Les entreprises et les médias fabriquent les "tubes" musicaux

vendredi 1er septembre 2017.
 

Pourquoi une chanson devient-elle populaire ? Est-ce dû à la richesse de ses rimes, à sa mélodie, à son refrain entraînant, au timbre du chanteur, à l’accompagnement chorégraphique ?

Pourquoi un morceau musical devient-il populaire ? Est-ce dû à la qualité de l’orchestration ? au rythme, à sa nouveauté ?

Ces questions passent à côté du sujet. Pour fabriquer un "tube", il suffit aux distributeurs et annonceurs d’indiquer un nombre de ventes encourageant par les médias !

Tel est le résultat d’une étude précise réalisée aux Etats Unis par le sociologue Mathiew Salganik et ses collègues. La revue Science en a rendu compte dans son numéro de février 2006.

Pour eux, une population réagit selon le phénomène sociologique de l’INFLUENCE SOCIALE : les gens ont tendance à faire comme les autres, indépendamment de la qualité du produit ou de leur point de vue personnel car l’avis de la majorité est perçu comme celui de la vérité. Ainsi, en matière de CD, ils achêtent presque toujours ceux qui sont annoncés comme bons ou comme des succés.

Comment l’équipe de Mathiew Salganik a-t-elle prouvé ce processus d’INFLUENCE SOCIALE en matière musicale ?

14000 internautes participent à une expérience en ligne. Une page internet leur donne la possibilité de télécharger 48 morceaux non commercialisés.

Un premier groupe choisit sans influence sociale ( les morceaux sont proposés dans le désordre, sans indication de préférence par les autres). Résultat : tous les morceaux reçoivent un nombre de suffrages proche. Aucun ne se détache.

Un deuxième groupe subit une influence sociale moyenne avec des indications sur le nombre de fois où un titre a été choisi. Des écarts apparaissent avec d’une part un morceau en tête, d’autre part quelques résultats confidentiels.

Un troisième groupe est placé dans un contexte d’influence sociale habituelle (rôle des médias) avec un graphique présentant les morceaux par ordre décroissant avec l’un d’entre eux retenant l’attention. Le "tube" émerge, les autres titres passent inaperçus.

L’expérience a été renouvelée avec huit groupes selon d’autres modalités mais avec le même résultat.

Voici la conclusion donnée par la revue Cerveau et Psycho publiée par Pour La Science : " Les acheteurs se fient à l’avis de la majorité, avant de prendre en compte leur goût personnel ou les caractéristiques propres du morceau. Les consommateurs semblent apprécier plus la musique par mimétisme que pour ses qualités intrinsèques... les goûts s’uniformisent par influence sociale, uniformisation orchestrée par les campagnes de publicité. Dans le contexte du marché réel, la force de l’influence sociale est déterminée par la puissance des distributeurs et des annonceurs. C’est l’annonceur qui indique à un large éventail de consommateurs le nombre de ventes déjà réalisé. C’est le distributeur qui renforce l’idée de succès en inondant les rayons de disques..."

Les diverses études de sociologues sur l’influence sociale posent évidemment un problème en matière de citoyenneté et de démocratie, vis à vis particulièrement des médias et des sondages. Nous nous en tiendrons là pour l’instant sur ce sujet.

Jacques Serieys

PS : Cet article est également en ligne dans la rubrique " Médias Sondages" de ce site.


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