En mémoire de Matoub Lounes assassiné le 25 juin 1998 (articles et video)

samedi 29 juin 2019.
 

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Matoub Lounès, né le 24 janvier 1956 à Taourirt Moussa assassiné le 25 juin 1998 à Thala Bounane, chanteur et compositeur kabyle, officiellement, cet assassinat est attribué au GIA, mais le pouvoir algérien est accusé, notamment par sa famille.

Il a été militant de la cause Amazigh et a apporté sa contribution dans la revendication et la popularisation de la culture Amazigh et du combat pour la démocratie ainsi que pour l’introduction de la laïcité en Algérie.

Il s’oppose à la politique d’arabisation et d’islamisation de l’Algérie. Il parle le kabyle, le français, et comprend l’arabe sans l’employer. C’est un partisan de la laïcité et de la démocratie, et s’est fait le porte-parole des laissés-pour-compte et des femmes.

Le 25 juin 1998, Lounès Matoub fut assassiné sur la route menant de Tizi Ouzou à Ath Douala en Kabylie à quelques kilomètres de son village natal.

Lounès Matoub  : son chant rebelle porte encore

Il y a vingt ans, le chanteur kabyle était assassiné. Son legs politique et poétique reste intact.

Il était convaincu qu’elle avait «  une plus belle voix  » que lui. En 1996, Lounès Matoub, l’écorché vif de la chanson kabyle, avait invité sa mère, Aldjia, sur l’un de ses derniers albums, Complainte de ma mère. Deux ans après l’assassinat du porte-voix de la revendication culturelle amazighe (berbère), cette montagnarde le pleurait dans Complainte pour un fils, chant d’absence intemporel, venu du fond des âges  :

«  Rêve menteur/Rêve que me fais-tu  ?/Je vois l’aimé venir à moi dans la nuit/Je cours l’embrasser/Mais je n’étreins qu’un mur.  »

Le poète assassiné il y a vingt ans aimait éperdument la vie. Pourtant, il sentait la mort rôder. Plusieurs fois, il avait trompé la faucheuse, jouant de l’esquive, savourant cette joie du survivant empreinte de mélancolie. En 1988, alors que la jeunesse algérienne se soulevait contre la misère et défiait un pouvoir FLN vermoulu, il a manqué d’y passer. Sur la route d’Aïn El Hammam (ex-Michelet), sa voiture est interceptée par les gendarmes. Il est accompagné d’étudiants venus de l’université de Tizi-Ouzou. Le groupe transporte des tracts appelant à la grève générale. L’un des gendarmes injurie le chanteur avant de lui tirer dessus. Cinq balles à bout portant. Lounès Matoub s’effondre. Après huit mois d’hospitalisation et quatorze opérations chirurgicales, il réapparaît sur des béquilles, debout, pour un immense concert au stade de Tizi-Ouzou. Les paroles des chansons composées durant son interminable convalescence, réunies dans l’album l’Ironie du sort, sifflent comme des munitions retournées à l’envoyeur. «  Si les balles tuent/Me voilà vivant, je ne suis pas mort  !  » Dans le même opus, ces mots prémonitoires  : «  J’ai payé pour ces montagnes le prix du sang/Ma trace restera, même s’ils en ont juré l’effacement  ».

Son dernier album "Lettre ouverte aux…", paru quelques semaines après son assassinat, contient une parodie de l’hymne national algérien dans laquelle il dénonce le pouvoir en place...

Algérie. « Matoub Lounès a insufflé l’esprit de liberté à toute une génération »

Nadia Matoub, la veuve du chanteur et poète kabyle assassiné il y a vingt ans, revient sur les engagements de ce porte-voix de la démocratie, de la laïcité et de la revendication culturelle berbère.

Comment expliquez-vous l’engouement suscité par Matoub Lounès ? Est-il du à l’artiste ou à son engagement ?

Nadia Matoub. Je ne crois pas que l’on puisse dissocier, chez Matoub Lounès, l’artiste et le militant. C’est le militant qui parle à travers son art. Avec sa poésie, il a prêté sa voix au peuple. Il était l’un des chefs de file de la revendication culturelle amazighe (berbère). Beaucoup se sont sentis orphelins, privés de voix, après son assassinat. Ce qu’il donnait, il le donnait sincèrement, à travers ses chansons, ses engagements, mais aussi dans son comportement quotidien. Il donnait un amour inconditionnel, il aimait profondément son peuple et portait la mémoire de ses combats. Sa poésie touchait le cœur de ceux qui l’écoutaient, pas seulement en Algérie, mais aussi dans toute l’Afrique du nord. Sa mémoire reste encore aujourd’hui vive au Maroc, en Libye. Il n’était pas seulement un témoin de son temps : il s’est toujours placé du côté des opprimés, il a insufflé l’esprit de liberté à toute une génération.

Certains de ses détracteurs le présentaient comme un « régionaliste »…

Nadia Matoub. Il ne l’était pas du tout, on ne peut pas lui coller une telle étiquette. Bien sûr il est impossible d’omettre son attachement viscéral à la Kabylie, à ses montagnes. Mais il a chanté « Tamazgha », l’Afrique du nord berbère. Surtout, il n’a jamais cessé de chanter et de défendre des valeurs universelles : l’amour, la démocratie, la laïcité, le respect de l’autre. C’était un poète subversif, refusant l’autorité des dogmes, qu’ils soient religieux, politiques, culturels. Il se battait contre tous les conservatismes, jusqu’au sein de la société kabyle, dont il n’hésitait pas à remettre en cause les valeurs patriarcales. Il défendait l’émancipation de tous et toutes, hommes et femmes.

Quel rôle les poètes tiennent-ils dans la société kabyle ?

Nadia Matoub. Dans une société où domine l’oralité, les poèmes sont des archives. Les kabyles ont toujours donné une place centrale aux poètes. Ils sont très écoutés car ils ont un rôle de transmission du savoir, d’éveil des consciences. Autrefois, leur avis pesait lourd dans les prises de décision politique, dans l’arbitrage des conflits.

Vingt ans après la mort de Matoub Lounès, les circonstances de son assassinat, l’identité des tueurs et des commanditaires restent troubles. Peut-on encore espérer, dans cette affaire, obtenir vérité et justice ?

Nadia Matoub. C’est très difficile à dire. Je n’ai jamais cessé, et je ne cesserai jamais d’exiger la vérité. On a exécuté mon mari sous mes yeux, avec une violence inouïe. J’ai été grièvement blessée, ainsi que mes deux jeunes sœurs. Comme victime, je ne peux pas me résoudre à l’idée de renoncer à la vérité. Toute piste est bonne à exploiter pour obtenir la réouverture du dossier judiciaire. Je garde espoir.

Entretien réalisé par Rosa Moussaoui, L’Humanité


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