Grève générale à Hongkong : « Il peut y avoir de grands bouleversements »

vendredi 16 août 2019.
 

Après presque deux mois de mobilisation pour réclamer la démocratie et dénoncer les violences policières, le mouvement prend une nouvelle ampleur avec une grève générale débutée ce lundi matin. Un événement rarissime dans l’archipel.

Hongkong n’a jamais connu une telle situation de paralysie.

Dès le début de la matinée lundi, les services du métro hongkongais étaient au ralenti.

A l’heure de pointe, et alors que le temps d’attente entre chaque rame était anormalement long, certains manifestants habillés en noir ont tenté de ralentir le départ de chaque métro. Ils ont parfois utilisé la force pour bloquer physiquement les portes des rames en utilisant des extincteurs ou encore leurs traditionnels parapluies.

Outre des retards importants, ces actions ont provoqué de la crispation et de la frustration chez plusieurs usagers se rendant sur leur lieu de travail.

Dans le milieu de la matinée, la plupart des rames restaient à quai et les services préconisaient d’utiliser les bus ou les taxis pour leur déplacement.

Plusieurs routes ont été aussi bloquées, comme dans le quartier du Yuen Long, au nord de l’archipel, et une voiture a forcé le barrage monté par les manifestants, heurtant au moins un participant. Le 21 juillet, Yuen Long avait été le théâtre de violences commises par des membres des triades, soutiens de Pékin. Ils s’en étaient pris à des protestataires mais aussi à des citoyens lambda, alors que la police avait été critiquée pour avoir mis quarante minutes à intervenir sur les lieux de l’incident. Cet épisode a profondément marqué l’opinion publique et les appels à la grève générale se sont multipliés depuis.

A l’aéroport international de Hongkong, cet appel à la grève a été relayé par des syndicats de personnels navigants et a été suivi par près d’un tiers des contrôleurs aériens.

Résultat, à la mi-journée, plus de deux cents vols ont été annulés. Les personnels aériens ont rejoint le mouvement de protestation il y a deux semaines, suivis ce week-end par les fonctionnaires du gouvernement qui ont rassemblé quelque 40 000 personnes vendredi 2 au soir soir, malgré les menaces de sanctions de la part de la hiérarchie.

Un mouvement qui prend de l’épaisseur et qui est exceptionnel dans l’ancienne colonie britannique.

« C’est la première fois que Hongkong connaît une grève générale de travailleurs. C’est historique, pour beaucoup ce sera leur première grève dans leur vie.

Soudainement on voit des salariés comme ceux des aéroports ou du métro, et même des fonctionnaires qui étaient considérés comme plutôt conservateurs, soutenir le mouvement et l’idée de la grève générale », confie Pasha Wan, membre du parti d’extrême gauche Action socialiste, avant de poursuivre : « Je vois qu’il y a des changements rapides dans la culture hongkongaise, il peut y avoir de grands bouleversements à Hongkong. »

« Répondre à son peuple »

Sous le régime de la loi fondamentale de Hongkong, les salariés faisant grève pour des raisons politiques ne sont pas protégés.

Beaucoup tentent dès lors de trouver une parade en prenant un jour de congé pour rejoindre le mouvement. C’est le cas de ce Hongkongais qui travaille dans le secteur des médias, présent à chacune des manifestations :

« A ma connaissance, c’est la première fois en quarante ou cinquante ans qu’il y a un tel mouvement. Les Hongkongais ont toujours besoin de travailler, de gagner de l’argent, mais désormais on veut faire le bon choix. Si tout le monde soutient ce mouvement, je pense que le gouvernement se rendra compte que c’est une situation sérieuse et on espère qu’il fera ce qu’il faut pour répondre à son peuple. »

Le gouvernement, justement, brillait par son absence, provoquant les moqueries des manifestants. Sur les réseaux sociaux, ce slogan connaissait un franc succès : « Carrie Lam est en grève depuis dix jours, alors pourquoi pas vous ? ».

La cheffe de l’exécutif est finalement sortie de son silence lors d’une conférence de presse. Déclarant que les manifestations mettaient Hongkong « dans une situation très dangereuse », elle a réaffirmé qu’elle ne démissionnera pas de son poste, en dépit des demandes des protestataires. Lam a également rappelé que son gouvernement était « résolu à rétablir l’ordre dans Hongkong ».

Ces propos ne devraient pas être de nature à atténuer la colère des manifestants alors que pas moins de huit rassemblements doivent avoir lieu sur tout le territoire cet après-midi.

Zhifan Liu Envoyé spécial à Hongkong


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