Le 6 décembre 1904 Duel au pistolet Jaurès-Déroulède

lundi 11 décembre 2017.
 

Socialiste, dreyfusard, défenseur de la laïcité et fervent pacifiste, Jean Jaurès sera la cible permanente de la haine et de la violence des nationalistes. Régulièrement insulté dans la presse d’extrême droite, menacé, il est même frappé en plein hémicycle par un député antidreyfusard en 1898. Mais Jaurès reste en première ligne pour mener ses combats.

En 1904, des propos tenus par le nationaliste Paul Déroulède à son égard le font cependant sortir de ses gonds. Qualifié de « plus odieux pervertisseur de consciences qui ait jamais fait en France le jeu de l’étranger », il décide de provoquer son détracteur en duel. Un républicain, chantre du pacifisme, se rabaissant à une telle pratique, voilà qui peut paraître paradoxal.

A ceux qui lui en font le reproche, comme son ami Jules Renard, Jaurès rétorque alors : « depuis quelque temps, je les sens tous, là, prêts à m’insulter dans ma femme ou dans ma fille. Je reçois des lettres d’ordures. Je sens grimper les limaces. Je me sens couvrir de crachats. Je veux arrêter cela par un geste ridicule, mais nécessaire. » Jaurès est blessé, touché dans son honneur par une odieuse campagne de calomnie qui s’abat sur lui. Tout ne peut pas être permis et cela il compte bien le faire comprendre à ces nationalistes, dont il ne cesse de dénoncer la violence.

L’enjeu n’est pas seulement personnel, il est aussi politique. Le socialiste entend montrer à ses adversaires qu’il ne les craint pas et se mettra toujours en travers de leur chemin. Alors, déterminé à en découdre, il fait le nécessaire pour que Déroulède, exilé en Espagne, obtienne à titre exceptionnel un sauf-conduit afin de rejoindre Béhobie, près d’Hendaye, où l’affrontement est prévu. En effet, si les duels sont interdits sur le sol français, ils restent tolérés à l’époque, ce qui n’est pas le cas de l’autre côté des Pyrénées. Les deux hommes y ont d’ailleurs déjà eu recours par le passé. Jaurès une fois (en 1894 après avoir été traité de menteur par le ministre Louis Barthou), Déroulède davantage. Leurs représentants fixent les modalités du duel. L’explication aura lieu au pistolet. Chacun des deux protagonistes se place alors à 25 pas de l’autre et se tient prêt à faire feu. Devant quelques centaines de curieux, des journalistes français et espagnols, mais aussi des gendarmes qui encadrent l’évènement, deux coups sont tirés. Aucun n’atteint cependant sa cible…

Matthieu Lépine


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