14 avril 2014 : 237 lycéennes enlevées par le groupe islamiste Boko Haram

dimanche 16 avril 2017.
 

- A) Le Nigeria mangé par les barbares : Multinationales et islamistes

- B) Nigéria : quand « l’ignominie » de Boko Haram rejoint celle de l’oligarchie mondialiste (PG)

- C) Au Nigeria, le rapt oublié des étudiantes de Chibok

A) Le Nigeria mangé par les barbares : Multinationales et islamistes

Tout doit être fait pour libérer les lycéennes enlevées à Chibok.

Tout doit être fait pour que l’Etat nigerian et ses populations bénéficient des profits générés par l’exploitation des richesses du pays. C’est seulement ainsi que Boko Haram perdra vraiment sa capacité de nuire.

A1) Le Nigéria, exemple des ravages de la mondialisation capitaliste

Le Nigeria est un pays :

- important : première puissance économique africaine

- peuplé (177 millions d’habitants, 7e pays du monde par son nombre d’habitants).

- riche en matières premières, en particulier du pétrole.

Cependant, les multinationales s’organisent pour que les revenus tirés de la production pétrolière quittent très largement le pays via les paradis fiscaux et banques (Angleterre, Suisse...).

L’enrichissement d’une petite couche dirigeante nigériane, largement corrompue, contribue à cacher ce trafic mais n’améliore pas le sort des milieux populaires (455 millionnaires dans le pays mais 120 millions de personnes sous le seuil de pauvreté : 1 euro par jour).

Dans ces conditions, ni l’Etat, ni les populations ne bénéficient des richesses du pays. Oui, le Nigéria est un exemple parlant de la réalité générée par le capitalisme transnational actionnarial : chaque vampire accroché au prix de ses actions cherche à les valoriser quitte à faire mourir père et mère.

La misère endémique de la population nigériane explique le développement de "l’industrie des enlèvements" qui ne représente pas un monopole islamiste.

Le Nigeria a connu plusieurs mouvements de masse et rébellions depuis une vingtaine d’années. Le mouvement ouvrier a ici des traditions d’organisation et de lutte assez importantes. Des groupes politiques militent également contre les multinationales et la corruption.

A2) D’un Etat corrompu et ultra-répressif au service des multinationales au développement de Boko Haram

La mise en place de l’Etat nigérian à la suite de la colonisation anglaise s’est réalisée sans rompre avec certaines pratiques (des zones presque abandonnées comme le Nord actuel bastion de Boko Haram ; une hégémonie politique essentiellement basée sur la police et l’armée dont les pratiques sont aussi détestables que celles des islamistes : l’État nigérian va répondre avec le même degré de violence : « massacre de populations soupçonnées de soutenir des rebelles, villages brûlés, exécutions extrajudiciaires en masse, détentions arbitraires et tortures dans les prisons qui constituent autant de crimes contre l’humanité. (Paul Martial ; Nigeria : la secte islamiste Boko Haram reflet de la faillite d’un régime) »

L’écrasement militaire et policier a provoqué une radicalisation violente de groupes dont Boko Haram. En langue haoussa, cet intitulé signifie « l’éducation occidentale est interdite ». Fondé au début des années 2000, ce groupe religieux fondamentaliste a subi une répression très dure (pour la seule année 2009, des centaines de morts et l’assassinat du leader Mohamed Yusuf). Le glissement militariste s’appuyant sur des zones "protégées" date de cette période.

Celui-ci mène fréquemment des attaques contre les établissements scolaires assassinant professeurs et lycéens (41 morts à Mamudo le 6 juillet 2013, 44 morts à Gujba le 29 septembre, 59 morts à Buni Yadi...). Dans le même temps, ce groupe enlève des femmes, dans des villes razziées (Bama, Kawuri...) et dans des collèges (Konduga)...

L’Etat de Borno décide alors de fermer 85 établissements scolaires dont celui de Chibok. Cependant, celui-ci accueille mi-avril pour deux jours des lycéennes afin qu’elles puissent passer les épreuves de sciences du baccalauréat.

A3) L’enlèvement des lycéennes de Chibok révèle la nature anti-civilisationnelle du djihadisme

Le 14 avril 2014, les fous nigérians d’Allah prennent le lycée de Chibok sans que les forces de l’ordre présentes dans la ville (seulement 17 gendarmes, policiers et soldats) n’interviennent. Ils enlèvent 237 jeunes filles de 12 à 17 ans.

Le 5 mai 2014, le chef de Boko Haram Abubakar Shekau, revendique le rapt des lycéennes de Chibok et déclare : « J’ai enlevé les filles. Je vais les vendre sur le marché, au nom d’Allah. Il y a un marché où ils vendent les êtres humains... J’ai dit que l’éducation occidentale devait cesser. Les filles, vous devez quitter (l’école) et vous marier... Une fille de 12 ans, je la donnerais en mariage, même une fille de 9 ans, je le ferais »

Amnesty International évalue à 2 000 le nombre de femmes et jeunes filles enlevées par Boko Haram depuis le début de l’année 2014. Nombre d’entre elles ont été réduites à l’esclavage sexuel et formées au combat, assure l’ONG, qui se fonde sur près de 200 témoignages, dont 28 émanant de rescapées ayant réussi à fuir. L’une d’entre elles, Aisha, dix-neuf ans, enlevée en septembre 2014, raconte avoir été conduite dans un camp d’entraînement de la secte islamiste à Gullak, dans l’État d’Adamawa, où se trouvaient déjà une centaine de captives. «  Ils apprenaient aux filles à tirer. Je faisais partie de celles qui étaient formées au tir. J’ai également été entraînée à utiliser des bombes et à attaquer un village. Cet entraînement a duré trois semaines après notre arrivée. Ensuite, ils ont commencé à envoyer certaines d’entre nous sur le terrain. J’ai participé à une opération dans mon propre village  », relate la jeune femme.

Violée à plusieurs reprises, «  parfois par des groupes allant jusqu’à six combattants  », Aïsha fut témoin de scènes d’une horreur insoutenable. «  Certaines ont refusé de se convertir. Certaines ont refusé d’apprendre à tuer. Elles ont été enterrées dans une fosse commune dans la brousse. Ils regroupaient les cadavres et les jetaient dans un grand trou, mais qui n’était pas suffisamment profond. Je ne voyais pas le trou, mais on sentait souvent l’odeur des cadavres quand ils commençaient à se décomposer.  »

A4) La France et Boko Haram

Qu’a fait la France dans cette affaire ? Le président de la république a réuni à Paris le samedi 16 mai, cinq chefs d’état africains : le président de la République fédérale du Nigeria, Goodluck Jonathan, et ceux des quatre pays voisins (Cameroun, Tchad, Niger, Bénin)... François Hollande a tonné violemment « Boko Haram a une stratégie anti-civilisationnelle de déstabilisation du Nigeria mais aussi de destruction des principes fondamentaux de la dignité humaine. » Nous ne pouvons qu’être d’accord mais le vol des matières premières du pays par les multinationales comme la nature de ses forces de l’ordre concourent autant à la « destruction des principes fondamentaux de la dignité humaine ».

Jacques Serieys

2) Nigéria : quand « l’ignominie » de Boko Haram rejoint celle de l’oligarchie mondialiste (PG)

Nous sommes particulièrement choqués du traitement promis aux jeunes filles enlevées en nombre dans le Borno au nord-est du Nigéria par le groupe islamiste Boko Haram dont le nom signifie « l’éducation occidentale est un péché ». Encore une fois c’est la femme qui est méprisée et maltraitée, réduite ici à l’esclavage comme dans une résurgence du génocide voilé qu’a constitué le premier esclavagisme africain.

Certes les gens de cœur ont raison de se rassembler pour crier « rendez nous nos filles ! » mais l’agitation médiatique ne doit pas nous faire oublier que Boko Haram est le monstre fabriqué par les gouvernants nigérians successifs, un monstre qui multiplie les attentats jusqu’à Abuja la capitale du Nigéria, profitant des manquements des forces de sécurité pour créer une situation de terreur.

Car cet extrémisme meurtrier (environ 1600 morts depuis début janvier) n’est pas sans lien avec le chaos organisé par le capitalisme financier pour faciliter son expansion sans limites. Observons que cette tragédie humaine qu’ont constituée les enlèvements d’avril a eu lieu au moment où se réunissait à Abuja le Forum économique mondial, réunion de l’oligarchie mondialiste, dont l’unique préoccupation est de s’enrichir sur le dos des peuples. Car le Nigéria vient de ravir à la République Sud Africaine le titre de champion économique de l’Afrique, titre qui ne repose que sur l’exploitation du pétrole dans des conditions écologiquement inacceptables, au mépris de la santé des populations concernées et sans qu’une quelconque redistribution des richesses ne soit organisée en particulier auprès des populations des régions défavorisées du nord.

Fela_Anikulapo_Kuti.jpgDepuis Fela Anikulapo Kuti rien n’a changé en termes d’injustices sociales et de répression militaire brutale dans ce pays. Il est vrai que le champagne coule à flots chez une certaine jeunesse arriviste de Lagos et que la corruption généralisée permet au business de prospérer, ce qui ne peut déplaire à notre Ministre des affaires étrangères Laurent Fabius dans sa conception affairiste de la diplomatie française. Rappelons nous aussi que la France du général de Gaulle n’est pas exempte de responsabilité au Nigéria pour avoir soutenu la sécession du Biafra dont le Nigéria ne s’est toujours pas remis.

Le Parti de gauche exprime sa révolte face à ces pratiques obscurantistes et réaffirme que seule une construction laïque et sociale de la souveraineté africaine grâce à l’éducation, peut permettre de faire face à de telles dérives sectaires.

Le Parti de gauche rappelle son exigence que le gouvernement français cesse son soutien aux dictateurs du Nigéria et des pays voisins afin que des gouvernements démocratiques puissent émerger de la révolte populaire et prendre en main leur propre sécurité.

Pierre Boutry, commission Afrique

3) Au Nigeria, le rapt oublié des étudiantes de Chibok

Tribune de Genève

Le 14 avril 2014, l’enlèvement de 270 étudiantes dans un collège de Chibok, dans le nord-est du Nigeria, révélait au monde l’étendue des horreurs commises par le groupe islamiste Boko Haram. Michelle Obama et une brochette de célébrités s’associaient à une campagne mondiale lancée sur Internet pour retrouver les jeunes filles (« BringBackOurGirls »). Britanniques et Américains envoyaient au Nigeria experts en prises d’otages et avions de recherche.

Or un an après, on est sans nouvelles des quelque 200 collégiennes toujours disparues (plusieurs dizaines avaient pu s’échapper au moment du rapt). Les experts s’accordent à présumer qu’elles ont été réparties en petits groupes, et sont détenues dans plusieurs zones toujours contrôlées par Boko Haram. Une source diplomatique, citée lundi par The Telegraph, mentionne que la seule trace potentielle remonte à septembre dernier : une image aérienne prise au-dessus de la ville de Gwoza, proche de la frontière camerounaise, montrait un groupe de 20 à 30 filles apparemment bien gardées dans un complexe scolaire abandonné. Mais rien ne prouve qu’il s’agit d’étudiantes de Chibok.

D’autant plus que depuis l’affaire qui avait indigné la planète, les cas d’enlèvements, et de manière générale d’exactions contre les civils, ont explosé au Nigeria. Selon un rapport publié ce mardi par Amnesty International, basé sur des témoignages de victimes qui ont subi la loi du groupe islamiste, les djihadistes appliquent une politique systématique à l’égard des femmes qu’ils séquestrent : ils les emprisonnent dans des camps, où elles sont contraintes de suivre une éducation basée sur la charia. Les préceptes religieux ne semblent en revanche guère s’appliquer aux miliciens de Boko Haram qui, la nuit venue, violent régulièrement les détenues. Les chrétiennes qui refusent de se convertir sont maintenues prisonnières, d’autres sont mariées de force et demeurent captives dans les maisons des combattants. Des humanitaires ont recueilli le témoignage de rescapées de la ville de Bama, au bord du lac Tchad. Celles-ci racontent qu’une trentaine de maisons privées ont servi de lieu de séquestration dans cette ville, certaines abritant jusqu’à 70 détenues.

L’espoir de voir le sort des victimes de Boko Haram s’améliorer repose sur l’offensive militaire menée depuis deux mois dans le nord-est du Nigeria, grâce à l’engagement du Tchad et du Niger. Et sur l’arrivée au pouvoir, début avril, de Muhammadu Buhari, un ancien général qui entend reprendre en main une armée nigériane incontrôlée et en proie à la corruption. Une condition sine qua non pour faire reculer durablement Boko Haram.

Pour l’heure, plusieurs villes ont été libérées, les islamistes perdent du terrain. Les otages que ceux-ci détiennent pourraient donc devenir des cartes importantes dans le cadre d’une négociation. A moins que ces captifs ne paient le prix d’une déroute islamiste : lors de la libération de Bama, mi-mars, les miliciens de Boko Haram ont tué de nombreuses femmes afin de ne pas les laisser en « mains impures ».

Selon des sources onusiennes, la violence au Nigeria a tué 15 000 civils depuis 2009 et fait 1,2 millions de déplacés.


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