Economie : la flexibilité du marché du travail est-elle favorable à l’emploi ?

lundi 21 novembre 2016.
 

Série de questions à Lîem Hoang-Ngoc sur France Inter, chez Patricia Martin

Le projet de loi sur la « modernisation du marché du travail » est en débat à l’Assemblée nationale. Patricia, il faut toujours se méfier du mot « moderne ». Même si la politique ressemble à une cour de récréation, « celui qui le dit », c’est pas toujours « celui qui y est »... Le projet de loi abroge le CNE, mais étend de fait la période d’essai pendant laquelle les travailleurs peuvent être remerciés sans préavis. Il invente le principe de « séparation à l’amiable » dans une relation salariale dont la caractéristique est d’être par excellence dissymétrique. Dissymétrique comme dans un couple lorsque l’un (ou l’une) est financièrement dépendant de l’autre. Dans la relation entre l’employeur et le salarié, faut-il le rappeler, le travailleur n’a rien d’autre à vendre, pour subsister, que sa force de travail.

Pourtant, on nous dit que la flexibilité, c’est bon pour l’emploi...

La flexibilité du marché du travail n’est aucunement synonyme de plein-emploi. Dans les années 30, les marchés du travail étaient particulièrement flexibles. Il n’y avait ni code du travail, ni salaire minimum. Keynes attirait alors l’attention des conservateurs de son époque sur le fait que si des millions de travailleurs ne trouvent pas d’emplois, ce n’est pas parce qu’ils refusent la flexibilité, mais parce que la panne d’investissement des entreprises limite le nombre de d’emplois disponibles.

Peu de gens tiennent aujourd’hui ce discours...

En effet, on martèle à nouveau que les rigidités du marché du travail sont à l’origine du chômage. Le coût du travail serait trop élevé. Le code du travail contraindrait la mobilité de l’emploi vers l’économie de la connaissance. On fait la promotion, ici et là, d’un compromis « gagnant-gagnant » qui préserve, pour les victimes de la flexibilité, le droit à être indemnisé, mais en contrepartie du devoir d’être mobile, de se former et de s’adapter à la nouvelle économie.

Tel est en deux mots le discours ambiant, favorable à la « flexisécurité », pilier de la stratégie de Lisbonne, adoptée au sommet européen de mars 2000.

Cette stratégie a-t-elle été efficace ?

Pas vraiment. La stratégie de Lisbonne est intégralement centrée sur l’ouverture à la concurrence et la flexibilité du marché du travail. Elle entend depuis huit ans faire de l’Europe une zone de forte croissance tirée par l’économie de la connaissance. Or la zone euro est devenue au cours de cette période celle où la croissance est la plus faible du monde, où le pouvoir d’achat baisse et où l’investissement dans les secteurs innovants est à la traîne.

On peut d’ailleurs parler de fétichisme de l’économie de la connaissance, tant l’investissement dans les secteurs innovants n’a pas décollé, particulièrement en France. Les 400 000 emplois vacants se situent dans des secteurs aussi traditionnels que la restauration, le bâtiment et sont occupés par de nombreux sans-papiers. Dès lors, la sécurisation des parcours professionnels, c’est-à-dire le volet « sécurité » de la « flexi-sécurité », revient à obliger les chômeurs à se former pour des emplois fantômes. Echouant à se réinsérer dans une économie qui ne crée pas d’emplois, ils seront montrés du doigt par les apôtres de la « lutte contre l’assistanat ». On suspendra leurs allocations chômage. Ils seront « perdants-perdants »...

Le dicton du jour : Il est de Laurence Parisot : « l’amour est précaire, la vie est précaire. Pourquoi le travail ne le serait-il pas ? » Mademoiselle Martin, « nous vivons une époque moderne », ça, c’est de Philippe Meyer.


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