DAME SYLVIE GOULARD (députée MODEM) : DE L’ART D’ESQUIVER

mardi 19 septembre 2017.
 

L’émission « Mots croisés », du 22 février 2013, sur la 2ème chaîne avait pour thème : Croissance année zéro. Y participaient Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière, Sylvie Goulard, députée européenne du MODEM, Pierre Lellouche (UMP), Nicole Bricq, ministre du commerce extérieur,…..

Au cours du débat, Madame Goulard a réagi très violemment aux propos de Jean-Claude Mailly, le traitant d’ « irresponsable ».

J’ai réagi immédiatement à la suffisance de cette dame, par courriel. Elle m’a répondu. Très banalement, surtout pour une énarque. J’ai donc entrepris de lui soumettre quelques statistiques incontestables, battant en brèche ses thèses européo-libérales.

Evidemment, elle ne m’a pas répondu. Comment le pouvait-elle, sauf à se déjuger ?

Je suis alors allé sur son site, et là j’ai suivi, près de deux heures durant, une conversation mondaine, filmée le 31 janvier dernier, devant un public de dévots. Y participaient la députée en question, flanquée de Mario Monti, l’encore 1er ministre italien, avec qui elle vient d’écrire un livre, Cohn-Bendit et une journaliste belge sans saveur.

Devant le caractère surréaliste des analyses de ces bien-pensants sur l’Europe, j’ai réagi tout en ironie, via un autre courriel. Sans réponse, bien sûr.

Ci-après, je publie la totalité de l’ « échange ». C’est parfois amusant.

Robert Mascarell

1) Première lettre de Robert Mascarell à Madame Goulard

Madame Goulard,

Je suis en train de vous écouter dans l’émission de la 2, “Mots croisés”.

Je suis sidéré par votre aplomb.

Oui, notre dette publique s’élève à 1 800 milliards d’euros. Les libéraux, comme vous, nous disent que notre dette publique s’élève à 90 % du PIB. Dit comme ça, la dette publique est effectivement énorme. Sauf que cette présentation est une véritable supercherie. Pire, une escroquerie intellectuelle. Notons que dans tous les pays du monde, les propagandistes du libéralisme mondialisé et financiarisé calculent le poids de la dette publique de cette manière. Il s’agit donc d’une entreprise concertée.

En évaluant le poids de la dette publique de cette manière, c’est comme si, pour un particulier, on évaluait le poids de sa dette par rapport à ses revenus d’une seule année. Prenons, par exemple, un couple qui gagne 3 000 € par mois, soit 36 000 € par an et qui achète sa maison 200 000 €, avec un apport de 50 000 €. Il lui faut donc contracter un crédit de 150 000 €, payable en 20 ans au taux fixe de 5 % et selon des mensualités fixes. Au bout de 20 ans, ce couple aura remboursé (capital + intérêts) 237 584,67 €.

Si l’on calcule le poids de la dette totale de ce couple par rapport à ses revenus d’une année, comme cela est fait pour la dette de la France et des pays européens, la dette de ce couple s’élève à 660 %. Un chiffre évidemment astronomique et impossible à rembourser. Alors que si on calcule le poids de la dette par rapport à 20 années de revenus et de crédit, le poids de la dette ne sera plus que de 33 %. Notre couple respire mieux. Et encore, je ne tiens pas compte qu’en 20 ans, ses revenus augmenteront probablement, allégeant ainsi le poids de sa dette.

Il est admis par tous les économistes que la dette publique de la France est remboursée en 7 ans et un mois. En 7 ans et un mois notre pays aura créé et produit environ quatorze mille milliards d’euros (7 PIB).

Si donc on évalue le poids de la dette publique de notre pays, comme le font les sociétés de crédit pour les particuliers et pour les entreprises, le poids de notre dette publique n’est plus que de 12,7 % et non plus de 90 %. C’est-à-dire que notre dette publique n’a rien de démesurée. Je dirais même qu’elle est dérisoire.

J’attends avec intérêt votre réfutation de ce raisonnement. D’autant plus, qu’au cours d’une de vos interventions, vous avez cru bon de préciser que si les ménages géraient leur budget comme est géré le budget de la France, ils seraient tous en faillite. Le taux de remboursement de leurs emprunts (intérêts et capital) est justement pondéré comme je viens de le démontrer.

Mes propres emprunts sont pondérés de cette manière. Et c’est heureux, sinon je n’aurais pas pu en obtenir. Cela me permet de ne pas être surendetté.

Quant aux intérêts versés par la France cette année, 50 milliards d’euros, ils ne représentent que 2,78 % du PIB. C’est dérisoire. Si les familles françaises n’avaient que 2,78 % de leurs revenus annuels à payer en intérêts, elles signeraient tout de suite.

Cordialement.

Robert Mascarell

2) Réponse de Madame Goulard à Robert Mascarell

Cher Monsieur,

Merci de m’avoir écoutée et d’avoir pris la peine de réagir.

Je vois votre point mais voudrais répondre trois choses

1) Quelle que soit la pertinence de la référence, elle est la même pour tous les pays. Elle correspond à des engagements pris par la France.

2) Les créditeurs prêtent s’ils ont confiance. Or, à ce niveau là, on entre dans une zone de turbulences. L’Italie ou l’Espagne l’ont vécu récemment. La hausse subite des taux a vite fait d’apporter la ruine et l’instabilité, avec des répercussions pour les entreprises et donc l’emploi.

De tels niveaux d’endettement sont d’ailleurs un phénomène récent.

3) Je suis frappée que vous preniez l’exemple d’une maison.

Vous parlez donc d’investissement, aboutissant à la constiitution d’un patrimoine. Ce que certains prônent - et qui me gène le plus , c’est de continuer à faire de la dette pour financer des dépenses courantes (prestation sociales ou fonctionnement des administrations publiques). Les déséquilibres liés par ex au vieillissement de la population ne peuvent pas être niés. La question n’est pas d’être "libéral" ou pas mais de faire évoluer les régimes de sécurité sociale conçus après guerre, pour en préserver l’existence. Ceux qui pensent les protéger en s’arc-boutant sur certains aspects, sans voir l’évolution de nos sociétés et le poids des marchés financiers, sont peut-ètre animés de bonnes intentions mais pourraient bien préparer le pire.

Bien à vous,

Sylvie Goulard

3) Deuxième lettre de Robert Mascarell à Sylvie Goulard

Madame la députée,

Je note avec satisfaction que vous ne réfutez pas la pertinence de mon raisonnement (dont je ne suis pas l’inventeur), mais vous me dites que l’ensemble des pays ont adopté une autre référence. J’en conviens. Mais là est le problème.

Si vous me permettez, je ne vais pas m’adresser à la femme politique que vous êtes, dont je respecte l’engagement. Je vais m’adresser à l’intellectuelle et à l’économiste, et autant vous le dire tout de suite, vous l’êtes probablement plus que je ne le suis. Au moins, si je m’en tiens à votre cursus et à vos diplômes.

Pour moi, un intellectuel-économiste ne peut se satisfaire du seul constat de l’existant. Il doit s’interroger sur le pourquoi de cet existant, et sur sa pertinence.

Je commence par la pertinence, avant d’aborder le pourquoi.

J’ai la faiblesse de penser que le mode d’appréciation de la dette publique que je propose est bien plus juste que celui adopté par l’ensemble des pays. Je maintiens que si le poids de la dette des personnes privées et des entreprises était calculé de la même manière qu’il l’est pour les pays, l’économie mondiale serait bloquée du jour au lendemain. Je ne vois pas comment l’intellectuelle-économiste que vous êtes pourrait prétendre le contraire, à moins que vous ayez des trésors d’imagination. Tout est possible.

Se pose donc la question du pourquoi. Voici mon hypothèse.

De plus en plus, depuis 1971 (plus loin, j’explique pourquoi depuis 1971), les sociétés capitalistes se concentrent, se financiarisent, se mondialisent et s’interconnectent, au point, aujourd’hui, de constituer des groupes d’une puissance économique souvent supérieure à celle de bien des Etats. Leur quête est le profit maximum et immédiat. Leur moyen pour y parvenir est le moins-disant social (salaires les moins élevées possible et destruction des règles sociales, environnementales et fiscales) et l’abolition de toutes les frontières.

En résumé, les capitalistes ont mis en pratique, mais en le retournant à leur avantage, le célèbre aphorisme de Marx « Prolétaires de tous les pays unissez-vous ».

Grâce à leur puissance économique, les grands capitaines d’industrie et les grands financiers, ce sont souvent les mêmes, ont formé des groupes de pression auprès des dirigeants politiques (quand ceux-ci ne sont pas suscités par eux-mêmes). Leur but ? Obtenir d’eux qu’ils adoptent leurs objectifs et qu’ils prennent des mesures pour faire accepter aux peuples d’aligner le plus possible leur train de vie et leurs droits sociaux sur ceux des peuples des pays les plus attardés socialement.

Comment faire accepter l’inacceptable aux peuples les plus avancés ? Un seul moyen : leur faire peur. Cela a commencé par la flexibilisation et la précarisation du travail. Mais ce n’est pas suffisant pour les thuriféraires du libéralisme. Il s’agit donc maintenant de leur faire accepter, au nom de la compétitivité, de réduire leur salaire, d’augmenter leur durée du travail, de retarder leur départ à la retraite, d’abolir les contrats de travail à durée indéterminée, de démanteler les conventions collectives et le droit du travail.

Depuis des années, nous sommes donc préparés à l’idée de l’existence d’une crise.

L’autre moyen de faire peur aux peuples, c’est de leur faire croire que la dette publique est extraordinairement élevée, que les charges sociales le sont également, qu’il n’y a plus d’argent dans les caisses de l’Etat et qu’il n’y a plus d’endroit où en trouver, sauf à démanteler les services publics,……

Et là, je boucle la boucle. L’ensemble des groupes capitalistes mondialisés ont obtenu des dirigeants politiques des pays développés qu’ils calculent la dette publique de leur pays respectif en pourcentage par rapport au PIB d’une seule année, au lieu de la calculer par rapport à la durée moyenne du remboursement de cette dette, soit 7 ans et un mois dans notre pays. Il est vrai, qu’il est beaucoup plus impressionnant d’annoncer une dette publique à 90 % du PIB, délibérément inexacte, plutôt qu’à sa hauteur réelle, 12,7 %.

Madame la députée, quand, à « Mots croisés », vous présentez ce chiffre de 90 % sous un jour épouvantable, vous ne faites pas œuvre de rigueur intellectuelle, vous vous inscrivez dans une démarche idéologique mondialisée. Quand vous présentez comme faramineux les 50 milliards d’euros d’intérêts versés chaque année par notre pays, vous ne faites pas œuvre de rigueur intellectuelle, vous vous inscrivez dans une démarche idéologique mondialisée. Alors que ce montant ne représente que 2,78 % du PIB.

Je voudrais maintenant vous faire part d’un autre sujet d’étonnement, vous concernant.

Quand vous parlez de la dette, vous ne parlez que de la dette publique. Vous ne dites pas un mot de la dette privée. Là encore, un minimum de rigueur intellectuelle, doublée de vos connaissances d’économiste, ne devraient pas rendre votre pensée hémiplégique.

La seule manière de comparer les économies, c’est de comparer l’endettement total : dette publique + dette privée. En effet, les économies de chaque pays sont structurées différemment. En France, le secteur public est plus fort qu’aux Etats-Unis, par exemple. Ainsi, en France, étudier et se soigner coûte beaucoup moins cher aux familles qu’aux Etats-Unis. Dans ce pays, paradis capitaliste pour ses partisans, les étudiants contractent des crédits énormes pour pouvoir poursuivre leurs études. Idem pour la santé et pour bien d’autres domaines. Alors qu’en France, l’Etat, les collectivités locales et la Sécurité Sociale contribuent grandement à ces dépenses.

Comparons maintenant la dette totale des pays industrialisés. Hormis l’Allemagne, l’endettement total de la France, en pourcentage du PIB 2011, est le plus faible. 210 % en France, contre 230 % pour la zone Euro, 240 % pour les Etats-Unis, 260 % pour la Grande-Bretagne et l’Espagne, 360 % pour le Japon,….

Prenons l’exemple particulier de l’Espagne. Avant l’éclatement de la crise des subprimes en 2008, ce pays passait, aux yeux de l’Europe libérale, pour un modèle de vertu économique, parce que sa dette publique était très faible. Aujourd’hui ce pays est en faillite. Il est plombé par sa dette privée.

Je veux croire que votre rigueur intellectuelle et votre science économique vont, dorénavant, vous conduire à parler de la dette totale et non pas seulement de la dette publique.

Quant à la France qui n’aurait plus d’argent, comment soutenir un tel argument ?

En 1980, notre PIB s’est élevé, en volume, à 445 milliards d’euros. En 2011, il s’est élevé à 1 997 milliards d’euros. La multiplication des richesses créées et produites en 31 ans a donc été de plus de 4,5 fois. Bien sûr, ce dernier chiffre doit être pondéré : 1/ par le taux de l’inflation intervenu en 31 ans, 2/ par l’évolution démographique. Il y a plus d’habitants en France en 2011 qu’en 1980.

De 1980 à 2011, le taux d’inflation cumulé a été de 199,6 %, soit un triplement. Ce taux de 199,6 % est obtenu par la méthode de l’anatocisme. C’est-à-dire, qu’en partant d’une base 100 en janvier 1980, il faut ajouter le taux de l’inflation de la première année à 100. Mettons 2 %, par exemple. A ce chiffre 102 obtenu à la fin de la première année, il faut ajouter le taux de l’inflation de l’année suivante et cumuler ce dernier taux d’inflation à la base 102 atteinte fin décembre 1980, et ainsi de suite jusqu’en 2011.

Pour ce qui est de la prise en compte de l’évolution démographique, les instituts statistiques ont la bonne idée de publier le PIB en volume, dont il est question plus haut, et le PIB par tête d’habitant. Le PIB par tête d’habitant permet de comparer son évolution d’année en année de manière plus objective.

En 1980, le PIB par tête d’habitant s’est élevé à 8,1 milliers d’euros. En 2011, il s’est élevé à 30,6 milliers d’euros. Soit une multiplication en 31 ans de 3,78. Ce chiffre est un coefficient ou indice, si on le traduit en pourcentage, cela fait une augmentation de 278 % de 1980 à 2011.

Maintenant, pondérons cette augmentation de 278 % par l’augmentation de 199,6 % du taux de l’inflation intervenue en 31 ans. Cela signifie que de 1980 à 2011, le PIB par tête d’habitant a réellement augmenté de 78,4 %.

Loin d’être en crise, notre pays a vu sa richesse croître de 78,4 % en 31 ans. Le malheur, c’est que seule la minorité des plus fortunés a profité, et même très au-delà, de l’accroissement de notre richesse. Autre donnée : la part de la richesse produite prélevée par le capital a triplé depuis 30 ans. Elle était de 3,2% du PIB en 1980, de 5,6% en 1999, elle est passée à 9,3% du PIB en 2011. Au passage, et par comparaison, je rappelle que le poids du remboursement des intérêts de la dette, en 2011, n’est que de 2,78 %.

A ce stade de mon propos et compte tenu de l’accroissement important des richesses produites en 31 ans, je réfute l’idée de l’existence d’une crise économique au sens où les grands groupes capitalistes mondialisés veulent nous la faire admettre. Pour qu’il y ait crise, il faudrait que les richesses créées et produites aujourd’hui soient moindres que celles créées et produites il y a 10, 15, 20 ou 30 ans. Je viens de démontrer l’inverse. La seule idée de crise que j’accepte, c’est celle de la crise de la répartition des richesses.

Comme je vous prête de grandes qualités intellectuelles, je ne doute pas que vous infériez de mes propos que, finalement, si la France est plus riche qu’en 1980 et que sa dette n’est pas très élevée, c’est donc qu’en réalité le capitalisme marche bien.

Eh bien non, en dépit de cela le capitalisme est réellement en crise en France comme dans le monde entier, y compris au paradis allemand. Mais pourquoi donc ?

Pour la raison principale suivante : le capitalisme fonctionne selon la double logique de l’accumulation capitalistique et de la concentration capitaliste (les plus grandes entreprises mangent les plus petites dans un mouvement incessant et inéluctable).

La concentration capitaliste a fait sentir sa logique dès l’avènement du capitalisme industriel, au milieu du 19ème siècle. Ses effets sont évidemment de plus en plus spectaculaires aujourd’hui. Mais, bon an mal an, cette concentration ne fait pas entrave au bon fonctionnement du capitalisme. Elle constitue un drame pour les salariés des entreprises dévorées par plus grosses qu’elles, d’autant plus quand elle est accompagnée d’une délocalisation. Mais d’un point de vue strictement capitaliste ce n’est pas un sujet de crise. D’ailleurs, très souvent, les actions d’une entreprise montent à la bourse après qu’elle ait annoncé un plan de licenciements.

En revanche, l’accumulation des capitaux constitue un vrai péril pour le système capitaliste.

Ses effets ont mis beaucoup plus de temps à se faire sentir, mais ils sont inscrits dans les gènes du capitalisme. Dans « la formule générale du capital » (tome I de « Le Capital »), Marx démontrait qu’à son dernier stade d’évolution, le capitalisme verrait une domination sans partage de l’argent (économie virtuelle) par rapport à la production industrielle (économie réelle), tout cela au terme d’une lente concentration industrielle et d’une encore plus lente accumulation des capitaux.

La thèse de Marx se vérifie totalement aujourd’hui. Le capitalisme financier et le capitalisme industriel sont étroitement imbriqués, mais c’est le capitalisme financier qui domine de plus en plus.

L’acte de naissance de cette phase de l’évolution du capitalisme remonte à août 1971, quand Richard Nixon, alors président des Etats-Unis, a mis fin à la convertibilité du dollar en or, battant en brèche les accords de Bretton Woods signés en juillet 1944. Très vite, les Etats-Unis ont inondé le monde de dollars. La valeur des dollars circulant à travers le monde a de très loin dépassé la valeur de la production américaine. Les pays détenteurs de ces dollars de pacotille, non gagés sur des valeurs réelles, sont du même coup asservis aux Etats-Unis.

La mondialisation financière du libéralisme est tout entière dans cette mécanique infernale. Margaret Thatcher, dès 1979, et Ronald Reagan, en 1981, ont parachevé l’ouvrage, suivis comme des caniches par les autres dirigeants occidentaux.

Aujourd’hui, les capitaux ne cessent de s’accumuler, au point que leur masse, circulant à la vitesse de la lumière à travers le monde, dépasse de très loin la valeur des biens produits par le travail humain. L’économie virtuelle a pris le pas sur l’économie réelle. Il est plus rentable pour un capitaliste de spéculer en bourse que d’investir dans la production et la recherche fondamentale. Le monde est transformé en casino. Marx parlait « d’argent qui pond de l’argent ».

Seulement, ce jeu est porteur de risques mortels pour le capitalisme et plus encore pour les peuples. Des bulles financières énormes se sont constituées et continuent à se former. Elles éclatent inéluctablement. Quand c’est le cas, elles sont incontrôlables, même par les capitalistes qui les ont créées. Leurs créatures leur échappent, tel Frankenstein. Le monde va tel un bateau ivre.

Voilà où nous en sommes. Seul un sursaut des peuples peut mettre fin à cet engrenage funeste. Mais rien n’est possible dans le cadre du système capitaliste.

La difficulté c’est de lui substituer un autre système politique et économique. Il ne faut pas se cacher que l’échec retentissant du communisme à la mode soviétique constitue, pour les peuples pourtant victimes du capitalisme, un obstacle à leur volonté d’en finir avec ce système. Ils ont peur du vide.

Reste que le capitalisme va précipiter inexorablement les peuples vers la catastrophe. Il faudra bien qu’un système fondé sur la priorité absolue donnée à l’intérêt général, dans un cadre démocratique, prenne le pas sur le droit de propriété, sur l’individualisme, pire sur l’égoïsme, sur les calculs à court terme. Sinon, c’est le genre humain qui se mettra en danger.

J’en viens maintenant au point 2 de votre réponse. Vous évoquez la hausse subite des taux de prêts accordés à l’Italie et à l’Espagne. Vous n’êtes pas sans savoir que ces taux prohibitifs le sont parce que, au niveau de l’Europe, il est interdit aux Etats de se financer auprès de la BCE. Contre toute logique.

Au point 3, vous dites être gênée que les dépenses courantes soient financées par la dette.

1/ Cette réalité est le résultat de la mauvaise répartition des richesses et de la diminution délibérée des ressources de l’Etat et des collectivités publiques.

2/ La Sécurité Sociale est déficitaire parce que, depuis des années, nombre de ses contributeurs s’exonèrent, impunément, de leurs versements pourtant inscrits dans la Loi.

En tout état de cause, comme pour la dette devant agglomérer la publique et la privée, il n’est pas intellectuellement rigoureux de parler des salaires des fonctionnaires, par exemple, en terme de dépenses. La quasi-totalité de leurs revenus est réinjectée dans la consommation. Cela vaut pour bien d’autres dépenses publiques, elles génèrent des recettes aussi. Mieux, j’ose briser un tabou : l’embauche de fonctionnaires me paraît indispensable. Affectés à des postes d’inspections ou de contrôles, loin de coûter de l’argent aux contribuables, ils en feraient rentrer dans les caisses de l’Etat et de la Sécurité Sociale bien plus qu’ils ne recevraient de salaire, et les fraudes en tous genres reculeraient.

Enfin, dois-je vous rappeler que l’Etat et plus largement les collectivités locales sont les seuls garants de l’intérêt général. Les affaiblir, c’est retirer des droits aux plus pauvres.

Mais peut-être qu’à tenir de tels propos, vous me rangerez dans la catégorie des « irresponsables » dans laquelle vous avez, avec un certain aplomb, classé Jean-Claude Mailly, le secrétaire général de FO, l’un de vos contradicteurs dans l’émission « Mots croisés » du 18 février 2013. Afin que les choses soient claires, sachez que je ne suis pas du tout membre de ce syndicat.

Par quelle onction, vous érigez-vous en juge décernant, à qui mauvais vous semble, les brevets d’irresponsabilité ?

Cordialement.

Robert Mascarell

4) Troisième lettre de Robert Mascarell à Sylvie Goulard

Madame la députée,

Sans réponse de votre part à mon courriel du 22 février dernier, votre silence m’inspire quatre hypothèses au choix : 1/ Vous êtes à ce point surchargée de tâches que vous n’avez pas encore eu le temps de me répondre. 2/ Votre mutisme est la manifestation de votre consentement, selon le vieil adage « Qui ne dit mot consent ». 3/ Vous ne savez comment contester les statistiques que je vous ai proposées. 4/ Vous ne souffrez pas d’être contestée dans vos certitudes.

Qu’à cela ne tienne, votre personnalité m’intrigue.

Je suis donc allé sur votre site et là, j’ai écouté l’aimable conversation que vous avez eue, 1heures 50 minutes durant, le 30 janvier 2013, à Bruxelles, en tandem avec Monsieur Mario Monti, face à Cohn-Bendit et à une journaliste belge bien inoffensive.

Beaucoup s’y seraient ennuyés, tant tout était convenu, presque compassé, entre gens de bonne compagnie. Moi, je me suis plutôt amusé. J’ai relevé de nombreuses cocasseries.

La première, c’est que vous ayez placé cette aimable causerie sous les auspices du vicomte de Tocqueville, élevé au rang de parangon de la démocratie. Inouï ! C’est probablement par amour de la démocratie que notre vicomte a écrit en 1840, à propos de la conquête de l’Algérie par l’armée française : « J’ai souvent entendu en France des hommes que je respecte, mais que je n’approuve pas, trouver mauvais qu’on brûlât les silos et enfin qu’on s’emparât des hommes sans armes, des femmes et des enfants. Ce sont là, suivant moi, des nécessités fâcheuses, mais auxquelles tout peuple qui voudra faire la guerre aux arabes sera obligé de se soumettre... Je crois que le droit de la guerre nous autorise à ravager le pays et que nous devons le faire soit en détruisant les moissons à l’époque de la récolte, soit dans tous les temps en faisant de ces incursions rapides qu’on nomme razzias et qui ont pour objet de s’emparer des hommes ou des troupeaux ». On croirait lire les innombrables versets ignobles parsemés tout au long des livres de l’Ancien Testament.

Votre cher Tocqueville s’est même fait le précurseur de l’apartheid : « Il doit donc y avoir deux législations très distinctes en Afrique parce qu’il s’y trouve deux sociétés très séparées. Rien n’empêche absolument quand il s’agit des Européens, de les traiter comme s’ils étaient seuls, les règles qu’on fait pour eux ne devant jamais s’appliquer qu’à eux ».

L’autre grand moment humoristique de cette soirée très policée, ce fut quand votre ami Mario Monti nous a doctement asséné sa conception de la démocratie européenne. Lui qui n’a pas hésité à accepter d’être porté à la tête du gouvernement italien par une sorte de coup d’Etat technocratique manigancé par le duumvirat MERKEL-Sarkozy.

Mais le clou, ce fut quand le même Mario Monti s’est abandonné aux jeux de l’art divinatoire, pariant sur la maturité du peuple italien, un mois avant l’élection parlementaire. Il ne croyait pas si bien dire. Matures (je ne peux pas imaginer que les Italiens aient perdu leur maturité en trois semaines), ils l’ont renvoyé à ses chères études. Le voilà libre sur le marché de l’emploi. Goldman Sachs va pouvoir le rembaucher. Sa froideur revendiquée y fera merveille. Décidément, Madame la députée, vous n’avez pas de chance. Après Romano Prodi, votre premier mentor, c’est au tour de Mario Monti, avec qui vous venez de commettre un livre, de mordre la poussière.

Pour le reste, ce ne fut qu’une longue litanie de vœux pieux. Parmi ceux-là, j’ai relevé le commun désir des occupants de la tribune, d’harmonisations en Europe : fiscales, sociales,….. Là, le public, manifestement trié sur le volet, oublieux, naïf, ignorant ou peu regardant, a, chaque fois, applaudi à cette simple évocation.

Il est des moments où la duplicité le dispute à Alzheimer ou au bonnet d’âne. Mais enfin, Madame la députée, n’avez-vous pas ardemment milité pour le oui au référendum en mai 2005 sur le traité constitutionnel européen, et ensuite pour l’adoption du Traité de Lisbonne, sa copie conforme, par la voie parlementaire ? Foulant aux pieds l’expression démocratique du peuple français.

Le simple citoyen que je suis va vous rafraîchir la mémoire. Les articles 19, 79, 84, 113, 149, 153, 165, 166, 167, 168, 173, 189, 195, 196, 197, 207 du TFUE (traité sur le fonctionnement de l’union européenne, un des composants du traité de Lisbonne) concernent autant de secteurs très variés où les interdictions d’harmonisation sont affirmées avec force. Pour l’harmonisation, les concepteurs du traité de Lisbonne manifestent une confiance aveugle dans les vertus « du fonctionnement du marché qui favorisera l’harmonisation des systèmes sociaux » (article 151 du TFUE). Fermez le ban !

Au cours de votre réunion a été abordé, en creux, le thème de la coopération européenne. A travers les séquences sur la guerre au Mali et sur la sidérurgie européenne en bute aux choix de Mital.

Sur le Mali, je comprends votre regret que l’Europe ait refusé toute coopération militaire. En revanche, votre étonnement m’étonne. Vous me donnez l’impression qu’aussi bien en 2005, au moment du référendum, qu’en 2008, pour l’adoption du traité de Lisbonne, vous avez analysé ces textes sans aucune rigueur intellectuelle et juridique. Probablement pour des raisons idéologiques. Vous semblez n’avoir pas vu que les seules coopérations renforcées possibles doivent regrouper au minimum neuf pays membres (article 20 du TFUE). C’est beaucoup trop. Mais surtout, selon l’article 329 du TFUE : « L’autorisation de procéder à une coopération renforcée est accordée par une décision du Conseil, statuant à l’unanimité. »

Les obstacles mis par le traité de Lisbonne valent aussi bien pour la guerre au Mali que pour la sidérurgie européenne, plus particulièrement pour trois de ses membres, accueillant sur leur sol des usines Mital.

Voilà comment les eurocrates ont enterré la belle idée de la coopération, sans que les eurobéats, dont vous êtes, n’y aient vu malice.

Certes, une fois tous les obstacles précités levés, quand le projet de coopération renforcée est validé à l’unanimité des membres du Conseil, et que cette coopération renforcée peut se mettre dès lors en œuvre, l’unanimité n’est plus exigée qu’entre les neuf pays, au moins, participant à cette coopération (article 330 du TFUE).

Comment, un petit juriste de mon acabit a-t-il pu voir et comprendre cela, pendant qu’une énarque comme vous n’y a vu que du feu ? Je n’ai qu’une réponse : votre eurobéatitude. J’espère me tromper.

Quand les partisans du Non, dont j’étais, critiquaient et critiquent toujours, entre autres, ces articles du traité constitutionnel, puis du TFUE, ils étaient vilipendés, probablement par vous, à coup sûr par vos amis, par les médiacrates et par la classe politique autoproclamée de gouvernement. Nous étions, à leurs yeux, des irresponsables, des antieuropéens. Il n’est jamais trop tard pour ouvrir les yeux, sauf que vous ne nous reconnaissez toujours pas notre lucidité. Et que, pire, vous nous vantez toujours les vertus de cette Europe libérale, régie, disent vos amis et vous-même par le principe de la concurrence libre et non faussée. Voilà un pur mensonge. La concurrence est certes libre, mais elle est faussée, aussi bien entre les pays membres de l’Europe qu’avec les pays qui n’en sont pas membres. C’est ce qui fait que cette Europe-là est inéluctablement vouée à l’échec politique, économique, social, environnemental,…..

Au milieu de ces vœux pieux est ressorti, tout de même, au cours de votre réunion entre gens bien élevés, une aspérité, par vous exprimée. Ah ! Ce non des peuples néerlandais et français au traité constitutionnel européen en 2005, on sent qu’il vous hante. Inquiétez-vous, d’autres peuples nous rejoignent.

Au total, j’ai passé près de deux heures réjouissantes.

Cordialement.

Robert Mascarell


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