Le PS sans marchepied communiste et l’avenir de la gauche

mardi 13 octobre 2015.
 

- > C) Sans marchepied communiste, quel avenir de la gauche ? La transformer en force démocrate, rapidement, lentement ou pas du tout ? (Jacques Serieys le 9 août 2007)

- > B) Message en forum public sur notre site : Réponse à l’article Le Parti socialiste sans "marchepied communiste" par André Fontaine (Le Monde)

- > A) Article d’origine : Le Parti socialiste sans "marchepied communiste" par André Fontaine (Le Monde)

C) Sans marchepied communiste, quel avenir de la gauche ? La transformer en force démocrate, rapidement, lentement ou pas du tout ?

Bonjour, Monsieur Acacia,

Je suis d’accord avec vous quant à l’intérêt de cet article du Monde rédigé par André Fontaine. Rédacteur en chef puis directeur du Monde de 1969 à 1991, il connaît parfaitement le milieu des dirigeants politiques de la gauche française.

Il part d’un constat pertinent : les élus du Parti Socialiste vivent une véritable blues depuis les élections présidentielles et législatives de cette année 2007. Leur parti ayant déjà connu des défaites bien pires, par exemple en 1969, 1993, 2002, quelle peut être la cause d’un tel blues ?

A mon avis, ils comprennent que le cycle ouvert par la mise en place du programme commun et de l’Union de la gauche par Marchais et Mitterrand en 1972 s’est achevé. Il leur faut donc construire une nouveau projet politique. Ils n’en envisagent qu’un : faire de la gauche et du parti socialiste une force "démocrate" type Clinton, Blair, Schroeder, Prodi... Ne pouvant réaliser cette mutation rapidement, la menée à bien de ce processus implique d’avaler tellement de couleuvres qu’ils en sont déjà malades.

C1) Transformer assez rapidement la gauche française en force démocrate du type US, c’est à dire totalement indépendante des revendications et aspirations des salariés (donc en gros 90% des électeurs) et milieux populaires mais liée au capitalisme (atlantiste et social-démocrate type Blair). Cette option a leur préférence ; André Fontaine opine également en ce sens. Quatre problèmes se posent dans ce cas de figure :

- transformer le parti socialiste en parti type PSD allemand (le processus apparaît bien loin d’être achevé) ; même un Gérard Filoche ne serait pas "viré" sans dommages majeurs ; quant à une Marie-Noelle Lienemann, elle serait capable de nuisances considérables.

- avaler le Parti communiste dans cette force démocrate. André Fontaine résume cet objectif dans sa conclusion « Dans toute l’Europe, les formations de gauche ont redéfini leurs objectifs ou s’apprêtent à le faire. Le PC italien a abandonné une étiquette communiste qui n’avait plus aucun sens. Pourquoi le PC français n’en fait-il pas autant ? La logique ne devrait-elle pas le pousser à s’entendre avec le PS afin de remettre en question la scission du congrès de Tours qui, en 1920, avait divisé les socialistes d’alors et donné naissance au PC, pour des raisons qui n’ont plus aujourd’hui aucune justification ? » André Fontaine se trompe ; les liens du PCF avec Moscou ont constitué un élément de sa nature mais il faut y ajouter d’une part l’intérêt de ses élus (qui peut être de s’intégrer à une force démocrate), d’autre part le contexte politique français depuis 1789 avec sept crises révolutionnaires en deux siècles laissant des formes institutionnelles difficilement digérables par le capitalisme financier d’aujourd’hui (retraites par répartition, sécurité sociale, droit du travail...), enfin son lien aux cadres organisateurs de la classe ouvrière par la CGT (rendant l’intégration dans une force démocrate très difficile sans avoir préalablement affaibli certains points d’appui comme le droit syndical, les services publics et entreprises nationalisées...).

- casser la combativité du mouvement syndical, en jouant encore plus la division grâce à la direction de la CFDT, en réprimant les cadres de Solidaires, en misant sur l’hétérogénéité de FO...

- réduire le poids politique de l’extrême gauche trotskiste qui vient de rassembler aux élections présidentielles 5,75%. Surtout, les candidatures antilibérales atteignent 10% avec Bové et Buffet ; elles pèsent politiquement même sur l’électorat du Parti Socialiste et des Verts.

Cette transformation rapide de la gauche française en force démocrate apparaît bien difficile ; cependant, elle reste le projet essentiel de la direction du PS.

C2) Transformer lentement la gauche française en force démocrate

Cette option-là :

- nécessite un discours parfois socialiste antilibéral (lors des congrès socialistes et élections) et souvent une pratique social-démocrate à l’européenne.

- implique de diaboliser sans cesse le Front National tout en en faisant un élément indispensable de son dispositif.

- peut aller jusqu’à un projet de gouvernement d’union nationale avec la droite sinon comment comprendre la "trahison" de Kouchner, Bockel, Besson, Jouyet et Hirsch.

- impose de pousser à l’explosion du PCF entre d’une part des élus tentés par une grande alliance "progressiste" avec les Verts et le MODEM qui apporterait beaucoup de sièges municipaux, cantonaux, régionaux, parlementaires, d’autre part la structure du parti lui-même et la majorité des cadres organisateurs de la CGT.

- n’est pas contradictoire avec des garanties à donner sur le fond atlantiste et social-libéral (surtout libéral) à donner aux pissances d’argent, au PSE et à l’internationale socialiste. Sans ces garanties, Pascal Lamy ne serait pas devenu le patron de l’OMC et on parlerait encore moins de Dominique Strauss-Kahn comme patron du FMI.

Enfin, la dureté de la direction socialiste contre Jean-Luc Mélenchon et par exemple contre le groupe départemental PRS 12 s’explique par sa volonté de casser sinon obliger à partir de l’organisation un courant considéré comme non compatible avec la transformation même lente du PS en force démocrate.

C3) Ne pas transformer du tout le PS et la gauche française en force libérale

Pour ne pas être trop long, je renvoie monsieur Acacia comme notre lecteur au manifeste que notre mouvement Pour la République Sociale a voté en avril 2006 :

8 et 9 avril 2006 : Manifeste Pour la République Sociale

Jacques Serieys le 9 août 2007

B) Message en forum public sur notre site : Réponse à l’article Le Parti socialiste sans "marchepied communiste" par André Fontaine (Le Monde)

Cet article me parait remarquable par la précision de ses références. Toutefois, la conclusion d’André Fontaine me semble aller à l’encontre du corps de l’article.

On note en effet dans l’article que le temps politique n’est pas uniforme : les partis socialistes ou communistes peuvent y gagner ou perdre de l’influence à des rythmes fort divers et difficilement prévisibles.

Il convient donc de procéder, si nécessaire’ à des retraites en bon ordre sans "sauts de cabri" inutiles et nuisibles.

Le PCF peut conserver (ou regagner diraient certains) son rôle révolutionnaire et le PS conserver (ou regagner diraient beaucoup) son rôle réformiste.

Pourquoi semer encore plus de confusion qu’il n’y en a déjà en mélangeant les rôles !

Florian Acacia

A) Article d’origine : Le Parti socialiste sans "marchepied communiste" par André Fontaine (Le Monde)


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