À France Culture L’Avenir en commun n’existe pas

jeudi 6 décembre 2018.
 

Le refoulement des rapports de classe.

Répondre à toutes les entreprises de neutralisation par les médias du courant politique porté par Mélenchon et France insoumise nécessiterait plusieurs postes de rédacteur à temps complet à la France insoumise. On peut néanmoins repérer quelque cas significatifs et représentatifs de ce travail de sape. Comme l’a déjà fait d’ailleurs l’association Acrimed (voir annexe).

Si le programme l’avenir en commun et les mécanismes de sa mise en œuvre étaient connus par le plus grand nombre, il y a de fortes chances que Mélenchon serait devenu président. Tout est donc mis sur pied pour que ce programme ne soit pas connu : silence, toutes sortes de diversion, personnalisation à outrance sur Mélenchon.

Nous étudions ici un cas intéressant, puisqu’ y est instrumentalisée l’autorité d’un universitaire avec confusion des genres pour neutraliser Mélenchon. L’interview relatée ici a eu lieu entre les 2 tours de l’élection législative 2017.

Station concernée : France Culture

Titre et date : "Au lendemain du premier tour, où est la gauche ?"

La grande table . 2ème partie. Le 12/ 06/ 2017

Journaliste responsable de l’émission : Olivia Gesbert

On peut écouter l’émission en cliquant sur le lien suivant

https://www.franceculture.fr/emissi...

Mon commentaire concernant cette émission se déroule sur 3 plans :

1 ) Le comportement des journalistes à l’égard de l’invité André Burguière, historien, et à l’égard des auditeurs d’une chaîne de service public. 2) Des observations concernant certains propos tenus par l’ invité. 3) Ce que des auditeurs par nature de cultures philosophique et politique diverses peuvent attendre d’une station culturelle de bon niveau du service public.

Olivia Gesbert présente l’intervenant André Burguière comme un historien. Certes il l’est mais dans ce cas, on peut être très étonné du caractère très approximatif, pour ne pas dire partisan, des propos tenus par celui-ci (vers la douzième minute de l’émission), lorsqu’il aborde la position de Mélenchon.

L’intervenant parle d’un discours de Mélenchon se rapprochant de la rhétorique communiste des années 1950.

Sachant que Mélenchon n’a jamais appartenu au PCF et a été membre du PS pendant plus de 30 ans, un journaliste indépendant et réactif devrait alors poser cette question : "que voulez-vous dire par là ?"

En effet, ce genre de précision est nécessaire, car si l’on se réfère aux différents meetings de Mélenchon, on s’aperçoit que les thématiques d’aujourd’hui abordées n’existaient pas dans les années 1950. Par exemple, la transition énergétique, la sortie du nucléaire,, plus généralement les enjeux écologiques, le capitalisme financiarisé, les traités européens…Alors de quoi parle-t-on ?

D’un discours portant sur le pouvoir d’achat, les conditions de travail ? Cela n’a rien de particulier à un discours communiste, c’est celui de nombreux syndicalistes

Un discours de classes opposant la grande bourgeoisie aux classes populaires ? Alors en effet, sur cette question sensible pour les socialistes réformistes, ce rapprochement reste vrai … comme le confirment d’ailleurs les études récentes de Piketty sur les inégalités de revenus (et de patrimoine), de Michel et Monique Pinçon Charlot sur la grande bourgeoisie française, comme le suggère la publication par la revue marxiste Challenges chaque année de la liste des 500 premières fortunes françaises ?

Apparaît alors clairement, non pas l’historien, mais le sympathisant militant PS qui, rappelons-le, a appelé à voter Ségolène Royal en 2007.

Qu’il considère que Mélenchon et France Insoumise (qu’il oublie de citer) ne puissent constituer un pôle suffisant pour l’avenir de la "gauche" c’est tout à fait son droit de le penser. L’avenir nous le dira.

Une méconnaissance profonde du programme L’avenir en commun :

Mais que l’on considère (« ses perspectives sont sans avenir véritable pour la gauche, à cause de son "souverainisme" et de son supposé anti–européanisme) la ligne politique de Mélenchon comme conduisant tout droit au FN, témoigne d’une méconnaissance totale (voire d’un mépris affiché) du contenu du programme "l’Avenir en commun" de France Insoumise et de la philosophie politique qui le sous-tend.

On peut être encore étonné qu’une affirmation aussi gratuite et aussi violente n’ait pas fait l’objet de la moindre question de la journaliste et de son collègue alors que près de 20 % des suffrages exprimés lors du premier tour de la présidentielle se sont portés sur Mélenchon.

On aurait pu au moins demander la précision : "Vous considérez donc que la politique de Mélenchon rejoint celle de l’extrême droite ?"

C’est considérer d’une certaine manière que les quelques 7 millions d’électeurs qui se sont portés sur Mélenchon sont des imbéciles et environ 20% des auditeurs, des demeurés.

En utilisant le vocabulaire souverainiste, que Mélenchon n’utilise jamais, on entretient ici la confusion entre l’idéologie souverainiste de de l’extrême droite et le protectionnisme solidaire de Mélenchon.

Il n’y a d’ailleurs pas une ligne mais cinq lignes qui constituent la politique globale de France insoumise.

Voir : France insoumise : les cinq lignes de front du penser global.

http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Il est vrai que l’ensemble des médias (y compris France Culture) a tout fait pour rendre inconnu du grand public ce programme.

Les temps de parole et d’antenne de Jean-Luc Mélenchon sur France Culture entre le 1er février 2017 et la veille de la campagne officielle ont été de : 02:14:43 et 03:24:15 soit 2 fois moins que le temps de Marine Le Pen !

Qu’importe pour France Culture, que l’Avenir en commun ait été considéré par Amnesty international comme le programme le plus protecteur pour les libertés et que le statut des journalistes proposés par ce même programme sécurise l’emploi des journalistes et les rendent plus indépendants. Il n’y a de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

Cette mise à l’écart de l’Avenir en commun n’a évidemment pas eu lieu pour le cas de la bien vieille idée « neuve » du revenu universel (ou revenu d’existence de base) qui a fait l’objet d’une promotion médiatique en plusieurs vagues depuis avril 2016. France Culture a participé pleinement à cette promotion de Benoît Hamon par ce biais à plusieurs reprises. Pour ne pas charger cet article, nous ne publions pas ici l’ensemble des liens renvoyant à ses émissions

Mélenchon anti européen ?

Notre historien invité considère Mélenchon comme anti-européen. S’il fait référence à "la normalité de l’Europe" qu’il mentionne rapidement sans autre précision et qui n’est rien d’autre que l’Europe libérale : oui en effet Mélenchon est anti-européen

Le seul totem qui reste aux socialistes en déshérence idéologique depuis les années 1985 est l’Europe de Jacques Delors puis du social libéralisme. André Burguière fait partie de cette malheureuse famille devenue maintenant nomade Mais on peut être pro-européen en refusant un modèle économique ultralibéral ou social–libéral qui va conduire inexorablement à l’explosion de l’ Union européenne et au triomphe des nationalismes. L’invité inverse les rôles : c’est cette conception de l’Europe qui va conduire au succès de l’extrême droite.

Une méconnaissance totale des conceptions de Mélenchon :

L’internationalisme de Mélenchon n’exclut pas le concept de nation comme principe de constitution d’un peuple mais sa conception n’est absolument pas assimilable à celle portée par l’extrême droite. En effet sa conception de nation est démocratique et républicaine et n’est pas essentialisée. Elle n’est pas non plus ethnique. Ce qui n’est pas le cas pour l’extrême droite Le FN et Mélenchon ont des conceptions antagoniques du peuple.

Un peuple est une construction politique, qui implique un "eux" et un "nous". Pour le FN le EUX ce sont les étrangers, les immigrés, les autres nations. Le NOUS est constitué des français de souche, de religion chrétienne, d’une même origine ethnique improbable : les gaulois. Pour Mélenchon, le EUX est constitué par la classe dominante capitaliste, l’oligarchie financière et le NOUS est constitué de l’ensemble des salariés, des artisans, des travailleurs indépendants des classes populaires.

En perte de repères idéologique, l’interviewé a tendance à tout confondre et contribue ainsi par sa confusion au développement de l’extrême droite et de toutes les formes d’arrivisme en politique.

Réduire l’analyse socio-politique actuelle, comme cela semble devenir une mode aujourd’hui, à un clivage entre ceux qui sont pour l’ouverture culturelle et économique et ceux qui sont pour le repli sur soi, repli sur les identités nationales, culturelles et religieuses est beaucoup trop simpliste. Dans cette analyse comportementaliste relevant de la psychologisation des rapports sociaux, il manque l’analyse des facteurs économiques et institutionnels dans le contexte d’un néolibéralisme financiarisé hégémonique dont les conséquences sociales et environnementales sont calamiteuses. Nombreux sont les invités universitaires de France Culture qui n’intègrent pas dans leurs analyses les rapports de classe et de ce fait ne ne possèdent pas les clés fondamentales pour analyser la crise socio-politique actuelle. Ils ne voient que l’écume des vagues et les courants profonds leur échappent.

En réalité, Mélenchon, Éric Coquerel, Jacques Généreux, Charlotte Girard ont montré dans différents débats leur attachement à une autre Europe, une Europe sociale, écologiste et humaniste où la coopération prime sur la compétition.

On retrouve les mêmes accusations fondées sur l’ignorance dans l’émission Répliques sur le thème : "la gauche en morceaux" (après la 39 ème minute).

Le lien conduisant à cette émission est ici

André Burguière devrait compléter son information en se reportant aux liens suivants

– Débat Piketty Généreux sur l’Europe https://www.youtube.com/watch?v=W-q...

– Débat Piketty Coquerel sur l’Europe https://www.youtube.com/watch?v=DaA...

– Les conférences de l’université populaires de France insoumise où l’on peut trouver celles sur l’Europe https://avenirencommun.fr/univpop_p...

Concernant l’apocalypse Le Pen brandie par les médias un mois avant les élections de 2017, rappelons les temps de parole et d’antenne de Marine Le Pen sur France Culture entre le 1ir février 2017 et la veille de la campagne officielle : 03:27:14 et 06:51:39 soit le double de temps d’antenne de celui de Mélenchon

La perspective d’avenir novatrice proposée par André Burguière ?

Je me suis alors demandé à ce moment si ce brillant directeur d’études n’était pas un simple comique. Une nouvelle alliance avec un PCF ressuscité et un PS – Phœnix renaissant de ses cendres !

À l’évidence, le mouvement citoyen France insoumise fort de ses 500 000 adhérents et potentiellement à ce moment de l’interview ayant une possibilité d’avoir un groupe à l’Assemblée nationale, échappe totalement à toute considération de ce sociologue historien.

La propagande pro–Hamon toujours en marche sur France Culture :

Pour la nième fois, on retrouve ici une promotion indirecte de Benoît Hamon par France Culture.

Avec l’autorité du Grand universitaire, que dis-je du Savant, il affirme haut et fort à France Culture, chaîne culturelle de référence : le meilleur programme est celui de Benoît Hamon. D’ailleurs (le saviez-vous ? ) son conseiller économique Thomas Piketty est une référence !

Le livre de Piketty "Le capital au XXI ième siècle" est tout à fait remarquable par le travail sans égal produit sur la question des inégalités de patrimoine et de revenus. C’est un excellent travail et on ne peut pas dire, comme l’économiste communiste Frédéric Boccara que Thomas Piketty est un charlatan. Voit icil’article

Piketty est un économiste sérieux Ce Piketty n’est pas un théoricien et n’a évidemment pas l’envergure d’un Marx mais cela ne retire rien à son sérieux et la qualité de son travail historique et statistique notamment..

Le fait qu’il soit conseiller de Benoît Hamon, dans la tradition ancienne des chefs d’appareils politiques entourés d’un comité d’experts, ne fait pas de son programme de facto "le meilleur programme"

À l’inverse "l’Avenir en commun" a été, pour une bonne part, élaboré collectivement et sur une longue durée. Simples citoyens, associations diverses, syndicats, économiste, juriste ont apporté leur pierre à son élaboration. Ce travail collectif n’a jamais été rapporté par les médias y compris à France Culture.

Rappelons les temps de parole et d’antenne de Benoît Hamon sur France Culture entre le 1er février 2017 et la veille de la campagne officielle : 04:01:21 et 05:04:50

Un nomadisme vers le clan d’Emmanuel Macron, l’européen ?

"L’homme de gauche" qui témoigne sa "présomption de confiance" pour Macron.

L’invité n’a rien à dire de précis sur la loi travail et se contente de vagues généralités. Aucune observation sur le problème de l’inversion des normes qui a pourtant provoqué pas moins de 14 mouvements sociaux au printemps 2016.

Assistons-nous, durant cette séquence, à une promotion déguisée par sa modération apparente de Macron destinée aux auditeurs de gauche ?

Rappelons les temps de parole et d’antenne de Macron sur France Culture : 03:16:40 et 05:10:53

Enfin, dernière observations, : les questions de vocabulaire

– La quasi-totalité des journalistes nomme "La gauche" ce qui est en fait le PS. Or depuis fort longtemps, la gauche contient différents courants, la mouvance communiste étant elle-même divisée en au moins deux grands courants.

Ce vocabulaire tend donc à effacer du champ politique ce que certains appellent "l’autre gauche".

En fait cette manière de parler est un marqueur linguistique des journalistes et universitaires libéraux ou appartenant à la constellation du parti socialiste. Cela reflète une volonté hégémonique.

– Une autre terminologie à interroger est celle de "gauche radicale". La politique économique du PS s’étant alignée sur le néolibéralisme, le PS cesse d’être de gauche et socialiste au sens que l’histoire a donné jusqu’à présent à ces termes. Ainsi, le PCF, le PG, une très petite fraction du PS et, dans plus qu’une certaine mesure, France Insoumise, peuvent être qualifiés de gauche.

On classe Mélenchon dans "la gauche radicale". En quoi l’Avenir en commun est-il un programme radical ? Que l’on précise exactement en quoi. Étatisme ? Alors qu’il est pour une économie plurielle. Égalitariste ? Avec une hiérarchie salariale de 1 à 20 ? Extrémiste en proposant un SMIC à 1325 euros nets par mois et la gratuité des soins ? En réalité, il s’agit d’un programme de la juste mesure et du bon sens

Irrréaliste ? Le programme économique de l’Avenir en commun a été soutenu par 160 économistes d’une vingtaine de pays.

En réalité, on voit mal quelles peuvent être les raisons objectives qui provoquent un tel rejet par les journalistes de France Culture de la ligne politique de Mélenchon qui se traduit par son effacement.

Devrait-on alors parler tout simplement de "haine de classe" à l’égard de ce tribun qui tente de redonner une visibilité politique aux ouvriers et classes populaires ?

Voir article d’Acrimed http://www.acrimed.org/Les-bacchana... peut-être aussi un nanti marxisme viscéral à l’encontre de Mélenchon qui ne cache pas avoir une culture en partie marxiste ?

En résumé, dans cette émission, on trouve les ingrédients habituels répandus dans les médias pour neutraliser le courant politique de Mélenchon : le passéisme communiste, l’effacement de son programme et de la réalité socio-politique de France insoumise, une forte analogie supposée avec l’extrême droite, Mélenchon soi-disant anti–européen, la supériorité proclamée et du courant de Benoît Hamon, et la prétendue absence d’alternative réelle avec Mélenchon et France insoumise : Toujours le système Tina !

Et le tout dans un contexte où le temps d’antenne FN est le double de celui du courant politique de Mélenchon.

Annexe

Les bacchanales de la vertu : retour sur l’entre-deux-tours de la présidentielle par Mathias Reymond, jeudi 25 mai 2017

Source : Acrimed http://www.acrimed.org/Les-bacchana...

« Comment détester Mélenchon », par quelques médiacrates par Grégory Lassalle, mardi 16 mai 2017

Source : Acrimed http://www.acrimed.org/Comment-dete...

On ne trouve aucune étude et reportages sérieux sur le mouvement France insoumise mais on trouve par exemple ceci :

L’ invité des matinales 19/0 3/2017 Gérard Miller La campagne insoumise de Jean-Luc Mélenchon https://www.franceculture.fr/emissi...

La France insoumise rejette le vote Macron Le 03/05/2017 Journal de 22 heures Marc Lazar https://www.franceculture.fr/emissi...

Hervé Debonrivage


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