Moi, la révolution (Daniel Bensaïd aux organisateurs du bicentenaire Juillet 1989)

samedi 27 juillet 2019.
 

Au moment du "Bicentenaire" de la Révolution française en 1989, j’ai assisté à des manifestations diverses extrêmement sympathiques. Ceci dit, les cercles qui animaient ce bicentenaire manquaient d’abord d’expérience du mouvement social pour comprendre une révolution ; ils manquaient aussi considérablement d’attachement affectif à l’évènement, manquaient enfin probablement de réflexion sur son importance historique. Aussi, le bicentenaire n’a pas amélioré la place donnée à la Révolution française, par exemple dans les programmes d’histoire ; au contraire, le moment du bicentenaire a marqué un recul considérable dans le profil médiatique de Robespierre par exemple comme de toute la période Montagnarde.

Or, cette année-là, Daniel Bensaïd, qui n’était historien, ni de formation, ni de passion, sortit un bouquin aux Editions Gallimard "Moi, la Révolution, remembrances d’un bicentenaire indigne" qui croisait de façon intéressante le bilan des années 1789 1794 et les questions actuelles du socialisme. Ce "moi, la révolution" résumait assez bien par ailleurs une partie importante de la personnalité de Bensaïd. Voici, ci-dessous quelques petits extraits de cet ouvrage comme antidote du 14 juillet trop ritualisé et trop éloigné de ses origines populaires et révolutionnaires. (Jacques Serieys)

1) Me voici bicentenaire

" Deux cents ans, tout rond. Vous adorez les chiffres ronds. Moi, je préfère me fêter à ma guise, par surprise... en 1793, en 1848, en 1871, en 1936, en 1968...

La fête est un commencement ou un recommencement. Pas une répétition. Elle est outil de mémoire, de remémoration, pas de commémoration... Quand on convoque la mémoire, on court toujours le risque de réveiller ses démons. Vous avez pris vos précautions...

Vous avez repris de plus belle une vieille obsession : il faut savoir terminer une révolution. La finir. En finir avec moi. M’achever en quelque sorte : le mot vous brûle les lèvres. Mais je ne suis pas un cheval. Et je tiens le coup. Je serai encore là pour mon tricentenaire. Bon pied, bon oeil, c’est sûr...

Comment voudrais-tu que je me tienne pour terminée ? Accomplie et non pas enterrée ? J’ai encore à faire. Je ne peux pas en finir avant d’en avoir fini avec Thermidor... Je ne sous-estime pas mes ramifications, mes descendances et ma postérité. Mais, quel que soit l’avenir, je reste un seuil et un passage obligés...

L’illusion de ce siècle fut peut-être de croire que l’histoire commençait en 1917 et de me reléguer dans une préhistoire décorative et vaguement théâtrale, comme si j’avais passé la main. Non réductibles au fil monotone des chronologies, nous, les révolutions... Nous échangeons nos brouillons.

[Droit naturel et révolution française (Daniel Bensaïd dans Moi, la révolution)]

[Révolution française, Robespierre et droit de propriété (Daniel Bensaïd dans Moi, la révolution)]


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