Construire un nouvel ordre social

samedi 11 novembre 2017.
 

Avant d’imaginer et de construire un nouvel ordre social, encore faut-il avoir des idées claires sur ce qui constitue une structure ou un fonctionnement ordonné.

L’autorité hiérarchique verticale fondée sur l’esprit de compétition ne constitue en rien une garantie d’un fonctionnement ordonné de la société.

Un nouveau paradigme est en train de naître : les structures (en réseau) horizontales fondées sur la coopération s’avèrent beaucoup plus structurantes et génératrices d’ordre social.

I – La notion d’ordre

1 – Définition lexicale.

On peut se reporter aux définitions du mot ordre : Définition Wikipédia (1)

Définition du Trésor de la langue Française informatisée (2)

Étymologie  : Du latin ordo (« rang, rangée ; classe de citoyens, succession ; distribution régulière ») Le sens d’« ordre religieux » fut premier. Le sens d’« arrangement logique » apparaît en 1155

Pour faire court : Arrangement raisonné et logique, disposition régulière des choses les unes par rapport aux autres Disposition, relation intelligible entre différents éléments pouvant être constatée ou instituée. Structure organisée construite selon certaines règles ou conventions..

2 – Ordre entropie et information.

Nous vous abstiendrons ici d’une approche mathématique de la notion d’entropie ( par exemple formule Boltzmann) et d’information (par exemple formule de Shannon) que l’on peut consulter sur Wikipédia.

On peut définir l’entropie d’un système comme étant son degré de désordre. Le second principe de la thermodynamique énonce que pour tout système isolé, l’entropie augmente c’est-à-dire que le niveau de désordre croit.

En revanche, pour les systèmes ouverts qui existent dans le monde du vivant, le degré d’ordre augmente : On définit alors l’entropie négative appelée négentropie. Dans de tels systèmes vivants (par exemple une cellule vivante), il y a échange d’énergie et d’information entre le système et son environnement. Cette fois-ci, c’est la négentreprise qui augmente. Plus un système est complexe, plus son degré d’ordre est élevé.

Une interprétation du second principe de la thermodynamique est que plus l’entropie est élevée,au niveau global, plus elle a des chances de diminuer au niveau local, ce qui signifie alors qu’il peut exister création d’ordre à partir du désordre : c’est le phénomène d’auto organisation.

On peut associer à la notion de negentropie d’un système l’information relative à ce système. L’information est alors définie qualitativement comme l’incertitude relative à à la connaissance de l’état de ce système. L’information est le contraire de l’entropie. L’augmentation de l’entropie donc du désordre peut s’interpréter comme une perte d’informations. Ainsi plus un système est ordonné, plus la quantité d’informations qu’il contient est élevée.

"Entropie, manque d’information, incertitude, désordre, complexité, apparaissent donc comme des avatars d’un seul et même concept. Sous l’une ou l’autre de ces formes, l’entropie est associée à la notion de probabilité [...] Elle caractérise non pas un objet en soi, mais la connaissance que nous en avons et nos possibilités de faire des prévisions. Elle a donc un caractère à la fois objectif et subjectif." (Voir article très intéressant de Jean Zin : entropie,énergie et information. (3) )

L’information est un moyen de lutter contre l’entropie croissante, c’est-à-dire le désordre, par ses capacités de correction d’erreurs , d’ajustement, de répétition (base de l’apprentissage), de régulation. Elle privilégie la finalité sur la causalité. Sa démarche procède par fixation d’objectifs et de résultats plutôt que par fixation sur les causes et les moyens. L’information a à la fois un caractère objectif (objectivité du système émetteur d’information – connaissance) et subjectif (travail cognitif du récepteur).

II – Les différents ordres structurant le monde et la société

1 – L’ordre du droit.

L’ordre législatif et juridictionnel qui définit le droit. L’ordre juridictionnel se sépare en deux ordres : L’ordre administratif et l’ordre judiciaire. L’ordre judiciaire se compose de sous-ordres : la matière civile et la matière pénale.

Il agit sur les deux domaines : le domaine public et le domaine privé dont il définit les contours Pour plus de détails voir notre article sur la justice en France (4)

Le domaine public contient :

L’ordre étatique  : l’État tire sa puissance comme dépositaire de la violence légitime (usage de la police et de l’armée). À l’État sont rattachés différents appareils d’État.

L’ordre des personnes morales de droit public.(5)

L’ordre territorial : communes, départements, régions, Nation (qui sont d’ailleurs des personnes de droit public).

Le domaine privé contient  :

L’ordre des grandes entreprises et sociétés privées dont les multinationales. Et plus généralement, l’ordre des personnes morales de droit privé. Voir tableau comparatif des différents statuts juridiques (6)

L’ordre des personnes physiques dont notamment les ménages fortunés et les ménages des classes populaires..

On peut avoir des précisions juridiques sur ces différentes catégories en cliquant ici (7)

L’ordre institutionnel et constitutionnel définit le type de régime politique et l’organisation du pouvoir politique dont le gouvernement. Il articule les différents ordres précédents. Il définit les rapports entre le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire. Voir par exemple la constitution du 4 octobre 1958 de la Ve République Française (8)

Les régimes politiques peuvent être de différents types : totalitaire, autoritaire, démocratique. On peut le définir à partir de la notion de souveraineté ou par la manière dont se répartissent les différents pouvoirs.(Régime d’assemblée, régime parlementaire, régime présidentiel,…)

Pour plus de détails voir cours de Paris-Sorbonne (9) . et le site Toupie (10)

La démocratie libérale ou représentative est une forme particulière de démocratie. On peut en imaginer d’autres comme la démocratie continue faisant intervenir les citoyens d’une manière continue dans la vie publique et dans la prise de décisions politiques.(11)

Les régimes politiques vont avec des moments de force et des moments de consentement. "Comme Gramsci le rappelle souvent, il faut savoir distinguer, dans l’activité politique, « le moment de la force » et « le moment du consentement ». Le moment de la force, c’est celui où un nouveau type d’État se forme, celui où une ancienne classe régnante s’accroche au pouvoir ou, plus souvent, celui où une nouvelle classe dominante assied son pouvoir. Le moment de la force, c’est aussi celui où une domination naguère bien établie est menacée ou chancelle. Bref, c’est le moment où triomphent le plus souvent des régimes politiques peu souples et peu formalisés.

Le moment du consentement, c’est celui où une domination est bien assurée et bien acceptée, grâce notamment à un régime politique souple et bien formalisé — c’est-à-dire prévisible dans ses actes, dépourvu d’arbitraire. Mais la corrélation n’est pas toujours aussi simple. Il arrive qu’un régime souple et bien formalisé sache diluer les crises politiques, étaler les réformes, aménager des transitions.…" (Robert Fossaert. La société. Tome 5. Les états)

2 – L’ordre citoyen qui tire sa puissance de ses capacités de coopération et de son niveau de conscience politique opèrant dans la société civile. Les différents partis et mouvements, associations, syndicats font partie de cet ordre. L’ordre citoyen, sans gommer toute structure verticale, se structure et agit en structures horizontales par réseaux.

3 – L’ordre représentatif.

Il est constitué de l’ensemble des élus politiques d’une part et syndicaux d’autre part.

4 – L’ordre de la domination de classe

Il contient :

4.1 L’ordre propriétaire (public / privé) tire sa force de sa puissance financière dématérialisée (produits financiers) et matérialisée en moyens de production et d’échange (terres, usines, sociétés de services, moyens d’information et de communication,…).

4. 2 L’ordre gestionnaire et de contrôle. Il s’appuie sur l’ordre administratif : il tire sa force de sa capacité d’organisation,de gestion et de contrôle et aussi de son niveau de compétence. La technostructure fait partie de cet ordre.

5 – L’ordre économique.

Il opère sur trois domaines : le domaine des entreprises privées, le domaine des entreprises publiques et le domaine des entreprises de l’économie sociale et solidaire. Ce dernier domaine est défini par la loi récente 2014 – 856 du 31/07/2014 (12)

Cet ordre économique comprend :

L’ordre du capital productif  : il contient les différentes unités de production de biens et de services matériels et immatériels des trois domaines précédents tant dans les secteurs agricole, industriel et tertiaire.

L’ordre du capital commercial de la circulation, de la distribution des biens et des services : il contient les différentes entreprises commerciales notamment de distribution pouvant opérer dans chacun des trois domaines précédents. L’ensemble des entreprises s’occupant des réseaux de distribution de tous les flux de matière, d’énergie et d’information font partie de ces deux ordres

L’ordre du capital financier  : Il comprend les sociétés financières, les banques, les compagnies d’assurances

Cet ordre économique est structuré à partir d’un certain type de mode de production. Un mode de production est défini à partir : d’un certain type de propriété et de gestion (ordre de la domination), d’un certain type de moyens de travail (outils, machines,…), d’un certain type de travailleur (esclave, serf, salarié, travailleur indépendant,…) Robert Fossaert définit 15 modes de production possibles

6 – L’ordre intellectuel ou spirituel qui contient :

6. 1 L’ordre idéologique et religieux avec ses écoles de pensée, églises, ses maîtres, ses dogmes. La philosophie en fait partie.

6. 2 L’ordre culturel  qui comprend notamment les arts et les sciences. Les appareils de formation et d’information font partie de ces deux ordres.

Les sciences étudient notamment l’ordre cosmique ou naturel. Cet ordre est régi par les lois de la nature mise en évidence par les différentes sciences (mathématiques, physique, chimie, astronomie, biologie,…). Ces lois peuvent être de nature déterministe (par exemple celles de la mécanique céleste) ou bien statistiques et probabilistes (par exemple celles de la mécanique quantique). Ces lois régissent des microstructures (biochimie,…) et des macros structures (botanique, zoologie, médecine, …)

Les sciences de l’Homme s’occupent de l’ordre anthropologique qui obéit à des règles de constructions sociales étudiées par l’anthropologie, l’ethnologie, la psychologie sociale, la sociologie. Par exemple l’anthropologue Philippe Descola met en évidence quatre types de matrice ontologique pour toutes les civilisations du néolithique à nos jours sur l’ensemble de la planète : le naturalisme, l’animisme, le totémisme, l’analogie

7 – L’ordre écosystémique met en relation tous ces ordres qui sont interdépendants : les activités humaines de nature matérielle ou spirituelle interagissant avec l’écosystème.

Les différents agencements possibles de ces ordres permettent de rendre compte des différents types de de systèmes économiques et de sociétés.

III – Les acteurs du désordre et les constructeurs d’ordre

1 – Un système économique pathogène générateur de désordre.

Le capitalisme financiarisé et mondialisé actuel fonctionne sans contrôle, échappe à toute tentative de régulation et devient totalement imprévisible : et pour cause : comme nous l’avons vu, ces principes économiques sont bâtis sur du sable. Il génère, de par sa nature même, un désordre généralisé se manifestant, d’une manière de plus en plus fréquente ,par des crises. Voir l’article Les modèles économiques utilisés par le FMI et l’UE sont bâtis sur du sable en cliquant ici.

2 – À ce désordre économique fonctionnel, s’ajoute la destruction de l’ordre social.

Chômage, précarité, multiples emplois mal payés et peu motivants, non-respect de la hiérarchie des qualifications fondées sur le diplôme et l’expérience engendrent des tensions sociales grandissantes se déployant dans un climat d’incertitude et de peur. L’entropie du système social ne fait que croître globalement.

En même temps, des initiatives locales pilotées par des associations et des collectivités locales créaient des îlots de résistance à ce délitement du lien social Ces initiatives citoyennes locales fondées sur un esprit de coopération et de solidarité sont en quelque sorte des cellules génératrices de négentropie. À la compétition concurrentielle globale génératrice de désordre se créent ainsi des espaces locaux coopératifs générateurs d’ordre. Les travailleurs sociaux, en première ligne sur le front social, par leurs actions de prévention et d’aide aux laissés-pour-compte, redonnent une visibilité et de l’espoir à des populations qui n’ont plus d’horizon. Ces travailleurs sociaux trop méconnus et souvent méprisés par les petits esprits d’une droite bornée, sont des générateurs de l’ordre social.

La glorification du consumérisme par la publicité permanente, contribue aussi à créer un sentiment de frustration pour une population dont le pouvoir d’achat est faible. Or la frustration est un facteur d’agressivité et donc de désordre. La publicité augmente donc l’entropie du système.

Remarquons toutefois que ce désordre n’est pas conjoncturel. Comme le montre le bilan du 20ème siècle réalisé par Jacques Serièys, notamment dans le paragraphe 3) La "loi capitaliste du marché" a pourri tout le 20ème siècle, ce système est générateur d’instabilité et de désordre permanents pouvant être massivement meurtrier.Voir ici son bilan

3 – Le chaos politique.

On ne reviendra pas ici sur le problème de la crise de la représentativité des élus de tous niveaux et de la perte de crédibilité massive des partis politiques. Les libéraux et sociaux libéraux par leur collusion étroite avec le milieu industriel et financier,ont perdu le sens de l’intérêt général et du bien commun en défendant prioritairement les intérêts privés des milieux d’affaires. À ce que l’on pourrait appeler une corruption systémique , s’ajoute des affaires de corruption réelle faisant l’objet d’un nombre important de recours en justice. Il en résulte aussi une décrédibilisation des institutions républicaines et d’un certain nombre d’organismes officiels censés défendre,, par exemple, la sécurité sanitaire,(comme en témoigne un grand nombre de reportages – documentaires. de France 2 et de Arte).

Ces comportements politiques créent donc un désordre institutionnel mettant en danger les fondements de la démocratie et de l’État de droit. L’entropie du système Etat ne fait que croître.

À cela s’ajoute la confusion politique : politique économique de droite d’un gouvernement dit socialiste, engagements non tenus, vol des mots et essorage sémantique. Récupération par le PS et la droite de certaines thématiques du FN, inversement, récupération par le FN de thématiques et arguments du Front de gauche. On assiste alors un véritable chaos idéologique.

Mais ce n’est pas tout : diviser pour régner, utiliser intensivement la diversion pour ne pas aborder les problèmes fondamentaux (partage des richesses produites par exemple) en opposant certaines catégories de la population entre elles sur une multitude de critères : travailleurs du privé/public ; travailleurs immigrés/travailleurs français ; titulaires/contractuels ; ; bénéficiaires d’un emploi stable contre les précaires, travailleurs bénéficiant de certains avantages sociaux contre ceux qui n’en bénéficient pas, ; "assistanat" ; "fraudeurs sociaux" ; confessions religieuses ; traditions culturelles … , …est devenue une pratique quasi –quotidienne abondamment relayée par les médias.

Cette pratique politique de bas étage, visant notamment à récupérer les voix d’un électorat en quête de boucs émissaires est particulièrement dangereuse et irresponsable en contribuant à engendrer un climat de haine pour ne pas dire de guerre civile au sein de la population. Là encore, ces comportements politiques sans foi ni loi sont des facteurs de désordre social et politique.

Ainsi, le système idéologico –politique censé légitimer le bien-fondé du système économique en place est lui-même aussi générateur de désordre et augmente l’entropie global du système.

On constate aussi que l’existence de structures hiérarchiques verticales souvent surabondantes ne constitue en rien la garantie d’une structure ordonnée ou d’un fonctionnement ordonné de la société. L’autorité charismatique a donc fait long feu si l’on se place sur le terrain de son efficacité réelle. Évidemment, un nombre non négligeable des citoyens restent attachés à cette conception archaïque.

À ce désordre, soigneusement entretenu par le maintien dans l’ignorance des populations de l’existence de solutions alternatives génératrices d’ordre, le Front de gauche et ses alliés constituent un espace de résistance à ce désordre en proposant …un nouvel ordre social dont l’Humain est le centre de gravité.et l’horizon un écosystème respecté et viable.

Le biocarburant propulseur de ce nouvel ordre social à forte négentropie est la coopération et la solidarité entre les citoyens. Cela implique aussi des structures horizontales qui sont aussi génératrices d’ordre. Il est donc souhaitable pour cette question vitale que le FDG ne faillisse pas à sa tâche.

Il convient de noter que l’action de terrain des citoyens fait émerger des phénomènes d’auto organisation pouvant se traduire, par exemple, en la création de nouvelles associations. Cette auto organisation, contrairement à une idée reçue, qui serait une expression anarchique, est en réalité créateur d’ordre et de nouveaux repères structurants. Elle créée de la negentropie.

Le système chaotique global actuel fonctionne grâce à et sur l’ignorance majoritaire du peuple : celui-ci est mal informé et peu formé politiquement. Or, comme nous l’avons vu, l’information lutte contre l’entropie c’est-à-dire contre le désordre. Contribuer à faire que nos concitoyens acquièrent une conscience politique digne de ce nom est donc aussi générateur d’ordre et de stabilité. Et là encore, il est souhaitable que le FDG ne faillissent pas à sa tâche de formation. Voir notre article : La conscience politique : clé de l’émancipation des peuples (15)

Remarque finale.

Nous n’avons pas abordé l’ordre social au niveau mondial qui fait intervenir le droit international, il faudrait alors mentionner les institutions supranationales comme l’Union européenne avec sa commission et son parlement, l’ONU, le FMI, la banque mondiale, l’organisation internationale du travail, l’Unesco pour ne citer que les principales.

Pour analyser l’ordre mondial, on peut se référer à trois ouvrages : La dynamique du système monde de Robert Fossaert (2006) téléchargeable ici

Le monde au XXIe siècle (2004) de Robert Fossaert téléchargeableici  :

L’État monde (2011) de Jacques Bidet (éd. PUF). Table des matières ici

Hervé Debonrivage


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