Migrants... (poèmes)

jeudi 27 juillet 2017.
 

Poème pour les enfants immigrés

A) Fuyant misères et tanks (Gérald Prévot)

"Ils arrivent "chez nous" sur notre monceau de terre

Voulant juste voir grandir leurs gosses loin de la misère

Voulant juste réaliser ce pourquoi ils sont nés : vivre

Ils ont traversé la mer au péril des flots, à la dérive...

Fliqués, tabassés, ghettoïsés, car nous ne voyons que menaces

Peurs médiatisées et politisées qu’ils ne prennent "notre place"...

Plutôt sauver les riches, plutôt sauver les banques

Que femmes, hommes, enfants, fuyant misère et tanks

Lavons nos cerveaux de Sarko, de Zemmour, Le Pen et TF1

Redevenons vivants et tendons nos mains à ces frères humains

Chaque parcelle de terre appartient à chacun

Migrants, peut-être le serons-nous demain..."

B) Prière laïque (Erri de Luca)

Le 19 avril 2015, au lendemain de la mort en Méditerranée de plus de 800 migrants, l’écrivain italien Erri De Luca disait à la télévision un poème en leur hommage.

Notre mer qui n’es pas aux cieux

et qui de ton sel embrasses

les limites de ton île et du monde,

que ton sel soit béni

que ton fond soit béni

accueille les embarcations bondées

sans route sur tes vagues,

les pêcheurs sortis de la nuit,

et leurs filets parmi les créatures,

qui retournent au matin avec leur pêche

de naufragés sauvés.

.

Notre mer qui n’es pas aux cieux,

à l’aube tu es couleur de blé

au crépuscule du raisin des vendanges

nous t’avons semée de noyés plus que

n’importe quel âge des tempêtes.

.

Notre mer qui n’es pas aux cieux,

tu es plus juste que la terre ferme

même à soulever des murs de vagues

que tu abats en tapis.

Garde les vies, les visites tombées

comme des feuilles sur une allée,

sois leur un automne,

une caresse, des bras, un baiser sur le front,

de père et mère avant de partir. »

C) Etranges étrangers, de Jacques Prévert

Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel

hommes de pays loin

cobayes des colonies

doux petits musiciens

soleils adolescents de la porte d’Italie

Boumians de la porte de Saint-Ouen

Apatrides d’Aubervilliers

brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris

ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied

au beau milieu des rues

Tunisiens de Grenelle

embauchés débauchés

manoeuvres désoeuvrés

Polaks du Marais du Temple des Rosiers

.

Cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone

pêcheurs des Baléares ou du cap Finistère

rescapés de Franco

et déportés de France et de Navarre

pour avoir défendu en souvenir de la vôtre

la liberté des autres

.

Esclaves noirs de Fréjus

tiraillés et parqués

au bord d’une petite mer

où peu vous vous baignez

Esclaves noirs de Fréjus

qui évoquez chaque soir

dans les locaux disciplinaires

avec une vieille boîte à cigares

et quelques bouts de fil de fer

tous les échos de vos villages

tous les oiseaux de vos forêts

et ne venez dans la capitale

que pour fêter au pas cadencé

la prise de la Bastille le quatorze juillet

Enfants du Sénégal

dépatriés expatriés et naturalisés

.

Enfants indochinois

jongleurs aux innocents couteaux

qui vendiez autrefois aux terrasses des cafés

de jolis dragons d’or faits de papier plié

Enfants trop tôt grandis et si vite en allés

qui dormez aujourd’hui de retour au pays

le visage dans la terre

et des bombes incendiaires labourant vos rizières

On vous a renvoyé

la monnaie de vos papiers dorés

on vous a retourné

vos petits couteaux dans le dos

.

Étranges étrangers

Vous êtes de la ville

vous êtes de sa vie

même si mal en vivez, même si vous en mourez .

Jacques Prévert. 1951. « Etranges étrangers » - 1951 - « Grand bal de printemps »

D) Passeport (Antoine Cassar)

Il est à toi

ce passeport

pour tous les peuples,

avec un drapeau arc-en-ciel, et l’emblème d’une oie migratrice qui tourne autour du globe,

avec toutes les langues que tu veux, officielles ou pas,

en bleu océan, rouge sang séché, ou noir charbon prêt à brûler, à toi de choisir,

amène-le où tu veux, le passage est sûr et grand ouvert, le portail sorti de ses gonds,

tu peux entrer et sortir sans crainte, personne ne te retient,

personne ne te double dans la queue, ni te renvoie en arrière, il n’y a pas d’attente,

personne ne te dit Ihre Papiere bitte, déclenchant la tachycardie avec la pâleur de son index,

personne n’écarquille ni ne plisse les yeux en fonction du produit national brut par tête de la nation que tu laisses derrière toi,


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