Quelle république voulons-nous ? Pourquoi la République ?

jeudi 26 septembre 2019.
 

- A) Quelle république voulons-nous ?
- B) Qu’est ce que la république ?
- C) Pourquoi se réclamer de la République ?
- D) Remarques sur les lieux communs habituels concernant la république
- E) Notre rubrique République

A) Quelle république voulons-nous ?

Nous ne devons surtout pas louvoyer devant cette question. Des réactionnaires farouches se réclament aujourd’hui de la république. Des républicains conservateurs peuvent vous citer Cicéron et Jacques Bodin, Montesquieu et Jules Ferry comme références.

Nous, nous nous réclamons de la république combattante qui a renversé la royauté de 1792 à 1870, de la république combattante qui a stoppé net la poussée du fascisme entre 1934 et 1937 puis l’a combattu dans la Résistance.

Nous, nous nous réclamons de la république sociale, laïque et démocratique qui a instauré les communes et départements, le droit du travail, la Séparation de l’Eglise et de l’Etat, la Sécurité Sociale, les services publics...

A2) Vive la république avec Victor Hugo

Nous, nous nous réclamons de la république de Victor Hugo, humaniste et universaliste, qui porte fièrement son projet pour demain et même après-demain :

Que vous l’appeliez république ou que vous l’appeliez monarchie, le peuple souffre, ceci est un fait. Le peuple a faim ; le peuple a froid...

Tout le monde a droit de vie ici-bas, et la mort de faim est un crime social.

Certains hommes, législateurs, juges, philosophes, honnêtes gens, disent : nous marchons dans la justice. / - Oui, comme les voleurs dans le grand chemin.

Dans ce siècle qui a pour loi d’achever la révolution française et de commencer la révolution humaine, l’égalité des sexes faisant partie de l’égalité des hommes, une grande femme était nécessaire.

Serrons-nous tous autour de la république...

A3) Quelle république voulons-nous ? Un débat fort ancien

Cette question n’était pas nouvelle pour les Anciens de mon village qui avaient vu les pires royalistes favorables au fascisme s’intituler "républicains" comme moyen de gagner des élections tout en restant farouchement royalistes et fascistes.

Je me suis trouvé personnellement confronté à ce problème du contenu politico-philosophique de la République à plusieurs reprises en 1967 au sein du groupe Le Pavé où plusieurs autres animateurs (surtout pour des proches du maoïsme mais aussi pour certaines proches des JCR ou de LO) ne comprenaient pas mon attachement viscéral et intellectuel à ce mot.

C’est surtout durant le mouvement jeune puis la grève générale de 1968 que j’ai dû participer à une réflexion collective sur la signification pour nous de ce concept de REPUBLIQUE.

B) Qu’est ce que la république ?

B1) En 1968, nous lui avions donné dix sens principaux et complémentaires :

- une histoire que nous revendiquons, que nous défendons, que nous voulons prolonger

- des acquis démocratiques, sociaux et politiques dont nous nous réclamons et que nous souhaitons améliorer encore

- le paradigme essentiel de l’intérêt public et du meilleur vivre-ensemble sur tous les sujets, ce qui implique en particulier un rôle central de la laîcité

- la primat de la souveraineté populaire comme fondement du pouvoir politique

- la meilleure autodétermination possible de la loi par les citoyens et leurs représentants de façon à lui donner le maximum de qualité et de légitimité

- la primauté de la citoyenneté, du pouvoir législatif sur le pouvoir exécutif, de la loi sur le décret.

- une cohérence de valeurs dans laquelle dominent liberté, égalité, fraternité, laïcité, citoyenneté, universalité, sécurité, connaissance, éducation, raison, progrès, émancipation.

- l’existence de moyens institutionnels pour concrétiser la souveraineté populaire, le rôle des citoyens et le paradigme de l’intérêt public

- tel est le cas en particulier de l’école qui a pour but d’éduquer des individus-citoyens, de contribuer au maximum d’égalité des chances et de promotion sociale

- le refus de tout pouvoir transcendant, de toute fonction politique ou pouvoir personnel n’émanant pas de la souveraineté populaire

Nous y avions ajouté quelques fondements au titre de l’objectif de République sociale, sur laquelle je reviendrai dans un autre texte.

B2) Quelques débats

En voici seulement quelques-uns :

- Vu que la 5ème république donne la primauté à l’exécutif sur le législatif et le judiciaire, peut-on la considérer comme une république ? La réponse est difficile. Ses défenseurs font valoir que le peuple est aussi souverain en élisant le président que les députés, même plus puisque la participation est supérieure. D’ailleurs, les citoyens français prendraient la fin de l’élection présidentielle par eux comme un recul démocratique. En fait, notre réponse ne peut être que la perspective d’une 6ème république démocratique, laïque et sociale pour laquelle l’ensemble des équilibres de pouvoir sera revu en privilégiant celui des citoyens, aujourd’hui réduit à une peau de chagrin.

- Les républicains doivent-ils se revendiquer d’une "idée républicaine" portée par de grands penseurs depuis l’Antiquité ou d’une histoire du "progrès républicain" dans lequel les luttes de classe ont plus apporté que les penseurs ? Je participe du deuxième point de vue.

- Quels sont les acquis démocratiques, sociaux et politiques que nous mettons le plus en avant dans la France actuelle comme illustration des avancées républicaines ? au moins suffrage universel, Sécurité Sociale, services publics, laïcité de l’Etat et Ecole publique, Code du travail, collectivités territoriales au pouvoir réel...

B3) La république démocratique, laïque et sociale reste inachevée. Elle représente un objectif historique dont nous nous éloignons fort en ce début de 21ème siècle

- un Etat dont l’essentiel de la législation émane d’un pouvoir non élu (décrets de la Commission européenne en particulier) peut-il être caractérisé comme une république ?

- un Etat dans lequel les grands groupes économiques recherchent l’intérêt de leurs actionnaires contre l’intérêt public

- un Etat qui protège, en fait, l’évasion fiscale et le rôle des paradis fiscaux peut-il être caractérisé comme une république ?

Notre groupe a proposé des objectifs intermédiaires correspondant aux besoins des populations sous les concepts de République Sociale puis de 6ème république.

B4) République et réalité sociale, politique, économique

En cinquante ans de militantisme, j’ai vu éclater plus de désaccords sur des questions plus concrètes que sur le fond du contenu républicain :

- quelle peut être la place des écoles privées dans ce type de république ?

- comment promouvoir l’enseignement public tout en dénonçant le rôle de l’Education Nationale comme appareil d’Etat répondant aux besoins du capitalisme

- telle loi antisociale ou sécuritaire votée au Parlement peut-elle être considérée comme illégitime à partir du moment où les institutions de la 5ème république ne représentent absolument pas "la meilleure autodétermination possible de la loi par les citoyens et leurs représentants" en raison du mode d’élection, du poids politique des lobbies, de la propagande assurée par les médias...

- république et prise en compte des cultures minoritaires...

C) Pourquoi se réclamer de la République ?

C1) La République, référence identitaire progressiste de notre pays

Comme chacun le sait, la fête annuelle, la devise, le drapeau et l’hymne de notre nation datent de la Révolution française et touchent profondément aux références républicaines.

Comme chacun le sait, même les initiateurs de la Constitution de 1958 ont été obligés d’y intégrer des références théoriques progressistes, par exemple son article 2 : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion (…). Son principe est : « gouvernement du peuple, par le peuple, et pour le peuple ».

Depuis la Révolution française de 1789 - 1794, le courant construit sur le projet de République et même de République sociale a porté tellement de combats progressistes, avec un tel enthousiasme et de nombreux succès par rapport à la réalité internationale du moment que le peuple de gauche en est encore imbibé de même qu’une partie importante du peuple dans son ensemble.

C2) En France, la République a partie liée avec le socialisme

- en 1793 1794.

- dans les années 1830 1833

- en 1848 1851

- sous la Commune

- avec Jaurès

- face aux ligues fascistes

- durant le Front populaire, la Résistance puis la Libération

C3) Qu’apporte de plus encore de se réclamer de la République ?

L’histoire de notre pays a institué la république comme fondement de sa culture politique : souveraineté populaire, intérêt général, droits de l’homme et du citoyen (civiques, économiques, sociaux), laïcité, préambule de la constitution, rôle économique de l’Etat, citoyenneté, droit social, services publics, sécurité sociale, retraites par répartition...

Une majorité de citoyens est attachée à ce socle du vivre ensemble. Aussi, toutes les majorités politiques ont préféré casser lentement cet acquis plutôt que l’attaquer frontalement. Pour avoir voulu bousculer à la fois les retraites et la sécurité sociale, Alain Juppé a vu sa carrière politique stoppée.

Or, le capitalisme financier transnational dominant ce début de troisième millénaire se développe en opposition totale aux acquis culturels et institutionnels républicains.

Pour avoir participé activement aux luttes pour la défense des services publics dans les années 2000- 2010, je sais pertinemment que le discours républicain permet d’obtenir une écoute maximale, un soutien maximal, même un progrès de conscience maximal.

Aujourd’hui, Hollande et Ayrault se soumettent sans cesse aux diktats du monde de la finance. Cela les place en position délicate vis à vis des convictions républicaines, particulièrement vivaces en milieu rural. Nous devons utiliser au maximum cette contradiction.

Aborder la question écologique sous l’angle de la culture politique républicaine constitue une démarche simple et enrichissante

Ecosocialisme  : le républicanisme du XXIe siècle  ?

D) Remarques sur les lieux communs habituels concernant la république

D1) République et chose publique

République vient du latin res publica (chose publique) ; cependant une étymologie ne vaut pas définition.

Définir la république seulement par l’absence de roi ou de pouvoir transcendantal ne tient pas debout ; le nazisme ne constituait évidemment pas une république ni le régime de Vichy pour la France. Définir la république par le respect des lois votées par un parlement est également largement insuffisant ; Hitler, Mussolini, Pétain et bien d’autres sont arrivés légalement au pouvoir ; heureusement que des rebelles ont pris les armes face à cette légalité.

D2) République et pouvoir politique porteur d’intérêt général

Blandine Kriegel explique doctement que la république répond à la question Quoi ? Qu’est-ce que le but du pouvoir ? Le bien commun, l’intérêt général de tous les habitants.

Définir la république seulement par l’intérêt public assumé par le pouvoir politique n’est pas suffisant non plus : en effet, tout régime prétend agir au nom de l’intérêt général, du roi Louis XVI à Staline et à la CIA lors des coups d’état génocidaires qu’elle a initiés ; les pires libéraux de la mondialisation financière soutiennent la réduction du rôle des états au profit des multinationales et des actionnaires en avançant des raisons d’intérêt général. Si l’on définit la république seulement par par son but d’intérêt public en opposition à l’intérêt de quelques uns, même la 3ème république française ne répond pas à ce critère vu le poids qu’avait le patronat en son sein.

D3) Grèce antique et république

L’idéologie républicaniste place toujours la naissance de l’idée républicaine et de la république comme forme de pouvoir dans la Grèce antique. Quiconque se réclame vraiment de la république doit être plus prudent.

- d’une part, une grande majorité de la population d’Athènes était tenue en esclavage (21 000 citoyens pour 400 000 esclaves lors du recensement par Démétrios de Phalère) ;

- d’autre part, le souci pratique et la philosophie politique de responsables chinois, de Confucius à Wang Mang, apparaissent plus intéressants en matière de prise en compte de l’intérêt public.

Ecrire cela n’invalide pas l’intérêt d’Aristote en particulier en matière de philosophie politique progressiste.

D4) Rome et la république

L’article le plus lu du web (http://www.culturegenerale.free.fr/...) concernant la république défend le point de vue suivant « Rome est une respublica car l’existence d’une chose commune y est consacrée. Cette chose commune appartient au citoyen et non à l’empereur. Ce dernier est là pour la garantir mais elle ne lui appartient pas. Elle le transcende. » Blablabla...

Si l’on considère que la forme de pouvoir républicaine dépend du seul critère de la "chose commune", il est logique de compter l’empire romain dans l’expérience républicaine. Il est vrai, de plus, que des empereurs comme Auguste, Hadrien, Marc Aurèle, Julien, Trajan, Septime Sévère, Vespasien, Antonin, Probus... ont au moins autant pris en compte l’intérêt public que de nombreux consuls de la république romaine liés à l’oligarchie patricienne. Il est vrai aussi que l’idée de Droit a autant avancé sous les empereurs qu’auparavant. Cependant, je ne suis pas d’accord pour intégrer l’empire romain dans la généalogie républicaine parce que cette forme de pouvoir ne pouvait que donner aussi des fous furieux comme Caligula (celui qui dépensa l’argent public pour édifier de magnifiques palais pour son cheval...), Commode, Héliogabale, Caracalla... Surtout, comme je le défendrai ci-dessous en D6, il ne peut exister de république sans démocratie citoyenne.

D5) Renaissance et république

Je cite encore le site "Culture générale" À l’époque de la Renaissance, la république est considérée comme une forme de gouvernement stable à condition qu’elle soit basée sur la force. Ainsi Jean Bodin considère que tout gouvernement légitime est une république et que celle-ci doit s’accommoder d’un État fort, quasi monarchique. Pour Bodin une monarchie peut tout à fait être républicaine si elle tend au bien commun et si elle respecte les droits fondamentaux des « francs sujets ». Ces droits seront d’autant mieux assurés que l’État conserve le monopole de la force et de la violence, le merum imperium, et que le souverain crée et applique la loi sans délibérations préalables. La république n’est donc pas synonyme de liberté...

Cette caractérisation de la république par la légitimité du pouvoir (y compris du roi), par la force de l’Etat nécessairement "fort", "conservant le monopole de la force et de la violence" ne me convient absolument pas.

Heureusement, le site "Culture générale" en vient à la définition actuelle « ... Depuis la révolution française, la république renvoie à la forme du régime, mais également à un ensemble de valeurs qui la légitiment. La république a partie liée à la démocratie dans la mesure où le principe essentiel sur lequel elle est basée est la souveraineté du peuple, de la nation. » Là, nous sommes globalement d’accord.

D6) République et démocratie

Quel doit être le paradigme essentiel des progressistes : la république ou la démocratie ? Je partage le point de vue de Robespierre comme de Jaurès qui posaient les deux comme complémentaires et même sur le fond synonymes. En effet, qu’est ce que la république sans le suffrage universel et la souveraineté populaire ? Rien.

Ce qui change tout, c’est la réalité du pouvoir démocratique des citoyens dans la définition de la loi et dans la définition des fondements de l’intérêt général à un moment donné. La définition de la démocratie donnée par le président des Etats Unis ABRAHAM LINCOLN nous convient parfaitement :

- > « La démocratie est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. »

Pourquoi l’expérience grecque antique, en particulier d’Athènes, est-elle passionnante ? essentiellement pour la démocratie participative qui s’y pratique.

L’empereur romain Dioclétien a fait son possible pour prendre en compte l’intérêt général. Il n’est cependant pas possible de le compter parmi les grands noms de l’histoire républicaine parce qu’il a fait supplicier d’innombrables chrétiens, ce qui n’a rien de démocratique.

E) Notre rubrique République

Comme notre lecteur a dû le remarquer nos 2700 articles sont répartis entre 15 grands sujets, quinze domaines.

Chacun de ces grands sujets comprend des rubriques (environ 140).

Ces rubriques sont elles-mêmes organisées en sous-rubriques.

E1) Dans quel grand domaine intégrer la République ?

Pour la rubrique république se posait la question du sujet dans lequel l’intégrer. S’offraient plusieurs possibilités comme Emancipation, Socialisme, France vers 6ème République. J’ai opté finalement pour ce dernier domaine car la réflexion républicaine française est très liée à l’histoire nationale, car surtout le lien avec les autres rubriques de ce domaine était logique :

- Mouvement pour la 6ème république

- Collectivités publiques

- Etat France

- Faire société

- Laïcité

- Médias

- Santé Sécurité Sociale

- Services publics

- Territoires

E2) Les sous-rubriques et divisions de notre rubrique République

Elles ne me satisfont pas et seront donc modifiées. Ceci dit, elles ont été assez fonctionnelles jusqu’à présent :

-> République à penser

-> République à refonder

-> Histoire de la République

- Avant 1789

- République 1789 1870

- République 1870 1914

- 5ème République 1958...

- République (Amérique latine)

-> Fondamentaux républicains

- Morale républicaine

- Nation

- Progrès

- Souveraineté populaire

- Valeurs républicaines ?

-> Quelle république ?

République et Droite

République et Gauche

-> Républicanisme

-> Vers la République sociale

E3) Quelques articles de notre rubrique République ou en lien avec cette rubrique

Pour chaque rubrique, notre lecteur peut constater les manques de ce site. Voici cependant le lien vers quelques-uns de nos textes :

Préfet Au nom de la république ?

L’idée républicaine avant la Révolution française

Révolution française, république et socialisme

Jaurès, république, république sociale et socialisme

Leçons d’Amérique latine pour la gauche française 1) Histoire commune 2) Ouragan du libéralisme 3) La social-démocratie dans l’impasse 4) La réinvention de la gauche (Jean-Luc Mélenchon)

Quelle forme de gouvernement ? Quelle forme républicaine de gouvernement ? (par Bernard Teper, Respublica)

220e anniversaire de la République Nous n’étions pas là pour nous souvenir, mais pour nous inspirer ! (Alexis Corbière)

Sur l’articulation de l’idée républicaine avec les formes nouvelles de la matrice révolutionnaire (Jean-Luc Mélenchon)


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