27 octobre 1943 Trotskistes Résistants assassinés par des Staliniens

jeudi 2 novembre 2017.
 

1) Point de Vue du PCF

Le 26 ou le 27 octobre 1943, quatre militants trotskistes : Pietro Tresso, Abraham Sadek, Pierre Salini et Jean Reboul, ainsi qu’un membre du PCF Jean Maraval sont exécutés dans le maquis Wodli par des résistants communistes. Encore aujourd’hui, il est difficile de savoir si cet assassinat est un meurtre politique téléguidé par Moscou (hypothèse corroborée par la personnalité de Pietro Tresso) ou un acte isolé dû à un sentiment de trahison causé par la défection d’un autre militant trotskiste, Albert Demazière. Il s’agit bien entendu d’une question extrêmement controversée entre opposants et partisans du communisme français

Source : http://www.encyclopedie-enligne.com...

2) Cinq meurtres sortent du maquis (article de Libération)

Un livre reconstitue l’assassinat en 1943, par les communistes, d’un des leurs et de quatre trotskistes

Dans les maquis, les communistes français ne se sont pas seulement attaqués aux nazis et aux collaborateurs, ils ont aussi éliminé physiquement quelques antinazis qui les gênaient, des trotskistes, des communistes oppositionnels" On le savait (1), on le disait parfois, mais discrètement. Aujourd’hui, avec Meurtres au maquis (2), qui raconte un de ces cas, en l’occurrence le destin tragique de quatre militants trotskistes et d’un communiste peu docile exécutés en 1943 par des Francs-Tireurs et Partisans (FTP), cette histoire n’est plus clandestine.

L’enquête de Pierre Broué et Raymond Vacheron noue plusieurs fils. Le premier, c’est la vie du plus connu des cinq assassinés : Pietro Tresso, alias « Blasco ». Tresso était l’un des fondateurs du Parti communiste italien, avec Gramsci et Bordiga. Il en fut exclu pour avoir soutenu Trotski contre Staline. Cette position le força ensuite à slalomer entre deux bandes de tueurs, ceux de l’Ovra fasciste et ceux du NKVD soviétique. Après des années de militantisme quasi clandestin, il fut arrêté par la police à Marseille au printemps 1943 et expédié à la prison du Puy-en-Velay, en Haute-Loire. Il y fut détenu avec des dizaines de staliniens et quatre de ses camarades, Albert Demazière, qui allait par miracle échapper à la mort, Abraham Sadek, Maurice Sieglmann, qui avait pris le pseudo de Pierre Salini, et Jean Reboul.

La seconde histoire que suivent Vacheron et Broué, c’est celle du Puy-en-Velay et de la Haute-Loire. Ils décrivent aussi bien l’inclination de certains pour Pétain que la montée en puissance de la Résistance après que les communistes s’y furent mis, , après l’attaque du Reich contre l’URSS. Ils reconstituent aussi la vie en prison des antinazis, leur activité politique et idéologique. La quarantaine dans laquelle ils maintiennent les prisonniers trotskistes. Ils suivent ainsi les directives meurtrières du parti : « Le trotskisme a cessé d’être un courant politique dans la classe ouvrière ["] [il est] devenu une bande forcenée et sans principes de saboteurs, d’agents de diversion et d’assassins agissant sur ordre des services d’espionnage des Etats étrangers. » Les militants communistes en prison se méfient donc des trotskistes, ils les retrouvent dans le maquis après une évasion massive de la centrale du Puy-en-Velay. Les FTP survivants l’ont répété : « On a eu la haine contre eux" » Cette haine n’aurait pas suffi à elle seule à provoquer ce crime de sang-froid. Il a fallu que des dirigeants le planifient.

Un de ces leaders a été identifié par Broué et Vacheron comme étant Giovanni Sosso, alias « Capitaine Jean » ou « Jean Auber », dit aussi « le Grand Pierre » ou « Colonel Guillemot », un homme que les auteurs pensent être un agent soviétique : « Sosso présente un rapport sur la nécessité de lutter contre les trotskistes, ennemis de la révolution, traîtres et saboteurs" ils veulent empoisonner l’eau du camp. Il serait criminel d’hésiter », ajoutent les responsables du maquis. Le sort des trotskistes « hébergés » par les FTP est scellé. L’un d’entre eux, Demazière, réussit par hasard, sans avoir à quoi il échappe, à rejoindre Paris. Les autres ne le pourront pas. Un vétéran FTP contera : « Un jour, un maquisard leur a proposé de les accompagner à un autre camp pour rencontrer d’autres résistants. Quand ils arrivèrent près d’une baraque, les chefs des maquis les attendaient. Deux ont été exécutés dans une pièce de la maison, deux ont réussi à s’échapper, et c’est à l’extérieur qu’ils ont été abattus. L’état-major du camp a dit que les trotskistes avaient été éliminés car ils voulaient empoisonner l’eau du camp. » Le style rappelle la dénonciation des « hitlérotrotskistes » dans les années 30 par le journal l’Humanité ou les titres des quotidiens communistes dans les années 40 et 50 contre Slansky, Rajk et autres « vipères lubriques », qui seront fusillés ou pendus.

Les quatre ne seront pas les seuls à trinquer : il semble que Paul Maraval, un cheminot membre des Jeunesses communistes, trop anticonformiste et devenu copain avec les « trotskars », ait été aussi liquidé. Restait quand même deux énigmes, que Broué et Vacheron ont voulu éclaircir. La première est le silence qui a entouré l’affaire et qui a perduré. Si les raisons qui ont poussé un PCF à se taire semblent évidentes, on attendait plus de pugnacité de la part des camarades trotskistes des quatre fusillés. Broué et Vacheron expliquent bien pourquoi, après guerre, ceux-ci n’ont pas fait plus de bruit : ils ont eu une peur physique de staliniens plus puissants et plus totalitaires que jamais. Et ils refusaient de faire le jeu politique de la droite.

Seconde énigme à élucider : qui a vraiment pris la décision d’éliminer Tresso et ses compagnons ? Sosso était sans doute un agent de haut niveau, mais il ne pouvait donner ce genre d’ordre sans en référer à un dirigeant politique. Broué et Vacheron blanchissent l’ancien député communiste Théo Vial-Massat, qui fut accusé par Barbara, la compagne de Tresso. Ils accusent, en revanche, Giulio Ceretti, un important responsable communiste international. Il aurait voulu se débarrasser d’un dirigeant révolutionnaire expérimenté qui, s’il revenait en Italie, pouvait menacer la toute-puissance du PCI. Ce n’est pour eux qu’une hypothèse, mais étayée.

Il existe deux partis politiques qui savent si elle est conforme à la réalité. Le PCF et le PDS, héritier du Parti communiste italien. Ils n’ont plus qu’à parler.

Par WAINTROP Edouard

1) Wilebaldo Solano, dirigeant du Poum espagnol, interné par Vichy, nous le répétait cet été (Libération du 8 août 1996). Il n’y a plus guère que les dirigeants du PCF pour faire semblant de ne pas le savoir.

(2) Meurtres au maquis, par Pierre Broué et Raymond Vacheron, en collaboration avec Alain Dugrand, Grasset, 260 pp., 126 F.


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