Aude : Scandale à l’arsenic

mercredi 3 avril 2019.
 

Le 15 octobre, l’Aude était ravagée par des inondations au bilan extrêmement lourd : 15 décès, 28000 sinistrés, des communes entières à reconstruire. Une catastrophe sans précédent dans le département. Mais au-delà de ce traumatisme, un scandale sanitaire et environnemental refait surface : celui d’une pollution irréversible à l’arsenic.

Le 15 octobre, l’Aude était ravagée par des inondations au bilan extrêmement lourd : 15 décès, 28000 sinistrés, des communes entières à reconstruire. Une catastrophe sans précédent dans le département. Mais au-delà de ce traumatisme, un scandale sanitaire et environnemental refait surface : celui d’une pollution irréversible à l’arsenic.

En cause, l’ancienne mine d’or de Salsigne, abandonnée en 2004 par l’exploitant, y compris les millions de tonnes de déchets générés par cette exploitation de minerais : arsenic, mais aussi cyanure, métaux lourds, ainsi que des déchets industriels et militaires entassés là dans l’attente d’une incinération dans le four de la mine, désormais à l’arrêt. « On a joué aux apprentis sorciers ! » commente Max Brail, ancien travailleur de la mine et maire d’un village voisin, licencié en 1995 pour avoir lancé l’alerte sur le sujet. Qu’allait-on faire désormais de ces montagnes de déchets toxiques à ciel ouvert ? Des collines. Deux collines artificielles de déchets vinrent ainsi modifier pour toujours ce paysage sauvage, surplombant la vallée de l’Orbiel qui coule en contrebas.

L’étanchéité du dispositif était garantie pour un demi-siècle, ce qui est déjà bien peu quand la nocivité de ces substances se compte en milliers d’années. Or, très vite les associations de riverains ont alerté sur les fuites importantes ; lessivé par les pluies, l’arsenic se répand ainsi depuis des années le long de l’Orbiel – jusqu’à 3 tonnes par an ! On déconseille vivement de consommer les légumes produits sur place. Suite à un rapport de la cour des comptes pointant le nombre préoccupant de cancers dans la vallée, une plainte pour empoisonnement est même déposée par ces associations de défense des riverains en 2003, sans suites à ce jour.

Avec les inondations, le scandale ressurgit : les pluies torrentielles ont emporté des morceaux entiers de ces collines artificielles, et la crue a largement répandu cette pollution dans les terres. Les prélèvements effectués par Philippe Behra, chimiste, sont alarmants : jusqu’à 470 microgrammes/litre1 dans l’eau d’un bassin éloigné. Déjà des dizaines de cas de dermatose ont été constatés chez ceux qui avaient déblayé des sédiments à main nue après la catastrophe. Mais la Préfecture refuse d’alerter.

Annie Thébaud-Mony, chercheuse au CNRS, n’hésite pas quant à elle à parler de scandale sanitaire et pointe la responsabilité accablante des pouvoirs publics par leur inaction. Peut-on encore espérer faire la lumière sur cette catastrophe silencieuse ?

Manon Le Bretton


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