La crise de la représentation politique : étude globale de ses causes.

jeudi 14 novembre 2019.
 

Une analyse profonde des causes de la crise de la représentation politique permet de comprendre l’origine du soulèvement des Gilets jaunes et son mode d’expression.

Une telle analyse est strictement impossible par les médias dominants puisque ceux-ci ont été des agents actifs dans la formation de cette crise de la représentation comme nous allons le voir dans cet article. Même un universitaire étant interviewé à la radio pour donner des explications de cette crise ne pourra pas aller au bout de l’analyse car il faudrait alors qu’il mette en cause frontalement la part de responsabilité de la radio sur laquelle il s’exprime.

1– Deux aspects de la représentation politique

Dans une démocratie représentative, la représentation politique a deux aspects : le représentant, en tant qu’incarnation du représenté, censé lui ressembler, être en quelque sorte à son image. Le deuxième aspect de la représentation est que l’action du représentant est conforme à l’expression de la volonté du représenté.

Le premier volet pose la question de l’accord entre la composition sociologique du groupe des représentants et la composition sociologique des représentés. Cela concerne les catégories socioprofessionnelles, la proportion hommes/femmes, l’âge. En cas de grande distorsion entre la composition sociologique des représentants et de celle des représentés, l’assemblée des représentants peut être considérée comme non représentative.

Le second volet concerne l’adéquation entre l’action politique des représentants avec les actions souhaitées par les représentés. En cas de non-conformité, il y a trahison des représentants.

Dans un système démocratique à plusieurs partis politiques, cela pose le problème d’abord de la possibilité pour les représentés de pouvoir connaître d’une manière satisfaisante les programmes politiques des différents partis pour pouvoir choisir, en toute connaissance de cause, le programme qui paraît le mieux répondre aux aspirations des représentés.

Puis ensuite, de pouvoir comparer la conformité de l’action des représentants avec les programmes qu’ils ont défendus. En cas d’action réalisée ne figurant pas dans le programme ou en contradiction totale avec celui-ci, il y a trahison de la représentation.

Examinons d’abord comment ces deux aspects de la représentation se trouvent en crise dans la France contemporaine.

Premier aspect : depuis de nombreuses années en France, la composition sociologique des assemblées parlementaires sont loin de refléter la composition sociologique de la population électorale. Pour plus d’informations précises sur cette question, voir l’article de l’Observatoire des inégalités : « L’Assemblée nationale ne compte quasiment plus de représentants des milieux populaires » (Données 29 novembre 2018). https://www.inegalites.fr/L-Assembl...

Voir aussi un article du Monde plus ancien (2012) mais donnant une évolution historique du phénomène : « Les députés ne sont pas représentatifs de la population » http://parlement.blog.lemonde.fr/20...

Deuxième aspect : depuis plusieurs législatures, les promesses tenues par les candidats ayant accédé au pouvoir ne se sont pas réalisées conformément aux souhaits des électeurs des mesures figurant dans les programmes électoraux. (Notamment contre la diminution du chômage et la hausse du pouvoir d’achat). Il en a résulté une crise de confiance envers les représentants politiques et leurs partis. L’un des records de reniements a été réalisé par François Hollande jusqu’à pulvériser la gauche institutionnelle. Un exemple « représentatif » de la trahison électorale figure dans l’article suivant du magazine Le Nouvel observateur : « François Hollande ? "Plaisir de trahir, joie de décevoir" ». https://www.nouvelobs.com/

Un autre exemple est l’apparition du livre de Mediapart en janvier 2015 « Qu’ont-ils fait de nos espoirs ? » qui examine les mécanismes de la trahison. https://blogs.mediapart.fr/la-redac...

Mais cette crise ne se traduit pas forcément par des votes blancs et par de l’abstention : certains électeurs continuent à voter sachant que leurs représentants sont des menteurs. Cet apparent paradoxe a une explication. Voir article du Figaro : « Pourquoi les électeurs préfèrent les menteurs ». http://www.lefigaro.fr/vox/politiqu... Cet article montre à quel point la crise de la représentation est encore plus profonde que l’on peut croire à la simple lumière des abstentions.

En rester à ce niveau d’analyse ne permet pas de comprendre les causes profondes de la crise de la représentativité et de la représentation. La distorsion de la représentation sociologique et la trahison par les promesses non tenues sont elles-mêmes des conséquences et ont des causes plus profondes que nous allons examiner dans cet article.

2– Rôle et filtrage des partis politiques.

2.1 Des partis au service des intérêts de la classe dom s’aligne inante.

Depuis l’apparition du suffrage universel et le développement de la démocratie représentative, les partis politiques organisent la vie politique.

Nous avons analysé ce phénomène dans un article intitulé : partis politiques et classes sociales. Gauche unitaire et gauche populaire. http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Nous avons montré qu’il n’était pas possible de s’interroger sur la nature des partis politiques sans faire intervenir les rapports de classe qui jouent un rôle déterminant.

Nous avons montré que la classe dominante était constituée de deux pôles : un pôle de la propriété et du marché et un pôle de la compétence de l’organisation. D’un côté les gros propriétaires capitalistes et de l’autre les gestionnaires issus le plus souvent des grandes écoles gestionnaires des intérêts capitalistes dans les différentes sphères de la production, de la circulation du capital, dans la sphère culturelle, dans la sphère de l’État. Ces deux pôles fonctionnent en symbiose.

Les grands partis politiques dominants (UMP devenu LR ; PS ; partis du centre recomposé partiellement en IRM ne servent pour l’essentiel que les intérêts de la classe dominante et marginalement les intérêts de la classe dominée (salariés du public et du privé, travailleurs indépendants, petits entrepreneurs).

Le pantouflage et le rétro pantouflage de la haute fonction publique vers les grands groupes industriels et financiers, aboutit à la constitution d’une caste oligarchique hybride servant pour l’essentiel les intérêts des gros actionnaires.

Cela explique donc pourquoi, depuis des dizaines d’années, le pouvoir d’achat stagne, les services publics se dégradent, le chômage ne baisse pas, la précarité augmente ainsi que les inégalités.

Cela explique alors le comportement de nombreux électeurs disant et répètant : « que je vote à droite, au centre, ou à gauche (BS ; écolo), ça ne change rien et même pire, ça s’aggrave ! ».

Malheureusement, les explications souvent données sont trop superficielles : « ils font passer leurs intérêts personnels avant ceux des électeurs dont ils se moquent » (pouvant conduire alors à l’antiparlementarisme). Une autre raison invoquée est la capitulation devant la puissance des lobbys ou encore la corruption. Ces « explications » ont leur part de vérité mais sont insuffisantes car elle ne constituent pas une approche explicative systémique de classe.

Par exemple, les grandes fortunes ont un intérêt de classe à financer les partis de droite qui sont traditionnellement chargés de la défense de leurs intérêts.

La propriété ou le contrôle des moyens d’information par cette caste permet à ces partis d’être globalement majoritaires en façonnant à leur guise, ou presque, l’imaginaire politique d’une majorité des électeurs qui sont conditionnés à ne pouvoir envisager une alternative possible.

Par ailleurs, en accordant une large place aux problèmes liés à l’immigration, à des revendications identitaires en tous genres, aux revendications sécuritaires, les médias ouvrent la voie à l’extrême droite comme alternative possible notamment pour la frange de la population la moins diplômée comme le montre l’analyse sociologique de l’électorat du FN. P

voir : Comparaison de la sociologie des électorats de Mélenchon et de Le Pen https://theconversation.com/et-le-v...

Tout cela explique que la gauche populaire a beaucoup de difficultés pour augmenter son influence. Voir notre article : gauche élitaire et gauche populaire en France de 2010 à 2015. (Étude sur 7 élections) http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Pour une histoire de l’intériorisation des représentations mentales de la classe dominante par la classe dominée, on peut se reporter au livre paru récemment : « Une histoire populaire de la France ». (Voir annexe)

2. 2 Partis politiques comme filtres et viviers.

Ces partis politiques dominants jouent un rôle de filtrage idéologique d’abord dans leur recrutement puis dans la sélection de leur candidat aux différentes élections.

Il n’existe quasiment pas de personnes issues des classes populaires dans les organes directeurs locaux ou nationaux de ces partis. Cela explique, pour une part, la distorsion des compositions sociologiques mentionnées ci-dessus.

Mais indiquons au passage, que même le PCF qui comptait un nombre important d’ouvriers dans sa direction jusqu’à la fin des années 60, ne comprenait que 10 % d’ouvriers dans sa direction en 2003 (Source : http://alain.laurent-faucon.over-bl... )

Comme obstacle au nom investissement des classes populaires dans la vie politique, on a souvent invoqué l’insuffisance de temps disponible et la fatigue.

Cet argument a d’ailleurs été utilisé par le secrétaire général du PCF Georges marchait dans son ouvrage « Le défi démocratique » publié en 1973 et qui fait écho à un slogan à la mode en 1968 : « Métro, boulot, dodo ».

Cet argument n’est évidemment pas son fondement mais il est largement insuffisant. Depuis 1950, le temps annuel de travail a considérablement diminué.

Après une baisse constante, il se stabilise à partir des années 2000. Voir graphique en utilisant le lien suivant : http://ses.ens-lyon.fr/ressources/s...

Or le temps passé dans l’investissement syndical et politique n’a pas pour autant augmenté sur cette période, bien au contraire. Par ailleurs, le temps moyen passé devant la télévision en 2016 s’élevait à 3h28. Point

Certes, il est possible dans la fonction publique d’obtenir des décharges de service pour se consacrer à la vie politique et les plus faciles pour un cadre supérieur de gérer son temps professionnel que pour un simple exécutant.

Mais ces explications sont insuffisantes. C’est plutôt du côté du bagage culturel et de la capacité de la maîtrise du langage oral qu’il faut se tourner pour trouver d’autres explications.

Il existe évidemment aussi des causes d’ordre économique : augmentation de la précarité de l’emploi, fragmentation du tissu social, subordination hiérarchique…

Cependant il ne faut pas perdre de vue deux paramètres : un amateur ou un professionnel de la politique est un amateur ou un professionnel de la parole et le désir de politique c’est aussi le désir du (de) pouvoir.

Les individus qui, par leur formation, par leur situation professionnelle, maîtrisent le langage ou (et) sont dans des relations de pouvoir (d’autorité ou de commandement) ont donc plus de facilité à s’engager dans une activité politique. Une étude sociologique de la composition de l’Assemblée nationale confirme ce qui vient d’être dit.

2.3 Les partis politiques comme organisateurs et financeurs de leur influence idéologique.

Les partis politiques disposent d’un siège social et parfois de permanences locales correspondant à un patrimoine immobilier plus ou moins important.

Il leur faut donc des capitaux pour acquérir ou louer, entretenir leurs locaux et acquitter tous les frais de fonctionnement afférent à leur fonctionnement matériel (chauffage, électricité, etc.)

À cela s’ajoute tout le matériel nécessaire à la diffusion des idées (propagande) : affiches, tracts, lettres, e-mail ; frais de maintenance d’un site Internet, éventuellement journaux ou revues.

Les partis politiques disposent aussi d’un certain nombre de salariés permanents permettant notamment de s’occuper des tâches administratives diverses.

À cela s’ajoutent les frais de déplacement (transport, frais d’hôtel,…). Pendant les périodes électorales, il lui faut prévoir aussi les frais de location parfois très élevés des salles de réunions publiques.

On constate donc que les recettes financières jouent un rôle capital dans le niveau de la force de frappe idéologique d’un parti politique. Prenons un exemple concret pendant une campagne électorale : un parti relativement argenté a la capacité d’envoyer sous enveloppe cachetée et nominative une lettre personnalisée à chaque électeur. Prenons par exemple une circonscription de 70 000 électeurs. Les seuls frais de timbres à 0,50 € par envoi s’élèvent ainsi à 35 000 €. Il est évident que ce genre d’envoi a plus d’impact qu’un tract distribué bénévolement par un militant. Un parti qui ne dispose que de 10 000 € pour l’ensemble de ses frais de campagne pour la même circonscription n’a pas la possibilité d’utiliser un tel moyen de distribution systématique, rapide et confortable.

Un parti politique tire ses ressources de la recette des cotisations de ses adhérents de base et les cotisations de ses élus ; de dons privés limités à 7500 € par personne et par an ; de recettes liées à des kermesses, de ventes de produits divers.

Mais il reçoit surtout depuis mars 1988 une aide publique dépendant notamment du nombre de voix obtenues aux élections législatives. Il est bien évident que le niveau de revenus des cotisants joue un rôle dans le montant global des cotisations.

Des associations satellites de partis peuvent apporter une contribution financière complémentaire.

Pour plus de détails chiffrés voir Vie publique : http://www.vie-publique.fr/decouver...

Wikipédia : financement des partis politiques https://fr.wikipedia.org/wiki/Finan...

Résultat des comptes des partis politiques (2016) https://www.data.gouv.fr/fr/dataset...

Financement des campagnes présidentielles https://www.data.gouv.fr/fr/dataset...

Le prix de la démocratie.

Présentation du livre sur Le Média dans l’émission : « Les questions qui fâchent ». Comment acheter un électeur . https://www.youtube.com/watch?v=3eg...

3– Des structures institutionnelles portant gravement atteinte à la représentation.

3.1 Un mode de scrutin est un découpage électoral déformant Le scrutin majoritaire à deux tours utilisé pour les élections législatives couplé à un découpage électoral défavorisant les agglomérations de taille moyenne et les grandes villes conduisent à sous représenter les représentants des classes populaires. Nous avons étudié cette déformation à l’occasion des dernières élections législatives de 2017. voir notre article : « La sous-représentation de La France Insoumise à l’Assemblée nationale ». http://www.gauchemip.org/spip.php?a... Rappelons qu’il faut en moyenne 4,4 4 plus de voix pour élire un député France Insoumise que pour élire un autre député. Ce phénomène de distorsion n’est pas nouveau et eu lieu durant toute la Ve République avec une forte intensité en 2017. Voir découpage électoral : http://www.toupie.org/Dictionnaire/...

3.2 Le filtrage des candidats à l’élection présidentielle dévoyé.

Depuis 1976, la loi prévoit qu’il est nécessaire de recueillir 500 parrainages d’élus locaux pour pouvoir se présenter à l’élection présidentielle. Cette loi a pour but d’éviter un nombre de candidats trop nombreux et des candidatures fantaisistes. Mais depuis les deux dernières législatures, des pressions sont exercées par les partis politiques sur leurs élus pour que ceux-ci n’accordent pas leur parrainage pour de simples raisons de parti pris à l’encontre d’un candidat dont le comportement politique ne lui convient pas Il s’agit ici d’un dévoiement antidémocratique de la loi de 1176. Voir le texte sur le parrainage : Huit publiques. http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

3. 3 La formation de castes locales de notables territoriaux articulée à une bureaucratie de partis. La possibilité de cumuler des mandats et de se représenter de nombreuses fois à des fonctions électives, ont contribué à la formation d’une petite bourgeoisie locale de plus en plus coupée des réalités quotidiennes non seulement des classes populaires mais aussi des classes moyennes. Cela a contribué à éloigner les représentants politiques des réalités vécues et des aspirations des différentes couches de la population active.

3.4 Des alliances entre appareils politiques à géométrie variable pouvant être contre-nature Pour contrecarrer les effets pervers d’un scrutin majoritaire à deux tours qui marginalise les partis minoritaires et pour préserver leur siège ainsi que la santé financière de leur parti, les élus contractent des alliances dites « techniques » avec des organisations politiques dont ils dénoncent par ailleurs le comportement ou les orientations. Il résulte une grande confusion idéologique faisant perdre aux électeurs leurs repères et provoquant vote blanc, abstention voir même un report de leur voix sur l’extrême droite dont la lisibilité politique leur semble plus claire. Les électeurs ont donc eu et ont encore le sentiment que les élus étaient plus préoccupés de la défense de leurs intérêts personnels ou de castes plutôt que de l’intérêt général. Ainsi, « l’union des forces de gauche » qui était autrefois opérationnelle ne l’est plus : l’ensemble de ses forces ne dépassant guère plus de 35 % des suffrages exprimés.

4– Des campagnes électorales non conformes à une pratique démocratique.

Les conditions de la compétition électorale ne sont pas équitables et défavorisent considérablement les candidats remettant en cause les intérêts de la classe dominante, dit autrement, qui remettent en cause l’ordre social et économique établi. Il en résulte que les candidats souhaitant apporter une alternative cohérente et réaliste au système en place se trouvent neutralisés. Ainsi, des candidats susceptibles de mener une action politique conforme aux aspirations des citoyens se trouvent éliminés. Voici donc les techniques utilisées par la grande bourgeoisie permettant son maintien au pouvoir le jeu électoral.

4.1 la disproportion considérable des temps de parole et d’antenne accordés aux candidats.

Ainsi, durant la campagne présidentielle de 2017, le cumul des temps de parole et d’antenne pour chaque candidat entre février et avril font apparaître des disparités considérables. Ainsi, Marine Le Pen a bénéficié d’un temps de parole de 58 % supérieur à celui de Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon d’un temps de parole 72 % plus important et François Fillon 90 % plus important que celui de Mélenchon. Pour plus d’informations voir l’article de Marianne qui a utilisé les données du CSA. http://www.gauchemip.org/spip.php?a... Si l’on tient compte en outre des commentaires favorables, Marine Le Pen a obtenu le meilleur score de visibilité.

4.2 La disproportion de la couverture rédactionnelle dans les journaux et magazines.

Voir par exemple l’excellente étude du site « Le Vent se lève » : Comment les médias ont fabriqué le candidat Macron http://lvsl.fr/medias-ont-fabrique-... Après en avoir pris connaissance d’une telle étude, une métaphore vient à l’esprit : « un véritable coup d’État médiatique ! ». 4.3 Un dispositif médiatique articulé faisant la promotion des candidats utiles pour le système. Ce dispositif se décline en plusieurs étapes : Étape 1 : promotion du candidat par la presse Étape 2 : utilisation des instituts de sondage pour mesurer le niveau de popularité du candidat ainsi promu. Étape 3 : Prise en compte par le CSA du temps de parole alloué en fonction des sondages de popularité du candidat promu. Étape 4 : promotion par les stations de radio et de télévision du candidat choisi par la grande bourgeoisie et les médias. C’est ce dispositif qui a été utilisé pour l’élection de Macron Mais les sondages indiquant un résultat serré, il a été complété peu de temps avant l’élection 6 millions de coups de téléphone au domicile de certains électeurs. À raison de 1 minute par communication, cela représente 100 000 heures de communication. On laisse au lecteur le soin d’imaginer la logistique que cela représente.

4. 4 Usages des médias comme arme de guerre idéologique pour faire la promotion des candidats favorables au système et pour neutraliser ceux qui s’y opposent et qui proposent des alternatives.

Nous avons décrit en détails comment fonctionne le système idéologique de l’appareil médiatique dans l’article : Pouvoir des médias : une réalité profonde et complexe qui échappe au plus grand nombre http://www.gauchemip.org/spip.php?a... En particulier, nous avons analysé toutes les techniques de manipulation utilisées par les médias pour éliminer Mélenchon et faire gagner Macron à l’élection présidentielle de 2017. Voir notre article : Comment les médias ont éliminé Mélenchon du 2ème tour et ont fait élire Macron. http://www.gauchemip.org/spip.php?a... 1000 lignes

L’appareil idéologique des médias constitue une véritable arme de propagande, psychologique et cognitive pour diviser le peuple ou ses différentes formes d’expression contestataires : mouvement social des syndicats, mouvements politiques alternatifs, mouvements populaires de contestation même s’il n’est pas marqué syndicalement et politiquement comme l’est le mouvement des Gilets Jaunes. L’exploitation de la peur, de toutes les dissensions pouvant traverser le mouvement social notamment concernant les problèmes sociétaux (notamment identitaires) les nuances pouvant exister au sein d’un mouvement, etc. sont utilisés par les médias pour atomiser le tissu social, les solidarités au profit de l’oligarchie dirigeante en application de la vieille devise : « diviser pour régner ». Voir aussi l’article : Les médias comme appareil idéologique de combat. http://www.gauchemip.org/spip.php?a... Un exemple de tir de barrage ciblé des médias contre les mouvements politiques gênants :

Les arguments barrages contre La France Insoumise http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Dans la nouvelle configuration politique, comment opèrent les médias ? Voir l’article : Les médias , La France Insoumise, Macron et le Rassemblement National http://www.gauchemip.org/spip.php?a... On peut aussi se reporter à l’émission du Média intitulé : les médias contre la démocratie. http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Ainsi, par ces différents moyens, un usage non démocratique et de combat des médias au profit des puissants fausse complètement le jeu de la compétition électorale. En marginalisant voir en effaçant les candidats et leurs programmes porteurs d’une alternative , ils empêchent les citoyens d’avoir connaissance d’une manière non biaisée de cette alternative. Il en résulte que ses citoyens se réfugient dans le vote blanc, abstention, le Rassemblement National jusqu’au moment où… n’ayant plus d’issue pour exprimer leurs aspirations et leur colère, ils descendent dans la rue et mettent en place un processus révolutionnaire insurrectionnel. Les médias jouent donc un rôle majeur dans la destruction de la représentation démocratique et contribuent à l’instauration d’un climat de violence sociale.

4.5 Grandes inégalités des moyens financiers disponibles pour diffuser les différentes orientations politiques et économiques :

Nous avons vu dans le paragraphe 3 le rôle des partis et de l’État dans le financement de la vie politique notamment pendant les campagnes électorales. Là encore, le jeu démocratique se trouve biaisé, car des partis disposent de beaucoup plus de moyens que d’autres pour diffuser leurs idées à la fois entre les élections et durant les campagnes électorales. Seulement en considérant les aides publiques aux partis en 2015 on a les résultats suivants :

En 2013, le montant global versé aux partis et formations politiques de métropole et d’outre-mer s’est élevé à 70 083 332,15 € dont notamment : 28 480 742,50 € pour le PS ; 19 870 309,79 € pour l’UMP ; 5 543 646,41 € pour le FN ; 3 521 792,11 € pour Europe Écologie-Les Verts ; 3 222 320,99 € pour le PCF (décret n°2013-430 du 27 mai 2013).

En 2015, le montant global versé aux partis (formations politiques ayant plus de 500 000 euros de recette comptables) s’est élevé à 54 470 595 euros dont 24 883 929 euros pour le PS, 18 511 173 pour les Républicains, 5 071 695 pour le FN, 3 136 865 pour EELV, 2 866 933 pour le PCF (Source : vie publique)…

On rappelle ici que le mouvement France Insoumise ne disposant pas de recettes propres avant les élections a fait appel aux dons de ses adhérents et sympathisants pour financer les campagnes électorales de 2017. Rappelons que la campagne présidentielle de Mélenchon a été la moins coûteuse, et de loin, des cinq premiers candidats.

Remarquons que la sous-représentation d’un groupe politique à l’Assemblée nationale le pénalise aussi en termes de financement public, puisqu’une partie de ce financement dépend du nombre de députés obtenus. D’autre part, les dons accordés aux partis politiques qui sont déductibles d’impôt bénéficient largement aux partis de droite comme l’a démontré l’auteur du livre : le prix de la démocratie. 10 % de la population la plus riche fait des dons à un parti politique alors que moins de 1 % de la population générale fait un don au parti. Par le biais du remboursement partiel par l’État du don, c’est l’ensemble des contribuables qui contribue à financer les partis de droite. Voir l’émission : le prix d’un électeur http://motsetmauxdemiche.blog50.com...

On retrouve un phénomène analogue de transfert de fonds vers l’ensemble des médias ultralibéraux du fait suivant : la redevance audiovisuelle et aide à la presse de l’État s’élève à 4,4 milliards d’euros payés par l’ensemble des contribuables. Les frais de publicité de l’ensemble de tous les annonceurs s’élèvent à plusieurs milliards qui sont répercutés sur l’ensemble des produits de consommation achetés par tous. C’est donc encore la totalité de la population qui paie ainsi indirectement les médias vivant de la publicité et notamment la totalité des médias ultralibéraux privés. Il n’y aurait pas de problème si la presse et l’ensemble des médias étaient réellement pluralistes mais ce n’est pas le cas.

4.5 Les dés de la compétition électorale sont pipés mais la réalité c’est-à-dire les conditions de vie réelle, reste la force de rappel.

Si l’ensemble des biais cités précédemment faussent la compétition électorale et ont une influence sur le comportement des électeurs, cette influence a ses limites. Par exemple, les 15 millions d’euros investis pour la campagne présidentielle de Benoît Hamon grâce aux recettes antérieures du PS et une impressionnante couverture médiatique n’ont pas suffi à écraser Mélenchon puisqu’il n’a recueilli que 6,6 % des voix alors que ce dernier a dépensé beaucoup moins. Le prix d’une voix pour le premier a été de 6,58 € et de 1,51 € pour le second. Les électeurs de gauche on sanctionné durement la politique d’austérité de François Hollande. Mais il n’en reste pas moins vrai que les différents facteurs énumérés ci-dessus contribuent à diriger les électeurs vers l’abstention, le vote blanc voire l’extrême droite plutôt que de voter pour un mouvement politique alternatif en accord avec leurs revendications ou aspirations. Et il ne faut surtout pas oublier que LRM et le RN sont essentiellement des constructions médiatiques.

Sans considérer que les médias jouent un rôle exclusif dans le processus d’aliénation de l’imaginaire politique de nos concitoyens, nous avons montré que cet imaginaire a un poids environ cinq fois plus important que les conditions matérielles d’existence pour orienter un vote. Voir notre article : pourquoi 31 millions de personnes n’ont pas voté Jean-Luc Mélenchon en 2017 ? http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

5– Révolte des Gilets Jaunes : le rappel du réel. Les actionnaires spéculent sur la valeur des actions et de produits dérivés. Cette spéculation forme progressivement une bulle financière qui finit par éclater. La grande bourgeoisie spécule aussi sur l’ignorance politique et de ses produits dérivés identitaires. Cet spéculation forme progressivement une bulle d’illusions qui finit par éclater sous la pression de la vie réelle.

L’ensemble des facteurs décrits précédemment n’explique pas seulement les raisons profondes de la crise de la représentation mais l’accroissement du fossé existant entre les conditions réelles d’existence d’une bonne part de la population et de l’imaginaire aliéné de cette même population. Depuis 40 ans, comme cela est d’ailleurs souvent rappelé par les Gilets Jaunes, les conditions de vie des gens ne font que se dégrader mais en même temps, s’est développée une intensification sans précédent de la guerre idéologique menée par la classe dominante pour empêcher l’émergence d’une conscience politique largement partagée à deux niveaux : 1) qu’une alternative économique et politique au système en place était possible. 2) que les programmes du Front de Gauche de 2012 puis de La France Insoumise de 2017 constituaient une alternative réaliste et crédible. Une partie du corps électoral a progressé dans cette prise de conscience passant de 11 % à 20 % des suffrages exprimés pour atteindre le niveau 2 aux dernières élections présidentielles de 2017. Le dos au mur, la force de la réalité des conditions de vie fait voler en éclats la bulle d’illusions et de résignation d’une partie des 31 millions d’électeurs qui n’ont pas voté Mélenchon. Une frange de la population constitue les Gilets jaunes qui, en cette fin d’année 2017 voit sa conscience politique atteindre le niveau 1. Ils ont compris qu’une alternative au système était possible en faisant des propositions concernant le pouvoir d’achat et un renouvellement des institutions notamment. A ce stade, il est difficile de dire si la majorité des Gilets jaunes rejoindra La France Insoumise quitte à en modifier et enrichir le programme qui, rappelons-le, est évolutif. Comme le disait justement Jean-Luc Mélenchon lors de la troisième convention à Bordeaux : « il ne s’agit pas pour nous de récupérer le mouvement des Gilets jaunes mais plutôt que ce soient eux qui nous récupèrent. » Malheureusement la manipulation médiatique étant très puissante et subtile, il est possible que le mouvement des Gilets Jaunes favorise plutôt le RN. Mais il est aussi possible que les Gilets jaunes forme une organisation politique autonome, ce qui ne se fera pas sans poser de problèmes en raison de la grande hétérogénéité du mouvement.

Annexe 1) Qu’est-ce que la représentation politique ? Sur France Culture, dans l’émission « les discussions du soir », Antoine Garapon Qu’est-ce que la représentation interrogation politique ? https://www.franceculture.fr/emissi...

Intervenants Myriam Revault d’Allonnes

chercheure associée au CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po) et professeure émérite des universités à l’École pratique des hautes études

https://www.franceculture.fr/emissi... Nos contemporains sont déçus par la représentation politique qu’ils n’estiment pas à la hauteur de leurs attentes. Mais n’en demandent-ils pas trop ? Au lieu d’espérer une figuration de l’idéal démocratique, ils doivent se donner les moyens de bâtir une scène pour agir politiquement, c’est-à-dire discuter, contester et délibérer pour donner force à la décision collective. AG

Notre invitée évoquera pour nous, d’emblée, la notion de crise aujourd’hui, les conditions de la modernité, reviendra sur la définition du "contrôle". On dit que le contrôle se manifeste au moment de l’élection. (...)Puis, on est nécessairement déçu (promesses non tenues etc.). Mais, qu’est-ce que "contrôler" ? Ce n’est pas seulement élire et attendre... "

"On se donne à voir. Dans l’idée de représentation, il y a plusieurs sens, et en même temps, quelque chose de paradoxal aussi ; le fait d’être unis oui, mais au terme d’une tension. D’un côté, il y a une vision platonicienne de la représentation, c’est-à-dire, une imitation, une reproduction la plus fidèle possible ; et de l’autre, l’idée d’une reproduction, selon la définition d’Aristote, d’hommes en train d’agir, d’hommes agissant et souffrant."

"On comprend aussi mal quand on est englué dans la sentimentalité que quand on est insensible. (....) Je pense à Stendhal qui disait : "je ne comprends que quand je peux sentir". "

"L’acteur, au fond, joue son rôle, sa partie ; mais le spectateur est, lui aussi, partie prenante. Si vous prenez la théorie de la tragédie chez Aristote, le spectateur "éprouve", il n’est pas passif : en même temps que je regarde la scène, il y a tout un travail qui se fait en moi...

"Rousseau opère une critique sévère de la représentation ; elle est, en soi, une atteinte à la souveraineté du peuple. (...) Ce qui anime Rousseau, c’est une certaine idée de la communauté où le lieu ne soit pas le lieu de la séparation...."

2) Émission sur le livre : « La caste » de Laurent Mauduis dans « Entretien libre » du Média. TV https://www.lemediatv.fr/lentretien... Vidéo de Jean-Pierre Garnier 3) La deuxième droite http://www.lesmutins.org/La-deuxiem... Autre lien à partir du Grand soir » : https://www.legrandsoir.info/la-deu... Les deux vidéos ci-dessus illustrent l’articulation de la classe dominante avec l’État et les partis (EPS).

4) « Une histoire populaire de la France » présentée par l’émission « La grande H » du média.tv https://www.youtube.com/watch?v=Ria... 5) Débat. Les classes populaires, sujet politique Source : Anti–K https://www.anti-k.org/2017/11/03/d...

Hervé Debonrivage


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