La « colère républicaine » de Jean-Luc Mélenchon à l’occasion des perquisitions

jeudi 12 septembre 2019.
 

‘Au-delà du tapage médiatique Où le sensationnalisme se mélange à la volonté de nuire, on s’interroge ici sur les fondements de la colère de Jean-Luc Mélenchon.

La grappe de raisons de la colère.

1– Paroles d’avocats

1.1 Des dysfonctionnements du cadre procédural.

Voir article : Les récentes perquisitions sur ordre du parquet et à grands renforts policiers ont mis en évidence les dysfonctionnements du cadre procédural...

https://melenchon.fr/2018/10/25/vid...

1.2 Conférences de presse des avocats de La France Insoumise

Voir la vidéo en utilisant le lien suivant :

https://melenchon.fr/2018/10/25/vid...

2– Résumé des raisons de la colère de J L Mélenchon.

Plus préoccupés de l’image porteuse d’émotion permettant un bashing anti Mélenchon, la plupart des journalistes ne se sont pas posé la question :

Comment est-il possible que des représentants de la justice et de la police interdise à un parlementaire ou des parlementaires, élus du peuple, chargés de l’élaboration des lois, incarnation de la République, puissent se voir interdire l’accès au siège de leur parti ou mouvement politique sachant que leur présence, d’après la loi, est obligatoire lors d’une perquisition dans le cadre d’une enquête préliminaire ?

Mais avant d’entrer dans les détails donnons d’ores et déjà les 3 raisons de la colère de Mélenchon :

1) L’inégalité de traitement du pouvoir judiciaire sous contrôle de l’exécutif à l’encontre de La France Insoumise au regard des autres organisations politiques qui ont fait l’objet des mêmes dénonciations. alors que la campagne présidentielle de Mélenchon a été de loin la moins onéreuse pour les contribuables.

2) L’interdiction faite à Mélenchon et à d’autres représentants d’entrer dans le siège de leur parti et d’assister la totalité de la perquisition, ce qui est en contradiction avec le code de procédure pénale dans le cadre d’une enquête préliminaire.

3) La saisie ou la menace de saisie par la police de fichiers d’adhérents ou de donateurs contenant des données personnelles les concernant ce qui constitue une atteinte grave à la sûreté des citoyens contenus dans la déclaration des droits de l’homme de 1789 sur laquelle repose notre république et est, d’autre part, en contradiction avec la loi de juin 2018 sur la protection des données personnelles.

Chacun connaît cet adage : « Lorsque le sage désigne la lune, l’imbécile regarde le doigt ».

Lorsque Mélenchon désigne du doigt la République que doit ou devrait servir le magistrat et le policier, l’imbécile regarde le doigt.

De quel côté est le coup de force ?

Les médiacrates et politiciens sans envergure ne se pose aucune question sur la conformité de ces perquisitions avec la déclaration des droits de l’homme de 1789, la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et la Convention européennes des droits de l’homme. Mais ce n’est pas tout : aucune question sur la légalité de ces perquisitions au regard du code de procédure pénale et de la loi sur la protection des données personnelles du 18 juin 2018.

3– Enquête préliminaire et perquisitions face à l’État de droit.

L’analyse qui suit s’applique à la réaction de Jean-Luc Mélenchon face aux perquisitions du 16 octobre 2018 et à l’état du contexte judiciaire jusqu’à cette date.

Il s’agissait alors d’enquêtes préliminaires.

Ce n’est que trois semaines plus tard, que le parquet de Paris les a transformés en informations judiciaires le 9 novembre 2018.

Voir article du journal Le Monde :

https://www.lemonde.fr/police-justi...

Un autre événement encore plus tardif et l’ouverture d’une enquête préliminaire sur les comptes de La République en Marche le 20 novembre 2018

voir article du journal Le Monde :

https://www.lemonde.fr/politique/ar...

Cette enquête préliminaire jusqu’à ce jour n’a pas été suivi de perquisitions.

3.1 Des droits de l’Homme.

Nous allons donc examiner les articles de la déclaration des droits de l’homme en relation avec l’opération judiciaire ayant touché la France Insoumise.

Art. 2. « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression. »

Rappelons que la sûreté qui est un principe fondamental distinct de la sécurité (qui elle est régie par la loi) a pour fonction de protéger les citoyens contre les abus de pouvoir de l’État.

Or, la confiscation lors des perquisitions, des fichiers des adhérents et des cotisants de la campagne électorale, du PG et de la France Insoumise, mais cela serait aussi valable pour tout autre organisation politique, peut constituer une atteinte à la sûreté des citoyens comme nous allons le préciser ci-dessous.

Par ailleurs, si les modalités de la perquisition ne sont pas conformes à la loi, il est du devoir de l’association, ici un mouvement politique, de résister à ce que l’on peut alors considérer comme une oppression selon ce même article

Art. 6. « La Loi est l’expression de la volonté générale. Tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse. Tous les Citoyens étant égaux à ses yeux sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois… »

On peut compléter cet article par l’article 7 de la déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 : « Tous sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi. Tous ont droit à une protection égale contre toute discrimination qui violerait la présente Déclaration et contre toute provocation à une telle discrimination. »

Or, en l’occurrence, la loi, semble-t-il, ne s’est pas exercée de la même manière à l’égard de France Insoumise (dont Mélenchon) qu’à l’égard d’autres organisations et parlementaires européens qui ont fait l’objet de la même dénonciation.

Pas d’enquête préliminaire concernant les responsables et les prestataires de la campagne électorale d’autres candidats malgré de supposées irrégularités mentionnées par Mediapart et d’autres ayant des implications financières plus élevées. Pas de perquisition au domicile personnel de Marine Le Pen.

Perquisition sans avertissement pour les représentants de la France Insoumise mais remise au lendemain de la perquisition de Benalla qui n’avait pas les clés pour ouvrir la porte !

Art. 10. « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. »

La confiscation des fichiers des adhérents du PG peut provoquer une inquiétude car ni les responsables de mouvements, ni les citoyens ne peuvent savoir entre quelles mains hostiles peuvent échouer ses listings à l’avenir et surtout quels usages il pourrait en être fait. Indiquons que les supports numériques permettent des copies multiples.

Le fait que les enquêtes préliminaires et les perquisitions se soient appliquées uniquement à La France Insoumise par rejet de la plainte de l’association Anticor peut laisser suspecter que l’objet de « l’inquiétude » judiciaire n’est pas un problème de facturation mais celui de la nature politique du mouvement. Autrement dit, on peut suspecter que les insoumis sont inquiétés pour la nature de leur opinion et non pour des problèmes d’ordre financier. Mais évidemment, l’un n’empêche pas l’autre.

Il est aussi utile de rappeler ici l’article 19 de la déclaration universelle des droits de l’homme :

Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. Tout ceci s’applique évidemment à n’importe quel parti politique mais avec une acuité particulière pour un mouvement politique d’opposition remettant en cause le pouvoir économique et politique dominant.

Art. 12. « La garantie des droits de l’Homme et du Citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée. »

Sans commentaire… Source : Légifrance. Source Internet du texte Légifrance https://www.legifrance.gouv.fr/Droi...

Examinons maintenant les droits fondamentaux concernant la protection du domicile et de la vie privée.

L’article 12 de la déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 indique :

« Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes. » Source : ONU http://www.un.org/fr/universal-decl...

Article 8 de la Convention européenne des droits de l’Homme.

« Droit au respect de la vie privée et familiale

1.Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance.

2.Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. »

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Artic...

La Saisie de correspondance privée, de photos de famille, l’irruption des forces de l’ordre au domicile (avec la présence des enfants notamment) sont-ils en accord avec cet article ?

3.2 Questionnements sur la conformités avec le code de procédure pénale et la législation sur la protection des données personnelles.

Une autre question qui n’est pas posée dans les grands médias, à l’exception du journal Marianne, et qui est pourtant fondamentale est la suivant

Ces perquisitions se sont-elles déroulées selon des procédures légales, c’est-à-dire respectant l’État de droit ?

Il faut distinguer clairement deux problèmes : celui de la présence de la personne perquisitionnée et celui de l’accord de la personne perquisitionnée

1) La présence du perquisitionné est-elle obligatoire ?

Rappelons ici que Mélenchon et d’autres représentants de France insoumise étaient soumis à une enquête préliminaire et non à une information judiciaire.

Remarquons qu’il a été interdit à Éric Coquerel et aux responsables nationaux du parti de gauche d’assister à la perquisition du siège de leur parti dont ils sont responsables. Voir article sur le site du PG : https://www.lepartidegauche.fr/perq...

Or que dit la loi ? « Il y a un seul cas où la présence du perquisitionné est absolument obligatoire : le cas où la perquisition a lieu dans le cadre d’une enquête préliminaire. Par contre, si la perquisition a lieu sans l’assentiment du perquisitionné, celle-ci peut se dérouler en présence de deux témoins désignés par les responsables de la perquisition. »

Source : https://www.jurifiable.com/conseil-...

L’interdiction par un magistrat ou par un policier faite à Mélenchon accompagné ou non d’autres parlementaires du même parti, de pénétrer dans les locaux de La France Insoumise dont il est le responsable semble donc être illégale. Cette interdiction est aggravée par le fait que Mélenchon est un ex parlementaire européen et qu’il est maintenant député. Le siège de La France Insoumise constitue donc avec son bureau à l’Assemblée nationale un lieu de travail. On peut dès lors comprendre sa légitime colère même si l’on n’en approuve pas forcément la forme.

Mélenchon n’avait pas l’intention, comme il l’a d’ailleurs indiqué, de faire obstruction à la perquisition mais simplement de contrôler comme le permet la loi la nature des éléments saisis.

Ceci est d’autant plus légitime, comme l’indique la déclaration d’un collectif d’avocats dont nous avons fait mention en début d’article, coussin du siège d’un parti politique, il existe de nombreux documents concernant les données personnelles d’adhérents et les documents d’ordre stratégique sur les orientations du parti qui n’ont pas à être connu des autorités policières à moins qu’il ne s’agisse d’un groupe identifié comme terroriste. Il est du devoir des responsables politiques de protéger leurs concitoyens contre les abus de pouvoir de l’État : cela s’appelle la sûreté.

Ainsi le seul point possible d’obstruction était la saisie des fichiers des adhérents et cotisants pour son lien avec la sûreté et de protection des données personnelles.

Rappelons que que la loi sur la protection des données personnelles protège, entre autres, les opinions ou appartenances politiques et syndicales.

« La loi renforce les droits des personnes en créant un droit à l’information de la personne concernée par les données personnelles traitées en matière pénale et l’exercice direct des droit d’accès, de rectification et d’effacement des données. Le traitement de données personnelles relatives à la prétendue origine raciale ou l’origine ethnique, les opinions politiques, les convictions religieuses ou philosophiques ou l’appartenance syndicale est interdit. … » Il est également interdit de traiter des données génétiques, des données biométriques aux fins d’identifier une personne physique de manière unique, des données concernant la santé ou des données concernant la vie sexuelle ou l’orientation sexuelle d’une personne.

Source : Vie publique http://www.vie-publique.fr/actualit...

Pour accéder à la totalité du texte du 18 juin 2018 sur la protection des données personnelles, voire légifrance : https://www.legifrance.gouv.fr/eli/...

2) L’accord du perquisitionné est-il nécessaire ?

« Tout dépend du contexte de la perquisition. Si celle-ci se déroule dans le cadre d’un flagrant délit ou bien d’une information judiciaire, l’accord de la personne perquisitionnée n’est pas obligatoire. En revanche, l’accord du perquisitionné est obligatoire si la perquisition se déroule dans le cadre d’une enquête préliminaire. Dans ce cas, l’article 76 du Code de procédure pénale prévoit que : « Cet assentiment doit faire l’objet d’une déclaration écrite de la main de l’intéressé ou, si celui-ci ne sait écrire, il en est fait mention au procès-verbal ainsi que de son assentiment .

L’article 76 prévoit une exception : si l’enquête préliminaire concerne une infraction pénale passible de 5 ans de prison ou plus, le juge des libertés peut autoriser la perquisition sans l’assentiment de la personne perquisitionnée. »

Dans le cas de la perquisition de La France Insoumise et de Mélenchon, la peine théorique encourue pouvant être supérieur à cinq ans d’emprisonnement, l’accord de l’intéressé ne semblait donc pas nécessaire d’après l’article 76 du CPP

Mentionnons d’autre part, l’obligation pour les agents chargés de la perquisition de dresser la liste de l’ensemble des objets et systèmes informatiques saisis. Et à placer sous scellé.

L’article 57 du code de procédure pénale indique qu’un procès-verbal signé par le perquisitionné doit être établi.

Il ne semble pas, selon les témoins que cette procédure ait été respectée

Ce n’est pas vers Mediapart qu’il faut se diriger pour avoir des éclaircissements sur la conformité des procédures de perquisition avec la loi mais vers le magazine Marianne, qui une fois de plus, fait preuve de son indépendance d’esprit.

On peut alors se référer à l’article : « Perquisition au parti de Mélenchon : la procédure pourrait-elle être annulée ? ». On ne peut te conseiller le lecteur à se référer à cet article pour avoir enfin une idée un peu plus clair sur les circonstances dans lesquelles s’est déroulée la perquisition.

https://www.marianne.net/politique/...

Dans son meeting à Pau du 8/11/2018, Jean-Luc Mélenchon indique, presque à la fin de sa prestation (mettre le curseur de la vidéo à 2h24), que le fichier des 500 000 adhérents ou sympathisants de La France Insoumise n’a pas été saisi mais que ce n’est pas le cas du fichier du Parti de Gauche.

Lien pour activer la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=a0s...

Il est bien évident que les interrogations ci-dessus se poseraient de la même manière pour tout autre parti mouvement politique et qu’il ne s’agit pas ici de prendre la défense partisane de France Insoumise et de Mélenchon mais simplement de se poser des questions au regard des fondements de notre république et de l’État de droit

Mais les journalistes de la médiasphère dont ceux de Mediapart si prompts à défendre la démocratie, les droits de l’homme et à faire émerger « la vérité » ne se sont pas posés l’ensemble de ces questions pourtant fondamentales.

Cette absence de vigilance critique de la plupart des journalistes sur la conformité des perquisitions à l’État de droit à l’encontre d’un premier mouvement politique d’opposition est extrêmement inquiétante et décrédibilise toute considération de ces mêmes journalistes sur la question des droits de l’homme ici comme à l’étranger.

On a la désagréable impression que tous ces gens n’ont jamais lu la déclaration des droits de l’homme de 1789, ni la déclaration universelle de 1948, ni la Convention européenne des droits de l’homme. Pour eux, à l’exception de « la liberté d’expression » qui les concerne directement dans leur activité professionnelle, les droits de l’homme ne semblent être qu’une coquille vide, une simple étiquette du produit médiatique : « le monde libre » dont ils se revendiquent t confortablement. S’ils avaient fait cet effort, peut-être auraient-il mieux compris la « colère noire » de Mélenchon dont chacun connaît le tempérament méridional. Lui interdire de pénétrer sur le lieu de la perquisition ce qui est son droit le plus total et de contrôler la saisie des fichiers des adhérents peut être considéré comme une entrave à l’application de principes républicains dont il est par ailleurs l’incarnation comme ses autres collègues parlementaires.

La colère de Mélenchon n’était pas une colère d’ego mais une colère républicaine.

Certes la colère est mauvaise conseillère et sauf cas exceptionnel, comme l’a d’ailleurs précisé Gérard Miller sur LCI, elle peut médiatiquement être dans un premier contre-productive.

4–Un contexte institutionnel, social et politique renforçant la dépendance de la Justice et de la Police par rapport au pouvoir politique.

Nous ne reviendrons pas en détail ici sur deux facteurs : –u-n facteur structurel de dépendance du pouvoir judiciaire au pouvoir exécutif en France

–un facteur conjoncturel concernant les conditions de nomination récente de de la direction judiciaire du parquet de Paris

Ces deux éléments sont abordés dans l’article : « Jean-Luc Mélenchon victime de la non séparation entre le pouvoir judiciaire et le pouvoir exécutif ? » : Une question justifiée. http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Mais ceci n’est pas tout : on assiste depuis quelques années à une évolution juridictionnelle tendant à rendre l’action de la police plus indépendante du pouvoir judiciaire et par voie de conséquence plus dépendante du pouvoir administratif et du pouvoir politique. on peut se reporter par exemple à l’article du Canard enchaîné dont nous avons rendu compte dans : « La Justice face à la protection de la vie privée. »

Que l’on peut retrouver aussi avec le lien suivant : https://resistanceinventerre.wordpr... (titre de l’article : La Justice laisse les policiers farfouiller dans la vie privée)

Cela est en réalité une goutte d’eau dans l’océan des lois, décrets et circulaires liberticides ou pouvant avoir un contenu liberticide publiés par exemple depuis 1980.

On peut consulter une chronologie de la mise en place de cet arsenal sécuritaire de 1980 à 2017 en consultant le lien suivant : http://pythacli.chez-alice.fr/chron...

Comment expliquer une telle dérive sécuritaire puis autoritaire ?

Le développement d’actions terroristes nécessitant la mise en place d’un système de renseignement et de « prévention » adéquat ; la délinquance informatique et les cyberattaques ; l’usage de masse de nouvelles technologies de communication et de surveillance ; l’augmentation d’une demande électorale sécuritaire d’abord propulsée par le FN puis reprise par la droite et même le PS ; la surveillance et la répression de mouvements sociaux en réaction des politiques antisociales du néolibéralisme ; l’allocation de moyens financiers et humains très insuffisants à la justice et à la police impliquant une simplification des procédures pouvant devenir parfois expéditive.

C’est dans un tel contexte général que l’on peut comprendre la possibilité d’une instrumentalisation de plus en plus poussée de la justice par le politique.

Et ce contexte se trouve encore aggravé lorsque le pouvoir politique en place est aux abois et se sent menacé par une une opposition active comme pour La France Insoumise.

Et évidemment, les institutions de la république monarchique actuelle n’arrangent rien en facilitant ce processus de subordination au pouvoir exécutif.

5– Une analyse politique : celle du Parti de Gauche.

Source : site du PG https://www.lepartidegauche.fr/macr...

Dans quel pays démocratique est-il possible, à l’initiative d’une justice non-indépendante, d’un procureur nommé par l’exécutif, d’organiser plus d’une dizaine de perquisitions simultanées , dans les locaux de la principale force d’opposition et au domicile même de son leader et d’une dizaine de ses ex collaborateurs, militant.e.s ou salarié.e.s actuel.le.s ? Le tout en mobilisant une centaine de policiers, avec gilets pare-balles et armes à la ceinture, comme s’il s’agissait de dangereux terroristes ou d’un gang du grand banditisme ? Et ce en l’absence d’enquête judiciaire et sur la seule base de deux dénonciations sans l’ombre de faits adossés ?

Dans quel pays démocratique est-il possible ainsi pour le pouvoir exécutif d’avoir la main sur l’intégralité des fichiers de signataires, d’adhérent.e.s, donateur.trice.s, les données mails et agenda, toute la mémoire organisationnelle et sans oublier tout élément de la vie privée d’une dizaine des membres de cette force d’opposition, sans que les premiers concernés n’aient accès au moindre droit de la défense, puisqu’il ne s’agit que d’une enquête préliminaire du Parquet ?

Dans quel pays démocratique est-il possible qu’en moins de 3 jours les PV de perquisitions soient transmis à des journalistes, violant ainsi le secret d’instruction sans que la Ministre de la Justice s’en émeuve ?

Dans quel pays démocratique, une telle déferlante médiatique contre cette force d’opposition est-elle possible sans qu’à aucun moment ne soit toléré le moindre débat sur le fond ?

En Macronie sous la 5e . Et le jour même d’un remaniement ministériel pitoyable, renforçant plus encore la présence des lobbys. Le jour où le monarque décide de s’exprimer face aux français dans la pénombre de son bureau pour redire qu’il ne les entend pas et ne les entendra pas, qu’il poursuivra le même cap de sa politique anti sociale et anti écologique, sa politique de Président des riches et des lobbys.

L’affaire est grave. Elle révèle à quel point Macron affaibli, use de tous les pouvoirs que lui confèrent les institutions de la 5e République. Il y a moins d’un mois, il écartait trois candidatures à la succession de M. Molins pour le poste de Procureur de Paris. Nombre de médias, à juste titre, dénonçait que le Président imposait ses choix. Le décret n’étant pas encore publié, c’est donc celui qui fut un moment pressenti comme potentiel-futur Ministre de l’Intérieur qui a pris la décision de cette opération. Elle fut d’une telle envergure qu’elle nécessitait forcément l’aval du Ministre de l’Intérieur et de la Garde des Sceaux.

Nous sommes bien la cible d’une perquisition politique comme nulle autre force politique ne l’a subie auparavant sur deux pseudo-affaires totalement creuses. Nous ne demandons qu’une chose, d’être traités comme tout le monde ! Les attaché.e.s parlementaires de Jean-Luc Mélenchon, quand il était député européen ? Le parlement n’a jamais rien eu à redire et l’accusation ne repose que sur une dénonciation à la va-vite d’une élue FN qui date de plus d’un an et demi. Les comptes de campagne de la présidentielle ? Ils ont été validés et n’ont été contestés qu’après coup, par le responsable de la commission des comptes de campagne juste après l’encaissement de sa coquette augmentation de salaire par Macron ! 10% de ces comptes de campagne auraient fait l’objet d’une surfacturation ? Ils sont pourtant bien en-deçà des prix du marché et plus encore en-deçà des comptes de campagnes des autres principaux candidats. Répétons-le, notre campagne fut la plus longue et la moins chère ! Que dire pour finir du « deux poids-deux mesures » flagrant, il suffit de se rappeler la perquisition de Benalla : l’intéressé prévenu, elle fut reportée afin qu’il ait le temps de vider son coffre…

Comme nous le défendons dans le programme l’Avenir en Commun , il faut réformer la justice afin de garantir sa réelle indépendance. Il est urgent de réformer le Parquet et la place du Procureur en remplaçant le Conseil supérieur de la magistrature par un Conseil supérieur de la justice désigné pour partie par les magistrats et le Parlement, devant lequel il sera responsable afin de garantir l’indépendance des magistrats à l’égard du pouvoir exécutif, sans pour autant /instaurer un gouvernement des juges. Il est nécessaire d’instaurer un conseil déontologique des médias car il n’est pas acceptable que le pouvoir médiatique n’ait pas de contre-pouvoir.

On ne nous fera pas taire et nous ne sommes pas dupes. Nous venons de vivre une mise en perspective directe et concrète des dérives autoritaires de la 5eRépublique oligarchique. Poursuivons sans relâche la bataille des consciences pour une 6e République restaurant la souveraineté par des contre-pouvoirs populaires à tous les niveaux ! Ce gouvernement va boucler sa deuxième loi de finances de cadeaux aux plus riches sans aucune mesure contre l’évasion fiscale malgré le scandale des CumEx files, et sans s’attaquer nullement au réchauffement climatique malgré le rapport du GIEC ?Continuons sur tous les terrains la bataille politique.

Camarades, gardons-nous fier.e.s !

Nous remercions tous les messages de soutiens reçus depuis une semaine, de vous toutes et tous, de nombreuses autres forces politiques, syndicales, associatives, françaises et internationales

Fin du texte du PG

Annexe :

Émission de Aude Lancelin « Vraiment politique » du 22 novembre 2018 La justice est-elle au service du pouvoir ?

On peut revoir l’émission en cliquant sur le lien suivant : https://www.lemediatv.fr/vraiment-p...

Hervé Debonrivage


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