20 au 26 octobre 2016 Manifestations de policiers... Révolte dans une République malade

lundi 18 mars 2019.
 

Désordres dans la Ve République

Notre introduction.

La police, comme d’autres catégories professionnelles subit les conséquences des politiques ultralibérales, affaiblissant l’État, mises en place par les gouvernements successifs depuis de nombreuses années. Réduction d’effectifs, économies sur la formation, gestion par le stress et la pression du chiffre, stagnation du pouvoir d’achat, se retrouvent, comme ailleurs, à tous les niveaux de la hiérarchie de cette profession.

Ces personnels doivent faire face a une délinquance croissante et multiforme causée par une croissance de la pauvreté et de la déscolarisation d’une certaine frange de la jeunesse, un délitement du lien social se traduisant par l’absence de repères, augmentation du grand banditisme (du trafic de drogues à la fraude financière en col blanc) et le tout plus récemment, couronné par la nécessité de faire face aux actes et menaces d’un terrorisme difficilement cernables.

À une pénurie de moyens humains et matériels s’ajoute des problèmes d’organisation et les conséquences de la quasi disparition de la police de proximité jugée trop coûteuse en moyens humains.

L’insuffisance des moyens de la magistrature aggrave encore cette situation par une application trop lente du droit pénal à laquelle s’ajoute encoren des résultats de jugements qui paressent incohérents ou incompréhensibles pour nombre de citoyens dont des policiers (lourdes peines pour certains syndicalistes, peines légères ou relaxes pour des délinquants ayant agressé violemment des policiers).

Néanmoins cette remise en cause de l’autorité judiciaire (voir la réaction de la LDH à ce fait) relayée par le Garde des Sceaux, un comble, (voir réaction du SNM) témoigne d’un état chaotique de nos institutions et de leur fonctionnement.

Et ce n’est pas tout : de nombreuses questions sont posées, non seulement par les citoyens, mais aussi par les syndicats de policiers sur la manière dont les ordres sont donnés par la haute hiérarchie et le pouvoir politique. Ce commandement problématique, la fatigue et le stress, l’insuffisance de formation d’un certain nombre de policiers ont contribué à une augmentation des violences policières injustifiées évidemment inacceptables dans un État de droit. Il en a résulté une nouvelle coupure et défiance entre une partie de la population et les policiers. Ces interrogations ont même provoqué une demande d’enquête parlementaire, demande curieusement étouffée par les médias. Voir annexe.

Le ras-le-bol, l’exaspération de nombreux policiers est à la mesure de la gravité de la situation dans laquelle ils se trouvent et leurs manifestations en témoignent de ce contexte matériel et moral très dégradé.

Les travailleurs chargés d’assurer les fonctions régaliennes de l’État sont des fonctionnaires souvent issus, excepté pour la haute hiérarchie, des classes populaires, sont responsables d’une famille et ont des revenus qui ne résultent pas de l’exploitation de la force de travail d’autrui ou de la spéculation financière. Il n’y a donc pas de raison de les opposer aux autres travailleurs, au peuple puisqu’ils en font partie. Il n’est pas forcément inutile de rappeler ces évidences.

En revanche, si ces forces ne sont pas seulement utilisées pour assurer la sécurité des citoyens et un ordre public démocratique et républicain mais sont instrumentalisées politiquement comme moyen de répression contre le peuple ou une fraction de celui-ci, elles deviennent le bras armé de la classe dominante. Même dans ce cas, sauf, exceptions, les forces régaliennes continuent d’obéir aux ordres du pouvoir en place. Dans une telle situation, un divorce s’opère alors entre le peuple ou une fraction de celui-ci et les forces de l’ordre. Ce genre d’évidence semble avoir été oubliée par le gouvernement actuel lors des manifestations contre la loi travail. Bon nombre de fonctionnaires de police non démunis de conscience politique ont parfaitement analysé la situation et ont compris la dangerosité de ce divorce non seulement en désolidarisant la population de la police (et inversement) mais pour la démocratie elle-même.

Du coup, en raison de tous ces éléments, les fonctionnaires de police se sentent bien seuls : abandonnés par leur hiérarchie et l’autorité de l’État, incompris des magistrats, critiqués par la population.

Tout cela explique le caractère exceptionnel des manifestations actuelles de policiers que nous avons de nombreuses raisons de soutenir.

Expliquer ces manifestations par une instrumentalisation du Front National est un écran de fumée servant à masquer les raisons réelles de ce mouvement social.

Voici maintenant quelques analyses concernant le mouvement social de la police.

1) Mélenchon soutient les manifestations de policiers

.

Vidéo 21/10/2016 http://melenchon.fr/2016/10/21/a-pr...

2) Cinq articles de presse.

a) Manifestations de policiers : « On veut seulement qu’on nous laisse faire notre travail »

Source : 20 minutes . 25/10/2016 http://www.20minutes.fr/societe/194...

Les jours ont passé, depuis la première manifestation policière lundi dernier, (17/10/2016) et la mobilisation à travers la France n’a pas faibli. Quatre fonctionnaires témoignent de leur quotidien auprès de 20 Minutes. S’ils ne sont pas d’accord sur tout, ils dénoncent la politique du chiffre, le manque de moyens, et réclament, entre autres, une politique pénale plus sévère ou encore une meilleure utilisation des effectifs.

Michel : « Ils veulent faire baisser le sentiment d’insécurité mais pas l’insécurité » « Actuellement, on préfère arrêter 100 personnes avec 1g de shit plutôt qu’une seule avec 10kg. On n’est pas contre les stats, mais tout est basé sur le chiffre, parce que ça équivaut à une grosse prime pour la hiérarchie. Officiellement, le quota n’existe pas, mais on rappelle aux collègues qu’ils doivent prendre plus d’initiatives : plus de contrôles routiers, d’alcoolémie, de vitesse, d’identité. Et surtout plus de verbalisations. L’autre problème, c’est que dès qu’il y a une absence, on rappelle un collègue en repos. On préfère enlever aux effectifs de nuit pour augmenter des brigades de sécurité routière, au mépris de notre sécurité. On augmente ainsi les verbalisations, donc les stats.

Le gouvernement, celui-ci comme les autres, veut faire baisser le sentiment d’insécurité mais pas l’insécurité. Pour regagner les zones de non-droit, il faudrait qu’on s’y mette tous : police, justice, impôts. Pour que ça bouge, il faudrait que les mouvements spontanés se multiplient. »

Alban : « Il faut restaurer l’image de la police, les gens ne nous respectent plus » « On a le sentiment de ne pas être écoutés ou compris par notre hiérarchie et les responsables politiques. Le sentiment anti-policier a toujours existé, les actes anti-policier aussi… Mais dans un contexte politique tendu, avec les attentats et les manifestations contre la loi Travail, l’impunité de certains agresseurs est mise en valeur. J’ai fait de la sécurité publique dans des endroits difficiles. Pour moi, l’un des problèmes, c’est le sentiment d’impunité de certains. On arrête des mecs qui ressortent et recommencent, car les prisons sont devenues des universités du crime, faute de moyens

Fin de l’article

b) Manifestations de policiers : les syndicats peinent à rassembler

Les syndicats appelaient mardi à dénoncer notamment le « laxisme » de la justice à l’égard des agresseurs des forces de l’ordre.

Source :Le Monde.fr . 25.10.2016

http://www.lemonde.fr/police-justic...

Des policiers qui manifestent à l’appel des syndicats, le 25 octobre à Rennes (Ille-et-Vilaine). Ils voulaient reprendre la main sur le mouvement de grogne des policiers. Les syndicats ont pourtant peu mobilisé, mardi 25 octobre. Alliance (premier syndicat de gardiens de la paix), Synergie Officiers, l’UNSA et des syndicats de commissaires (SCPN, SICP) ont appelé à « des rassemblements silencieux » devant les palais de justice, chaque mardi de 13 heures à 13 h 30.

Mais en ce premier mardi de protestation, peu ont répondu à l’appel : les policiers étaient environ 150 à Paris, une centaine à Bobigny (Seine-Saint-Denis), une quarantaine à Lille et Toulouse, une trentaine à Marseille et Lyon, une cinquantaine à Rennes et Carcassonne, une vingtaine à Rouen et Ajaccio, une quinzaine à Strasbourg.

En parallèle, les manifestations qui se déroulent hors cadre syndical chaque soir depuis neuf jours un peu partout en France, elles, rassemblent. Ils étaient encore quelques centaines de policiers lundi soir à Paris, entre 200 et 300 à Toulouse, ou 300 à Béthune (Pas-de-Calais). Ces policiers protestataires ont par ailleurs appelé à manifester mercredi devant l’Assemblée nationale. Ils réclament notamment plus d’effectifs et de moyens matérielsFin de l’article

c) Les policiers mettent la pression avant leur rencontre avec François Hollande

Source : Le Figaro du 26/10/2016 http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2...

d) Le « plan de sécurité publique » du gouvernement pour calmer la fronde des policiers

Source : Le Monde. 26/10/2016 http://www.lemonde.fr/societe/artic...

e) Les revendications tous azimuts des policiers

Source : L’Humanité . 26/10/2016 http://www.humanite.fr/les-revendic... Extrait de l’article :

…«  Des modes de management très violents  »

En revanche, dans les tracts officieux, distribués dans les manifestations, les choses se précisent. Les policiers réclament, tous azimuts, une révision des textes de légitime défense, un matériel renouvelé, une augmentation des effectifs et des salaires, une justice non laxiste, la rupture avec la politique du chiffre, la fin des gardes statiques inutiles, entre autres. La liste déroule ainsi trente-deux revendications, mêlant les problèmes structurels et les postures idéologiques, liées à une plus grande souplesse dans l’utilisation de l’arme. Ce que réclame depuis des années le syndicat Alliance (premier syndicat de gardiens de la paix), soutenu fermement par la droite et le Front national.

C’est bien le mélange de toutes ces exigences qui finit par brouiller le message. « Nous savons bien que des réseaux d’extrême droite existent dans la police, ce n’est pas nouveau. Et qu’ils instrumentalisent la colère, c’est évident », explique Fabien Guillaud-Bataille, responsable du secteur police et justice au PCF. Il ajoute  : « La police est travaillée par les sillons les plus ­régressifs, dont certains viennent de leurs propres syndicats, comme ­Alliance, qui appelle à manifester devant les tribunaux. » Mais, pour le responsable ­communiste, « cela ne doit pas occulter les racines de ce mouvement, liées à des conditions de travail objectivement insoutenables. Ils subissent, comme les autres services publics, la politique du chiffre et des modes de management très violents ». Dans un communiqué commun de la FSU Intérieur police et CGT Intérieur, le constat sur les conditions de travail est le même. « Il est temps d’ouvrir une véritable discussion avec tous les syndicats de policiers et pas seulement les “majoritaires”, et de lancer enfin un Grenelle sur les métiers de la police pour sortir de cette impasse vers laquelle notre profession se dirige. »

Fin de l’article

3) Réactions des syndicats des fonctionnaires de police.

a) Communiqué de la CGT – police

Source : site de la CGT police http://www.police.cgt.fr/IMG/pdf_25...

La CGT-Police partage les revendications des collègues dans la rue :

- Réforme de la légitime défense pour éviter que ce soit la loterie au tribunal et qu’elle soit applicable dans la réalité et pas seulement en théorie. Car nous on ne vit pas en théorie.

- Donner plus de moyens à la Justice pour que les criminels et délinquants exécutent leurs peines complètement. Aujourd’hui on risque plus de prison pour un excès de vitesse que pour le vol d’une voiture.

- Supprimer le remplissage chronophage de statistiques pour faire notre boulot de terrain.

- Des renforts de personnels de tous corps (administratifs, techniques, ouvriers d’état, CEA, officiers et commissaires). Ré humanisons la police.

- Augmentation du point d’indice pour ne plus être des smicards camouflés par des primes. Revoir la répartition des primes annuelles qui son de 300€ pour un CEA et de plusieurs dizaines de milliers d’euros pour un patron.

- Que l’administration mettre à notre disposition le matériel que nous achetons sur nos deniers pour faire nos missions.

- Des véhicules en nombre suffisant, ainsi que des locaux salubres et aux normes.

- Déroulement de carrière, qui ne soit plus un chantage des syndicats et passage au grade de brigadier dès la réussite de l’examen.

- Une protection de nos familles.

- Des cycles de travail qui nous permettent de nous reposer et d’avoir une vie perso.

- Arrêter de nous faire faire des heures supplémentaires jusqu’à épuisement.

- Fin de la double sanction administrative et pénale.

- Des formations régulières, en adéquation avec nos missions, à commencer par les 2 heures de sport obligatoire par semaine.

- Une refonte des services de renseignement, pour qu’ils travaillent efficacement et qu’ils servent à déployer autres les collègues à des endroits utiles.

En parallèle de ces manifestations la CGT-Police relaie les idées des collègues en manifestation, qu’elle partage et soutient, quant à la rédaction de rapports pour :

- refuser d’utiliser des véhicules, qui ne sont plus aux normes ;

- refuser de travailler dans des locaux insalubres ;

- demander le matériel en adéquation avec nos missions ou en pas les assurer ;

- dénoncer les missions contraires à l’intérêt collectif ou complètement idiot, comme surveiller une caméra de surveillance ;

- demander des gilets pare-balles non défectueux

Fin du communiqué.

b) Interview du syndicat Alliance

http://www.alliancepn.fr/media/show...

c) Interview de l’UNSA–police 

voir vidéo http://unsa-police.fr/

d) Position du syndicat des officiers de la police nationale Synergie

http://www.synergie-officiers.com/I...

Page d’accueil : http://www.synergie-officiers.com/

e) Réaction de SGP Police – FO

Source : site Internet de de ce syndicat : http://www.unitesgppolice.com/unit%...

UNITÉ SGP POLICE reçu à l’Elysée 26 octobre 2016

Une délégation UNITÉ SGP POLICE composée d’Yves LEFEBVRE, secrétaire général, et de ses deux adjoints était reçue par François HOLLANDE, en présence du Ministre de l’Intérieur et des autres organisations syndicales représentatives.

Le Président de la République a confirmé avoir entendu la colère des policiers et sa volonté de mettre fin au conflit actuel en faisant de nouvelles propositions.

Si UNITÉ SGP POLICE peut noter certaines avancées et la prise en compte de certaines de nos demandes, celles-ci ne répondent pas encore pleinement à l’attente des policiers.

– Un budget de 250 millions d’euros

– Patrouilles à 3 sur zones sensibles

– Légitime Défense : Mise en place d’un groupe de travail

– Anonymisation : Non identification du fonctionnaire

– Commissariats Insalubres : Plan de rénovation bâtimentaire – Tâches indues : Abandon partiel – Outrages : Alignement des peines sur celles des magistrats

– Parc auto : Rénovation et adaptation

– Gratuité Transports : Réflexion et négociation avec la SNCF

Mais :

– IRP / PRE : Pas de réforme

– Salaires : Pas de revalorisation indiciaire ni mesures indemnitaires

– A.S.A. : Toujours pas rétabli pour TOUS les parisiens

– Formation : Manque de perspective

– Politique du chiffre et méritocratie : Pas de fin annoncée

Pour UNITÉ SGP POLICE, ces nouvelles propositions marquent une avancée mais ne répondent pas à toutes les attentes des policiers et ne remplissent pas les conditions d’un protocole additionnel.

UNITÉ SGP POLICE prend acte de ces propositions mais la colère et le malaise des policiers sont profonds et, seule une application réelle et rapide de ces mesures notamment en matière de protection des fonctionnaires et d’évolution de la légitime défense pourrait commencer à les apaiser.

Fin du communiqué

f) Rappelons que le 14 octobre 2015, un rassemblement de ras-le-bol des commissaires de police avait déjà eu lieu

. En lisant la publications "La tribune du commissaire" d’octobre 2015 du syndicat largement majoritaire de cette profession, le Syndicat des Commissaires,de la Police Nationale (SCPN), on comprend aisément les raisons de la colère qui ne date donc pas d’hier. Lire ici la publication http://le-scpn.fr/wp-content/upload...

4) Réactions des organisations syndicales de magistrats

.

a) Réaction de l’union syndicale des magistrats (USM, majoritaire)

Policiers devant les tribunaux Si l’USM comprend et soutient le mouvement de protestation des policiers, elle ne peut admettre que celui-ci désigne la justice comme responsable de ses maux.

Source : site de l’USM.  http://www.union-syndicale-magistra...

Communiqué du 21 octobre 2016

L’Union syndicale des magistrats rappelle qu’elle a toujours soutenu les services de police et de gendarmerie dans leurs revendications en faveur de moyens renforcés et d’une meilleure prise en compte de leur sécurité.

Les magistrats travaillent au quotidien avec les policiers et les gendarmes qui connaissent, comme eux, des conditions de travail extrêmement dégradées. L’USM rappelle que, malgré l’augmentation de leurs missions, les forces de sécurité ont subi depuis une décennie des suppressions massives d’effectifs, que les recrutements récents n’ont que partiellement comblées. Elle soutient leurs demandes de réformes en vue d’une simplification des règles de procédure pénale, dans les limites évidentes du respect des droits de la défense.

L’USM comprend le malaise profond une fois de plus exprimé par les forces de sécurité. Les magistrats ne sauraient toutefois en être tenus responsables.

Elle rappelle que le laxisme supposé de la Justice ne correspond à aucune réalité, le nombre de personnes détenues ayant atteint son plus haut niveau historique le 1er juillet dernier.

Si les policiers estiment que la loi est insuffisamment protectrice de leurs intérêts et qu’ils ne disposent pas des moyens leur permettant d’assumer efficacement leurs missions, il leur appartient de s’adresser aux parlementaires et au gouvernement. Les policiers qui expriment leur colère ne doivent pas se tromper de cible. L’appel à manifester devant les palais de justice est une tentative de pression sur les juges, inacceptable dans une démocratie, qui porte gravement atteinte à la séparation des pouvoirs.

L’USM demande depuis des années une table ronde commune avec les syndicats de policiers pour envisager des améliorations. Elle rappelle que la justice et la police ont des missions différentes mais complémentaires qui contribuent à la paix sociale. Nos institutions doivent continuer d’oeuvrer ensemble. Les opposer ne peut que nuire à l’Etat de droit.

Fin du communiqué.

b) Réaction du syndicat national de la magistrature (SNM)

De quoi Jean Jacques Urvoas est-il le ministre ?

Source : site du SNM http://www.syndicat-magistrature.or...

Communiqué du Syndicat de la magistrature en réaction aux annonces faites par Jean Jacques Urvoas après sa rencontre avec les organisations syndicales de police

Communiqués de presse, publié le 20 octobre 2016,

Au jour de sa nomination, certains avaient perçu la déception d’un ministre se rêvant à l’intérieur et prêt à placer justice et police sous une même tutelle. Sans même réunir le Congrès, le garde des Sceaux engage cette révolution institutionnelle en se faisant le ministre de la police.

Qu’un garde des Sceaux se préoccupe des moyens humains et matériels (dés)affectés aux services de police judiciaire, des priorités absurdes qui leur sont imposées au nom d’une certaine conception de la sécurité publique et de leur activité, rien d’illégitime, bien au contraire.

Qu’il embraye le pas à des manifestations nocturnes aux arrière-pensées politiques évidentes pour sommer la justice de rendre des comptes, et le Rubicon est franchi !

Dans un communiqué de presse publié dans la nuit, Jean Jacques Urvoas, sans désemparer, annonce rien moins que de nouvelles instructions de politique pénale pour recommander « la plus grande fermeté » contre les atteintes aux personnes dépositaires de l’autorité publique. Le ministre reprend ainsi à son compte le discours simpliste et accusateur sur le prétendu laxisme de la justice, oubliant de mentionner, par exemple, que chaque année le nombre de personnes condamnées pour outrage et rébellion - plus de 15 000, souvent en comparution immédiate - dépasse largement le nombre de personnes qui le sont pour des délits économiques et financiers ou que la durée moyenne d’incarcération n’a cessé d’augmenter au cours des dernières années. Où est le laxisme ?

En faisant publiquement le lien entre une nouvelle circulaire de politique pénale et la transmission des statistiques pénales aux organisations syndicales de policiers, il se fait le relais des pressions exercées sur la justice par ces démonstrations musclées. Décidément, quand il est question d’indépendance de la justice, les règles institutionnelles les plus élémentaires n’ont rien d’évident au plus haut niveau de l’Etat…

Après les juges, ce sont les droits des justiciables qui font les frais de l’opération médiatique. Protection illusoire contre les agressions, l’anonymisation généralisée des procès-verbaux annoncée par le ministre porte atteinte tant au contrôle de l’autorité judiciaire sur les procédures qu’à l’exercice des droits de la défense. Quant à la « simplification » des procédures, elle se poursuit : entre paperasse et garanties procédurales, le ministre a choisi son camp. Ministre de la justice, avez-vous dit ?

Fin du communiqué

5) Réaction de la Ligue des Droits de l’Homme.(LDH)

du 25/10/2016

Police et société : ouvrir le débat

Les manifestations de plusieurs centaines de policiers, en dehors du cadre syndical et avec leurs armes, attestent du malaise profond de ce corps mais aussi d’une démarche de nature à questionner les institutions de la République, notamment quand certains d’entre eux s’en prennent à l’autorité judiciaire.

Source : site de la LDH http://www.ldh-france.org/police-so...

Les agressions d’une extrême gravité qui sont à l’origine de ce mouvement s’inscrivent dans un contexte d’état d’urgence épuisant et qui va se dégradant. D’autant que dans le même temps, les forces de l’ordre ne disposent pas des moyens de terrain suffisants à exercer pleinement leur mission. La justice, il faut le rappeler, n’est pas mieux traitée en termes de moyens. Le gouvernement engrange ainsi les conséquences de choix reprenant les orientations antérieures qui exaltent les valeurs d’ordre et de sécurité, mais négligent le travail de proximité de la police et sous-estiment l’organisation et le niveau des moyens alloués.

Cette situation ne laisse pas d’être préoccupante ; en effet, « La garantie des droits de l’Homme et du citoyen nécessite une force publique » (article 12 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen) et la démocratie a besoin de forces de l’ordre reconnues et appréciées par la population comme étant au service de la collectivité. De fait, ce ne sont pas simplement les moyens dont disposent les forces de l’ordre qui doivent être réévalués, mais également les conditions de leur emploi et les doctrines d’intervention.

Le mouvement actuel montre qu’au-delà des questions matérielles, le renforcement constant des pouvoirs de police n’a pas apporté de réponses utiles à ces questions. C’est une des raisons pour laquelle la LDH avait entamé une concertation avec l’ensemble des syndicats de police, concertation qui n’a pu malheureusement aller jusqu’au bout en raison du refus de certains d’entre eux.

La LDH poursuivra ses efforts en ce sens et appelle à un débat public, incluant tous les acteurs, institutionnels, syndicaux et de la société civile, sur les missions et les conditions d’emploi des forces de police.

Paris, le 25 octobre 2016.

Fin du communiqué

Annexe : liens Debonrivage

Les forces de l’ordre et les mouvements sociaux en France. http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Enquête parlementaire sur le maintien de l’ordre durant les manifestations contre la loi travail  http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Hervé Debonrivage


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