Caissière de supermarché... le nirvana

vendredi 9 novembre 2012.
 

J’ai obtenu le poste, oui le poste, le seul et l’unique dont une caissière puisse rêver dans son magasin, responsable de caisse, enfin presque. Le statut de mon poste, véritablement, n’existe pas et sera décrit plus tard. Bon, c’est vrai, au dehors il y a toute une palette de métiers qui s’offre à vous mais les places sont chères et puis surtout, cela fait des années qu’on vous rabâche que vous êtes une abrutie. Alors là, c’est le nirvana ! Il va falloir dire merci et faire mes preuves au sein d’une équipe aussi fermée qu’un club de milliardaires. Accepter les codes, ne pas franchir certaines limites, erreur qui pourrait être engendrée par un excès de motivation, m’en tenir aux tâches les moins valorisantes. Bref, me faire accepter par une équipe qui au départ voulait tout au plus accepter en son sein la plus malléable d’entre nous. L’acceptation de ce changement de statut tout relatif ne manquera pas en plus de me créer aussi inimitiés, jalousies, rivalités auprès des autres caissières.

Alors, on a quoi ? Le noyau dur. LA CAISSE CENTRALE. La constitution du personnel de caisse centrale s’organise de cette façon : 1 responsable en chef qui travaille en équipe avec une amie choisie par elle-même, plus officiellement une hôtesse de caisse et 1 responsable adjointe qui travaille en équipe avec une autre amie, (une autre hôtesse de caisse). Je suis une de ces deux hôtesses de caisse fraîchement nommée, mais hélas pour moi « amie » avec personne. Les deux équipes ainsi formées doivent se croiser grosso modo toute la semaine, et être elles-mêmes amies entre elles cela va de soi. J’occupe donc la quatrième place dans l’ordre hiérarchique établi. De cette façon, sont présentes en permanence à la Caisse centrale ou Accueil pour faire plus court, une responsable en titre et son « amie ». A aucun moment, il est entendu, que l’on parlera de compétences. La désignation du personnel de l’accueil se fait de la manière la plus arbitraire qui soit. Et effectivement, il faut que cela perdure, pour la santé mentale et physique de n’importe qui d’autre oserait se risquer à vivre la même expérience que moi. La caisse centrale, là où tout se noue et se dénoue ou pas ! « Dallas à coté, c’est de la piquette ! » Normalement, un « nouveau membre » arrive quand l’un décède ou au mieux part en retraite. Autant dire que quand une place se libère, il ne faut pas la louper puisque l’on vit de plus en plus vieux et que les accidents mortels dans ce métier, selon toutes statistiques, sont très rares. Quant à la retraite, il semble que ce soit désormais un privilège qui ne sera admis que pour certains chanceux. Néanmoins comme je le disais précédemment, pour qu’un poste se libère, il a fallu qu’une rescapée du système de retraite soit repêchée. La responsable en chef d’alors a réussi sur le fil à comptabiliser son nombre de trimestre. Pourtant, même si son calcul pour la retraite était validé, cela ne s’est pas fait tout seul, elle a hésité longtemps à décrocher à rendre les armes et à basculer dans la quiétude et le repos bien mérité. Elle a commencé par faire un grave malaise, puis est revenue au travail, et finalement rongée par le stress, mise sous pression par l’adjointe qui attendait sa place depuis si longtemps, « la pauvre nous la comprenons », a finalement lâché prise. Un pot de départ en retraite a bien sûr été organisé. Cela s’est déroulé dans la douleur et les larmes… Enfin ouf, elle est partie, certaines n’y croyaient plus. La nouvelle responsable en chef est enfin assise sur son trône, ses deux adjointes sur le pied de guerre. Mais qui va-t-on mettre à la place de quatrième ? Depuis douze ans environ, je suis hôtesse de caisse. Douze ans c’est énorme, je sais… Douze ans, à supporter le poids d’une hiérarchie aux méthodes archaïques. Douze ans de souffrance due en parti au manque d’intérêt lié à la profession, douze ans de mépris exercé par une clientèle de plus en plus agressive, douze ans d’humiliation diverses dues à mon statut dans l’entreprise, douze ans passés pendant lesquels l’on cherche a vous faire admettre insidieusement que vous ne valez rien, de tel sorte que vous ne réclamiez rien, que vous ne fassiez surtout pas de vagues . Douze ans où frapper d’un immobilisme consternant, je le concède, tout s’est trouvé balayé, ma vie privée, mon conjoint, mon humeur, (frisant celle d’une suicidaire), ma santé en générale. La dénonciation des conditions de travail des hôtesses de caisse devrait être prise plus au sérieux. Bref, revenons à nos moutons et il est vrai que dans ces circonstances l’expression prend tout son sens. Malheureusement pour le club très très privé de l’accueil, dans l’urgence, les vacances d’été arrivant à grands pas, la direction a pris la décision. Elle s’est substituée, une fois n’est pas coutume, à la responsable en chef de la caisse centrale qui semblait un peu dépassée par ce remaniement de personnel, pour choisir qui occuperait le fameux poste de quatrième. Le poste m’a été proposé. A moi, celle-là même avec qui il y a plus d’un an la chef précédemment citée avait eu un désaccord. Cette dernière avait même eu recours au directeur pour laver son honneur bafoué. Se faire parler de la sorte par une simple hôtesse de caisse, pensez-donc. Celle-là même qui a toujours posé problème avec ses états d’âmes… Celle là même qu’elle avait réussie à faire mettre au placard il y a peu. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, et là pour le coup il n’est pas question de cœur, l’équipe de trois déjà constituée, s’incline (bien obligée) devant le choix du directeur. De mon côté, sachant ce que je sais, il aurait paru logique que je refuse la proposition. Mais voilà, demandez à un aveugle s’il veut retrouver la vue… Avoir enfin, une fiche de paie « normale », exécuter un travail plus intéressant, ont pesé lourd dans la balance et je me suis dit que je m’accommoderai du reste. C’était surestimer ma capacité à accuser coups bas, hypocrisie, malveillance, etc. En arrêt maladie depuis peu, je retourne au travail lundi. Hé oui, sinon comment vais-je payer mes factures ? Forte de cette expérience ultime et très désagréable dans ce magasin, j’essaie de trouver bien évidemment un nouvel emploi…


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