La société n’a pas glissé à droite. Elle veut que ça change vraiment et ne sait de quel côté se tourner pour y parvenir ( Tribune de Jean Luc Mélenchon)

mercredi 4 juillet 2007.
 

Le PS doit changer ? Soit. Mais dans quel sens ? Les uns veulent disposer d’un outil de combat pour changer la vie. Les autres sont davantage préoccupés de « s’adapter » au monde « tel qu’il est ». Ainsi, avant de rénover mieux vaudrait clarifier. En commençant par l’essentiel : doit-on affronter ou accompagner la mondialisation libérale ?

Ce n’est pas une question académique. Toute la social-démocratie internationale a répondu : elle accompagne. Elle finit par précéder. Le résultat est pitoyable. En Allemagne elle gouverne avec la droite. En Angleterre, elle la remplace. Dans toute l’Europe, les sociaux démocrates démantèlent l’Etat social qu’ils avaient construit : retraite à 67 ans, diminution des indemnisations du chômage, privatisations en série, etc.

Très vite les milieux populaires leur préfèrent n’importe quel autre remède de cheval s’il parait être une solution volontariste à la paupérisation qui les ronge. En Amérique latine, la social-démocratie peut même faire tirer sur la foule des mécontents de sa politique : 3000 morts au Venezuela, 100 en Argentine, 1000 en Bolivie... Sur tout ce continent, la gauche nouvelle qui se réinvente le fait en dehors des partis sociaux-démocrates et le plus souvent contre eux. Quelle est alors la « modernité » de cette injonction social démocrate quand cette politique affiche une faillite d’égale ampleur à celle qu’a vécue le communisme d’état ?

Dans le parti socialiste d’Epinay, les courants socialiste et social démocrate produisaient ensemble une vision et un programme. L’alliance à gauche était exclusive. Ce dispositif entraînait la société et la gauche y est devenue majoritaire. On dit ce "logiciel" dépassé. Il faut bien un bouc émissaire.

Voici venir l’apothéose : l’objectif de faire un « grand parti du centre et de la gauche » ! Une tromperie. Si le Centre existe comment croire que son accord s’obtiendrait sans conséquence sur le programme gouvernemental ? Ainsi sous couleur d’efficacité électorale (déjà contredite dans les urnes) s’avance sans le dire un projet de société. Le désir d’alliance au centre vient d’une vision dépassée de l’état politique du pays. Le temps des blocs électoraux arbitrés par les petits bourgeois des centres-villes est fini. Aujourd’hui dominent les désorientés et les désemparés. Salariés ou chômeurs, ils sont aux abois, disponibles pour la prostration ou pour le combat comme le prouve le changement de pied de l’électorat entre les deux tours des législatives.

La société n’a pas glissé à droite. Elle veut que ça change vraiment et ne sait de quel côté se tourner pour y parvenir. Quand on est de gauche, comment unifier ces catégories populaires, du haut en bas de l’échelle autour d’un projet commun efficace si l’on renonce à dire que tout commence par un nouveau et vigoureux partage de la richesse produite ?

Comment le faire sans dire avec qui et contre qui ? Sans dénoncer la logique d’accumulation absurde et cruelle du capitalisme de notre temps ? Sans affronter la mondialisation libérale la mère de toutes nos souffrances ? Voilà le vrai tabou à briser. Mais si au contraire on décide de placer les enjeux sur le terrain choisi par nos adversaires et de parler leur langue, comment leur disputer l’hégémonie culturelle qu’ils s’y sont acquis ?

Rien ne sert de nier la contradiction qui sépare les socialistes sur ces sujets centraux et ceux qui s’y rattachent. Au contraire c’est en la reconnaissant qu’on peut la traiter en dynamique pour toute la gauche. C’est pourquoi j’ai dit que mieux vaut le divorce que le mensonge s’il faut encore maquiller la réalité de nos contradictions avec des synthèses de convenance. Je m’y tiens.

Si le PS doit devenir un parti de centre gauche assumé, un parti social démocrate, la vie commune en son sein ne sera plus possible avec ceux qui veulent faire vivre l’idéal de la République sociale et de la gauche de rupture. Ceux là seraient pris en otage. Ils devront s’assumer eux aussi. C’est ce qu’a fait l’ancien président du SPD Oskar Lafontaine en Allemagne en fondant le parti de gauche Die Linke avec les communistes, des écologistes et des syndicalistes.

Certes on peut aussi vouloir que le PS soit lui-même le lieu de la force nouvelle à construire avec toute la gauche. Pourquoi pas. Mais alors ce n’est pas une rénovation qu’il faut envisager, c’est une révolution. Bref, l’invention de la gauche d’après le communisme d’état et la social démocratie doit commencer en France aussi. Ni le social-télé-évangélisme ni la social démocratie ne peuvent en tenir lieu !


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