20 octobre 1587 : L’armée protestante remporte la bataille de Coutras

jeudi 5 octobre 2017.
 

Les guerres de religion s’éternisent depuis le massacre de Protestants par les catholiques à Wassy en mars 1562.

En 1587, la France est divisée en trois camps :

- celui des Guise appuyés sur une partie importante de la noblesse et du clergé, appuyés aussi par le pape (qui a déchu Henri de Navarre de ses droits à la couronne) et par l’Espagne. Cette Sainte Ligue catholique tient Paris et d’autres grandes villes, la Lorraine, la Bourgogne, le Berry, la Normandie, la Picardie, la Bretagne…

- celui du roi de France Henri III momentanément allié des précédents

- celui des Protestants dirigés par Henri de Navarre, bien implantés dans le Midi, particulièrement le Sud-Ouest (Béarn, Guyenne, Rouergue, Quercy, Saintonge, Languedoc, Dauphiné), appuyés sur une partie importante de la bourgeoisie, des milieux intellectuels urbains, aidés par l’Angleterre et les Princes huguenots allemands.

A l’automne 1587, Henri III allié de la Sainte Ligue, fait arrêter par Henri de Guise à la frontière de l’Est un contingent considérable de 20000 reîtres venus renforcer les Huguenots. Il lance au Sud le duc de Joyeuse en direction de l’armée protestante avec des forces fraîches et des capitaines expérimentés. Le roi lui-même se positionne avec le gros de l’armée sur la Loire pour soutenir Guise ou Joyeuse si nécessaire.

Joyeuse avance donc de Poitiers vers les fiefs ennemis de Saintonge et Guyenne avec 4500 fantassins et un grand nombre de cavaliers (1500 à 1800) dont beaucoup de gentilhommes (« comtes, marquis, barons et seigneurs… »). Il cherche l’anéantissement militaire des protestants pour des raisons aussi politiques personnelles (sa place de favori auprès du roi) que stratégiques.

Henri de Navarre dispose de forces un peu moins nombreuses mais c’est lui qui prend l’initiative. Partant de La Rochelle, il choisit le lieu de l’affrontement qu’il connaît bien : Coutras. Il dispose ses troupes en couvrant son flanc gauche par la Dronne, en appuyant son centre sur la défense du bourg. L’infanterie des arquebusiers et enfants perdus tient les deux ailes, la cavalerie occupant le centre du dispositif (Trémouille et Soissons en avant, Condé et Turenne camouflés dans le parc du château, réserve autour de lui également masquée sur une éminence dominant le champ de bataille). Enfin, sa petite artillerie est établie sur la Butte aux Loups où elle va lui rendre de grands services.

Les deux armées présentent un aspect très différent :

- Catholiques colorés et empanachés autour de jeunes nobles en quête d’honneur

- Protestants aux « armes grises » épuisés mais expérimentés par d’innombrables campagnes, jouant leur foi et leur vie sur ce combat

Avant même la rencontre des deux armées, les boulets de l’artillerie protestante contrarie l’avancée des troupes de Joyeuse. Aussi, celui-ci décide de lancer sa puissante cavalerie sur le cœur du dispositif adverse autour du bourg de Coutras. La charge déstabilise les escadrons de Trémouille et Turenne et se transforme en chasse au parpaillot dans les rues du bourg. Les compagnies camouflées de cavalerie de Condé et de la réserve autour de Henri de Navarre avancent alors en formation serrée sur ceux de Joyeuse désorganisés, inconscients du danger et mal équipés avec leurs trop longues lances aux mille rubans multicolores.

L’infanterie catholique essaie ensuite de faire la différence sur les ailes du dispositif adverse. L’artillerie de la Butte aux loups apporte un soutien décisif aux fantassins protestants. La mort de Joyeuse précipite la débâche de son armée écrasée en moins de trois heures.

Que vont faire les Protestants de cette victoire ?

Henri de Navarre mise sur de bonnes relations à long terme avec la mouvance catholique modérée non liée à la Sainte Ligue. Il donne la priorité à ses objectifs politiques sur ses convictions religieuses. Aussi, il déploie un maximum d’énergie au bénéfice de ses adversaires vaincus pour que les blessés soient bien soignés, que les prisonniers soient bien traités, que les morts bénéficient de cérémonies somptueuses. Après quoi, au lieu d’avancer vers l’armée royale disposée sur la Loire, il part avec une partie de la cavalerie pour rejoindre sa bien-aimée du moment, la belle Corisande.

Les chefs de guerre protestants sont furieux. Agrippa d’Aubigné l’exprime bien « Il donna ses paroles au vent et sa victoire à l’amour ; car, avec une troupe de cavalerie, il perça toute la Gascogne, pour aller porter vingt-deux drapeaux d’ordonnance et quelques autres à la comtesse de Gramont, lors en Béarn. »

Agrippa d’ AUBIGNÉ, poète engagé, militant et armé

Avec le recul du temps, il est clair que Henri de Navarre a remporté ce jour-là deux victoires : une militaire et une autre de communication (souci de compromis, de respect de ses adversaires) lui donnant un statut politique plus affirmé de candidat au trône de France.

Jacques Serieys


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