Budget 2020 : l’injustice persévère

mardi 15 octobre 2019.
 

Pour le gouvernement, le budget 2020 sera mis sous le signe du pouvoir d’achat. Il clamera très fort que ce budget donnera du pouvoir d’achat aux Français, notamment aux « classes moyennes », à travers la baisse de l’impôt sur le revenu (5 milliards d’euros) et la poursuite de la baisse de la taxe d’habitation (4 milliards d’euros). Toutefois, il faudra rappeler au gouvernement que si depuis 2019 la politique budgétaire a soutenu le pouvoir d’achat, ceci est dû à la grande peur suscitée par la mobilisation des gilets jaunes et non à sa gentillesse. La grande peur de la fin-2019 avait obligé le gouvernement d’avancer des mesures de soutien prévues (comme la revalorisation prime d’activité) et d’annuler des mesures déjà prises (comme la hausse de la CSG sur les retraités les plus en difficulté) ou prévues pour la fin du quinquennat (hausse de la fiscalité écologique). Aux mesures d’urgence de la fin-2019, la mobilisation des gilets jaunes aura aussi permis d’éliminer des plans gouvernementaux pour 2020 comme la sous-indexation des pensions les plus faibles. La baisse de l’impôt sur le revenu, non prévue par le candidat Macron, a été annoncée à l’issue du Grand Débat déclenché lui-aussi pour répondre à la mobilisation sociale.

Si le gouvernement est contrait de « faire des gestes », ceux-ci ne doivent pas masquer les attaques massives qui se poursuivent sur le système de protection sociale. Au-delà de la bataille des retraites qui ne fait que commencer, il ne faut pas oublier la réforme de l’assurance chômage imposée par les décrets de l’été. Cette réforme amputera les droits de 700 000 chômeurs et qui se traduiront par 2,5 milliards d’économies faites sur le dos des chômeurs. Les dépenses de l’assurance maladie resteront contraintes bien en-deçà des besoins de la population (avec un objectif de dépense maintenu à +2,5% soit autour de 4 milliards d’euros d’économies par rapport aux besoins), ce qui obligera l’hôpital à réaliser des économies budgétaires, en totale déconnexion avec les revendications des urgentistes. Les budgets de la politique du logement seront à nouveau amputés de l’ordre de 3 milliards d’euros, avec notamment la baisse des fonds pour les bailleurs sociaux et, sous couvert d’un aménagement technique, d’une forte baisse des APL.

Enfin, le budget 2020 est surtout mis sous le signe de la myopie qui va de pair avec les dogmes libéraux. La crainte d’un krach boursier et d’une récession mondiale s’amplifient. Les boursicoteurs cherchent des valeurs refuge pour leurs capitaux. À l’opposé des discours libéraux, la dette publique française est désirée ce qui se traduit par des taux d’intérêt à long terme négatifs. Dans ces conditions seul un fou ne mettrait pas en place un vaste plan d’investissement public pour assurer la transition écologique. Mais les fous nous gouvernent et seule la mobilisation populaire pourra leur rappeler quels sont les besoins fondamentaux à garantir, loin des profits.

Luis Alquier


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