"C’est dans l’énergie populaire et son rassemblement que se trouve le ressort" (Jean-Luc Mélenchon)

samedi 11 octobre 2014.
 

La revue Politis de fin septembre publie un long et passionnant entretien avec Jean-Luc Mélenchon. Nous en conseillons la lecture et l’avons analysé pour nos lecteurs.

Les propos de Jean-Luc Mélenchon peuvent être groupés autour de cinq sujets majeurs :

- l’agonie actuelle de la 5ème république

- l’importance de la question institutionnelle : la constitution

- Comment lancer un mouvement de la VIème république sans préjuger de l’orientation qu’il définira démocratiquement ?

- Mouvement pour la 6ème république et Front de Gauche

- Parti de Gauche et Mouvement pour la 6ème république

A) L’agonie actuelle de la 5ème république

La dernière conférence de presse de François Hollande est révélatrice du caractère anti-démocratique de la 5ème république :

- avec un président de la république « simple rouage à l’intérieur d’une mécanique européenne totalement opaque ». Avec cet échelon européen "la Cinquième que nous avons aujourd’hui est plus autoritaire, plus personnalisée et plus violente que ne l’était celle du général De Gaulle".

- avec un président plus soucieux de communication que de bien public. Dans le contexte social grave que connaît le pays, le chef de l’Etat "commence par un grand développement sur les guerres d’Irak et de Syrie, dans un registre purement sensationnaliste, destiné à mettre en scène le fruit principal "J’ai décidé de bombarder".

- ainsi la France entre en guerre sans aucun débat à l’Assemblée nationale et au Sénat, même pas dans leurs commissions de la défense...

- en faisant dépendre toute la vie politique des seuls personnages en compétition pour le second tour de l’élection présidentielle, la 5ème république "tue le système démocratique et républicain de la France". C’est d’autant plus vrai lorsque ces personnages, comme aujourd’hui sont aveuglés par un seul souci : la question de la dette sous sa forme la plus comptable. "Hollande fait pire que Sarkozy 1 et Sarkozy 2 se présente en disant qu’il fera pire que Hollande".

B) L’importance de la question institutionnelle : la constitution

- « La question de l’élection d’une assemblée constituante... est, dans mon esprit, le moment central du processus de révolution citoyenne. C’est lorsque l’on change la constitution par une action populaire... que le peuple, nouvel acteur de l’histoire contemporaine, se constitue en tant que sujet politique. »

- « Les communautés politiques humaines ne commencent pas avec la famille. Elles commencent par un acte qui s’appelle l’exercice de la souveraineté sur elles-mêmes et sur un territoire. »

- « Si les Français veulent faire une VIème République, personne n’est de taille à les en empêcher. Mais l’Europe aura à connaître la contagion subversive que le projet contient. »

- « La pente du capitalisme de notre époque le pousse à affronter la démocratie. Le capitalisme transnational ne peut survivre qu’en étant le plus possible dérégulé et il lui faut écarter le régulateur suprême qu’est le suffrage universel et l’assemblée de citoyens... »

C) Comment lancer un mouvement de la VIème république sans préjuger de l’orientation qu’il définira ?

- « C’est toute la difficulté. Comment amorcer un processus sans en préfigurer la conclusion ? Et comment préfigurer - il le faut bien pour mettre en mouvement le plus grand nombre- sans figer la capacité d’initiative populaire ?... Voilà pourquoi, pour l’instant, je n’ai mis en avant au plan institutionnel qu’une seule proposition concrète, combinant République et révolution : le référendum révocatoire... »

- Cette proposition de référendum révocatoire touche à la question essentielle du "concept de mandat et d’obligation de compte-rendu de mandat". « L’idée même que l’élu a une responsabilité à l’égard de la société s’est diluée au profit d’une vision purement professionnelle et carriériste de l’élection »

D) Gauche, Front de Gauche et Mouvement pour la 6ème république

- « Au Parti de Gauche, nous pensons que nous avons fait l’erreur de nous écarter de la stratégie initiale qui était d’épouser la pente conduisant la société à dire "Qu’ils s’en aillent tous". »

- « Nous avons aussi regardé les résultats de Die Linke, de Syrisa et la percée de Podemos en Espagne. Nous en avons tiré une leçon que je résume en deux formules "Le système n’a pas peur de la gauche, il a peur du peuple... Il ne s’agit pas de rassembler la gauche, il s’agit de fédérer le peuple." Et il peut apparaître qu’en voulant rassembler la gauche on s’empêche de fédérer le peuple. »

- « La VIème république est dans le programme L’Humain d’abord, et les trois grandes marches de la campagne présidentielle ont eu lieu sur fond de scène "Vite la VIème république". »

- « L’idée d’une construction politique qui nous permette de passer du cartel au front du peuple, c’est à dire à quelque chose qui rassemble le peuple dans sa diversité d’adhésions, de cultures et de positions sociales était le coeur de notre programme. Comment imaginer des constructions politiques autres que transversales dans une situation où il y a 9 millions de pauvres et 5 millions de chômeurs ? »

- « La difficulté est de savoir comment lancer... un objet politique absolument neuf... renvoyant au rang des vieilleries, utiles certes mais dépassables, les anciennes formes d’organisation. »

- « On ne vendra pas de cartes, il n’y aura pas de comité central ni de bureau politique. Mais un comité technique chargé de gérer le site, un comité d’initiatives -viendra qui voudra- pour gérer les étapes... Et nous préparons en même temps le rendez-vous de 2017. »

E) Parti de Gauche et Mouvement pour la 6ème république

- « Il est nécessaire que le Parti de gauche affirme progressivement son existence en dehors de son porte-parole le plus connu... La mission d’Eric Coquerel à la coordination politique du parti le permet. »

- « Au sein du Mouvement pour la Sixième République, je me dois de respecter la liberté intellectuelle de tous ceux qui y participent, mais ils doivent aussi respecter la mienne. Pour l’instant, nous partons d’un processus qui a une forme encore classique. Mais supposons que le mouvement prenne de l’ampleur : il commencera alors à posséder un contenu insurrectionnel qui le mettra en phase avec les circonstances -ou pas. Il y a plein de réglages qui se feront en route. »


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