Hommage à Lény Escudero, la chaleur humaine en chansons

mercredi 11 octobre 2017.
 

A) Hommage à Lény Escudero, chanteur à la voix chaleureuse, à l’engagement profond, aux thèmes romantiques

Lény Escudero (de son vrai nom Joaquim Escudero) vient de décéder à l’âge de 82 ans, ce 9 octobre 2015.

Il était né le 5 novembre 1932 à Espinal en Espagne (Aurizberri en basque) d’un père gitan républicain et d’une mère républicaine d’origine marrane. Quel pédigrée dangereux dans l’Espagne des salopards, racistes, fascistes, arriérés alignés derrière Franco et le haut clergé catholique !

En 1939, la famille se réfugie en France où Lény fréquente l’école communale avant de travailler dans le bâtiment (terrassier, carreleur...).

Dès le début des années 1960, nous avons été émus, emportés par sa voix chaude et chantante, par ses paroles bien dans l’air du temps qui faisaient rimer l’amour et la conviction. Son premier album (1962) comprend des chansons devenues rapidement célèbres, en particulier parmi les jeunes comme " La ballade à SYLVIE" et " Pour une amourette".

Sur scène, il n’a besoin ni d’une orchestration savante et tonitruante comme Johnny Hallyday ni de danseuses dénudées comme Claude François. Son texte, sa voix et sa guitare captent suffisamment l’attention du spectateur.

Son répertoire est surtout marqué par la dénonciation des injustices. De 1970 jusqu’aux années 1980 malgré les années yé-yé puis le disco il continue de représenter ce que l’on appelle la chanson française à thème et il écrit et interprète notamment des textes contre les dictatures , il dénonce les injustices , la misère, le sort des minorités ...mais également des chansons remplies de poésie ou il exprime sa personnalité , parle avec pudeur de ses amours , ses espoirs mais également ses déceptions ...

Auteur-compositeur-interprète, il écrit des textes traitant de sujets souvent graves, tels que la guerre d’Espagne (album Vivre pour des idées, 1973), les dictatures, la difficile intercompréhension dans le couple, la maltraitance des habitants de notre planète (album la Planète des fous, 1977), ou encore la fuite du temps.

D’une extrême discrétion, LENY répugne à être sur le devant de la scène et utiliser sa notoriété pour défendre une cause mais cela ne l’empêche pas, sans tapage médiatique, de soutenir les SDF , les opprimés et les travailleurs en lutte.

Adieu donc, Lény... et merci. Merci au chanteur, merci aussi au militant :

- qui avait gardé ses cheveux longs des années 1960, tombant jusqu’aux épaules et son blouson noir,

- qui se flattait d’avoir "fait parfois des concessions mais jamais de compromis".

- qui avait refusé des galas lucratifs pour aller construire un hôpital au Dahomey ou une émission de télévision pour soutenir une grève des caméramen.

B) Quelques jolies chansons

Chansons de la vie, de l’amour

- La Simone https://www.youtube.com/watch?v=_Mb...

- Pour une amourette https://www.youtube.com/watch?v=h4B...

- Tu Te Reconnaîtras https://www.youtube.com/watch?v=3VS...

- Ballade à Sylvie https://www.youtube.com/watch?v=hkE...

- Si j’en ai vu https://www.youtube.com/watch?v=4Gu...

- A Malypense https://www.youtube.com/watch?v=JVm...

- Grand-Père https://www.youtube.com/watch?v=K8-...

- A celle qui viendra https://www.youtube.com/watch?v=hib...

- L’air que tu chantais https://www.youtube.com/watch?v=eRC...

- Le silence https://www.youtube.com/watch?v=YQC...

- Les amours débutantes https://www.youtube.com/watch?v=XVP...

- Un amour est venu https://www.youtube.com/watch?v=MkV...

- Nous n’aurons pas le temps https://www.youtube.com/watch?v=o9X...

Quelques chansons engagées

- Le siècle des réfugiés https://www.youtube.com/watch?v=UZl...

L’affiche rouge (chanson de Lény Escudero en video

LE SUSPECT (chanson de Leny Escudero sur le délit de faciès par la police)

- Vivre pour des idées https://www.youtube.com/watch?v=1In...

- L’an 3000 (Dis-moi, papa, comment c’était un arbre ?)

https://www.youtube.com/watch?v=SFv...

- A la primavera (à la pasionaria) https://www.youtube.com/watch?v=0T4...

- Bellaciao https://www.youtube.com/watch?v=X-F...

- El paso del Ebro https://www.youtube.com/watch?v=Kmv...

- Sacco et les autres https://www.youtube.com/watch?v=UWH...

Pour les fans de Lény

La Simone "la bohémienne" (Leny Escudero et l’orchestre gitan)

Le poing et la rose (chanson de Lény Escudero, video)

- Le vieux Jonathan https://www.youtube.com/watch?v=Azn...

- Le cancre https://www.youtube.com/watch?v=u3x...

- T’en souviens tu Sarah https://www.youtube.com/watch?v=UIi...

- Les gens qui n’aiment pas les bêtes https://www.youtube.com/watch?v=MRv...

- Ballade au fond d’une bouteille https://www.youtube.com/watch?v=tU4...

- Le bohémien https://www.youtube.com/watch?v=MBs...

C) Mourir pour des idées (paroles)

Pour bien comprendre ce texte, il faut savoir que les deux parents de Lény étaient analphabètes.

- Il était à Teruel et à Guadalajara
- Madrid aussi le vit
- Au fond du Guadarrama
- Qui a gagné, qui a perdu ?
- Nul ne le sait, nul ne l’a su
- Qui s’en souvient encore ?
- Faudrait le demander aux morts

- J’étais pas gros, je vous le dis
- Les yeux encore ensommeillés
- Mon père sur une chaise assis
- Les pieds, les mains attachés
- Et j’avais peur et j’avais froid
- Un homme m’a dit : « Calme-toi ! »
- Un homme qui était différent
- Sans arme, mais il portait des gants
- Une cravache qui lui donnait un air
- Un peu de sang coulait
- Sur la joue de mon père

- Et j’avais peur et j’avais froid
- L’homme m’a dit : « Écoute-moi
- Je vais te poser une question
- La vie de ton père en répond
- Dis-moi quelle est la capitale
- Voyons... de l’Australie Australe ? »
- Je n’risquais pas de me tromper
- On ne m’avait jamais parlé
- Des grandes villes qui ont des noms si fiers
- Une larme coulait sur la joue de mon père

- Et j’avais peur et j’avais froid
- J’ai dû pleurer aussi je crois
- Mais l’homme a eu comme un sourire
- Et puis je l’ai entendu dire
- « C’est un brave homme, coupez ses liens !
- Ton enfant tu l’éduques bien
- Car tu as le sens du devoir
- Chacun son dû et son savoir »
- Ils sont partis au petit matin clair
- J’ai couru me blottir
- Dans les bras de mon père

- Il m’a serré fort contre lui
- « J’ai honte tu sais mon petit
- Je me demandais, cette guerre
- Pour quelle raison j’irais la faire ?
- Mais maintenant je puis le dire :
- Pour que tu saches lire et écrire »
- J’aurais voulu le retenir
- Alors mon père m’a dit : « Mourir
- Pour des idées, ça n’est qu’un accident. »
- Je sais lire et écrire
- Et mon père est vivant

- Il était à Teruel et à Guadalajara
- Madrid aussi le vit
- Au fond du Guadarrama

D) La grande farce (Ainsi parlait Jésus sur son chemin de croix)

- "Enfin, je vais être ce que tu as voulu
- Voici le jour des jours, une autre humanité
- Ils vont enfin savoir pourquoi ils sont venus
- Et le prix de la vie et de l’éternité

- Je vais marcher la tête haute, me tenir droit
- Tu peux me regarder tu seras fier de moi
- Je vais chanter ton nom tout au long du chemin
- Pour leur apprendre à vivre, leur montrer le divin

- Ils peuvent me frapper et me jeter des pierres
- Ils peuvent rire de moi, de ma bouche tordue
- C’est vrai que ça fait mal sur les reins la lanière
- C’est vrai que ça fait mal qu’ils me crachent dessus

- Mais surtout n’aie pas peur, aie confiance en moi
- Je sais je vais tenir parce qu’il faut que je tienne
- Et chasser le désordre pour que ton ordre vienne
- Pour qu’ils sachent enfin qu’ils ont besoin de toi

- Mais ça fait mal tu sais, ça tourne dans ma tête
- Mais ils frappent trop fort, je n’en peux plus déjà
- Et ils chantent, ils rient, ils se croient à la fête
- Parce qu’ils ne savent pas, parce qu’ils ne savent pas

- Je ne sais pas non plus et je ne comprends pas
- Mais je ne renie rien, j’ai accepté le rôle
- Mais je ne savais pas le prix de chaque pas
- Ton dessein est trop grand, trop grand pour mes épaules

- Arrêtons maintenant et dis-leur s’il te plait
- Oui dis-leur qu’ils me laissent m’en retourner chez moi
- Surtout ne m’en veux pas, j’ai essayé tu sais
- Le chemin est trop long et trop lourde la croix

- Oh, viens je t’en supplie, viens pour que tout s’arrête
- Et dis-leur maintenant ce qu’ils doivent savoir
- Dis-leur tout si tu veux, mais maintenant arrête !
- Je vais pleurer, je vais crier, j’ai peur du noir

- Mais dis-leur maintenant, dis-leur que tu es Dieu
- Dis-leur que tu es bon, généreux et puissant
- Garde pitié de moi et regarde mes yeux
- Deux trous d’éternité et de larmes de sang

- Mais tu n’écoutes rien du haut de ton empire
- Mais je suis à leurs pieds et je vais te maudire
- Arrête maintenant ! Arrête, je n’en peux plus !
- Je vais te faire honte et me pisser dessus

- Non ça n’est pas Judas qui m’a trahi le plus
- Même trente deniers, la pauvreté est garce
- Judas criait famine, Judas marchait pieds nus
- Mais toi, dis, toi, c’est pour la sainte farce !

- Je voudrais maintenant, je voudrais qu’une femme
- Me fasse enfin crier, tout comme au premier jour
- Et tant pis pour l’enfer et tant pis pour mon âme
- Mais avant de mourir, mourir aussi d’amour

- Tu m’as fait fils de Dieu, sur l’épaule une croix
- Et moi, je voulais vivre et avoir des enfants
- Et vieillir près d’une femme qui me dirait parfois
- « Tu t’en souviens dis, tu t’en souviens d’avant ? »

- Enfin tu as gagné, enfin je me résigne
- Je vais dire les mots, tous les mots que tu veux
- Je vais jouer le jeu, je vais faire le signe
- Pour que le feu enfin me délivre du feu

- Je vais parler d’espoir et de miséricorde
- Dire qu’il n’y a que toi quand on parle d’amour
- Oui, mais je t’en supplie qu’ils tirent sur la corde
- Et qu’ils frappent plus fort et qu’ils frappent plus lourd

- Je sais que c’est la fin, que tu ne viendras pas
- Moi je suis jeune encore et je suis vieux déjà
- La parole donnée, c’est vrai j’ai cru en toi
- Mais tu veux qu’on te craigne et tu ne m’aimes pas

- Regarde-moi mon père, j’ai rempli mon office
- Je t’ai suivi en tout, jusqu’au dernier supplice
- Mais je crie maintenant, mais je crie maintenant
- Sois maudit, sois maudit jusqu’à la fin des temps !

- Oh non, je te le jure, je n’ai pas dit cela
- Oh non, je t’aime, je t’aime et je n’aime que toi
- Mais j’ai si peur, mais j’ai si peur et j’ai si froid !"
- Ainsi parlait Jésus sur son chemin de croix.


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