Qui est derrière la LDJ, accusée d’avoir bousculé Jean-Luc Mélenchon et protégé Marine Le Pen

samedi 21 avril 2018.
 

Groupuscule violent interdit aux États-Unis et en Israël, la Ligue de défense juive était présente à la marche blanche en hommage à Mireille Knoll.

Que s’est-il exactement passé dans la soirée du mercredi 28 mars du côté de la place de la Nation, en marge de la marche blanche organisée en hommage à Mireille Knoll, l’octogénaire juive assassinée la semaine dernière ? D’un côté, Jean-Luc Mélenchon et son entourage ont violemment été pris à partie et contraints de quitter les lieux. De l’autre, Marine Le Pen a été chahutée mais a pu rejoindre le cortège dans des conditions qui continuent d’interroger.

Pour la France insoumise, les responsables de l’expulsion de Jean-Luc Mélenchon sont les mêmes que ceux qui ont porté assistance à Marine Le Pen : la Ligue de défense juive (LDJ), groupuscule classé comme organisation terroriste aux États-Unis.

"Entre fachos on s’entraide", a dénoncé ce jeudi 29 mars le député insoumis Eric Coquerel, qui demande la dissolution de la LDJ.

Méthodes violentes

Selon Le Parisien, c’est à la sortie d’un café que Jean-Luc Mélenchon et son entourage ont été pris à partie par plusieurs individus qui criaient : "Insoumis enculés !". Que ce soit sur son site Internet ou sur sa page Facebook, ce groupuscule violent -qui avait été menacé de dissolution en 2014- ne s’en cache pas. Au contraire, il s’en vante : "Jean-Luc Mélenchon et Alexis Corbière se sont piteusement enfuis vers le métro Alexandre Dumas, escortés par des membres de la LDJ jusqu’au quai du métro".

Un simili guet-apens qui a tourné à la bousculade. "Le rabbin Gabriel Farhi a été molesté, jeté à terre par ces militants d’extrême droite", affirme Alexis Corbière, ce qui a notamment été confirmé par Sylvain Attal, directeur adjoint de France 24 et témoin de la scène.

Les images de la bousculade, partagées par plusieurs journalistes, montrent des agitateurs (dont certains sont venus casqués ou le visage dissimulé) réunis autour du chef de file de la France insoumise, Sur les images de Buzzfeed, on peut voir l’un de ces "gros bras" interrompre physiquement une interview que le psychanalyste proche de la France insoumise, Gérard Miller, était en train de donner à une journaliste d’Europe 1.

En parallèle, plusieurs journalistes présents aux côtés de Marine Le Pen ont rapporté que des membres de la LDJ participaient au cordon de sécurité déployé autour de la présidente du FN. "La Ligue de défense juive a tout simplement protégé toutes celles et tous ceux qui voulaient participer à la Marche blanche dans le calme et le recueillement", a affirmé sur Twitter un cadre frontiste proche de Gilbert Collard, Jean-Richard Sulzer, qui a publié plusieurs tweets de félicitations à la LDJ dans la soirée.

Comme n’importe quel groupuscule d’extrême droite, la LDJ est surtout connue pour ses actions violentes. Créée en 1968 aux États-Unis, la "Jewish Defense League" est dorénavant classée parmi les organisations terroristes outre-Atlantique. Entre les années 1970 et 1990, la "JDL" (selon l’acronyme anglophone) est citée dans plusieurs affaires de meurtres et des projets d’attentats.

"La Ligue est également interdite en Israël, suite notamment au massacre du tombeau des Patriarches : en 1994, un extrémiste israélo-américain, Baruch Kappel Goldstein, ancien de la JDL, avait tué 29 Palestiniens et blessé 125 personnes avant d’être lui-même tué", explique Le Monde.

En France, la LDJ a été créée en 2000 sous la première appellation "Liberté démocratie et judaïsme". Auto-dissoute en 2003, elle n’a jamais vraiment cessé ses activités. Ce qui fait que l’organisation co-fondée par Jean-Claude Nataf (alias "Eliahou", aperçu mercredi dans la bousculade autour de Jean-Luc Mélenchon, selon Streetpress) jouit de ce statu-quo, ne disposant pas réellement d’existence légale ni de local déclaré. À Libération, le cofondateur avait expliqué en 2014 que le financement du groupe passait par des dons, dont la vitrine financière est "l’association Solidarité Israël".

Côté projet, le groupuscule entend "défendre le peuple juif contre toutes les formes modernes de haine antijuive, antisémitisme, judéophobie, antijudaïsme et antisionisme". Pour ce faire, la LDJ affirme former ses membres à la castagne, avec "un entraînement physique régulier de techniques d’autodéfense [leur] permettant de pouvoir se défendre et d’aider, le cas échéant, tout membre de la communauté en difficulté".

Quels liens avec le FN ?

Comme l’a relevé Eric Coquerel, la LDJ est également accusée d’avoir prêté main forte à Marine Le Pen, chahutée tout au long de la marche blanche. Sur sa page Facebook (qui compte moins de 2000 membres), le groupuscule revendique la "protection physique" de l’avocat et député apparenté FN Gilbert Collard, "grand défenseur de l’État d’Israël", mais reste silencieux sur la présidente du Front national.

Outre les nombreux indices relevés par les journalistes sur place concernant le concours d’adhérents de la LDJ à la sécurité de Marine Le Pen, il y a d’autres éléments de rapprochement entre le groupuscule et le parti lepéniste. En 2013, Mediapart avait révélé que son fondateur Jean-Claude Nataf était présent lors des célébrations du 1er mai aux côtés du FN.

Par ailleurs, au moment où la menace de dissolution pesait sur la LDJ, Marine Le Pen prenait sa défense. "S’il existe une Ligue de défense juive, c’est qu’il y a un grand nombre de juifs qui se sentent en insécurité", affirmait-elle en 2014.

Un soutien tacite qui est aujourd’hui aussi reproché au Conseil représentatif des institutions juives de France, jugé complaisant envers la LDJ. "La direction du Crif doit se réunir. S’il n’y a aucune réaction, aucun mot pour s’enquérir de notre santé, aucun mot qui condamne clairement ces groupuscules d’extrême droite, cette direction, je pense, ne peut plus rester en place", s’est indigné Alexis Corbière.

"Nous rappelons que la LDJ est une organisation reconnue comme violente, interdite dans de nombreux pays dont Israël, et que sa dissolution a déjà été étudiée dans un passé récent par le gouvernement. Nous demandons à ce qu’elle soit effective et que soit mis un terme aux activités de ce groupuscule violent", indiquent dans un communiqué les députés de la France insoumise.

Pour l’heure, le Crif (que Le HuffPost a tenté de joindre en vain) n’a pas condamné la présence revendiquée de membres de la LDJ à la marche blanche en mémoire de Mireille Knoll, une marche que son fils souhaitait ouverte à tous - contrairement au Crif qui avait exprimé son désaccord quant à la venue de Jean-Luc Mélenchon comme de Marine Le Pen.

Ce jeudi 29 mars, Daniel Knoll a réagi à ces échauffourées en ces termes : "Je pense qu’il y a des gens biens partout, dans toutes les religions, tous les partis, toutes les couleurs de peau. Et il y a des abrutis, et chez nous aussi il y a des abrutis. Je le reconnais et je ne leur donne pas raison. Tout le monde aurait dû défiler dans le calme".

Romain Herreros


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