29 décembre 1890 : Massacre des Indiens Lakota à Wounded Knee

mardi 5 septembre 2017.
 

Le massacre raconté par Mathew King, petit-neveu du chef indien Red Cloud

"Le peuple de Big Foot n’avait rien fait de mal. C’était au coeur de l’hiver. Les Minniconjous arrivaient du Dakota du Nord pour se réfugier à Pine Ridge aux côtés de Red Cloud. Ils avaient froid. Ils avaient faim. Leur seul but était de survivre. Ils suivaient le précepte de Dieu.

La bande établit son campement à Wounded Knee. Les soldats arrivèrent avec leurs fusils. Ils encerclèrent Big Foot et les siens comme s’il s’était agi de criminels. En fait, il y avait surtout là des vieillards, des femmes et de petits enfants. Big Foot ne voulait pas se battre. Il souffrait déjà d’une pneumonie. Il était pacifique.

Les soldats firent s’aligner les Indiens dans le froid et leur retirèrent toutes leurs armes. L’un des derniers hommes de la file, Yellow Bird, rudoyé par un soldat, leva son fusil et tira... Ceux qui réussirent à s’enfuir racontèrent tout cela à notre peuple.

Les soldats postés au sommet de la colline ouvrirent alors le feu et n’épargnèrent personne. Les Indiens s’écroulèrent sur le sol et les soldats fauchèrent deux douzaines des leurs. Les guerriers s’efforcèrent de défendre leur peuple. Ils se battirent avec toute leur énergie mais ils n’avaient aucune chance. Les soldats les massacrèrent, puis massacrèrent les vieillards, les femmes et les enfants.

Où est-il dit qu’il faut punir l’ensemble de la famille, l’ensemble du peuple pour les méfaits d’un seul homme ? Est-ce là votre justice ? Est-ce là ce que dit votre Constitution ? Ce n’est pas ce que nous enseigne la Loi de Dieu.

Ils massacrèrent trois cents d’entre nous.

Notre sang conféra son caractère sacré à Wounded Knee

Le 29 décembre 1890, avec le massacre de Wounded Knee contre les lakota minneconjou, l’armée des Usa fait son entrée dans le système moderne de la guerre, en employant une arme automatique (la Gatlin) contre un groupe de personnes considérées comme hostiles ; rebelles selon la terminologie actuelle de Georges Bush...

Lance Henson, poète Cheyenne, explique : « Pour moi, pour nous natives, ceci n’est pas du passé. C’est une vision occidentale de penser que le temps fonctionne ainsi ». « Les faits historiques refoulés à l’origine du massacre sont un exemple très clair d’opération occulte. Le gouvernement des Etats-Unis avait besoin d’enseigner aux natives résistants leur destin évident : c’est l’expression utilisée, aujourd’hui comme alors, par les historiens et les stratèges pour les politiques destinées à neutraliser les peules indigènes. Ce 29 décembre les lakotas minneconjou obéissaient à des ordres militaires, en se déplaçant pendant un hiver glacial pour chercher refuge auprès du fort le plus proche. Ils s’arrêtèrent pour se reposer et commencèrent la danse des spectres : c’était une cérémonie offerte par un quasi messie (c’est-à-dire un prophète indien, dont les cérémonies étaient le résultat de la contamination avec les religions des blancs) de la tribu Paiute, qui s’appelait Wovoka. La danse n’avait pas pour objectif de menacer mais de ramener les morts. Les officiers, épouvantés, décidèrent de désarmer les guerriers qui obéirent. Mais un jeune lakota sourd, désorienté par ce qui arrivait, refusa de consigner son arme. Un soldat essaya de lui arracher son fusil et, dans la panique, un coup partit. Ce qui déclencha la panique générale. On donna l’ordre aux soldats de tirer contre des gens innocents et désarmés. Il y eut quasiment 300 morts, pour la plupart des femmes et des enfants. Les corps laissés sur place gelèrent en un grotesque mausolée du pouvoir. Le matin suivant seulement, les corps furent ensevelis dans une fosse commune. Le congrès décerna 20 médailles d’honneur aux soldats qui commirent ce massacre. Adolf Hitler écrivit dans Mein Kampf qu’il avait eu l’inspiration des fosses communes en regardant les photos des guerres entre blancs et indiens ».

L’histoire vit dans le présent

La reconstruction de Lance Henson ne s’écarte pas de celle qui est historiquement la plus accréditée, comme on peut le voir en relisant les témoignages de Faucon Tournoyant et de Cheval Américain (Sur le sentier de guerre, Feltrinelli) ou dans la reconstruction détaillée de Dee Brown dans Enterrez mon coeur à Wounded Knee (Oscar Mondadori). Mais cette façon de voir l’histoire comme définie une fois pour toute lui est étrangère, comme il le répète. Ce qui arriva en 1890 se passe aujourd’hui.

« Que pouvons-nous apprendre de Wounded Knee ? Déjà il est important de savoir que 83 ans après, ce lieu est entré dans la résistance des natives américains contre un destin d’ethnocide et de génocide. Nous apprenons que le système colonial des Usa n’a pas changé ses politiques de neutralisation envers les nations qui ne se conforment pas au concept jeffersonien de démocratie. Le gouvernement étasunien despotique finance des armées, de la Colombie à l’Indonésie, pour mettre en pratique des méthodes de génocides même contre des organisations indigènes pacifiques, comme l’ont dénoncé, en juillet dernier à l’ONU, les représentants indigènes. Enfin, il faut reconnaître que la lutte contre la tyrannie n’est pas du terrorisme mais une résistance de l’humanité pour rester humaine ».

Qu’ arrive-t-il, 83 ans après, à Wounded Knee ? Certains militants de l’AIM (American Indian Movement) occupent le lieu pendant 71 jours pour protester contre la politique du gouvernement contre les natives. Le quotidien Washington Post écrit : c’est l’occasion d’ « enterrer une partie de la honte de la nation ». Mais les forces fédérales attaquent : deux natives sont tués. En 1975, dans ces lieux, autre affrontement armé ou, plus probablement, provocation : deux agents fédéraux meurent, et commence alors la persécution contre Leonard Peltier, Russell Means, et Denis Bank de l’Aim. « Pour nous, raconte Lance Henson, il n’existe même pas un lieu où parler. En 76, nous sommes allés au siège de l’ONU à Genève, il y avait surtout des mohaws : personne n’a voulu les écouter, ils ne les firent même pas vraiment entrer ; mais en 77, nous avons réussi à prendre la parole. Puis sont venus ceux d’Amérique du Sud, d’autres, soumis par l’URSS et tant d’autres encore : ça reste le seul espace international pour les natives. Depuis 78, il existe une session formelle sur les peuples indigènes. Je crois qu’en réalité tout a commencé en 73, en revenant à Wounded Knee. En reprenant le fil de la résistance ».

Hier et aujourd’hui, une seule « trame » : Lance Helson s’anime en l’expliquant. « Il y a la douleur qui est l’héritage de l’invasion, à laquelle nous nous opposons avec le mysticisme (ce que vous appelez vous religion) et en maintenant vives nos traditions. Avoir perdu nos terres, les lieux sacrés et le lien avec la terre n’est pas du passé. Contre cette douleur nous utilisons un médicament vieux de plusieurs milliers d’années et, chaque jour, une vie cérémoniale qui n’est pas facile à comprendre pour vous ».

Evidemment, tous les natives ne sont pas restés liés à ces traditions. « Je crois qu’un tiers est assimilé, grâce aussi à ce qui est enseigné dans les universités. où les cours qui parlent de nous ne sont pas faits par des natives. On essaie aussi de résister contre cette embrouille. Je fais partie d’une université itinérante, le College of Red Winds : il y a aussi un site, si vous voulez en savoir plus. Les vents rouges sont les professeurs itinérants qui assurent des cours pour combattre la dérive assimilationniste. Nous refusons les fonds d’état et d’entreprises, nous sommes hébergés dans les réserves en été quand les écoles classiques sont fermées. Nous sommes tous payés de la même manière, appariteurs et enseignants, grâce à des souscriptions. Le système a fonctionné dans divers endroits, mais depuis que Bush est en place, beaucoup ont peur : ces trois dernières années, il n’y a pas eu un semestre de cours pour nous ».

Quels autres outils y a-t-il pour s’opposer ? Et quel est le poids des pommes, le vieux nom donné aux natives (rouges dehors mais blancs à l’intérieur) collaborationnistes ? « L’Iitc, International Indian Treaty Council, qui représente les peuples indigènes des différentes Amériques, est en train de faire un bon travail. Nous travaillons sur les propriétés intellectuelles, contre le vol de nos médicaments par exemple : le mois dernier, pour la première fois, il y a eu un colloque international important. Nos instruments de résistance sont toujours ceux-là : le corps et l’esprit. Je crois aussi, moi, dans la force de la poésie. Peut-être que la plus grande part des réserves reste encore dans l’obscurité et parmi nos représentants officiels il y a beaucoup de pommes : des gens bien aussi, qui sont devenus mauvais, corrompus. Nous ne pouvons pas vivre à notre manière, au mieux il y a une économie familiale. 70% des natives sont au chômage. Il y a une grande solidarité, ça oui. Voici une histoire, assez drôle par ailleurs, qui m’a bousculé ; il y a des réserves où il fait très froid, la seule école qui fonctionne est à 40 Kms et éventuellement on s’y rend dans des vieux cars glacés. Il y a trois ans j’enseignais dans une école de blancs riches et je l’ai racontée : mes étudiants se sont tellement émus qu’ils m’ont porté 100 paquets de vêtements, tout de chez Armani et à l’avenant. Imaginez les petits indiens qui circulaient attifés comme ça dans les réserves pauvres de l’Oklahoma ».

Ils envoyèrent contre nous les esclaves noirs

Veho (ou wihio) est la façon dont les Cheyennes définissent les blancs ; ça signifie veuve noire ou bien ennemi mortel. Mais cela veut-il dire qu’il n’y aura aucune possibilité de vivre ensemble ? « Quand les esclaves noirs furent envoyés contre nous, nombre d’entre eux se sont échappés : ils voyaient leurs ancêtres dans nos costumes de guerre. D’autres nous ont rejoint, certains nous ont combattu : ces derniers, nous, nous les appelons noirs-blancs », explique Lance Henson, comme s’il s’agissait de faits survenus il y a quelques jours.

« Pour les noirs, le seul espoir de réussite est-il de devenir blanc ou bien Malcolm X avait-il raison, c’est-à-dire doivent-ils se rattacher à leurs racines ? Le symbole du mode de vie traditionnel est un cercle, en intersection avec d’autres (ceux des animaux, de l’eau, des plantes). Les gouvernements des Usa ont toujours essayé de briser les cercles. Dans les années Trente, ils mesuraient même les pourcentages de sang rouge et on obligeait les métis à choisir de quel côté ils voulaient être. Nous garder divisés est la chose la plus importante. La veuve noire est très belle, mais elle apporte la mort là où elle vit. Peut-elle se comporter différemment ? Cette question, vous ne devez pas la poser aux natives mais aux étasuniens. Nous Cheyennes, nous avons changé ; et les veho, veulent-ils le faire ? Sauront-ils trouver une autre culture, d’autres valeurs qui ne soient pas les sous ? Le 11 septembre est le sommet de quelque chose qui avait commencé bien avant dans le temps et pris ensuite des proportions gigantesques avec Nixon puis avec le Wto. Les Usa préfèrent-ils rester en guerre avec le monde plutôt que de se mettre à discuter ? Moi je crois que s’ils continuent comme ça, leur système croulera inévitablement, mais il faut voir avec combien de dégâts il fera avant. Bush et Kerry sont tous les deux des représentants de la « Société de la tête de mort et des os » qui ne sert qu’à gérer les intérêts des banques et des riches ». ( Skull and Bones, la société secrète à laquelle appartiennent les deux candidats à la Maison Blanche. NDLR)

« Il y a quatre ans, le New York Times a écrit une nouvelle, reprise ensuite par le Lakota Times : pour entrer dans la cour des grands, on demanda au jeune Bush de voler le crâne de Geronimo. Vous comprenez qui sont ces gens ? »

Daniele Barbieri et Milena Patuelli

http://ilmanifesto.it

B) De Wounded Knee (1890)
à Wounded Knee (1973)

Le 27 février 1973, 200 Sioux Oglala, menés par un groupe de l’American Indian Movement (AIM), occupent le hameau de Wounded Knee, sur la réserve de Pine Ridge (Dakota du Sud). Sur ce lieu même, le 29 décembre 1890, les Indiens de la bande de Big Foot avaient été massacrés.

Le 27 février 1973, quelque 200 Sioux Oglala, menés par un groupe de l’American Indian Movement (AIM), dont Russel Means (Oglala) et Dennis Banks (Chippewa), occupèrent le hameau de Wounded Knee, sur la réserve de Pine Ridge (Dakota du Sud). Ils voulaient ainsi protester contre la corruption et la mauvaise gestion du chef du Conseil tribal élu, Richard Wilson. Ils soulignaient également ainsi les conditions de vie déplorables de cette réserve, l’une des plus pauvres des États-Unis. Enfin, ils réclamaient une enquête sur la violation des traités signés avec Washington.

Au-delà, les militants cherchaient à toucher un point sensible de la conscience américaine. Le massacre de Wounded Knee, perpétré sur ce lieu même, le 29 décembre 1890, marqua en effet la fin des guerres indiennes en scellant l’effondrement des peuples sioux et l’ouverture définitive de l’Ouest aux colons euro-américains. Enfin, ce massacre reste de triste mémoire, car y furent abattus aussi des non-combattants, des femmes et des enfants. Il s’agissait de la bande de Big Foot qui, après l’assassinat de Sitting Bull par un policier indien à Standing Rock, allait se réfugier à Pine Ridge.

Six années auparavant pourtant, en 1868, les Sioux avaient signé le traité de Fort Laramie avec les États-Unis. Si ce traité leur concédait une réserve assez vaste, il n’avait jamais été vraiment respecté. En 1874 de surcroît, la presse locale annonçait la découverte d’or dans les Black Hills, terres sacrées des Sioux, aussitôt envahies et
forées de toutes parts.

Dans ce contexte dramatique, les Sioux avaient reporté leurs espoirs dans les prédictions de Wovoka, «  le Prophète  » qui annonçait la réapparition des morts indiens et le départ des conquérants «  blancs  ». Pour hâter le retour des défunts, les disciples de Wovoka pratiquaient avec ferveur la ghost dance (danse des esprits). Cette danse inquiétait les autorités et inspirait des articles alarmistes dans la presse régionale  : les Indiens étaient devenus fous. Les colons des environs, pensant qu’il s’agissait d’une danse guerrière, réclamaient une surveillance militaire. Des troupes furent envoyées, avec l’ordre de fouiller tous les campements pour y confisquer les armes. C’est ce qui se passa à Wounded Knee, dans le camp de Big Foot. Un Indien aurait contesté l’ordre des soldats, ces derniers ripostèrent en abattant près de 200 personnes.

Rétrospectivement condamné par les autorités fédérales, le massacre de Wounded Knee demeure l’un des épisodes les plus sombres des guerres indiennes. Aussi les militants qui occupèrent le village de Wounded Knee en 1973 éveillèrent-ils la sympathie de l’opinion américaine et l’intérêt des médias. Dans le contexte du mouvement de défense des droits civiques, la montée du red power faisait sortir les Indiens de l’oubli.

L’occupation de Wounded Knee correspondit à l’exacerbation d’une série d’actions militantes au sein d’un mouvement de contestation polymorphe, dont l’AIM était l’aile la plus radicale. L’occupation de l’île désolée d’Alcatraz en 1969, dans la baie de San Francisco, métaphore de la condition indienne, avait mis en évidence la pauvreté des réserves. En 1972, l’occupation du Bureau des affaires indiennes avait dénoncé à Washington même l’incurie de l’administration des affaires indiennes.

Le hameau de Wounded Knee fut envahi par 200 activistes armés, qui prirent onze otages. Les occupants demandèrent que le sénateur Edward Kennedy entreprenne une enquête sur l’administration des réserves et la violation des traités. Des journalistes affluèrent autour de l’église du Sacré-Cœur, construite à côté des tombes des victimes du massacre de 1890, dont les occupants avaient fait un camp retranché.

Face à leur détermination, le gouvernement tenait à éviter une épreuve de force directe. Les otages furent relâchés grâce à la médiation de deux sénateurs du Dakota du Sud, tandis que le blocus de Wounded Knee était organisé avec des moyens considérables  : des centaines de policiers et des agents du FBI furent envoyés sur place  ; des chars cernèrent le village et des hélicoptères chargés de bombes survolèrent la région. Les occupants se déclaraient prêts à un nouveau combat du désespoir («  C’est un beau jour pour mourir », déclarait Russel Means). Fusillades sporadiques et coups de semonce alternaient avec des négociations. Le conflit entraîna des victimes de part et d’autre  : deux morts parmi les manifestants, un blessé grave parmi les policiers et plusieurs blessés légers.

Le siège dura trop longtemps (de 27 février au 5 mai) pour que les militants puissent entretenir jusqu’au bout, même au niveau local, le climat de sympathie qui soutenait leur action. Finalement les occupants reçurent un ultimatum  : ils devaient évacuer Wounded Knee après avoir déposé les armes. Le gouvernement s’engageait à examiner leurs revendications  : enquête sur la violation des traités, sur la mauvaise gestion et la corruption du Conseil tribal, amélioration des conditions de vie dans la réserve de Pine Ridge. Rétrospectivement, l’occupation de Wounded Knee apparaît comme l’une des manifestations les plus spectaculaires de l’action militante amérindienne au cours des années 1970. Elle conféra une visibilité médiatique à la cause, mais les conditions de vie à Pine Ridge n’en furent guère modifiées. Les représentants de la Maison-Blanche ne rencontrèrent pas les leaders indiens pour renégocier le traité de 1868 et l’enquête sur la corruption à Pine Ridge fut abandonnée. Selon l’écrivain Vine Deloria, l’un des chroniqueurs engagés du red power, le problème fut noyé dans la haine, les palabres et les articles à sensation.

Au cours des mois et des années qui suivirent, les militants de l’AIM devinrent la cible de la répression policière. Certains purent s’enfuir, d’autres furent traduits en justice à l’issue de procès houleux – dont celui concernant l’assassinat d’Anna Mae Pictou, une de leurs militantes qui aurait été éliminée comme agent du FBI par l’un d’entre eux. Leonard Peltier, accusé du meurtre d’un agent du FBI à la suite d’une altercation mal élucidée, est toujours en prison, en dépit d’un espoir éphémère de libération à la fin de l’administration Clinton.

Voix indiennes, voix américaines. Les deux visions 
de la conquête du Nouveau Monde, de Joëlle Rostkowski et Nelcya Delanoë. Éditions Albin Michel, 2003, 
407 pages, 22,80 euros.

Joëlle Rostkowski et Nelcya Delanoë


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