"L’opération Jupiter" en 4 coups de force

vendredi 10 août 2018.
 

La prise de pouvoir par Emmanuel Macron que bon nombre de commentateurs attribuent à son talent et à son ambition est en réalité une entreprise collective mise en œuvre par les milieux d’affaires et les médiacrates. Tout s’est déroulé et se déroule selon un certain plan que nous nommons "Opération Jupiter".

1 – Acte I Jupiter choisi par les dieux

Comme chacun sait, la grande bourgeoisie est propriétaire de la quasi-totalité des médias privés et contrôle par l’intermédiaire de ses amis libéraux ou sociaux libéraux la totalité des médias publics. Elle fait élire une majorité qui lui convient pour défendre ses intérêts.

Il existe une étroite corrélation entre le temps de parole ou d’antenne accordé aux candidats et à leurs amis politiques et le résultat des scrutins.

Évidemment, on peut faire la même remarque pour l’espace rédactionnel alloué par la presse aux candidats et à leurs représentants.

En outre intervient le comportement des journalistes lors des interviews ainsi que le contenu des commentaires divers et variés généralement favorables aux partis dominants.

Il ne s’agit pas ici de complotisme mais de faits que l’on peut vérifier statistiquement Par un mécanisme que nous ne détaillerons pas ici, puisqu’il a déjà été expliqué notamment dans Le Monde diplomatique, la grande bourgeoisie a choisi Macron et par la force des médias le peuple choisira Macron.

Rappelons que l’un des éléments importants de ce mécanisme est le financement d’une bonne partie de sa campagne par des personnalités fortunées.

On ne peut donc être surpris d’un certain nombre de mesures favorables aux ménages les plus fortunés que certains électeurs naïfs ou mal informés semblent découvrir avec surprise après son élection. Ainsi, par exemple les 280 000 personnes les plus riches percevront en moyenne un dégrèvement d’impôt de 92 000 euros.

2 – Acte II En quoi consiste l’opération Jupiter (ou Macron) ?

Elle se décline en 2 volets : le premier est politique, le second économique et social.

Le volet politique.

La grande bourgeoisie constate que les 2 partis dominants UMP devenue L R et le PS n’ont plus les réserves de voix nécessaires pour continuer une alternance servant ses intérêts de classe.

D’autre part le caractère factice des oppositions entre les 2 partis dominants sur les questions économiques paraissent dorénavant stériles.

– La première mission de Macron est donc de faire imploser chacun des 2 partis dominants et de reconstituer un bloc central disposant d’une réserve de voix nécessaire pour assurer la pérennité de sa domination économique.

Cette stratégie est complétée par un dispositif de neutralisation de Mélenchon et de son mouvement qui comprend 2 volets :

- une neutralisation par l’extrême droite expliquant la bonne visibilité donnée par les médias à Mme Le Pen

- une neutralisation à gauche par la promotion de Benoît Hamon. La publicité faite pour son revenu universel ou d’existence de base est colossale et son temps d’antenne sur les médias est très supérieur à celui de Mélenchon.

Cette neutralisation se réalise aussi frontalement par toutes sortes de procédés dont nous avons déjà fait l’inventaire.

– La deuxième mission fondamentale est d’intégrer encore plus la France au niveau européen et de faire disparaître sa souveraineté populaire nationale au profit d’une souveraineté européenne supranationale .

Le volet économique et social.

Le volet économique et social contient les objectifs suivants :

– reconsidérer le droit du travail et remodeler le code du travail pour le rendre globalement plus favorable au patronat ce qui n’exclut évidemment pas comme d’habitude, quelques avancées marginales pour les salariés.

– Satisfaire au mieux la ligne économique du Medef et de la commission européenne, remettre en cause à terme le statut de la fonction publique assurant la stabilité de l’emploi fonctionnaire.

3 Les 4 coups de force

La tempête médiatique

Le premier coup de force est médiatique

Après être sorti de l’ombre en devenant ministre de l’économie de l’industrie de François Hollande du 24 août 2014 au 30 août 2016, il bénéficie d’un soutien médiatique sans précédent de la presse quotidienne et des magazines. De ce fait, il arrive à acquérir un fort score dans les sondages ce qui lui permet de prétendre à un temps de parole important sur l’ensemble des médias au nom du principe fameux principe « d’équité » du CSA ! Rappelons que son temps de parole ne pouvait pas être défini à partir d’un score électoral puisque M. Macron n’a jamais été candidat précédemment.

La promotion médiatique est tellement énorme que plusieurs journalistes parlent de Macron comme du « candidat des médias ».

Il quitte le gouvernement Hollande en août 2016 et se démarque de sa politique évitant ainsi de paraître comme un "socialiste".

Il arrive grâce à sa politique de communication à se faire passer pour un homme nouveau avec des idées nouvelles alors qu’il a participé pendant 2 ans au gouvernement Hollande et il réussit à faire remonter sa cote de popularité alors que celle de Hollande et Valls sont au plus bas.

Pendant le même temps, une campagne de dénigrement et d’effacement incessante se déploie contre Mélenchon et La France Insoumise.

D’autre part, une bonne visibilité médiatique est donnée à Mme Le Pen pour consolider son assise électorale ce qui va permettre dans un deuxième temps de l’ériger en épouvantail pour rabattre les voix de l’électorat terrorisé par une éventuelle victoire de Mme Le Pen vers M. Macron et en même temps, neutraliser l’ascension de Mélenchon. Macron va bénéficier à fond de cette stratégie de la peur dès le premier tour de la présidentielle et massivement lors du second tour.

C’est donc une grande manipulation médiatique qui a permis l’élection de M. Macron.

La tempête idéologique

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Le deuxième coup de force est idéologique.

Il s’agit de faire croire que la cause essentielle du chômage est la rigidité du marché du travail en rapport avec un code du travail considéré comme trop protecteur des salariés.

Là encore, il bénéficie d’un soutien considérable des médias pour diffuser cette propagande qui ne repose sur aucune donnée scientifique sérieuse. En fait, la vraie raison est de permettre au patronat de pouvoir licencier plus facilement les salariés. Cette idéologie est en harmonie avec l’ensemble des déclarations plus libérales les unes que les autres de M. Macron à l’égard de la presse.

La tempête césariste.

Le troisième coup de force est antidémocratique.

– D’abord le nombre d’électeurs ayant voté pour M.Macron par rapport au nombre d’inscrits au premier tour (18, 1 %) et au deuxième tour (43, 6 %) est relativement faible alors que le taux de non vote au deuxième tour est très élevé. (un tiers)

La légitimité politique et morale pour entreprendre une réforme en remettant en cause le droit du travail est donc insuffisante.

– Ensuite M.Macron a recours aux ordonnances. Il poursuit ainsi la trajectoire qu’il avait entamée lors du gouvernement Valls avec le recours aux 49. 3.

– Un autre aspect de ce coup de force est la remise en cause frontale de la souveraineté populaire des Français au profit d’une hypothétique souveraineté européenne.

– Un dernier aspect de ce troisième coup de force est la mise en place d’une loi dite antiterroriste liberticide et dénoncée le 27 septembre 2017 par des experts de l’ONU en droit international.

La tempête sociale

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Le quatrième coup de force est social  : Mélenchon l’appells coup d’état social.

Je n’insiste pas trop sur ce point car il a été largement développé sur ce site. Il est la résultante des 3 coups de force précédents comme cela a été longuement expliqué, il s’agit d’une remise en cause globale du droit du travail avec à la clé l’inversion de la hiérarchie des normes.

Avec une telle démarche, le mot libéralisme perd de son sens originel puisqu’il se transforme en autoritarisme économique d’État et en dictature idéologique comme en témoigne d’ailleurs le rejet de tous les amendements de L F I remettant en cause cette idéologie.

En conclusion :

Chacun connaît ce dicton : « Qui sème le vent récolte la tempête". Et en crescendo on pourrait dire : "Qui sème la tempête récolte de la tornade".


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