Édouard Vaillant, les socialistes et la guerre

dimanche 26 août 2018.
 

À l’image de la majorité des dirigeants socialistes, l’ancien communard Edouard Vaillant prend fait et cause, en cette année 1914, pour une politique de défense nationale face à l’agression du Kaiser...

Édouard Vaillant est un vieux révolutionnaire, ancien dirigeant de la Commune de Paris, compagnon de Blanqui et de Jaurès, responsable des questions internationales au Parti socialiste, défenseur dans les congrès internationaux des motions d’appel à la grève générale ouvrière contre le danger de guerre. En 1914, après l’assassinat de Jaurès, ce militant, admiré par Lénine comme par Trotski, se rallie à la défense nationale. Dans l’Humanité, au groupe parlementaire et dans le parti, il appelle sans cesse à la résistance contre l’agression allemande. Il défend avec une vivacité particulière sa position, soutenue par l’ensemble des députés et cadres du Parti, probablement par la grande masse des électeurs et sympathisants.

Pourquoi  ?

Faut-il parler de « faillite » politique  ? Cherchons d’abord à comprendre. Pour Vaillant, comme pour la plupart de ses camarades, l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie sont responsables. Elles ont déclaré la guerre, commencé les hostilités. L’Allemagne a violé la neutralité belge. Face à cette agression caractérisée, Vaillant retrouve les réflexes des ancêtres de 1792 et 1793, de 1870 et 1871. La lutte contre l’envahisseur prime. « Guerre à la guerre », défendre la paix, oui, mais en cas d’agression, défendre le pays, la patrie, la République s’impose. La destruction matérielle de Paris (l’Humanité, 20 septembre 1914) est envisagée sans sourciller car ce qui compte est sa force morale. Il faut se battre, détruire « l’impérialisme sauvage » fauteur de guerres, dénoncé lors des obsèques de Jaurès par Jouhaux, le secrétaire général de la CGT. Ensuite, les peuples pourront construire une Europe démocratique et pacifiste. Vaillant ne se rallie nullement aux nationalistes. Il ne veut pas de « revanche » et ne rêve pas à des annexions non consenties. Il est le premier à expliquer la nécessité de s’entendre avec une Allemagne démocratique, qui aurait fait sa révolution, chassé le Kaiser et sa coterie d’état-major.

Les socialistes acceptent, le 26 août 1914, de participer au gouvernement

Ainsi, nous ne pouvons pas préjuger de son jugement sur le traité de Versailles imposé en 1919 par les Alliés. Mais en 1914, nous n’en sommes pas là. En France, le pays est envahi, occupé par une armée étrangère. L’heure est à la défense de la nation et c’est pourquoi les socialistes acceptent, le 26 août 1914, de participer au gouvernement, avec Jules Guesde et Marcel Sembat, bientôt rejoints par Albert Thomas.

Tout est dit  ? Pourtant, cette politique approuvée par les organismes dirigeants unanimes ne convainc pas absolument tous les militants et sympathisants. Elle est vite contestée, ici et là. Pas publiquement  : la vie politique, le débat public sont suspendus par la mobilisation, l’état de siège et la censure. Partis comme syndicats sont désorganisés. Les élus et militants qui demeurent parent au plus pressé, à l’organisation matérielle des secours dans une situation difficile. L’Humanité voit chuter sa diffusion, mais c’est finalement par elle que bruissent les premiers indices de critiques et mécontentements. Le journal les combat, bien sûr, mais au moins il en parle et donc les premiers jalons d’un débat sont posés. Dans l’Humanité du 9 octobre, Vaillant pourfend ceux qu’il appelle « les doctrinaires ». Il n’a jamais péché par un excès d’affabilité. Mais il ne fait pas silence et, dès l’automne 1914, entreprend de répondre aux arguments qui commencent sourdement à s’entendre.

Une contestation émerge dans le monde syndical, plus vive que dans le milieu socialiste

La situation est terrible. Près de 300 000 Français sont tués en août et septembre 1914. La guerre va-t-elle durer  ? Faut-il laisser le carnage se poursuivre  ? En dehors des responsabilités initiales, ne faut-il pas chercher une solution  ? Au moins maintenir une expression propre des socialistes, établir toutes les responsabilités, directes et indirectes, proches et lointaines de la guerre, une paix de compromis est-elle envisageable  ? Le questionnement est d’abord diffus, sans débouché politique, il vient de la « base », des premières réunions internes autorisées avant de concerner des dirigeants… Une contestation émerge dans le monde syndical, marqué par la tradition syndicaliste révolutionnaire, où elle sera toujours plus vive que dans le milieu socialiste lui-même. À partir du printemps 1915, le député Jean Longuet et la fédération de la Haute-Vienne s’organisent en « minorité » avant de se doter d’un hebdomadaire, le Populaire. Quelques minoritaires vont jusqu’à participer aux conférences de Zimmerwald (septembre 1915) et Kienthal (avril 1916) avec des socialistes de pays en guerre hostiles au conflit.

Vaillant ne verra ni la fin de la guerre, ni celle du débat entre « majoritaires » et « minoritaires ». Il meurt le 18 décembre 1915, tué selon ses dires mêmes par la guerre et ses tourments, néanmoins convaincu qu’elle devrait « enfanter une autre humanité ».

Gilles Candar Historien, président de la Société d’études jaurésiennes

Source : http://www.humanite.fr/edouard-vail...


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