Du 24 au 29 Avril 1916 : Pâques Sanglantes en Irlande

dimanche 29 avril 2018.
 

Après des siècles et des siècles passés sous la domination britannique, l’Irlande a multiplié les tentatives de soulèvements. D’échecs en échecs, le sentiment anti-britannique gagne du terrain, et conforte les Irlandais dans leur volonté de lutter contre l’oppression exercée par le gouvernement londonien.

Des antécédents qui ont précipité l’Irlande dans la crise...

L’insurrection de Pâques a été la résultante d’un lourd passif politique entre la Grande Bretagne et l’Irlande.

Pour rappel, la situation remonte à bien plus loin :

Le 1er août 1800, est une date où le parlement de Dublin vote l’Acte d’Union (Act of Union) avec la Grande Bretagne, acte entraînant la suppression et le déplacement de siège dublinois à Londres. Il implique également une zone de libre échange entre les deux entités.

En réaction à cet accord, qui, n’a pas été accepté par le peuple irlandais, Robert Emmet _ un jeune nationaliste dublinois_ entreprend de contacter le gouvernement français en 1802 afin d’organiser une rébellion armée.

Le 23 juillet 1803, Emmet est fin prêt et dirige un soulèvement armé à l’encontre du château de Dublin. Mais l’infériorité numérique des assaillants, ainsi que la mauvaise organisation des émeutiers est rapidement canalisée par une garnison. Robert Emmet est alors emprisonné, puis exécuté en septembre 1803 et figure dès lors sur la liste des martyrs irlandais.

Le XIXeme siècle est une période particulièrement précaire pour la population irlandaise : la Grande Famine recense plus d’un million de morts entre 1845 et 1847.

Cette situation terrible a tendance a renforcer la colère de la population contre le Royaume Uni. Colère qui précipite une nouvelle rébellion en 1848 emmenée par W. Smith O’Brien (issu du mouvement Jeune Irlande). Cette rébellion échoue.

Mais l’enchaînement de ces tentatives infructueuses, conduit Dublin a créer une organisation armée terroriste permettant de lutter plus efficacement contre les britanniques. Cette organisation _ l’I.R.B. (Irish Republican Brotherhood)_ voit donc le jour, le 17 mars 1858.

En 1873, la Home Rule League est présentée : cet accord consiste à accorder à l’Irlande une autonomie politique au sein du Royaume-Uni lui-même. Mais celle-ci rencontre l’hostilité et est refusée par 3 fois, jusqu’à la fin de la Premère Guerre Mondiale, date à laquelle le roi Georges V se voit contraint de la faire ratifier (Une argutie du Parliament Act de 1911 en est à l’origine).

24 Avril 1916 : La date des Pâques Sanglantes

Fort de ce lourd passif politique, et de ces insurrections avortées trop tôt, le conseil suprême de l’Irish Republican Brotherhood s’entête et décide le 16 janvier 1916 d’organiser une insurrection massive. Alors que la Première Guerre Mondiale fait rage en Europe, l’organisation contacte l’Allemagne pour négocier un grand arrivage d’armes. L’accord est rapidement conclut, et le cargo allemand "Aud" doit arriver pour Pâques, avec à son bord, 20 000 fusils.

Cependant, un patrouilleur britannique arrête le cargo : le capitaine saborde son bâtiment et se livre aux autorités britanniques de son plein gré, ainsi que le reste de son équipage, laissant les Irlandais devant la vision de ces 20 000 fusils gisant au fond de l’eau.

Mais ce constat ne les décourage pas : le 24 avril, alors que que 120 membres de l’Irish Citizen Army et 700 de l’Irish Volunteers Force défilent dans O’Connell Street à Dublin à l’occasion de Pâques, tout se met en place.

L’Irish Republican Brotherhood décide d’attaquer, et d’occuper la Poste Centrale, les Four Courts, Mendicity Institute, la biscuiterie Jacobs, les moulins Bolands, et la gare de Westland Row. Ces points se veulent stratégiques, dans le but de paralyser toute possibilité d’offensive pour les britanniques. Dans ce soulèvement, de nombreuses armes sont arrachées et volées aux britanniques.

Les femmes quant à elles, ont pour but de dérober le plus de vivres possibles, ainsi que des médicaments.

Cette stratégie est savamment orchestrée par 9 chefs :

* Patrick Pearse

* Michael Collins

* James Connolly

* Tom Clarke

* Eamon de Valera

* Sean McDiarmada

* Joseph Plunkett

* Constance Markievicz

Cette insurrection est particulièrement violente mais moins conséquente que l’avaient espérés l’I.R.B. : le soulèvement n’est pas général et les provinces irlandaises sont loin de multiplier les actions.

Le plus gros de la bataille est donc à Dublin : l’I.R.B. parvient à repousser les assauts des britanniques, et attaque quelques casernes.

Pour lutter, les britanniques décident de contacter par téléphone des unités stationnées à Curragh, Belfast, Athlone et Templemore, afin de les mobiliser vers Dublin.

Le mardi 25 avril, Patrick Pearse proclame la République d’Irlande, et radiodiffuse le succès de l’insurrection.

Cependant, les britanniques n’ont pas dit leur dernier mot : leur contre-attaque fait de nombreux dégâts et les unités tant attendues mettent en péril les assauts irlandais. L’insurrection dura 6 jours : les britanniques maintinrent les irlandais dans une situation d’échec total jusqu’au 29 avril 1916, date à laquelle Patrick Pearse, alors président du gouvernement provisoire, décréta la cessation des combats et parvint à convaincre quelques irréductibles dirigés par Tom Clarke que le soulèvement était un échec.

La reddition sans condition fut signée le même jour.

L’après-insurrection : un bilan humain désastreux et des exécutions à titre d’exemple

Dans sa totalité, l’Insurrection a fait plus de 400 morts dont 318 civils, contre 60 à 80 insurgés. 2614 hommes et femmes ont été également blessés dont l’on a recensé 2217 civils. Une insurrection meurtrière donc, qui a lui a valut de porter le nom de "Pâques Sanglantes"...

Mais le bilan ne s’arrête pas là... A la fin de cette terrible journée, les britanniques se sentent dans une situation délicate. En effet soucieuse de faire un exemple et de dissuader toute tentative nouvelle de soulèvement, l’armée britannique fait le choix d’arrêter 3430 hommes et 79 femmes à Dublin, et 2000 personnes environ en Angleterre et au Pays de Galles.

Les cours martiales prononcent alors jusqu’à 90 peines de morts.

En mai 1916, 15 hommes dont 7 membres du gouvernements sont abattus à la prison de Kilmainham, dont :

* Patrick Pearse le 3 mai

* James Connolly le 12 mai


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