TINA (there is no alternative) Pas d’alternative au capitalisme : quelques versions

samedi 19 septembre 2020.
 

Les mouvements sociaux nombreux (syndicaux ou non, Gilets jaunes, etc.) qui se sont développées depuis 2016 suivis de la crise sanitaire de Coronavirus ont mis en évidence l’échec cuisant du modèle économique néolibéral mis en place depuis 35 ans.

Plus que jamais, une alternative économique et politique globale s’impose et La France Insoumise doit relever ce défi historique.

Le système Tina a pour fonction d’empêcher cette alternative.

En cas d’échec de LFI, la France risque de devenir un champ de ruines économiques, sociales, écologiques et culturelles.

Le système Tina (There is no alternative) est dans son sens courant (libéral) la dictature idéologique existant dans les systèmes démocratiques se distinguant ainsi selon Noam Chomsky des deux autres totalitarismes du XXe siècle : le fascisme et le stalinisme.

Dans la pratique cela signifie qu’il n’existe pas d’alternative économique et politique au système capitaliste (économie) et libéral (politique).

Première version de TINA (libéralisme)

Tout programme économico politique alternatif est donc considéré comme irréaliste, dangereux, etc s’il n’est pas purement et simplement ignoré, effacé par les médias.

Dans cette version libérale, l’action idéologique menée par la grande bourgeoisie et ses serviteurs a deux aspects :

- d’une part la propagande et le formatage des esprits par le libéralisme ou le néolibéralisme

- et d’autre part accrédite l’idée qu’il n’existe pas d’autre alternative que le système en place existant.

Voici ce que déclarait Noam Chomsky le 28/03/ 2001 à la La Conference D’Albuquerque

« Il est bien dans l’ordre des choses que le démantèlement du système économique d’après-guerre s’accompagne d’une attaque importante contre la démocratie effective - liberté, souveraineté populaire et droits de l’homme - sous la bannière de TINA There Is No Alternative (il n’y a pas d’alternative).... Lire … »

On constate en effet que plus le temps passe, plus le néolibéralisme s’attaque aux libertés publiques et à la souveraineté populaire par la mise en place de technostructures au niveau national, européen et international au service du Capital.

Deuxième version de TINA ("antilibérale)

Mais la classe dominante peut s’accommoder et même, si nécessaire encourager tout mouvement politique, pas forcément libéral, voire même antilibéral, qui propage l’idée qu’il est inutile de construire un projet alternatif qui ne peut être réalisable dans le cadre d’un processus électoral. Ainsi l’élaboration d’un programme de gouvernement à proposer à des électeurs ne peut qu’être vain.

Les défenseurs de ce point de vue sont évasifs ou muets sur la stratégie à mettre en œuvre se substituant au processus électoral.

Ils sont aussi tout aussi muets sur le type précis de société alternative qu’ils veulent mettre en place.

Ainsi, concrètement, ils ne proposent pas d’alternative.

Cette deuxième version du système Tina est sa version non libérale défaitiste.

Cette modalité est propagée par certaines forces politiques antilibérales ou anticapitalistes, ad libitum.

Voici plus précisément les quatre manières dont elle se décline :

Tout programme politique prétendant changer de système par les élections est vouée à l’échec car le Le système électoral est pipé de A à Z et la puissance des médias dominants rend quasi impossible une telle possibilité. Bref, élections = pièges àcons. c’est la version souvent utilisée par les libertaires ou les anarchistes.

Une variante de cette déclinaison est de considérer que le suffrage universel lui-même est une fumisterie inventée par la classe dominante qui en sort toujours victorieuse. En outre, un changement de système ne peut avoir lieu qu’au niveau mondial. Ce verbiage cache en réalité l’absence de toute pensée stratégique concrète de prise de pouvoir par la classe dominée. Cette variante est utilisée par Alain Badiou, champion de « l’idée communiste ».

Cet intellectuel poste–platonicien n’est donc d’aucune dangerosité pour le système en place. Aucun inconvénient donc à qu’ils soient invités sur de nombreux plateaux de télévision ou de radio et puisse bénéficier de nombreuses tribunes dans la presse. Voir document en annexe.

La deuxième déclinaison est la suivante : un programme alternatif remettant en cause le système ne oligarchique dominant ne pourra pas être appliqué par la force politique qui serait portée au pouvoir par les élections. En effet, la technostructure néolibérale et les forces économiques et financières mettraient tout en œuvre pour saboter et et mettre en échec l’application du programme. C’est la version, par exemple, véhiculée par Frédéric Lordon.

La troisième déclinaison et le blocage électoral : on voit mal comment avec un RN +LREM et satellite avec un score de moins de 50 %, voire même de 45 % et une gauche divisée, on voit mal comment on peut changer de système par voie électorale. En réalité, celui-ci est bloqué !

Il faut donc… supprimer les élections. C’est la version véhiculée par Emmanuel Todd. Quelle alternative ?

La quatrième déclinaison consiste à nier l’utilité d’un programme politique préétabli, de la moindre feuille de route. Cela repose sur l’idée de l’existence d’une conscience politique qui se révélerait plus ou moins soudainement au peuple en mouvement. C’est par l’action, la grève, la manifestation de rue que le salariat prend progressivement conscience de son aliénation, et il constr, lui-même, uit en marchant le programme don il aura besoin pour gouverner et changer la vie. Sans le dire explicitement, c’est par un blocage insurrectionnel du système que le grand changement est possible.

Ainsi, tout programme anticapitaliste préalablement élaboré par des dizaines d’associations et des milliers de citoyens est donc quasi inutile. Cette voie est véhiculée par une partie des anarchistes et du NPA et lutte ouvrière. En 50 ans, quelle base populaire s’est ralliée à cette manière de voir ? 1 % ? 2 % ? 3 % ?

S’il est parfaitement vrai que dans les périodes révolutionnaires,ou considérés comme tels, il y a toujours de l’impondérable, de l’imprévisible et de nouvelles propositions qui surgissent au cours de l’action, cela ne signifie pas que de tels mouvements ont fait l’économie de tout travail intellectuel et de propositions en amont.

Des mouvements de rue massifs comme ceux de 1968 en France et les « révolutions arabes », faute de programme clair s’appuyant sur une large base populaire ont été sans lendemain politique progressiste. Le mouvement des Gilets jaunes n’a pas été capable, malgré ses 40 propositions, de construire un programme politique de gouvernement alternatif et n’a pas voulu se rallier au programme l’Avenir en commun à la grande satisfaction de la bourgeoisie et des protagonistes du système Tina, dans sa version 2.

Notre article : « Les arguments barrages contre la France Insoumise » avaient fait un inventaire de la stratégie argumentaire pour maintenir le système Tina essentiellement dans sa version 1.

Voir : http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Ce présent article en est un complément.

Pour terminer, observons que l’invisibilisation d’un programme alternatif n’est pas le sol fait de la bourgeoisie dominante mais aussi de personnalités diverses (universitaires souvent membres d’un think tank réformiste, membre d’un parti minoritaire concurrent,…).

Les propos tenus sont souvent du genre : « il n’existe pas d’alternative à gauche crédible », « il faut que les forces progressistes inventent de nouvelles alternatives, une nouvelle utopie,… », « les diverses expériences citoyenne locales devraient se coaliser pour faire émerger une nouvelle alternative », « il ne faut pas attendre de changement crédible des organisations politiques institutionnelles »,… les personnalités qui développent ce genre de discours pullulent dans des médias comme France Culture, Libération, Le Monde, le Nouvel Obs’, Mediapart.

On les retrouve même sur Le média.tv Quartier général et autre média 10 indépendant.

Cette invisibilisation peut-être involontaire, par ignorance ou mépris de l’existence de l’Avenir en commun ou tout à fait volontaire. Elle s’inscrit à la fois dans les deux modalités de fonctionnement du système Tina.

Annexe : les médias en tant qu’appareil idéologique de combat http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Pourquoi Badiou est partout de plateaux en plateaux de télé https://www.cairn.info/revue-du-cri... (Source : revue du crieur. Cairn info)

Hervé Debonrivage


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