Le paradis des riches et l’enfer des pauvres.

jeudi 15 août 2019.
 

Le salaire moyen d’un patron du CAC 40 s’élevait en moyenne en 2018 à 390 000 € par mois alors que 9 millions de personnes vivent avec moins de 700 € mensuels. L’accroissement des inégalités notamment de patrimoine pose toujours la question 230 ans après l’abolition des privilèges le 4 août 1789 : l’enfer des pauvres fait-il le paradis des riches ?

Sur la chaîne RT France, dans l’émission « Interdit d’interdire » étaient organisés le 16 juillet 2019 un débat intitulé : le paradis des riches et l’enfer des pauvres.

Étaient invités Monique Pinçon Charlot, sociologue bien connue pour ses travaux sur les grandes fortunes et Ferghane Azihari analyste en politique publique conseillait auprès des think tanks libéraux.

La fortune accumulée par les super riche se fait-elle sur le dos des pauvres comme le disait Victor Hugo : l’enfer des pauvres fait le paradis des riches ?

On peut revoir l’émission en cliquant sur le lien suivant : https://francais.rt.com/magazines/i...

Ou encore : https://www.les-crises.fr/interdit-...

Deux conceptions diamétralement opposées s’opposent. Comme la sociologue, on peut être éberlué par l’incroyable superficialité allant jusqu’à la fausseté des propos tenus par le défendeur enthousiaste du libéralisme.

Reprenons les propos tenus par ce théologien du libéralisme.

1) Prétendre que la colonisation n’a pas vraiment profité aux capitalistes relève soit de la mauvaise foi, soit d’une ignorance incroyable de l’abondance des faits historiques qui le prouvent. S’il peut être vrai que ponctuellement, et à certaines périodes comme pendant celles des guerres coloniales après la deuxième guerre mondiale, la colonisation a coûté cher aux capitalistes et surtout à l’Etat avec ses interventions militaires, les pillages multiples liés à la colonisation ont toujours été très rentables pour les impérialistes et ont permis la constitution de fortunes gigantesques. On cite en annexe un article sur le pillage colonial bien documenté.

2) Prétendre que la pauvreté est sur le point d’être éradiquée dans le monde est une supercherie. D’abord pour une raison de méthodologie statistique : il n’existe pas d’outils statistiques permettant de mesurer d’une manière cumulée les facteurs de pauvreté par individu comme l’indique ADT quart-monde international.

D’autre part, les faits suivants permettent de jeter un doute sur cette affirmation (chiffres proposés par le Programme des Nations Unies pour le Développement) :

Plus d’un milliard d’êtres humains vivent avec moins d’un dollar par jour.

•2,8 milliards de personnes, soit près de la moitié de la population mondiale, vivent avec moins de 2 dollars par jour.

•448 millions d’enfants souffrent d’insuffisance pondérale.

•876 millions d’adultes sont analphabètes, dont deux-tiers sont des femmes.

•Chaque jour, 30 000 enfants de moins de cinq ans meurent de maladies qui auraient pu être évitées (soit plus de 10 millions par an)

•Plus d’un milliard de personnes n’ont pas accès à de l’eau salubre (Source : https://www.atd-quartmonde.org/faq/... )

À part cela on retrouve les croyances classiques du logiciel libéral :

3) Les chefs d’entreprise seraient les principaux créateurs de richesses grâce à leurs capitaux, leur esprit d’innovation, leur prise de risque en contractant des emprunts en investissant dans des secteurs risqués. En affirmant cela, on exprime des croyances : ce qui crée la valeur ou la richesse, ce n’est pas le travail mais le capital : autrement dit l’argent créé l’argent ce qui revient à tout simplement considérer l’argent comme un dieu capable de s’auto créer. La deuxième idée c’est que ce sont les entrepreneurs qui créent de l’emploi grâce à leur esprit créateur et aux capitaux qu’ils apportent.

Mais c’est confondre emploi et travail, confondre emploi et richesses créées par le travail.

En présentant la situation de cette manière, le salarié doit ainsi son existence à l’emploi créé par son maître : le chef d’entreprise. On retrouve ici un formidable ressort de l’asservissement comme l’indique l’anthropologue Maurice Godelier dans son ouvrage « l’idéel et le matériel » : la dette réelle ou imaginaire.

En réalité, ce sont les travailleurs qui créént les richesses de l’entreprise et font que le capital a une valeur.

Quant à la créativité, elle réside dans le savoir-fa ire des ouvriers, dans l’inventivité des ingénieurs et des chercheurs.

On nous dit que des entrepreneurs investissent dans des secteurs financièrement à risque mais innovants en créant ainsi de l’emploi d’avenir. Cela peut exister mais c’est loin d’être la règle.

En réalité, à l’inverse pour des raisons de rentabilité capitalistique, des entrepreneurs ferment des entreprises dont les salariés détiennent un grand savoir-faire et investissent dans des secteurs plus rentables et notamment dans la sphère financière.

Enfin, c’est oublié qu’à l’ère du capitalisme financier, le capitaliste s’apparente plus à un rentier qu’à un capitaine d’industrie.

4) On affirme ensuite que le développement du capitalisme a certes enrichi une classe d’entrepreneurs mais a aussi enrichi, comme jamais, les masses laborieuses les plus pauvres qui ont pu avoir accès avec le temps aux principaux moyens de consommation.

C’est oublié que cette amélioration des conditions de vie ont été aussi le résultat de luttes sociales diverses parfois violentes et sur une longue durée, ou encore qu’elles ont été permises par des gouvernements de gauche modérant les appétits capitalistes.

S’il est vrai comme l’a d’ailleurs dit Karl Marx que la système capitaliste a permis une production rapide colossale de produits sans précédent dans l’histoire il ne faut pas non plus oublier que les progrès techniques, les progrès dans l’organisation du travail et l’élévation des qualifications ont aussi permis cette grande capacité productive et innovante.

5) Affirmer qu’il n’existe pas de corrélation entre la pauvreté de certains et l’extrême richesse des autres c’est tout simplement nié la réalité de l’exploitation de la force de travail des salariés par les capitalistes et sa capacité d’accaparement non seulement des moyens de production mais aussi des richesses produites.

Le partage inégal de la valeur ajoutée produite par la population active en faveur de la classe capitaliste et au détriment des salariés explique aussi comment la richesse des uns fait la pauvreté des autres.

6) Dans l’argumentaire libéral on trouve encore ici la fiction d’un État réifié surplombant la société. Ainsi les braves entrepreneurs, qui n’auraient aucune prise sur cette entité sans visage seraient persécutés par un État fiscaliste, freinant l’innovation et la créativité par son fonctionnement routinier et bureaucratique aux mains d’une technostructure quasi anticapitaliste !

Remarquons que ce fantasme est aussi relayé par l’extrême droite. C’est oublier que les élus politiques et les membres du gouvernement issus de la gauche réformiste et de la droite sont en étroite relation avec le grand patronat de l’industrie et des banques. Le livre de Laurent Mauduit

« La caste » montre combien la haute fonction publique est au service des intérêts de la classe capitaliste même si le patron du Medef n’est pas premier ministre.

Il est vrai qu’il faut se garder de tout manichéisme simpliste pour juger de l’efficacité et de l’humanité d’un système économique. Ne décrire le capitalisme que sous l’angle exclusif de l’exploitation, de la destruction de la nature, etc sans en voir ces aspects positifs dans sa capacité à produire une large variété de produits de consommation accessibles au plus grand nombre de produire des produits de la haute technologie utile par exemple en médecine ne permet pas alors de comprendre pourquoi un tel système exerce une telle fascination et continue à se maintenir malgré son caractère hautement prédateur. On peut alors par exemple se référer à la notion de « capitalisme addictif » » (voir : http://www.gauchemip.org/spip.php?a... )

7) De même, ne voir dans l’échec économique de l’URSS que l’effet du système étatiste bureaucratique de surcroît stalinien et simpliste : depuis sa création URSS a été l’objet d’une guerre économiquepie de la part de tous les pays occidentaux ; elle a subi des pertes humaines et matérielles énormes pendant la seconde guerre mondiale : 27 millions de morts soient 14 % de sa population ; traumatisé par la guerre ce pays a investi entre un quart et un tiers de sa production dans les dépenses militaires au lieu d’investir dans d’autres secteurs notamment dans celui des produits de consommation ; et au niveau agricole, les conditions climatiques de l’URSS sont défavorables A l’inverse, les USA ont bénéficié de retombées positives de la seconde guerre mondiale en accueillant notamment de nombreux savants et artistes d’Europe. Que serait devenu URSS avec un système étatique socialiste, sans un Staline et sans un tel environnement international hostile ? Certainement quelque chose de très différent.

Annexe :

La mort et l’enfer des pauvres pour la vie et le paradis des riches

[Pillage des ressources et néocolonialisme.

Source :CADTM http://www.cadtm.org/Pillage-des-re...

De la traite à la dette - Partie 3

Pillage des ressources et néocolonialisme

19 septembre 2017 par Jérôme Duval

Christophe Meneboeuf cc - pixinn.net

Finalement, les pays dits « en voie de développement » (PED) d’aujourd’hui remplacent les colonies d’hier : les grandes entreprises multinationales occidentales se placent dans les anciennes colonies, y investissent et en extorquent les ressources pour accumuler de faramineux profits qui s’évadent dans des paradis fiscaux appropriés. Tout cela se déroule sous le regard bienveillant des élites locales corrompues, avec l’appui des gouvernements du Nord et des Institutions financières internationales (IFI) qui exigent le remboursement de dettes odieuses héritées de la colonisation. Par le levier de la dette et des politiques néocapitalistes imposées qui la conditionnent, les populations spoliées paient encore le crime colonial d’hier et les élites le perpétuent subrepticement aujourd’hui, c’est ce qu’il est convenu d’appeler le néocolonialisme. Pendant ce temps, hormis quelques tardives et bien trop rares reconnaissances des crimes commis, on se hâte d’organiser l’amnésie collective afin d’éviter tout débat sur de possibles réparations. Celles-ci, ouvrant la voie à des réclamations populaires, pourraient engager un devoir de mémoire émancipateur jusqu’à de possibles restitutions. Une perspective à étouffer avant qu’elle ne s’embrase ?

Domination esclavagiste, occupation et expropriation des ressources

Suite aux voyages de Christophe Colomb, l’invasion espagnole dévaste royaumes et régions entières, les dépeuplant et les brûlant. Les Indiens accueillent pourtant les chrétiens du mieux qu’ils peuvent, souvent en offrant hébergement, nourriture et quantité d’or. Les colons espagnols, quant à eux, répandent presque systématiquement la peur, massacrent, torturent ou brûlent les Indiens dès leur arrivée afin d’assurer leur domination et faciliter leur colonisation. Bartolomé de las Casas, un des rares à dénoncer cette extermination au moment des faits, décrira l’horreur avec laquelle ces tyrans décimèrent les populations originaires [1]. Les grandes puissances coloniales, le Portugal, l’Espagne, la France, le Royaume-Uni, la Hollande et la Belgique principalement, ont provoqué la mort d’une grande partie des populations autochtones des Amériques, d’Asie, puis d’Afrique afin d’en soustraire les ressources naturelles (or et argent en premier lieu), de les exploiter et d’en tirer un maximum de profit.

Argent d’esclaves

En l’an 1545, la découverte de Potosí, une énorme mine d’argent de l’actuelle Bolivie (qui à l’époque appartenait au Pérou), marque le début de l’expropriation des richesses du sous-sol latino-américain. Vers 1571, on commença à employer le mercure pour amalgamer l’or et accroître son extraction sans présager pour autant les graves problèmes de pollution environnementale que cela supposait ni les dommages que cela allait engendrer sur les mineurs contaminés. En 1572, Francisco de Toledo, cinquième vice-roi du Pérou, fit élargir les rues, commença la construction de l’église de la Matriz et de la Casa de Moneda où, dès le 28 mars 1574, on frappait le métal en monnaie. La ville de Potosí détenait le gisement le plus important du monde dans le ventre du Cerro Rico, « la colline riche », remplie d’argent. Son ascension est fulgurante. « Dix-huit mois après sa fondation, elle compte 14 000 habitants et vingt ans plus tard 100 000 ; au XVIIe siècle, elle en hébergera 160 000, et sera alors, avec Mexico, la ville la plus peuplée d’Amérique », nous dit Fernand Braudel [2]. En effet, à son apogée, vers 1580, Potosí, malgré la rudesse des conditions climatiques, compte plus d’habitants que Madrid, Séville ou Rome. Elle devient la ville est la plus peuplée du « Nouveau Monde » et la plus opulente de la région. Elle abritera 36 églises, plusieurs théâtres et écoles de danse, quantité de maisons de jeu et de somptueuses demeures appartenant aux riches colons espagnols.

Des milliards d’onces d’argent sont extraites par le travail forcé sous la colonisation espagnole. Des milliers d’esclaves africains ont été conduits de force dans les mines pour remplacer et pallier la perte de milliers d’autres indigènes morts au travail [3]. L’extorsion de cet argent a servi à gonfler le trésor du roi Charles Quint, à alimenter les caisses du Royaume d’Espagne pour financer ses guerres et, au-delà de l’Europe, au développement du commerce avec la zone la plus développée de l’époque, l’Asie. La monnaie issue du travail d’esclaves à Potosí, contribua au développement du capitalisme et de la révolution industrielle. Mais à quel prix ? « Chaque peso frappé à Potosí a coûté la vie à dix Indiens, morts au fond des mines », écrivait Fray Antonio de la Calancha en 1638. Qu’en est-il de l’énorme quantité d’argent extrait de la mine de Potosí à la sueur des mineurs-esclaves amérindiens et africains lorsque l’on voit l’état de pauvreté de la ville du même nom [4] ? Il est tout à fait raisonnable d’affirmer que l’expropriation des ressources et le commerce qui s’en suivit via la colonisation sont en grande partie à l’origine de la richesse actuelle des puissances coloniales. Pour ne prendre qu’un exemple, Bruxelles ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui sans le pillage opéré au Congo belge. Outre l’exploitation de la force de travail esclavagiste et la fortune colossale des métaux précieux extorqués, notamment or et argent, les Européens n’auraient pas eu accès à la soie et au coton, à la technique du verre soufflé, à la culture du riz ainsi qu’à celle de la pomme de terre, à la tomate, au maïs, au tabac, au piment, au cacao d’Amérique, aussi rapidement sans l’entreprise dévastatrice de la colonisation.

L’or au mépris de l’humain et son environnement

Le pillage des matières premières se poursuit encore aujourd’hui dans les colonies ou ex-colonies : À Arlit, dans le nord du Niger, Areva exploite l’uranium depuis 1976. Aujourd’hui, une bonne partie de cette région, balayée par les vents de sable, est contaminée [5]. « La Terre est notre mère, l’or est son cœur. Si on lui arrache, elle meurt », résumait Aïkumalé Alemin, Amérindien wayana de la région du Haut-Maroni. Le mercure utilisé par les orpailleurs en Guyane française empoisonne les populations amérindiennes vivant en forêt tropicale guyanaise. En effet, les Amérindiens sont contaminés par les poissons qui constituent une grande part de leur alimentation. « De nombreuses études scientifiques pratiquées sur les Indiens Wayana ont confirmé que le niveau de mercure est jusqu’à deux fois supérieur au seuil fixé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). » « 40 tonnes de mercure sont rejetées chaque année dans les eaux de l’Amazonie péruvienne par les chercheurs d’or illégaux » « Si rien n’est fait à court terme, on va vers une forme de génocide », dénonçait en 2014 Jean-Pierre Havard, responsable de Solidarité Guyane. Avec des salaires de misère, 3 tonnes d’or sont extraites chaque année de Guyane française au péril de la santé des populations autochtones et de leur environnement. Au total, dix ethnies seraient menacées d’empoisonnement au mercure dans les pays de la région.

Au Pérou, la contamination au mercure dans les eaux des rivières de l’Amazonie, due aux mineurs illégaux, va au-delà des zones d’exploitation aurifère. Dans le cas de la communauté Nahua, qui se trouve dans la région d’Ucayali, à l’Est du Pérou, la consommation d’un poisson-chat, le Mota Punteada (Calophysus macropterus) de son nom local, dont l’organisme a la capacité d’accumuler le mercure présent dans l’environnement, est la cause de cette contamination qui provoque notamment des problèmes rénaux sérieux et des cas d’anémie. Selon le ministère péruvien de l’Environnement, 40 tonnes de mercure sont rejetées chaque année dans les eaux de l’Amazonie péruvienne par les chercheurs d’or illégaux [6]. Reconnaîtra t-on un jour l’empoisonnement des terres et rivières comme une dette

écologique dont les peuples autochtones sont les créanciers ?

Le comble du paradoxe : Transformer les matières premières extorquées pour les vendre au pays producteur

En Afrique, le pillage des matières premières se poursuit et, comme aux temps des colonies, la transformation s’opère au Nord, avant que le produit ne revienne, éventuellement transformé, dans le pays producteur de la matière première. Ce dernier perdant donc au passage les gains de plus-value

obtenue par la transformation.

Saignées de l’or noir

Quant au pétrole brut extrait d’Afrique, il est majoritairement destiné à l’exportation quitte à revenir, raffiné, depuis le pays importateur. Sur la quarantaine de raffineries présentes en Afrique, beaucoup pâtissent d’un manque d’investissement et de maintenance, sont sujettes à des privatisations rampantes et n’arrivent pas à satisfaire la demande régionale. Résultat, le continent reste dépendant de l’importation de produits raffinés pour sa propre consommation. Ainsi, le Nigeria, premier producteur de pétrole du continent et onzième mondial, n’arrive pas à satisfaire son marché intérieur [7] et, comble du paradoxe, importe 70 % de ses besoins en pétrole raffiné malgré une production journalière d’environ deux millions de barils de pétrole brut dont la majeure partie part à l’exportation vers les États-Unis et l’Europe ! Pour satisfaire sa demande intérieure, le Nigeria importe quotidiennement des millions de dollars de carburant (pétrole raffiné), représentant près de 14,9 milliards de dollars sur l’année 2016, une somme colossale [8].

Le Nigeria, un des pays les plus inégalitaires au monde

Lorsqu’on commença à extraire des quantités significatives de pétrole au Nigeria dans les années 1960, des dirigeants de Shell passaient dans les villages et projetaient un film d’entreprise vantant aux habitants la prospérité qu’allait leur apporter le pétrole [9]. Pourtant, les habitants du delta du Niger d’où provient la grande majorité de cette ressource tant convoitée, se sont appauvris et ont vu leurs terres et leurs eaux polluées par cette industrie. Malgré une croissance positive jusqu’en 2016 (+ 2,7 % en 2015), 22 milliardaires et 34 000 millionnaires en dollars recensés, plus de la moitié de la population vit avec moins d’un dollar par jour, la majorité des Nigérians n’ont pas accès à l’électricité, un enfant sur 10 meurt avant l’âge de 5 ans encore aujourd’hui [10] et l’espérance de vie ne dépasse pas les 54 ans [11].

De plus, le Nigeria subit les affres de la pollution et de son corollaire, le réchauffement climatique. Pourtant, un habitant du Nigeria émet en moyenne 10 fois moins de gaz à effet de serre qu’un habitant de la France, et 34 fois moins qu’un habitant des États-Unis, le plus gros pollueur de la planète [12].

En plus de se faire piller leurs matières premières, les populations des pays producteurs payent la plus-value des produits transformés au Nord par les multinationales occidentales. Ce mécanisme grève les caisses des États qui, pour ne pas trop amputer dans leurs budgets, doivent s’endetter toujours plus. Les créanciers sont, dans ce système dette à leur mesure, encore une fois les gagnants d’une partie de poker dangereuse et mortifère.

Partie 1 - Occupation et génocide en guise de « découverte » Partie 2 - Haïti : de la colonisation à l’esclavage économique Partie 3 - Pillage des ressources et néocolonialisme Partie 4 - À qui profite la manne des matières premières ?

Notes

[1] Bartolomé de las Casas, Très Brève relation de la destruction des Indes, publié en 1552.

[2] Braudel Fernand. Du Potosi à Buenos Aires : une route clandestine de l’argent. In : Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 3ᵉ année, N. 4, 1948. pp. 546-550.

[3] Ces chiffres proviennent de la page Wikipedia en espagnol : https://es.wikipedia.org/wiki/Potos...

[4] Eduardo Galeano, Les veines ouvertes de l’Amérique latine, Pocket, p. 25. Cette histoire implacable du pillage d’un continent de l’écrivain uruguayen est parue pour la première fois en 1971 et fut aussitôt censuré dès l’instauration de la dictature militaire dans son pays en 1973, ainsi qu’au Chili ou en Argentine.

[5] La colère est dans le vent (54 min, 2016, Niger/Bénin/France), documentaire de Amina Weira, dont le père a travaillé 35 ans à la mine d’uranium d’Areva à Arlit, dans le nord du Niger.

[6] Eric Samson, « Pérou : état d’urgence déclaré en Amazonie pour pollution au mercure », RFI, 31 octobre 2016. http://www.rfi.fr/ameriques/2016103...

[7] Trois des quatre raffineries du Nigeria ont été réactivées en juillet 2015, mais ne fonctionnent qu’entre 60 % et 80 % de leurs capacités (jusqu’à 210 000 b/j). Incité à la dépendance de la ressource pétrolière par les Institutions financières internationales (Banque mondiale en tête), le Nigeria tire 70 % de ses revenus et environ 90 % de ses ressources en devises des exportations de brut. Seulement 10 % de sa production est raffinée dans le pays.

[8] « En 2016, le Nigéria a dépensé 14,9 milliards $ en importation de pétrole raffiné » Agence Ecofin, 9 juin 2017. http://www.agenceecofin.com/investi...

[9] Peter Mass, Pétrole brut, enquête mondiale sur une richesse destructrice, ed. Autrement, 2010.

[10] Le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans est de 109 pour 1000 en 2015, l’un des plus élevés au monde après la République centrafricaine, la Somalie, le Tchad et la Sierra Leone. Selon l’ONU, 6,9 millions d’enfants de moins de cinq ans sont morts dans le monde en 2011, principalement à cause de maladies évitables.

[11] Direction du Trésor, « Nigeria »,https://www.tresor.economie.gouv.fr...

[12] Christophe Bonneuil, François Gemenne, Geneviève Azam, Jean Jouzel, Maxime Combes, Nicolas Haeringer, Stefan Aykut, Valérie Cabannes : « Climat : Nicolas Sarkozy, dangereux marchand de doute ». Tribune publiée dans Libération le 16 septembre 2016. https://france.attac.org/se-mobilis...

cadtm.org

Auteur.e

Jérôme Duval est membre du CADTM, Comité pour l’abolition des dettes illégitimes et de la PACD, la Plateforme d’audit citoyen de la dette en Espagne. Il est l’auteur avec Fátima Martín du livre Construcción europea al servicio de los mercados financieros [es], (Icaria editorial, 2016) et est également coauteur de l’ouvrage La Dette ou la Vie, (Aden-CADTM, 2011), livre collectif coordonné par Damien Millet et Eric Toussaint qui a reçu le Prix du livre politique à Liège en 2011.

CADTM Bulletin électronique Fin du texte sur le colonialisme

Hervé Debonrivage


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