Immigration : une vaste diversion politique protégeant les intérêts du Capital

vendredi 22 février 2019.
 

L’instrumentalisation politique de l’immigration par l’extrême droite a pour effet d’obscurcir la responsabilité de la caste oligarchique dominante dans la paupérisation en marche des classes populaires et des classes moyennes.

Introduction

L’objet de cet article est de s’attaquer aux idées fausses, aux préjugés concernant l’immigration propagées notamment par les courants d’extrême droite.

Il ne s’agit pas ici d’aborder le traitement économique, social et politique de l’immigration qui doit se faire évidemment dans une optique rationnelle et progressiste.

Pour cela, il suffit de se référer au programme l’Avenir en commun accessible avec la source suivante :

LAEC https://laec.fr/ et plus précisément : https://laec.fr/section/59/lutter-c...

1) Quelle est la proportion d’étrangers et d’immigrés en France ? Et en Europe ?

1.1 En France

En 2016, le nombre d’étrangers représentait 6,6 % (7,2 % en Europe) et le nombre d’immigrés 9, 1 % de la population totale.

Source : INSEE https://www.insee.fr/fr/statistique... voir aussi courbe de l’immigration en France depuis I siècle : http://www.lefigaro.fr/actualite-fr...

1.2 En Europe.

Les migrations en Europe Source : Toute l’Europe https://www.touteleurope.eu/actuali... Carte et comparatif 19.11.2018 François Pène Voir les infographies sur le site.

En 2016, 4,28 millions de personnes ont migré vers l’Union européenne (depuis le reste du monde où d’un autre État membre), soit environ 400 000 de moins qu’en 2015 (4,7 millions). Mais comment ces immigrés sont-ils répartis dans les Etats membres ? L’immigration est l’action de venir s’installer et travailler dans un pays étranger, le plus souvent définitivement ou pour une longue durée.

Un immigré est une personne qui vient dans un pays étranger pour s’y établir, même temporairement.

Un étranger est une personne qui réside dans un État sans en avoir la nationalité, soit parce qu’elle en dispose d’une ou plusieurs autres, soit parce qu’elle n’en a pas. Un étranger n’est pas forcément un immigré, il peut être né dans le pays où il réside sans disposer de sa nationalité (des mineurs par exemple).

En 2016, un total de 4,28 millions de personnes ont immigré dans l’un des 28 Etats membres de l’Union européenne, alors que 2,99 millions de personnes ont dans le même temps quitté l’un des pays de l’UE. Des chiffres qui prennent en compte les migrations entre pays membres de l’UE : parmi ces 4,28 millions d’immigrés, 2,05 proviennent d’un autre Etat membre et 2,23 millions de pays tiers.

Avec 1,03 million d’immigrés enregistrés en 2016, l’Allemagne est le pays qui a accueilli le plus de personnes sur son territoire, suivie de la Grande-Bretagne (588 993), de l’Espagne (414 746), de la France (378 115) et de l’Italie (300 823).

Sur les 28 Etats membres, la majorité compte en 2016 plus d’immigrés que d’émigrés. Ce n’est pas le cas de la Roumanie, de la Lituanie, de la Pologne, de la Croatie, de la Lettonie, de la Bulgarie et du Portugal, pour lesquels on parle alors de solde migratoire négatif.

Le Luxembourg est le pays qui, proportionnellement à la taille de sa population, a accueilli le plus d’immigrés (40 immigrés pour 1000 personnes), suivi de Malte (37), de Chypre (21) et de l’Irlande (18). Parmi les immigrés au Luxembourg, 90% sont originaires d’un autre État membre de l’UE.

En ce qui concerne le profil, plus d’hommes (56%) que de femmes ont immigré au sein de l’UE. Ils sont par ailleurs en moyenne plus jeunes que la moyenne d’âge nationale du pays d’accueil.

Parmi les 510 277 177 habitants de l’UE en 2015, 35 millions sont nés en dehors de l’UE et 19 millions de personnes habitent dans un État membre autre que celui dans lequel elles sont nées.

(*) La différence entre les arrivées et les sorties, ou solde migratoire après ajustement, est estimée à 1,22 million et non 1,29 million de personnes. Dans les faits, le solde migratoire n’est pas calculé en soustrayant l’émigration à l’immigration, mais en soustrayant la variation naturelle de la population à la variation totale. Selon les pays, il y a une différence (parfois nulle ou négligeable, parfois importante) entre les chiffres d’émigration/immigration, et ce solde. Consulter le point "18.6 Adjustment" (en anglais) de la méthodologie d’Eurostat pour plus de précisions.

Source : Eurostat - Statistiques sur la migration et la population migrante

2) Quel est le coût net de l’immigration en France ?

=

L’immigration coûte 68 milliards d’euros et rapporte 72 milliards d’euros. L’immigration rapporte donc 4 milliards d’euros. Source : ADT quart-monde https://www.atd-quartmonde.fr/n54-l...

Selon une étude de l’université de Lille rapportés par Le Courrier international, le coût de l’immigration coûte 47,9 milliards d’euros à l’État et lui rapporte 60,3 milliards d’euros. Le bénéfice l’État et donc de 12,4 milliards d’euros. Source Internet : https://www.courrierinternational.c...

3) le taux d’immigration est-il à peu près uniforme dans les différentes villes de France ?

Évidemment non. Les variations peuvent être considérables. Cela peut donc induire des perceptions variables de ce phénomène.

Voir par exemple : https://www.linternaute.com/actuali...

Environ 80 % des immigrés vivent dans des pôles urbains et notamment 38 % dans la zone urbaine de Paris. Voir étude de l’INSEE : https://www.insee.fr/fr/statistique...

4) Existe-t-il un lien entre le taux de chômage est le taux d’immigration ?

Non. Une étude menée sur les 34 pays de l’OCDE croisant ces données montre qu’il n’existe aucun lien de causalité entre le taux d’immigration et le taux de chômage.

Voir l’étude détaillée avec le lien suivant :

Source : La Tribune https://www.latribune.fr/opinions/t...

Voir en annexe l’article sur l’impact de l’immigration sur le marché du travail en France.

5) Les logements sociaux sont-ils attribués prioritairement aux étrangers ?

Non, c’est faux. Le nombre de logements sociaux attribués aux résidents français est largement majoritaire.

Voir dossier de Libération et statistiques du ministère du logement. https://www.liberation.fr/desintox/...

6) Peut-on faire une discrimination quelconque pour l’accès au logement ?

Toute discrimination est punie par la loi et encadrée par un arsenal juridique important.

http://www.info-droits-etrangers.or...

7) Un étranger peut-il percevoir le RSA ?

Oui, sous certaines conditions. Différence est faite entre les demandeurs appartenant à l’union européenne et les demandeurs n’appartenant pas à celle-ci.

Voir les conditions d’attribution ici : https://rsa-revenu-de-solidarite-ac...

8) La demande d’une « préférence nationale » s’appuie-t-elle sur des données sérieuses ?

Non : c’est une mystification.

a) D’abord, dans le domaine du marché du travail, il existe un nombre important de professions interdites aux étrangers, sans même parler de la fonction publique.

D’autre part, un employeur recourant pour la première fois à un travailleur étranger hors union européenne doit acquitter une taxe. Depuis 2008, il existe un registre régional de l’emploi des travailleurs étrangers.

Pour plus de détails, voir l’article : Préférence nationale : La France n’est déjà pas tendre avec les étrangers. Source : La Tribune : https://www.latribune.fr/economie/f...

Voir aussi l’annexe.

b) D’autre part, restreindre des droits en raison de la nationalité est contraire à la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. « Art. 1er. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. ». C’est l’un des fondements de la république française.

c) Cet « argument » est une justification de la gestion de la pénurie de certains services publics organisés par la politique économique néolibérale de la caste oligarchique dominante. Par exemple, au lieu de dénoncer la pénurie de logements sociaux, de certains emplois, on place en compétition les citoyens français et les étrangers.

Au lieu de dénoncer le manque de moyens financiers de la sécurité sociale, on va jusqu’à refuser un remboursement des soins pour les étrangers pouvant ainsi provoquer des risques sanitaires considérables à l’ensemble de la population.

d) On peut même s’interroger sur la sincérité de cet argument. En effet, Un nombre non négligeable d’étrangers achète des terrains, maisons, appartements en France correspondant en 2016 environ 6 % des transactions immobilières les Britanniques sont les plus nombreux (32 % des acheteurs étrangers), suivi des Belges et des citoyens.

Source : Le Monde https://www.lemonde.fr/argent/artic...

Cette demande fait considérablement augmentait le prix de l’immobilier dans cette région de France notamment sur le littoral obligeant un certain nombre de jeunes français à quitter leur région en raison du coût élevé de l’immobilier.

Cette situation pose-t-elle un problème pour les tenants de la préférence nationale » ? Envisagent-t-ils l’établissement de quotas limitant la vente à des étrangers des parcelles territoire français et de biens immobiliers français ? Non. Nous ne défendons pas ici une telle thèse mais il est pour le moins étrange que ce phénomène ne pose aucune question à ceux considérés comme des nationalistes valorisant par ailleurs une larme de nos terroirs.

Même remarque concernant la vente d’immeubles entiers à des émirs arabes ou à des dictateurs africains.

9) En quoi le thème de l’immigration est une diversion d’envergure très avantageuse pour la classe dominante ?

L’une des causes fondamentales du chômage et l’insuffisance de l’investissement productif au profit de l’investissement financier par la grande bourgeoisie, la faiblesse du pouvoir d’achat a pour cause la stagnation des salaires voulus par cette même classe, les dysfonctionnements des services publics ont pour cause de manque d’investissement de l’État en moyens humains (nombre et qualification des agents),…

Au lieu de pointer ses responsabilités, les champions de la lutte contre l’immigration utilisent l’immigré comme bouc émissaire responsable de tous les maux : chômage, faiblesse des salaires, fraude sociale des pauvres des immigrés,…

En réalité, cette thématique est pro–système, voile les véritables responsabilités des problèmes sociaux et des douanes l’oligarchie dominante de ses responsabilités. En ce sens, une telle thématique sert les intérêts des puissants pour pérenniser leur système.

Il n’est donc pas étonnant que cette thématique de l’immigration envahisse l’espace des grands médias donnant sciemment une bonne visibilité au FN/RN pour neutraliser la progression de LFI et pour perpétuer cette diversion qui a, en outre, l’avantage pour la grande bourgeoisie de diviser le peuple.

10) Pourquoi la peur de l’immigration repose sur une manipulation fondée sur l’ignorance ?

10. 1 D’abord, il faut savoir qu’un Français sur quatre (entre 1/5 et 1/3 selon les évaluations) est issu de l’immigration. Source : Musée de l’immigration https://www.la-croix.com/Actualite/... Cette proportion peut considérablement varier d’une « région » à l’autre (10 % à 75 %).

10.2 La soi-disant origine gauloise des Français n’est rien d’autre qu’un mythe dont les historiens du XXe siècle ont démonté la construction. Cela n’empêche pas périodiquement des hommes politiques relativement incultes en histoire de réactiver ce mythe pour tel ou tel besoin politiques conjoncturel, comme ce fut par exemple le cas de Nicolas Sarkozy.

Voir par exemple l’article sur LCI : Nos ancêtres les gaulois : Petit rappel historique à l’intention de Nicolas Sarkozy. https://www.lci.fr/elections/nos-an... L’article de Wikipédia : Nos ancêtres les gaulois va dans le même sens que l’article de LCI. https://fr.wikipedia.org/wiki/Nos_a...

10.3 Les Francs sont-ils des « Français de souche » ?

Les Francs constituaient à l’origine une confédération de tribus germaniques vivant à l’est du Rhin.

Il émigrèrent vers ce qu’on appelle actuellement la Belgique et les Pays-Bas puis vers la Gaule latine. Pour plus de détails voir Histoire du monde : https://www.histoiredumonde.net/Fra...

10. 4 L’histoire de l’humanité est un immense mouvement migratoire. Voici par exemple les principales étapes migratoires de l’Homo sapiens sur la planète.

Le plus vieil homme moderne connu à ce jour a été exhumé en 2017 à Djebel Irhoub, au Maroc. On estime son âge à 300 000 ans, soit 100 000 ans avant la date avancée jusqu’alors par les paléontologues. De cette dernière trouvaille découle une nouvelle carte et de nouvelles théories concernant l’histoire de la grande migration humaine. Un récit, chargé de fantasmes, perpétuellement bouleversé par les découvertes paléontologiques.

Tous les non-Africains actuels descendent de quelques milliers d’individus qui ont quitté l’Afrique il y a probablement 60 000 ans. Ceux-ci étaient très proches de groupes vivant de nos jours en Afrique de l’Est, dont les Hadza de Tanzanie. Mais, comme ils ne constituaient qu’un petit sous-ensemble de la population africaine, ils n’ont emporté avec eux qu’une fraction de la diversité génétique des populations du continent.

Quelque part au cours de leur périple, peut-être au Moyen-Orient, ces Homo sapiens voyageurs ont eu des rapports sexuels avec une autre espèce, les néandertaliens. Puis, plus à l’est, ils se sont mêlés aux dénisoviens, une autre espèce éteinte du genre Homo. On estime que ces deux espèces avaient évolué en Eurasie à partir d’un homininé ayant émigré d’Afrique longtemps auparavant.

Certains chercheurs estiment même qu’une première vague d’exode d’Homo sapiens se serait déroulée il y a 120 000 ans. Mais, à en juger par nos génomes actuels, la deuxième vague d’hommes modernes venus d’Afrique, il y a 60 000 ans, a été la plus importante. Les descendants de tous ces migrants ont essaimé de par le monde. En migrant hors d’Afrique, les humains ont dû s’adapter à divers milieux. Couleur de peau ou capacité à respirer en altitude sont deux exemples parmi maintes adaptations.

Homo sapiens a atteint l’Australie voilà 50 000 ans, la Sibérie (- 45 000 ans), puis l’Europe (- 43 000 ans) et enfin l’Amérique du Sud (- 15 000 ans). À mesure de leurs déplacements, les hommes modernes ont formé de nouveaux groupes isolés des autres. Et c’est ainsi que, au fil du temps, chaque groupe a acquis un ensemble propre de mutations génétiques.

Pour l’essentiel, ces mutations n’étaient ni positives ni négatives. Mais, parfois, l’une d’entre elles représentait un avantage adaptatif dans un environnement nouveau. Sous la pression de la sélection naturelle, elle s’étendait alors à l’ensemble de la population locale.

Par exemple, les populations vivant sur les hauts plateaux d’Éthiopie, du Tibet et de l’Altiplano andin ont bénéficié d’une mutation leur permettant de supporter le manque d’oxygène à haute altitude. De même, des mutations ont aidé les Inuits à s’adapter au régime alimentaire d’origine marine, riche en acides gras, qu’ils avaient adopté. La mutation concernant la couleur de la peau s’est propagée, quant à elle, assez tardivement en Europe, il y a environ 8 000 ans, via des populations venues du Moyen-Orient.

Source : : Nationale geographic. La grande migration de l’Homo sapiens.

https://www.nationalgeographic.fr/s...

11 Quelles sont les raisons sociopsychologiques de la peur de l’immigration ?

Pierre-André caduc Taguieff dans son colossal ouvrage La force du préjugé considère que la peur du métissage est l’une des racines psychologiques du racisme et de la peur de l’immigré.

Plus superficiellement, on peut invoquer la peur d’être envahi, Pillé comme ont pu l’être des peuples sédentaires.Par des peuples nomades dans certaines régions du globe à certains moments de l’Histoire de l’humanité. On peut retrouver ce fantasme avec l’accusation sans preuve du « gitan voleur de poules » ou encore dans l’émoi causé par le séjour de gens du voyage dans une commune rurale par exemple.

Cette peur peut aussi être l’expression d’un comportement tribal, clanique en rejetant la présence d’un étranger dans la tribu susceptible d’être la cause de désordre et de déstabilisation du groupe. Ce groupe peut être une communauté voire même une nation donnant ou prescrivant une identité à chacun de ses membres. Il s’agit alors d’une construction ethnique pouvant faire éventuellement référence à des mythes comme celui de peuple gaulois.

On est alors loin du sentiment d’appartenance à une communauté nationale fondée sur des normes et institutions républicaines de caractère universaliste permettant l’ouverture sur le monde et rendant possible l’internationalisme.

Une autre racine psychologique possible est la transformation d’identité raciale fondée sur le fantasme anti scientifique de race pure en identité culturelle pure.

Il existerait, par exemple, une identité culturelle française puisant ses racines quasi exclusivement dans la tête–pardon le génie–de créateurs nés et ayant vécu s sur le territoire français.

Un minimum de culture historique en sciences et en littérature permet de comprendre l’absurdité totale d’une telle conception.

Enfin, l’une des sources de la peur de l’immigration et l’instrumentalisation politique voire même religieuse de frustrations, de ressentiments en focalisant l’agressivité sur un bouc émissaire, en l’occurrence, l’immigré.

Cette instrumentalisation se couple souvent avec une attitude de peur de l’autre, de repli sur soi.

Dans ce cadre, il peut exister une exploitation du caractère anxiogène de l’insécurité sociale (précarité, chômage, dettes en cours,…) par le détournement de l’anxiété vers un bout émissaire les auteurs d’un désordre social tel des manifestants par exemple. Se construit ainsi une société de plus en plus sécuritaire libertés fondamentales sont de plus en plus remise en cause. La peur de l’immigration peut devenir alors une justification d’un contrôle social généralisé.

Fin de l’article HD

Annexe : article intéressant de Libération sur l’immigration et le marché du travail.

« Eliminer l’immigration ne réglera pas le problème du chômage »

Source : Libération 02/05/2017 https://www.liberation.fr/politique... Par Sylvain Mouillard — 5 février 2017

Le professeur d’économie El Mouhoub Mouhoud déconstruit les idées reçues sur l’immigration, qui peut selon lui s’avérer positive pour l’emploi. Professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine, El Mouhoub Mouhoud est spécialiste de la mondialisation et des migrations internationales. Son dernier ouvrage, l’Immigration en France. Mythes et réalités (Fayard, 2017), permet d’apporter des réponses étayées à tous ceux qui ont fait de l’immigration un thème de campagne politique, propice à toutes les déformations.

L’immigration prend une grande place dans les débats de la vie politique française. Pourtant, votre livre rappelle que la France n’est plus un grand pays d’accueil…

Quand on regarde les flux dans les pays de l’OCDE, on se rend compte que la France est même en queue de peloton. Chaque année, les titres de séjour délivrés aux étrangers représentent environ 200 000 personnes, soit 0,4% de la population française, contre plus de 0,7 % en moyenne dans les pays de l’OCDE. Le solde entre les entrées et les sorties d’étrangers se situe autour de 100 000 personnes. Chaque année, 100 000 étrangers repartent, dont 70 000 sont des Européens en libre circulation. L’immigration de travail ne concerne que 20 000 personnes par an, dont 10 000 anciens étudiants déjà en France qui demandent la transformation de leur statut. Focaliser une politique sur les restrictions à l’entrée paraît donc en décalage avec la réalité. Loin des plaidoyers en faveur ou contre les migrations, et si l’on veut un jour mettre en place une politique efficace et juste, il est important de faire porter la raison dans ce débat.

Le FN défend l’idée d’une réduction des flux migratoires pour protéger l’emploi des Français. Cela vous paraît-il réaliste ?

Eliminer ou réduire ces 100 000 entrées nettes ne réglera ni le problème du chômage ni celui des territoires ségrégués. On met sur le dos de l’immigration des questions liées en réalité aux échecs des politiques structurelles. Par exemple, en dépit d’un taux de chômage de 10 %, 40 % des zones d’emploi sont en difficulté de recrutement. Il manque encore en France un véritable droit à la mobilité entre les régions pour les travailleurs. Dans le bâtiment ou les travaux publics, si les employeurs ne trouvent pas de main-d’œuvre, cela bride la croissance. C’est pour cela qu’ils se tournent vers des travailleurs étrangers. En revanche, lorsque le mouvement de la croissance est déclenché, l’immigration l’accélère. Mais ce n’est pas elle qui la déclenche.

Une idée reçue est que l’immigration a pour effet de tirer les salaires à la baisse. Est-ce vérifié ?

La dernière étude disponible montre que l’immigration a plutôt un effet positif sur les salaires des autochtones, de l’ordre de 3 à 5 %. En fait, quand les immigrés arrivent, ils occupent les tâches les plus pénibles, celles dont les locaux ne veulent pas. Les natifs se transfèrent sur des postes mieux rémunérés. La substitution est possible, mais elle s’opère entre vagues successives d’immigrés. Par exemple au Portugal, les immigrés ukrainiens ou moldaves ont remplacé les Cap-Verdiens. Il y a une complémentarité et pas une concurrence. Mais encore une fois l’effet est d’une faible ampleur.

Le FN propose de mettre en place une nouvelle taxe dont devraient s’acquitter les patrons embauchant des travailleurs étrangers. Qu’en pensez-vous ?

Elle me semble inefficace. D’une part parce que ça ne concernerait que 20 000 travailleurs, soit bien en dessous des tensions sur le marché du travail. Ensuite, parce qu’il ne faut pas faire croire que le marché du travail n’est pas protégé pour les Français. Il l’est ! Pour avoir un titre de séjour, il faut lever l’opposabilité de la situation de l’emploi, c’est-à-dire prouver que l’emploi ne peut pas être occupé par un natif ou un résident permanent. Une fois la clause d’opposabilité levée, il existe même une liste limitée de métiers en tension ouverts aux étrangers. Cela reste marginal par rapport aux 200 000 à 300 000 emplois non pourvus. L’immigration ne fait donc pas augmenter le chômage et reste largement en dessous du seuil nécessaire pour faire baisser les tensions sur le marché du travail. La taxe devrait selon le FN s’appliquer aux intra-européens, ce qui ne changera rien non plus au taux de chômage, mais suppose la sortie de l’Europe. Il serait plus efficace de renégocier la directive européenne sur les travailleurs détachés plutôt que de taxer ou d’interdire le travail détaché. Car certes la France est le deuxième pays qui attire le plus de travailleurs détachés (après l’Allemagne), mais c’est le troisième pays qui fournit le plus de travailleurs aux autres.

Vous défendez une politique de régularisation ambitieuse des travailleurs sans-papiers, jugeant que cela serait plus profitable à l’économie et la société…

Des évaluations du nombre d’entrées de personnes sans-papiers parviennent à un chiffrage de 30 000 à 40 000 personnes par an. Elles occupent souvent des emplois. Leur régularisation, puisqu’on connaît leur compétence, permettrait d’améliorer leur compétitivité, leur donnerait la possibilité d’être encore plus utiles à la collectivité. Il faut aussi se pencher sur le système de sous-traitance en cascade, générateur de travail clandestin. Souvent, l’administration fiscale ne peut intervenir qu’à l’échelon des sous-traitants de dernier ordre. Sauf que le problème ne vient pas seulement d’eux, mais de la stratégie de report des charges sur les sous-traitants et de désalarisation formelle de la main-d’œuvre par les grands groupes donneurs d’ordre, qu’il faudrait aussi criminaliser.

Sylvain Mouillard

Fin de l’article

Hervé Debonrivage


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