4 juin 1967 La nakba (message de Marwan Barghouti, leader palestinien, du fond de sa prison) Intro de Jacques Serieys

jeudi 12 janvier 2017.
 

De 1944 à 1974, le monde a connu la victoire sur le fascisme, le développement d’acquis sociaux nombreux, une hausse de la part des salaires dans la répartition des richesses, des décolonisations par dizaines... La vie n’était pas douce pour toutes et tous, loin de là, mais l’histoire paraissait aller dans le bon sens.

De 1974 à 2004 (à part une petite remontée depuis 1994), c’est l’inverse ; le monde a surtout connu le déferlement de la mondialisation libérale, les stocks options, les délocalisations, le recul des acquis sociaux, la gloire des politiciens, une pollution telle qu’elle met en danger la planète.

Le malheur d’un peuple illustre cette faillite : l’ethnocide du peuple palestinien est à présent pratiquement inéluctable. Le baratin sur un "Etat palestinien" n’a jamais servi qu’à tromper encore et toujours depuis 40 ans de la part de tous les ambitieux uniquement soucieux de protéger leur carrière personnelle. Tout le monde savait depuis au moins 1971 que l’ethnocide des Palestiniens était planifié ; il fallait y répondre précisément ou mériter la honte de l’histoire. La honte viendra mais trop tard, comme toujours !

L’homme qui symbolise le mieux l’importance de la lutte palestinienne pour la gauche internationale et les laïques progressistes, c’est Marwan Barghouti. Chaque mot ci-dessous pèse des milliers de tonnes de sang et de larmes.

Jacques Serieys

" Le 4 juin 1967 est un jour sombre dans l’histoire du peuple palestinien. C’est une date qui reste dans notre conscience collective tout comme la Nabka - la « catastrophe » - l’événement qui, il y a cinquante-neuf ans, a transformé le peuple palestinien en un peuple de réfugiés, un peuple sans patrie. Je voudrais rappeler à nouveau aujourd’hui que j’ai vécu toute ma vie sous l’occupation israélienne, ma vie, ce voyage fait de frustrations et de souffrances qui ont commencé il y a quarante ans. Au cours de ces quatre décennies, comme tous les Palestiniens, j’ai dû supporter toutes les peines, les douleurs, l’emprisonnement, la torture et l’expulsion.

J’ai subi les interrogatoires inhumains dans les prisons de l’occupant. J’ai été détenu arbitrairement sans procès, j’ai été assigné à résidence et j’ai échappé à plusieurs autres tentatives d’emprisonnement. Je n’étais pas là lorsque mes quatre enfants sont nés, je ne les ai pas vus grandir, je n’ai pas assisté à la distribution des prix de leurs écoles et j’ai été privé de tous ces moments de joie... comme des dizaines de milliers, des centaines de milliers d’autres Palestiniens.

J’ai toujours rêvé d’un pays libre et d’un état démocratique, d’un pays où nous pourrions vivre en paix et en sécurité avec nos voisins, avec l’État d’Israël, cet État qui a infligé tant de souffrances à mon peuple. Je rêve encore qu’un jour mon peuple sera libéré de l’esclavage que lui impose l’occupation israélienne. Je suis fier que le peuple palestinien refuse de plier sous l’humiliation et la détresse de l’occupation et continue sa résistance légale pour obtenir sa liberté, le droit de retour et lépendance... comme d’autres peuples l’ont fait dans le passé. Car les Palestiniens aujourd’hui supportent des degrés d’humiliation, de misère et de sous-alimentation pires que ceux supportés au cours des quarante années d’occupation. La brutalité et la discrimination ont atteint leur sommet.

Il est temps que tous ceux qui souhaitent que la paix, la sécurité et la stabilité règnent dans le monde réalisent que pour atteindre ce but au Moyen-Orient il faut mettre fin à l’occupation par Israël de tous les territoires palestiniens occupés depuis 1967 ainsi qu’à l’occupation de toutes les terres arabes occupées. Il faut créer un État palestinien indépendant et souverain avec Jérusalem pour capitale. Enfin, la paix, la sécurité et la stabilité ne régneront dans notre région du monde que si l’on trouve une solution équitable au problème des réfugiés palestiniens, solution basée sur la résolution 194 de l’ONU.

Les amis qui sont à nos côtés dans notre lutte juste soutiennent la justice, la liberté, l’humanité et le respect des droits de l’homme. Il est grand temps de mettre fin à la plus longue et à la plus atroce occupation de l’histoire du monde moderne. La libération de la terre et du peuple palestiniens, au-delà de la libération de notre peuple, est également une occasion de libérer le peuple israélien des maux de l’occupation, de ses crimes et des tensions qui en découlent. Notre peuple n’oubliera jamais ceux qui nous ont soutenus, les hommes, les femmes, les individus, les associations et les partis politiques, les institutions, les comités de solidarité, les États étrangers et les peuples. Nous n’oublierons jamais qu’ils ont été aux côtés du peuple palestinien dans sa lutte pour sortir de ces temps difficiles et la noblesse de leur engagement restera dans nos mémoires. Je suis porté par l’espoir que nous, peuple palestinien et tous nos amis, pourrons célébrer un jour dans les rues et sur les places de Jérusalem l’avènement de la liberté et de la paix sur notre terre de Palestine, terre de paix.


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