Tour de France : Grève des coureurs le 12 juillet 1978 !

mercredi 18 juillet 2018.
 

En 1975 1978, le capitalisme international commence à trouver les formes d’une nouvelle phase historique de sa domination : marchandisation de toutes les activités humaines, utilisation du sport spectacle, rôle central des medias, peopolisation de la politique...

La Société du Tour de France choisit cette option dès 1975. La grande boucle "quitte ses attaches avec le monde ouvrier et paysan pour investir définitivement la civilisation des loisirs et la société de consommation. Ainsi, le parcours n’inclut pas moins, cette année-là, de neuf stations de sports d’hiver (La Mongie, Saint Lary-soulan, Super Lioran, Pra-Loup, Barcelonnette, Serre Chevalier, Valloire, Morzine Avoriaz, Chatel). Mais, surtout, ce Tour 1975 va rester célèbre car, pour la première fois, les cyclistes vont terminer leur "odyssée"sur les Champs Elysées" (Le Tour de France cycliste, par Sandrine Viollet).

Le Tour 1975, c’est aussi

* la victoire de Bernard Thèvenet au milieu d’une foule de 800000 personnes, son maillot jaune reçu des mains du président de la République Giscard d’Estaing avant une grande réception à l’Elysée.

* l’apparition de nouveaux maillots, celui du meilleur grimpeur (maillot à pois rouge) et celui du meilleur sprinter (maillot vert)

Ces années marquent enfin sur le Tour la disparition probablement définitive des équipes nationales et régionales (c’est ainsi que furent courus les tours jusqu’en 1961 puis en 1967 et 1968) au profit des équipes de marques courant sous le nom de leur principal sponsor.

La France de 1975 1978 connaît aussi les derniers soubresauts des extraordinaires années de lutte post 1968. Elle vit à l’heure du Programme commun de la gauche comme perspective politique...

Chaque année, des étapes sont ponctuées d’actions collectives réalisées par des salariés en lutte profitant de l’occasion pour faire connaître leur mouvement.

Cependant, avec le recul du temps, la marchandisation du Tour apparaît comme un phénomène plus fondamental. Elle s’opère d’ailleurs au détriment des cyclistes utilisés comme simples faire-valoir du spectacle commercial.

Tel est le cas dans la nuit du 11 au 12 juillet 1978.

Le 11, les coureurs ont parcouru une étape de montagne, franchi le Tourmalet (Pollentier en tête) avant de s’épuiser, encore une fois, pour terminer dans une station d’hiver, celle de Saint Lary-Soulan. Cette petite commune ne dispose évidemment pas des infrastructures hôtelières pour accueillir le Tour et les 3000 personnes de sa caravane.

Aussi, après l’étape, les coureurs ont dû rejoindre Tarbes. Facile, me direz-vous, ça descend ! Erreur ! Après une arrivée d’étape, des dizaines de milliers de spectateurs prennent leur voiture pour retourner chez eux. Les organisateurs du Tour ont réussi leur spectacle de Saint Lary mais ne se sont pas souciés d’établir une déviation pour éviter les embouteillages aux coureurs. Résultat : ceux-ci ne se sont pas couchés avant minuit puis ont été réveillés à 7h30 pour un nouveau départ d’étape.

Les patrons du Tour accroissent la grogne le matin en prenant les cyclistes professionnels du haut de leur statut supérieur de propriétaires du spectacle.

Les coureurs réagissent unanimement par la grève :

* allure d’escargot durant l’étape, peloton groupé sans échappée

* refus de participer au rush intermédiaire en cours d’étape

* plus fort ! en vue de l’arrivée à Valence d’Agen, ils mettent pied à terre et franchissent ainsi, ensemble, la célèbre ligne.

André Chalmet, coéquipier de Bernard Thèvenet, explique alors, les raisons de ce mouvement social particulier : " Nous ne sommes pas des bêtes de cirque que l’on exhibe de ville en ville... Nous ne demandons pas plus d’argent mais plus de considération. Nous voulons bien faire des étapes difficiles, monter des cols, assumer tous les risques du métier, mais qu’on respecte notre repos."

Concluons en notant que la lutte paie, même pour les coureurs du Tour. En effet, la grève du 12 juillet 1978 servit de leçons aux patrons du Tour qui firent dorénavant attention aux 10 heures de repos ainsi qu’aux déviations au profit des coureurs après les arrivées.

Jacques Serieys


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