François Bayrou n’est pas crédible lorsqu’il affirme dépasser les clivages droite/gauche

samedi 24 juin 2017.
 

A) Message en forum du 3 juillet 2008 (Gérard Goussiès)

Premièrement les groupes parlementaires UDF au Sénat et à l’Assemblée Nationale soutiennent quasiment tout le temps les projets de lois gouvernementaux. Ou s’abstiennent pour tactiquement se démarquer de l’UMP.

Le centrisme de Bayrou penche à droite.

Bayrou fut le ministre de l’Education nationale d’Edouard Balladur de 1993 à 1997 sans discontinuer !

La posture de la rupture de Bayrou avec la classe politique ressemble à de la démagogie.

Secundo, le clivage droite/gauche est ancré dans l’histoire de la politique française depuis la Révolution.

De plus l’état d’urgence social et politique dans lequel se trouve notre pays confirme que la gauche reste porteuse d’idéal humaniste et de justice sociale et la droite , elle, demeure impitoyable avec les plus fragiles de nos concitoyens, et indulgente avec les puissants .

Faire croire que droite et gauche sont dépassées c’est vouloir tromper le peuple une fois de plus au bénéfice des adeptes et profiteurs du néolibéralisme.

Le centrisme n’est en rien du tout la lutte des classes.

Gérard Goussiès.

B) Réponse de Jacques Serieys

- > Bonjour, monsieur Gérard Goussiès.

B1) Mes points d’accord avec vous

Je partage totalement votre point de vue sur François Bayrou comme sur le clivage droite gauche tel qu’il est ancré dans l’histoire de la France depuis plusieurs générations.

- > Oui, les parlementaires UDF au Sénat et à l’Assemblée Nationale soutiennent quasiment tout le temps les projets de loi des gouvernements RPR, même les plus réactionnaires (suppression des emplois jeunes, attaques contre les 35 heures vidées de leurs contenus progressistes, abrogation de la loi de modernisation sociale qui permettait aux salariés de se protéger contre les licenciements boursiers et le harcèlement moral...)

- > Oui, Sarkozy et Bayrou ont voté ensemble tous les budgets, toutes les orientations politiques de Raffarin et de Villepin (y compris le CPE) jusqu’en mai 2006.

- > Oui, de 2002 à 2007 la Droite (UMP-UDF) a considérablement fragilisé les retraites par répartition et l’assurance maladie. Elle a agréé deux conventions Unedic (en 2002 et 2005) qui faisaient reculer les droits des chômeurs et ceux des intermittents du spectacle. Elle a mis en place le Contrat Nouvelle Embauche (CNE) qui permet de licencier un salarié, sans motif, pendant deux ans.

- > Oui, UDF et UMP ont rogné ensemble les droits sociaux entre 2002 et 2007, de façon mesquine mais caractéristique : apprentissage à 14 ans ; travail de nuit à 15 ans ; horaire de travail des moins de 18 ans passé de 7 à 8 heures par jour ; suppression de la contribution Delalande qui obligeait un employeur à verser entre un mois et 12 mois de salaires aux Assedic en cas de licenciement d’un salarié de plus de 50 ans ; suppression du registre de l’Inspection du travail ; passage de la fiche de paye de 21 à 7 lignes pour empêcher les salariés et les syndicats de défendre leurs droits ; salariés en contrats précaires et jeunes de moins de 26 ans exclus du calcul des effectifs afin d’empêcher l’élection de délégués du personnel ou au comité d’entreprise dans de très nombreuses PME ; report des élections des conseils de Prud’hommes ; stagnation des salaires ; hausse des hauts revenus et baisse de leur imposition ; vote d’une loi qui facilite la création de faux « travailleurs indépendants » pour lesquels n’existent ni congés payés, ni cotisations sociales employeurs, ni durée de travail hebdomadaire, diminution du nombre de visites médicales... Elle a permis à des accords d’entreprise ou à des accords de branche de déroger à la loi. Elle a rendu impossible la réintégration dans l’entreprise après une procédure illégale de licenciement pour motif économique

- > Oui, « Bayrou fut le ministre de l’Education nationale d’Edouard Balladur de 1993 à 1997 sans discontinuer ! » et nous nous rappelons encore de son essai d’abroger la loi Falloux.

- > J’ajouterais qu’au ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, son ami Francis Mer a fait preuve d’une grande détermination économiquement libérale

B2) Mes différences

- > Oui, "la posture de la rupture de Bayrou avec la classe politique ressemble à de la démagogie". Cependant, il essaie de profiter de façon politicienne de la grogne et même du mépris qui montent parmi les citoyens français contre "une classe politique" qui ne tient pas ses promesses, qui défend bien peu l’intérêt public, qui ne respecte même pas la souveraineté populaire (exemple de notre non au TCE passé par pertes et profits), qui se fait parfois prendre la main dans le sac de la corruption ou de l’évasion fiscale...

- > Je serais plus prudent lorsque vous écrivez « l’état d’urgence social et politique dans lequel se trouve notre pays confirme que la gauche reste porteuse d’idéal humaniste et de justice sociale et la droite , elle, demeure impitoyable avec les plus fragiles de nos concitoyens, et indulgente avec les puissants ». En effet, la comédie de Ségolène Royal auprès de François Bayrou pour le second tour des présidentielles me paraît significative d’un projet de dépassement du clivage droite gauche venant de la gauche elle-même. Les ralliements de Kouchner, Bockel, Jouyet... vont également dans le sens de ce dépassement du clivage droite gauche parmi un nombre important de dirigeants de la gauche. Sur le fond, je pense qu’une partie des dirigeants de la gauche française est en train de s’intégrer dans la social-démocratie européenne, gérante parfaitement loyale d’un capitalisme « impitoyable avec les plus fragiles de nos concitoyens, et indulgente avec les puissants ». Comment en serait-il autrement avec des personnalités comme Pascal Lamy à la tête de l’OMC et Dominique Strauss-Kahn à la tête du FMI.

Jacques Serieys


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