Comprendre ce qu’est la "France insoumise"

jeudi 20 avril 2017.
 

France insoumise fait partie du processus de reconstruction du peuple.

Petit commentaire concernant l’article : "C’EST LE PCF QUI EST EN DANGER (par Francis Parny)" http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Au-delà d’une conception électoraliste, France insoumise fait partie du processus de reconstruction du peuple.

Je suis globalement d’accord avec l’analyse de Parny mais lorsqu’il dit, concernant la France insoumise : "…une force qui accueille celles et ceux qui se situait à gauche et qu’on ne peut accuser d’avoir rejoint le camp d’en face" il obéit à un vieux réflexe partisan quelque peu simplificateur.

La France insoumise ne doit pas se réduire à accueillir les "déçus du « socialisme »", les progressistes qui rejettent des apparatchiks du PCF, du PS, de EELV ou ceux qui votent "divers gauches" ou quelconque humaniste en quête de repères, mais accueillir aussi des personnes qui n’ont jamais voté ou qui se sont pour la plupart du temps abstenus ou voté blanc.et même parfois avoir voté FN par colère et désespoir faute d’avoir pu connaître le FdG effacé par les médias et qui découvrent récemment l’alternative portée par Mélenchon.

Et là, Parny a raison : " nous pouvons contribuer au rassemblement des couches populaires dans un tel cadre." Les recherches sociologiques contemporaines concernant les classes populaires montrent que celles-ci ont été abandonnées ou se sont senties abandonnées par les organisations syndicales et politiques de gauche. Majoritairement, elles se sont réfugiés dans l’abstention une partie, certes minoritaire, mais non négligeable, dans le vote FN. Je ne vois pas pourquoi il faudrait considérer ces gens désespérés comme des pestiférés. Ils ont leur place dans la France Insoumise à partir du moment où ils en connaissent et acceptent le programme "L’avenir en commun".

L’éducation populaire doit aller à la rencontre de tous ces travailleurs des classes populaires qui ont été dépolitisés et trompés notamment par le rôle néfaste des médias.

Je comprends la perplexité de certains lecteurs en lisant ces lignes mais je ne développerai pas ici une argumentation qui va dans ce sens puisqu’elle a été développée par la professeure de philosophie politique Chantal Mouffe lors d’une conférence avec Jean-Luc Mélenchon que l’on peut retrouver en cliquant ici  : Pour accéder rapidement à cet argumentaire il vous faut placer le curseur de la vidéo à 1h21.

En écoutant la totalité de cette conférence on comprend la philosophie politique qui est à la base de la construction du mouvement aanglaisFrance insoumise" qui fait partie du processus de reconstruction du peuple. La définition discriminative à priori d’un peuple de gauche : « nous » et d’un peuple de droite : « eux » à une époque où la notion même de gauche a volé en éclats et la notion de peuple a été magmatisée à l’image de la pulvérisation des liens sociaux par le Karcher de l’ultralibéralisme n’est plus vraiment opérationnelle.

Cela ne signifie évidemment pas qu’il n’existe plus de différence philosophique et économique entre valeurs de gauche et valeurs de droite. Cette soit disante dissolution constitue d’ailleurs un fonds de commerce pour un certain nombre de personnalités politiques dont celles du FN.

Comme l’explique cette conférence, l’objectif est précisément de reconstruire le peuple notamment en réunissant une assemblée constituante. La France insoumise est un préalable à cette construction.

Il ne s’agit pas d’opposer peuple de droite (eux) et peuple de gauche (nous) comme le ferait volontiers un André Chassaigne, mais d’opposer le peuple producteur de richesses exploité et dominé (nous) et l’oligarchie économique et financière dominante et exploiteuse (eux). La conférence explique qu’il existe qu’une fraction du peuple qui considère la liberté comme principe premier, primat sur lequel s’appuie le libéralisme originel et une fraction du peuple qui considère comme un principe premier l’égalité, primat sur lequel s’appuie le socialisme. Le principe de fraternité relie ces deux principes et permet la synthèse républicaine assurant la cohésion démocratique liberté – égalité – fraternité du peuple au-delà de ses contradictions en évitant une guerre civile permanente.

Mais au-delà de l’intérêt général d’un peuple il existe encore un principe supérieur : celui de l’intérêt général humain et la survie de l’espèce humaine. Et précisément, l’écologie politique est la prise en compte de cet intérêt général humain qui constitue à la fois la fondation et le toit de la construction démocratique du peuple. C’est tout le mérite de Jean-Luc Mélenchon d’avoir cette vision politique globale. Les représentants de EELV n’ont pas intégré dans leur écologie politique le concept de république, raison pour laquelle, par incompréhension le républicanisme de Mélenchon est considéré comme étatisme, colbertisme et autres inepties..

Le programme de la France insoumise "L’avenir en commun" est clairement un programme contenant des valeurs de gauche mettant en avant des principes d’égalité et de justice se déclinant sur le plan économique et social : partage des richesses produites, limitation des hauts revenus, etc. Mais il contient des valeurs libérales comme la liberté d’expression, la liberté de conscience renforçant notamment la liberté d’expression des journalistes le secret des sources, limitant les pouvoirs des services de renseignement, etc.Ce programme ne prétend pas non plus abolir l’économie marché.

""L’avenir en commun" n’est ni un programme de socialisme étatique, ni un programme de socialisme autogestionnaire même s’il accorde une importance à l’État et aux entreprises coopératives autogérées. Ce n’est pas non plus un programme libéral quand on examine son programme économique qui ne fait d’ailleurs pas de la concurrence et de la compétition le moteur de tout développement économique. Le principe de fraternité se concrétise par la mise en avant de la coopération économique et culturelle entre les groupes humains,les peuples et les nations ; il privilégient la résolution des conflits par la négociation pacifique plutôt que par la guerre.

Rappelons aussi ce que nous avons déjà dit dans un article précédent : France insoumise n’est évidemment pas un parti, pas plus qu’un cartel de partis. Pour reprendre une expression de Mélenchon appliquée au peuple : France insoumise "n’a pas de bord"..

Un tel programme n’a donc pas pour mission d’exacerber les clivages pouvant exister au sein du peuple mais au contraire de préserver sa cohésion, bref comme dit Mélenchon, il faut fédérer le peuple et cela devient urgent. En effet., surfant sur le délitement des liens sociaux et notamment sur l’affaiblissement des organisations de défense des travailleurs et des usagers, la plupart des responsables politiques ne cessent de créer des fragmentations, des oppositions entre différentes catégories sociales. Identité, ethnicité, religiosité, rivalités, etc. sont les ingrédients de leur nourriture politique journalière véhiculée avec gourmandise par leurs serviteurs médiatiques.

Bienvenue dans le mouvement "France insoumise " !

Hervé Debonrivage


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