’agit que d’un relais des thèmes définis à l’UMP et think-tanks libéraux.

Bon, ceci n’est pas un scoop : chacun sait que le Figaro est une chambre d’écho du parti de droite dominant, c’est-à-dire en ce moment de l’UMP. Néanmoins, rappelons qu’à la différence du journal l’Humanité où figure en toute clarté : "organe du parti communiste français", il ne figure pas en tête du Figaro : "les échos de l’UMP". Donc officiellement, le Figaro est un organe d’information et non pas l’organe de presse d’un parti politique.

Certains diront (voir ci-dessous) : de toute façon, si ce n’était pas elle qui avait fait ce travail de mise à l’index des assistés, n’importe quel autre journaliste du Figaro l’aurait fait.

Je n’en suis pas si sûr : certes la quasi-totalité des journalistes du Figaro sont des libéraux, et c’est bien normal qu’il existe un organe de presse où s’exprime, d’une manière affirmée, cette dominante idéologique. Mais tous ne sont pas des soldats déterminés engagés dans la guerre idéologique de classes ou dans la guerre cognitive, pour utiliser une terminologie militaire, n’hésitant pas, en l’occurrence, à jeter en pâture à la vindicte populaire les catégories sociales les plus pauvres et les plus vulnérables.

Tous les journalistes du Figaro ne sont pas des militants actifs de l’UMP : un bon nombre d’entre eux restent dans les limites de leur fonction journalistique : informer le public le plus honnêtement possible en acceptant la mise en confrontation d’idées contradictoires, du moins de temps à autres.

Et la tâche n’est pas facile pour ces journalistes qui ont une haute idée de leur métier : ils sont pris en tenaille est entre d’une part le groupe industriel ou financier propriétaire du journal, en l’occurrence Dassault et d’autres groupes, sans oublier les annonceurs , et d’autre part un lectorat qu’il faut ménager et même choyer, la rédaction faisant le point, comme tout organe de presse, sur l’état des ventes toutes les semaines.

Dans de telles conditions, un journaliste est comme un oiseau sur la branche qui menace de se rompre à tout moment où son chant n’est pas assez mélodieux.

Pour contre -illustrer notre propos, indiquons un article de Daniel Schneidermann sur son site humaniste "Arrêt sur image". Il confirme :"la notice du Who’s who, ne laisse aucun doute : Sophie Roquelle et Sophie Roquelle-Cirelli ne font qu’une seule et même personne.". L’Ange Daniel déploie ici ses ailes pour voler au secours de la liberté d’expression des journalistes : "Sophie Roquelle, épouse Cirelli, a parfaitement le droit d’exercer la profession de journaliste. Elle a parfaitement le droit d’écrire sur la France des assistés, ou sur ces-vérités-qui-dérangent sur l’aide médicale aux étrangers Elle a même le droit inaliénable d’être incorrigiblement optimiste, comme Minc, Godet, et quelques autres. Comme celles de n’importe quel journaliste, ses informations sont vraies ou fausses, impartiales ou orientées, indépendamment de son état marital. Sans doute un (e) autre journaliste du Figaro, se voyant commander une enquête sur "la France des assistés", aurait-il (elle) assuré la préparation d’artillerie de l’offensive de Copé contre le RSA, exactement de la même manière que Roquelle. Pour comprendre pourquoi écrit ce qu’écrit Le Figaro, une bonne connaissance de la structure de son actionnariat…" Source : http://www.arretsurimages.net/vite....

Cet article est repris par le non moins humaniste webzine Rue 89 : "Peut-on écrire sur les assistés et être marié ou numéro 2 de GDF ?" http://www.rue89.com/schneidermann-...

D’abord appelons un chat un chat : les personnages cités Godet,etc., ne sont pas des optimistes mais des ultralibéraux.. En effet, tout journaliste a un droit inaliénable à l’impudence et d’écrire n’importe quoi sur n’importe quoi dans le cadre de la loi. Mais tel n’est pas le fond du problème et Daniel Schneidermann le sait bien, lorsqu’il évoque ensuite, à juste raison, le problème de l’actionnariat du Figaro. Mais alors il aurait été intéressant qu’il nous fournisse une information complète sur l’identité des principaux actionnaires du groupe auquel appartient le Figaro.

Comme nous l’avons expliqué ci-dessus, la liberté d’expression d’un journaliste est très encadrée, sans pour autant que celui-ci, en tant qu’individu, soit lié directement à un parti politique ou un groupe financier. Même en respectant des critères d’indépendance,
- le système marchand d’une part (Ici, le groupe Socpresse dont fait partie le Figaro est contrôlé par Serge Dassault) .- et l’instrumentalisation politique possible des médias par le groupe politique dominant (rappelons que Serge Dassault est sénateur UMP de l’Essonne) d’autre part, ne peuvent rendre que relative cette indépendance.

D’une manière générale, les journalistes ne doivent pas franchir la ligne rouge. Ceux qui l’ont franchi ont compris à leurs dépens, en perdant leur emploi, cette limitation de leur liberté . Mais cette indépendance relative peut devenir encore plus faible. En effet, il est évident que :
- si un journaliste est actionnaire direct du groupe privé qui contrôle son journal (je ne parle pas ici d’une association ou coopérative dont les journalistes sont les propriétaires comme pour la Scop de la revue Alternatives économiques, ce qui assure leur indépendance),
- ou encore, qui est marié avec une personnalité dont le niveau de responsabilité économique est considérable et qui peut avoir, de ce fait, une influence financière directe ou indirecte sur le journal,
- ou encore si ce journaliste est lié directement à un parti politique dominant, alors, on ne peut plus alors parler d’indépendance relative, comme ci-dessus, mais d’assujettissement.

Donc au-delà de l’impudence, de l’indécence morale ou du cynisme, il y a la connivence et l’allégeance qui détruisent toute notion d’indépendance.

J’ouvre ici une parenthèse. Deux mots tout de même sur le problème de la "fraude des assistés", même si ce n’est pas l’objet principal de cet article.. Il faut une outrecuidance assez extraordinaire pour oser médiatiser à outrance un tel thème. En effet, en prenant un minimum de distance par rapport à ce phénomène (dont je ne nie pas ici l’existence et le caractère nocif), on mesure l’incroyable ampleur de la fumisterie. Le caractère soi-disant massif de cette fraude (mais si c’est le cas, c’est encore pire pour le pouvoir) montre en fait l’incompétence absolue du pouvoir en place à gérer cette situation qui existe depuis des années et qui devrait faire partie de la tâche quotidienne et silencieuse des différents services de contrôle de l’État et des services sociaux. Pourquoi donc la "chasse aux fraudeurs" devrait-elle être médiatisée, alors que cette activité devrait être un travail quotidien, discret et ordinaire comme beaucoup d’autres tâches de contrôle ?

Or , il se trouve que ce même pouvoir n’a de cesse non seulement de ne pas créer les nouveaux moyens nécessaires à cette tâche depuis des années (notamment en création de postes), mais n’a aussi de cesse d’effectuer des coupes sombres dans les effectifs des personnels de contrôle. (contrôleurs et inspecteurs des services fiscaux, inspecteurs du travail, le vérificateurs de la sécurité sociale et autres contrôleurs des services sociaux, etc.). Leur idéologie ultralibérale de l’État minimum est en contradiction absolue avec leurs prétentions affichées. Cette incurie chronique rend donc totalement non crédible les analyses et propositions faites par l’UMP, propositions ultramédiatisées qui n’ont d’autre fonction que de ratisser les voix de la frange électorale réactionnaire qui ne prend aucune distance critique par rapport à leurs propos.

C’est dommage. Dans ce domaine de la répression des fraudes, on aurait pu espérer beaucoup mieux, d’un régime de droite. Car cette droite, ne se présente–t-elle pas en permanence comme la championne de l’ordre et de la rigueur, donnant sans cesse des leçons de fermeté à une gauche soi-disant laxiste ? Fin de parenthèse.

Bon, revenons au journalisme : j’enfonce ici des portes ouvertes pourrait-on dire : les connivences entre le monde politique, le monde des affaires et le monde des médias n’est pas nouveau. Le célèbre réalisateur américain Frank Capra a magistralement montré, dans son film sorti en 1939 intitulé : " M. Smith au Sénat" (titre original : Mr Smith goes to Washington), comment les médias sont instrumentalisés par le milieu politique dominant et le monde des affaires pour faire voter les gens dans le sens attendu par les puissants. En cette période électorale, ce film garde toute son actualité. Pour des informations sur le film de Capra : http://fr.wikipedia.org/wiki/Monsie... http://www.critikat.com/Monsieur-Sm...

Mais ce n’est pas une raison pour accepter cela comme une fatalité, comme une situation intransformable. À partir du moment où l’on place "l’Humain d’abord" et que l’on fait "place au peuple", tout est transformable y compris le métal.

Mettre en évidence inlassablement ces connivences, c’est éclairer le peuple, l’empêcher de se faire berner et bercer comme un enfant. Mais malheureusement, beaucoup trop d’électeurs encore ont gardé la naïveté ou l’incrédulité de leur enfance. Et tant qu’il en sera ainsi, bonimenteurs et illusionnistes pourront continuer leur spectacle sur la scène politique.

Hervé Debonrivage


Signatures: 0
Répondre à cet article

Forum

Date Nom Message