Mélenchon invité à l’émission "Des paroles et des actes" . Les balises du système TINA

samedi 5 novembre 2016.
 

L’emprise journalistique.

Jean-Luc Mélenchon était l’invité de l’émission politique de France 2 "Des paroles et des actes" du jeudi 26 mai 2016 en première partie de soirée. Jean-Luc Mélenchon a réagi à l’émission dans un article : "France 2 : feu d’artifice final pour le club des arroseurs arrosés" accessible en cliquant ici.

On peut revoir l’émission en cliquant ici

Nous faisons ici un résumé minuté de l’émission qui complète l’article (disponible sur ce même site) intitulé :"Manipulations médiatiques en série contre Mélenchon à « Des paroles et des actes  »" que l’on peut retrouver en cliquant ici

Cet article est tout à fait intéressant et le travail d’analyse effectué est nécessaire pour mettre en évidence les manipulations. Mais il mérite d’être complété par la mise en évidence de ce que l’on pourrait appeler une méta–manipulation finalement plus perfide et efficace encore.

De quoi s’agit-il ? L’objectif commun de tous les médias servant les intérêts de la classe dominante est de faire croire à la classe dominée qu’il n’existe pas d’alternative politique réaliste et crédible même si l’on peut attribuer au système actuel tous les défauts du monde

Ainsi, dans l’exemple qui nous concerne, il est important, dans cette optique, que les téléspectateurs ne puissent pas penser que Jean-Luc Mélenchon dispose d’un programme politique alternatif réaliste et démocratique.

Il faut donc organiser l’émission de telle sorte, c’est-à-dire fixer un cadre adapté , pour que Mélenchon ne puisse développer un projet de société et un programme de gouvernement d’une manière cohérente facilement lisible par le téléspectateur.

On évitera ainsi des thèmes au centre des préoccupations des Français : chômage, précarité, pouvoir d’achat , santé, conditions de travail, logement, transports, les inégalités, la fiscalité, fonctionnement de la justice, délinquance, immigration.

On évitera le problème fondamental du partage des richesses produites, le partage des gains de productivité, la concentration du patrimoine, la stagnation des salaires depuis 30 ans, etc.

En se référant au compte rendu de l’émission suivant, on constatera que très peu de ces thèmes ont été abordés. Le problème de la santé a été effleuré à partir de l’agriculture paysanne et un changement de nos modes de consommation , le problème de l’immigration, souvent utilisé comme thématiques de diversion, a été abordé. Un point important a été abordé à l’initiative de Mélenchon :celui de protectionnisme solidaire.

Mais aucun des autres problèmes n’a été traité : pas même celui du logement alors que la ministre du logement était présente !

La loi travail aurait été pourtant l’occasion de lui demander quelle était sa conception de la démocratie dans l’entreprise par exemple.

Jean-Luc Mélenchon est contraint par le cadre de se placer en situation défensive  : quelle est sa réaction par rapport aux conflits sociaux actuels ? Au lieu de lui demander quelle serait sa conception d’une sixième république on utilise une stratégie de diversion classique en lui attribuant d’une manière inepte des modèles (Chavez, Moralès,…). Le débat économique est orienté sur une ligne trop générale (économie européenne).

En deux heures, beaucoup de temps perdu pour les téléspectateurs en quête d’une information précise et concrète sur des problèmes socio-économiques qui les concernent directement.

Petits artisans, agriculteurs, etc., d’accord, mais les non-salariés représentent seulement 2,8 millions de personnes dans la population active alors que 89,4 % de cette population est salariée.

Quels ont été dans cette émission les représentants du salariat ?

Finalement, combien de temps Jean-Luc Mélenchon aura-t-il consacré à présenter son alternative ? 10 minutes ? Un quart d’heure ? En tout cas, moins de 25 % du temps de l’émission.

On constate ainsi qu’une manipulation médiatique s’étudie en négatif : comment est organisée une émission pour qu’un certain nombre de choses fondamentales ne puissent pas se dire ?

Voici donc un résumé de l’émission. Les temps sont fiables à une ou deux minutes près me semble-t-il.

Je place en italique les expressions que je ne partage pas mais qui sont induites par le discours des intervenants.

1 – Événementiel : les conflits récents 15 minutes

Mélenchon est-il d’accord avec le blocage d’une France plongée dans la nuit noire ?

Mélenchon est-il d’accord avec toutes les modalités d’action : blocages, violences ?

Mélenchon est-il favorable à l’amplification d’un mouvement qui s’essouffle  ?…

Mélenchon est-il d’accord avec la censure de la CGT qui empêche un journal de paraître et donc pour le respect de la liberté d’expression ?

Le présentateur David Poujadas légitime le pouvoir en place en rappelant que "le gouvernement est élu" … !

Il minimise les dernières manifestations et grèves considérant que le nombre de participants n’était pas très important et que le mouvement s’affaiblissait. Il utilise le mot blocage à la place du mot grève et même plus loin le mot chantage. Propos qui provoquent évidemment une réaction de Jean-Luc Mélenchon..

Mélenchon rappelle que François Hollande n’a pas été élu pour faire cette réforme réactionnaire du code du travail et qu’il est obligé d’utiliser le 49 – 3 pour faire passer la loi travail provoque l’opposition de la société civile. Il indique donc que ce sont les 40 membres nouveaux gouvernement qui ont bloqué certaines activités économiques.

Il rappelle aussi le problème des heures supplémentaires minorées, la souffrance au travail

Concernant la presse, il rappelle que 9 milliardaires possèdent 90 % de celle-ci.

2 – Intermède : Mélenchon au festival de Cannes 15 – 23 : 8 minutes

Thème 1 : Mélenchon la star . Jean Gabin ou le dernier des Mohicans

Cette thématique a déjà été largement utilisé pour suggérer les idées suivantes :

Peut-on croire un acteur ?

Mélenchon imbu de sa personne ?

Mélenchon veut le pouvoir ou fait du cinéma ?

Thème 2  : des étudiants "friands du personnage" mais qui ne les fait pas changer d’avis.

Une idée insidieuse est ici véhiculée : Mélenchon serait "léger en économie".

Cette petite flèche discrète inocule l’idée que Mélenchon serait incompétent en économie, sans aucune preuve évidemment.

Thème 3 : Mélenchon ne fait pas vraiment recette chez les ouvriers. Vulgaire, on ne croit pas "au grand soir" de Mélenchon, pas nombreux à suivre ses idées. Là encore des interventions très brèves non argumentées.

Mélenchon relativise à juste titre ce genre de réactions. Il insiste tout de même sur le fait que "le grand soir" ainsi suggéré ne signifie pas une révolution violente mais une révolution par les urnes et démocratiques. Remarquons tout de même que les "témoignages" sont sélectionnés ne donne pas un portrait franchement positif de Mélenchon, c’est le moins qu’on puisse dire !

3 – Interview des deux journalistes Nathalie Saint-Cricq et François Lenglet, 23mn – 59 mn : 36 minutes

Interview de Nathalie Saint-Cricq : 23–33 : 10 mn

Thème 1 :Mélenchon : l’homme seul.

Mélenchon rappelle qu’ il est pour un changement pacifique et démocratique de la constitution. Il explique pourquoi il était contre une primaire à gauche et qu’il est loin d’être seul car il a obtenu déjà plus de 105 000 signatures de soutien et des appuis de divers horizons dont de nombreux communistes. Il rappelle les votes du PCF concernant la primaire.

Interview de François Lenglet : deux thèmes . 33 – 54 mn : 21 mn

Thème 2 : : Mélenchon marche sur les plates-bandes de l’extrême droite. Mélenchon le nationaliste.(15 mn)

Le journaliste rappelle la poussée de l’extrême droite en Europe.

Mélenchon explique que cette situation résulte de la responsabilité des représentants politiques de l’union européenne qui ont mené des politiques ultralibérales provoquant précarité et chômage.

Ils ont créé l’ Union européenne en disant " sautez– vous a la gorge, que le meilleur gagne" Mélenchon affirme qu’il veut une Europe fondée sur la coopération et non sur le libre-échange, vieille théorie issue du XVIIe siècle.

Le journaliste veut créer un parallélisme entre la position du FN et celle de Mélenchon sur la question des frontières et de l’immigration.

Mélenchon rappelle qu’il est attaché à l’internationalisme dans la ligne de la tradition socialiste mais que cette notion n’exclut pas celle de Nation.

Il rappelle que la conception de la nation française est fondée sur la république et que ce n’est pas l’inverse. La nation en France n’est pas de nature ethnique.

Il se déclare pour un protectionnisme solidaire dont il explique au journaliste sur un exemple concret ce qu’il faut entendre par ce terme.

Le journaliste et David Poujadas insistent pour avoir sa position sur l’ouverture des frontières à l’immigration.

Le piège est le suivant : Si Mélenchon dit fermeture, il sera accusé de nationalisme voire de xénophobie et s’il dit oui, il sera accusé de laxisme et d’irréalisme.

Mélenchon déjoue, avec aisance, le piège en expliquant qu’il faut d’abord traiter le problème de l’immigration à la source (mettre fin aux guerres, aide au développement,…), qu’il faut avoir une attitude raisonnable d’ouverture ." Vous voulez dire) Allez tout le monde vient ! On ne peut pas être pour l’ouverture des frontières d’une manière irresponsable". En revanche il faut toujours accueillir les réfugiés politiques et ne pas expulser les gens dans la détresse. Il faut cesser de désigner comme boucs émissaires des immigrés installés et intégrés en France.

Thème 3 : Mélenchon, l’homme qui a de mauvais modèles Après l’extrême droite, la gauche d’Amérique du Sud (6 mn)

Le journaliste désigne les trois pays qu’il aurait pris, selon lui, comme modèles en Amérique du Sud et souligne que ces pays ont échoué lamentablement dans leur politique économique. Le cas du Venezuela est désastreux.

La technique utilisée ici n’est pas nouvelle : on peut même dire qu’elle récurrente et évite d’interroger Mélenchon sur sa conception de la démocratie et la sixième république.

Mélenchon explique qu’il a simplement considéré comme positives différentes politiques de lutte contre la pauvreté mais qu’il ne considérait pas ces pays comme modèle

À la 53ème minute de l’émission, Mélenchon dit clairement : "Je n’ai pas de modèle".

On frôle un incident concernant l’accusation par le journaliste que le président Moralès serait corrompu. Mélenchon réfute cette accusation. Voir l’autre article sur ce site pour plus de précisions.

À la fin de la séquence,(54ème minute) voulant encore piéger Mélenchon concernant une éventuelle préférence pour Marine le Pen, on lui pose la question : pour qui voteriez-vous au second tour en cas de duel Hollande –Le Pen ?

Évidemment , JLM ne tombe pas dans un piège aussi grossier en disant qu’il refuse de se situer dans cette situation totalement spéculative.

4 – Les deux soi-disant représentants de la société civile.20 minutes

Là encore on peut se référer à l’autre article sur ce site concernant l’ émission. On a alors des précisions surprenantes sur l’identité de ces deux intervenants.

Thème 1 : le boulanger. (Djibril Bodian) .Mélenchon contre les petits artisans.59m– 1h09 : 10 minutes

Le boulanger se prononce pour la loi travail et essaie de mettre Mélenchon dans l’embarras.

Au lieu d’interroger Mélenchon sur la précarité de l’emploi et le chômage, on l’emprisonne dans une situation très particulière. Beaucoup de temps de parole pour pas grand-chose.

Thème 2  : l’agricultrice (Céline Imart). Mélenchon contre l’agriculture familiale et quasi incompétent. en matière d’agriculture. 1H26–1h36 : 10 minutes (l’intervention de la ministre Emmanuel Coste est intercalée entre ces deux prestations)

Mélenchon rappelle qu’il est contre l’agriculture productiviste qui pollue l’eau, l’air, et les sols et qui est dangereuse pour la santé. Il rappelle qu’il est pour le développement d’une agriculture paysanne évitant le plus possible l’utilisation de pesticides. Il s’appuie sur le syndicat de la confédération paysanne.

Évidemment, à l’inverse, l’agricultrice vante les bienfaits de l’agriculture chimique en prenant Mélenchon de haut. Mélenchon a compris la manœuvre et conclu la séquence en rappelant il possède un cerveau !

5 – Emmanuelle Cosse ministre du logement 1h09– 1h25 : 16 minutes

Pas de coups tordus dans cette séquence.

Le débat intervient essentiellement sur deux points : l’économie européenne et la loi travail. Tout en reconnaissant les qualités de Cosse, il lui reproche vertement son revirement spectaculaire en faveur de François Hollande. Mélenchon fait remarquer que les lois considérées comme positive par la ministre devront être votées en 2018 alors que le gouvernement actuel a de bonnes chances de ne plus être en place.

On remarquera, chose étonnante, que le débat n’a pas porté principalement sur le logement alors que ce problème est essentiel pour les Français. .

6 – Interventions de Gérald Darmanin, maire (LR) de Tourcoing et vice-président de la région Hauts-de-Franc :1h28–1h54 : 26 minutes sur la

Thème : Laïcité. Mélenchon est-il pour la nationalisation des lieux de culte et la suppression du financement des mosquées par l’étranger ?

Le dialogue est courtois et Mélenchon très calme : il a certes devant lui quelqu’un qui veut le mettre en difficulté mais qui n’est pas agressif et fait preuve de culture historique. Il n’empêche,qu’ en marge du débat sur la laïcité, il essaie de faire ressortir quelques contradictions dans le passé politique de Mélenchon : son vote pour le traité de Maastricht, son séjour durant le gouvernement Jospin au moment de privatisations.

Une fois de plus, il s’agit d’une critique récurrente qui n’apporte rien de nouveau débat car Mélenchon s’est maintes fois exprimé sur cette question. Là encore, on remarque que l’attaque est latérale.

Mélenchon rappelle son attachement à la loi de 1905 et la nécessité de séparer toujours le politique du religieux. Un responsable d’une communauté de nature religieuse ne peut prétendre se présenter comme représentant politique de cette communauté en France. Il indique qu’il réfléchirait à la proposition de cet élu LR mais qu’il se prononce contre la nationalisation des lieux de culte.

L’émission se termine avec le bla-bla habituel sur les performances de l’invité. Cette mascarade donne à l’émission un statut de sérieux, d’objectivité et de qualité informationnelle qui n’est que fantomatique.

Hervé Debonrivage


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