Macron se prétendait un rempart contre Le Pen, aujourd’hui il en est le terreau

mercredi 13 novembre 2019.
 

Le 22 octobre, Emmanuel Macron promettait de revenir au débat sur la laïcité « de manière apaisée quand je considérerai que c’est le bon moment ». Le 31, il tient sa promesse... dans les colonnes de Valeurs Actuelles.

Alors que Valeurs Actuelles avait été condamné en 2015 pour provocation à la haine suite à son dossier sur les Roms, Emmanuel Macron a eu la bonne idée, dans le contexte tout à fait pacifié que nous traversons, d’accorder un entretien à l’hebdomadaire d’extrême droite. Tout y passe : immigration, laïcité, communautarisme, musulman, islam, terrorisme. Tout y est confus. Et amalgamé. De quoi ravir le canard d’extrême droite – qui a vu ses ventes chuter de 17% sur un an –, et dont le traitement de l’islam et des musulmans en particulier – sujets de prédilection de l’hebdomadaire – n’a rien à envier au sort que le journal avait réservé aux Roms. Stigmatisation et discrimination. Assez proche, finalement, de la théorie du grand remplacement, comme l’a illustré Charlie Hebdo dans sa couverture à peine islamophobe, de la semaine dernière.

On aurait pu imaginer que le président de la République s’était fait avoir. Que ça n’était pas vraiment une interview. Que les journalistes de Valeurs Actuelles avaient profité d’un vol présidentiel pour échanger deux ou trois mots à partir desquels ils auraient tiré… douze pages. Douze pages ! Douze pages à coup de « le problème, c’est qu’on donne des centaines de milliers de visas à des gens qui restent sur le territoire et qui ne partent pas » ; « l’échec de notre modèle se conjugue avec la crise que vit l’islam » ; « mon objectif, c’est de sortir tous les gens qui n’ont rien à faire là ». On aurait pu imaginer, on aurait voulu croire, que c’était une escroquerie. Hélas, non. Macron lui-même a pris la décision d’accorder cet entretien. Certains des intimes d’Emmanuel Macron n’en revenaient pas eux-mêmes. La plupart, y compris les proches collaborateurs, ont découvert la publication comme tout le monde.

Et puis il y a eu cette phrase, passée sobrement inaperçue :

« Il y a des emplois que vous ne ferez plus occuper à des Français, comme le métier de plongeur. Je suis lucide ; c’était déjà impossible il y a quarante ans ! Je préfère avoir de la migration légale, enregistrée, sous quotas, pendant x années, plutôt que du travail dissimulé. Je préfère avoir des gens qui viennent de Guinée ou de Côte d’Ivoire légaux, qui sont là et qui font ce travail, que des filières bulgares ou ukrainiennes clandestines. »

La phrase a provoqué un tollé à Sofia et dans les hautes sphères du Parlement européen où l’on a qualifié « d’incontinence verbale et intellectuelle » la sortie du président. Emmanuel Macron, l’européen convaincu, aurait-il oublié que la Bulgarie fait partie de l’UE et qu’à ce titre, les citoyens peuvent y circuler librement ? Visiblement. Bilan : l’ambassadrice de France à Sofia est convoquée aujourd’hui par le ministre des Affaires étrangères. La honte.

La honte encore. Quand on apprend qu’une jeune fille de dix ans d’origine libyenne est menacée d’expulsion. Samira a fui son pays avec ses parents pour échapper à l’excision : « Elle est une rescapée des opérations de sauvetage en Méditerranée. Au cours de la traversée, elle a perdu sa maman », peut-on lire sur l’appel à la mobilisation pour que Samira reste parmi nous et poursuive sa scolarité dans de bonnes conditions. Dans son interview à Valeurs Actuelles, Emmanuel Macron a dit ceci : « Au bout de vingt-quatre mois de présence sur notre territoire, vous n’expulsez plus les gens. Ils ont trouvé un travail et ont fondé une famille. Les associations, à bon droit, vous disent : "Regardez, ce beau parcours d’intégration". Donc vous ne pouvez plus les expulser, parce que ça devient absurde. » L’expulsion de Samira et de son papa pourrait intervenir le 12 novembre. Ça serait absurde… et inhumain !

La honte et encore la honte. Quand on apprend que le président envisagerait de créer un haut-commissariat à l’immigration. Même le patron de LREM, Stanislas Guérini, a reconnu un retour « aux années Sarkozy », lorsqu’il avait confié à Brice Hortefeux le ministère de l’Immigration. Dans le même temps, la macronie veut en finir avec l’observatoire de la pauvreté. Allez comprendre. Emmanuel Macron s’est fait élire en 2017 pour faire barrage à l’extrême droite. Aujourd’hui, il n’est plus un rempart au RN, il est son terreau. L’écart se resserre à vive allure avec Marine Le Pen, selon un sondage publié hier par le JDD. Dans un second tour présidentielle, Macron ne l’emporterait qu’avec 55% des voix, contre 45% pour le Pen. Il est temps de voir émerger une alternative à ce duo infernal.

Pierre Jacquemain


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