Jean-Paul Bolufer, un produit de l’intégriste Cité catholique

lundi 13 février 2017.
 

Depuis deux jours, Jean-Paul Bolufer est à la une de tous les médias, bien habillé, bien peigné, jeu théâtral de victime. Membre du Bureau d’Evangile et Société, président de Dialogue et humanisme, cet homme connaît les usages de la bonne société.

Journaux, radios et télés font leur travail d’information en signalant qu’il bénéficiait d’un logement à loyer modéré payé cinq fois moins que son prix normal.

Sa déclaration tonitruante contre ceux qui bénéficient indument de loyers modérés a même été rappelée sur le petit écran : « Qu’aujourd’hui se trouvent dans le parc HLM des gens qui ne devraient pas y être, et que se trouvent dans la rue des gens qui devraient être dans les HLM, je considère que c’est un véritable scandale. Et nous sommes en train de préparer un texte pour mettre en place de véritables surloyers pour ceux qui occupent indûment leur parc HLM. »

Par contre, le pédigrée intégriste du personnage reste jusqu’à présent caché. Or, le nom de Jean-Paul Bolufer est associé à celui de l’intégriste "Cité catholique" qui prépara idéologiquement le fascisme militaire latino-américain dans les années 1950 puis qui contribua à la traque et à l’assassinat des militants de gauche argentins à l’époque de la dictature (Revue Le Verbe). Voici, ci-dessous, quelques informations supplémentaires sur cet ex-directeur de cabinet de Christine Boutin, associé à Fadela Amara.

Énarque, Jean-Paul Bolufer a pris soin de compléter sa formation administrative par un engagement et une formation au sein de la Cité catholique. Fondée par Jean Ousset (ancien secrétaire de Charles Maurras) sous le nom original des Œuvres de Cité catholique puis d’Office international des œuvres de formation civique et d’action culturelle selon le droit national chrétien (ICTUS), une autre association a pour objectif de construire une élite constituée en petites « cellules bien dressées » susceptibles d’agir par capillarité dans la classe dirigeante, son slogan : « Dans le peuple ; comme un poisson dans l’eau » traduit toute sa volonté d’infiltration du monde associatif. Elle est présidée par Jacques Tremollet de Villers, ancien militant tixièriste de Jeune Alliance et avocat de Paul Touvier.

Parmi les réalisations techniques de la Cité catholique il faut noter la création de l’association Laissez-les-vivre (1). À l’époque, Jean-Paul Bolufer est très actif dans l’opposition à l’avortement. Il est même remarqué par des actions de pression un peu violentes et la diffusion de textes attaquant Simone Veil.

Il rejoint en 1979 le cabinet de Jacques Chirac à la mairie de Paris. Il a ensuite été nommé préfet chargé de Journaux Officiels par Lionel Jospin en 1997. En 1983, il coédite un Projet pour la France : construire nos communautés dans lequel il déclare vouloir établir un délit contre “toutes les atteintes morales et physiques aux familles”, c’est à dire, l’avortement, l’homosexualité, la pornographie. Il propose aussi des “retraites à capitalisation familiale”, c’est-à-dire en fonction du nombre d’enfants. En septembre 2003, il intervenait à l’assemblée de l’Association internationale pour l’enseignement social chrétien qui s’est tenue cette année à Prague sous les hospice du think tank proche de l’Opus dei : Liberté politique.

1* La Cité catholique (décrite dans l’ouvrage de F. Venner, Extrême France, Grasset, 2006 : La Cité catholique) a longtemps formé les élites du mouvement catholique traditionnel. Son action de formation est coordonnée au sein d’un « Centre de formation à l’action civique et culturelle selon le droit naturel et chrétien au service de la Civilisation de l’amour ». Cette dernière dénomination fait suite à plusieurs intitulés d’Institut de formation comme la « Cité catholique », « Office International », puis l’Institut culturel et technique d’utilité sociale (ICTUS) créé en 1946 par Jean Ousset et Jean Masson.

Le but était alors de mettre « à la disposition des personnes, des groupes et des associations qui en comprennent la nécessité, les moyens propres à former pour en offrir le bienfait à notre patrie, la France, un nombre suffisant pour être décisif de cadres politiques, sociaux et culturels efficaces. Cette formation repose sur la doctrine sociale de l’Église qui est accessible non seulement aux chrétiens, mais à tous les hommes de bonne volonté. Elle s’acquiert en petits groupes de travail et fait l’objet de stages. Cette formation est résolument centrée sur l’action. »

Tout comme l’Action française, le but est de réformer les esprits : « Le but de cette formation est l’acquisition d’une tournure d’esprit qui conduise à pratiquer un nouveau style d’action politique, sociale et culturelle, fondé sur le respect de la diversité des réseaux humains, la claire vision des initiatives à développer, soutenir, susciter et coordonner ». Mais, contrairement à elle, les modules enseignés sont plus directement tournés vers l’enseignement de méthodes d’action à des « groupes et des associations qui en comprennent l’utilité ». La notion d’efficacité - et non plus seulement de culture générale - entre donc en ligne de compte. Selon l’Institut, « une action efficace suppose : le sens du contact personnel, une bonne connaissance du milieu dans lequel on se trouve, l’entrainement au travail en équipe, le souci constant de synchronisation avec ceux qui travaillent dans d’autres milieux ».

Bien qu’ouvert à tous, le centre de formation de la Cité catholique fait le tri en ce qu’il met ses initiés devant une certaine obligation de résultat, en recherchant avec eux des stratégies efficaces. Ce qui était vrai pour l’ICTUS l’est également pour le Centre de formation qui en a pris la suite : « Le Centre de formation à l’action civique et culturelle selon le droit naturel et chrétien est une œuvre auxiliaire, un service à la disposition de tout ceux qui ont à cœur la renaissance chrétienne de la France. La constitution d’une élite civique, spécialiste de la stratégie politique, sociale et culturelle est indispensable.

Mais il s’agit moins de promouvoir une organisation que de préconiser un certain style d’action et une stratégie ». Pour cela, le Centre propose aux « cellules » des ouvrages de base à étudier, vidéocassettes et parcours culturels, mais aussi des stages et des sessions tout au long de l’année. Il organise également un congrès presque tous les ans et publie une revue, Permanences, qui rend compte de chacun de ses colloques et stages de formation. Parmi les modules enseignés, beaucoup de séances portent sur la culture et l’art, comme la peinture, la sculpture, l’architecture ou les musiques. L’univers culturel et artistique étant décrit comme un « terrain d’application de méthodes pédagogiques et apologétiques qui permettent de communiquer l’amour de la France, de l’Église et de Jésus-Christ ».

Le Centre s’intéresse également beaucoup à l’actualité provie, et son principal enseignement concerne la transmission de valeurs liées à la loi naturelle. « L’ordre naturel est l’ordre des choses de la Création. Par “naturel”, il ne faut pas entendre tout ce qui existe dans la nature (ou dans la réalité sociale), mais tout ce qui est conforme à la nature des choses, et en particulier à la nature de l’homme.

Ainsi, la naissance d’un veau à cinq pattes n’est pas conforme à l’ordre des choses, ni même conçue comme naturelle : il s’agit d’une monstruosité - reconnue comme telle par les scientifiques, comme par le sens commun - qui est en contradiction avec l’ordre naturel. D’ailleurs, certaines malformations congénitales peuvent être tellement contraire à l’ordre naturel, que les bébés qui en sont atteints meurent très rapidement après leur naissance. La loi naturelle est la loi morale (naturelle) que l’homme tire des exigences de sa nature et de la nature des choses en général ».

Signalons que le Centre n’est pas directement reconnu par l’Église catholique, même si la présence d’évêques ou de cardinaux à ses congrès peut laisser penser le contraire aux participants.


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