15 septembre 2008 Effondrement financier global

jeudi 24 septembre 2020.
 

Sanglant lundi, 15 septembre 2008. La moyenne industrielle du Dow Jones (DJIA selon le sigle anglais) a perdu 504 points (4.4%), sa plus grosse chute depuis le 17 Septembre 2001, depuis que les activités commerciales ont repris après les attaques du 11 septembre.

La glissade financière a continué inexorablement, menant jusqu’à une diminution de 800 points du Dow Jones en moins d’une semaine. Les marchés boursiers sont interconnectés « sur tous les fuseaux horaires » à travers l’instantanéité les liens instantanés que permet l’Internet. La volatilité des transactions de Wall-Street se répand donc immédiatement sur les marchés boursiers asiatiques et européens et de là rapidement sur le système financier tout entier.

Les bourses européennes dévissent après l’annonce de la faillite de Lehman Brothers

La Banque Centrale européenne débourse 95 milliards d’euros pour sauver les banques privées européennes de la faillite !

Citoyens français, serrez-vous la ceinture pour aider les banques : elles sont bénéficiaires (ci-dessous article Les Echos)

La plus sérieuse crise financière depuis le « crash » de Wall Street en 1929

Replacé dans son contexte global, et tenant compte de l’instabilité généré par la spéculation, les implications de cette crise sont de très grande envergure.

La crise, cependant, n’a pas encore d’aucune façon atteint son apogée. Elle a le pouvoir de disloquer les fondations même du système monétaire international. Les répercussions sur la vie des gens vivant en Amérique et tout autour du monde sont dramatiques.

La crise n’est pas limitée à l’effondrement des marchés financiers. L’économie réelle aux niveaux national et international, ses institutions, ses structures de production sont aussi en danger.

Quand les valeurs de la Bourse s’effondrent, les épargnes des ménages de toute une vie sont érodées, ainsi que les fonds de pension.

L’effondrement financier, inévitablement se répercute sur les marchés de consommation, le marché de l’habitation, et plus largement, sur le processus d’investissement des biens et services.

La guerre et la crise économique

Ce qui est le plus significatif dans cette plongée des valeurs boursières se produit de manière combinée à une aventure militaire majeure. La crise financière globale est intimement liée à la guerre.

La spirale du budget de défense se répercute sur les secteurs civils de l’activité économique. L’économie de guerre a un rapport direct sur les politiques monétaires et fiscales. Les dépenses militaires dépassent les 500 milliards de dollars. En outre, 70 milliards supplémentaires sont destinés « à couvrir les coûts de la guerre dans les premiers mois de la nouvelle administration. La combinaison de ces montants représente le plus niveau des dépenses militaires depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale, (ajustée aux coûts de l’inflation) . (Csmonitor.com, 6 février 2008)

« La guerre, c’est bon pour les affaires » ; Les puissants groupes financiers qui manipulent de façon quotidienne les valeurs boursières, les marchés de la monnaie et ceux des matières premières font aussi la promotion de la poursuite de la guerre et de son escalade au Moyen-Orient. La crise financière est liée à la structure des investissements publics états-unienne dans l’économie de guerre par le moyen des impôts, au lieu des programmes sociaux. « Plus largement, ceci soulève également l’enjeu du rôle du trésor et du système monétaire états-uniens, dans le financement incessant du complexe militaro-industriel et de la guerre du Moyen-Orient aux dépends des secteurs le l’activité économique civile. » (Voir Michel Chossudowsky, The Democrats endorse the « Global War on Terrorism » : Obama « goes after » (Les démocrates endossent la « guerre mondiale au terrorisme » : Obama « pourchasse » Osama.Osams), Mondialisation/Global Reserach, publié en anglais le 29 août et en français le 4 septembre 2008)

La guerre est génératrice de profits et est financée à travers l’expansion mondiale massive de la dette publique. Guerre et globalisation vont main dans la main. Wall Street, les compagnies pétrolières, et les contrats militaires ont des intérêts concurrents qui se chevauchent également. Les compagnies pétrolières sont derrière la poussée spéculative des prix du pétrole brut sur le marché londonien de l’énergie.

En conséquence, et résultant de l’agenda militaire, l’économie civile états-unienne est en crise étant donné que les ressources de la nation, incluant les impôts, sont détournés pour financer une guerre au Moyen-Orient qui coûtent plusieurs milliards de dollars.

L’assaut spéculatif

La folle course mondiale pour s’approprier la richesse par la « manipulation financière » est la force motrice derrière cette crise. C’est la source du tourbillon économique et de la dévastation sociale.

Quelles en sont les causes sous-jacentes ? Un milieu financier totalement déréglementé et caractérisé par un intensif commerce spéculatif.

L’histoire de la déréglementation remonte au commencement de l’administration Reagan.

Dans le sillage de l’effondrement du marché boursier de 1987, le trésor états-unien fut avisé par Wall Street de ne pas s’immiscer dans les marchés financiers. Libre de l’empiètement gouvernemental, les bourses de New-York et de Chicago, furent invitées à établir leurs propres procédures réglementaires.

L’autorité pour réglementer les marchés boursiers ne reposait plus désormais sur l’État mais sur les directives du marché financier au service directement des intérêts des spéculateurs institutionnels.

La crise de Wall Street fait partie du processus de la guerre financière

Depuis la crise de 1987, s’est déployée une nouvelle ère d’intense rivalité financière.

La déréglementation financière aux États-Unis a créé un environnement qui favorise une concentration sans précédent du pouvoir financier global.

Ce à quoi nous faisons face est un affrontement majeur entre conglomérats financiers en concurrence les uns avec les autres.

L’effondrement financier est intimement relié à la croissance incontrôlée d’opérations fortement spéculatives.

Les fonds de placement à risque

Les fonds de placement à risque jouent un rôle crucial dans le processus de restructuration. Ces transactions spéculatives (la panoplie des produits dérivés, des options, des contrats à terme, des fonds d’investissement liés à des indices du marché, etc) souvent transigées à travers les fonds de placement à risque éclipsent le fonctionnement des transactions des marchés boursiers et leur relation à l’activité économique réelle.

Les fonds de placement à risque sont des fonds d’investissement privés, lesquels gèrent des regroupements de fonds ou fonds mutuels de riches investisseurs. Bien qu’ils soient souvent liés à des institutions financières majeures, ils sont totalement déréglementés. Ils fonctionnent avec un large bassin de capital monétaire, lequel est utilisé pour entreprendre des transactions fortement spéculatives.

Ventes à découvert

Un effondrement du marché boursier peut être une opération hautement profitable. A partir de connaissances et d’informations privilégiées un effondrement dans les valeurs boursières constitue ( à travers des ventes à découvert) l’opportunité d’un lucratif mouvement d’argent pour une catégorie sélecte de puissants spéculateurs capables de manipuler le marché dans la direction appropriée et au temps opportun.

Il y a des indications d’une conspiration soigneusement orchestrée pour déclencher un effondrement de plusieurs institutions financières majeures et ce par une totale manipulation.

Les « ventes à découvert » aussi bien que la diffusion de fausses rumeurs furent utilisés comme stratégie pour déclencher l’effondrement d’actions ciblées sur Wall Street incluant Lehman, Morgan Stanley et Goldman Sachs.

« Les vendeurs à découvert aspirent à profiter des baisses d’action, habituellement en empruntant une valeur, la vendant et la rachetant après que son prix a diminué. Dans les abusives ventes à découvert, le vendeur n’emprunte pas l’action et échoue à la délivrer à l’acheteur.

Quelques marchés participants disent que des vendeurs à découvert abusifs ont contribué à la chute de compagnies telles que Lehman Brothers en les obligeant à baisser les prix partagés.

Mercredi dernier, John Mack, le directeur général de Morgan Stanley, a dit aux employés, dans un memo interne : Qu’est-ce qu’il arrive ici ? C’est très clair pour moi, -nous sommes dans le milieu d’un marché contrôlé par la peur et les rumeurs, et les vendeurs à découvert sont en train de faire baisser nos actions. » (Financial Times, 17 septembre 2008)

« Les autorités régulatrices ont reconnu que l’effondrement de Bear Stearns en mars dernier fut attribué aux ventes à découvert. « Les autorités régulatrices ont examiné une combinaison de ventes à découvert et de fausse rumeurs comme étant partie du problème. » (Wall Street Journal, le 18 septembre 2008)

Merrill Lynch est acheté, Lehman Brothers est poussé vers la banqueroute. Ce ne sont pas des coïncidences fortuites. C’est le résultat de manipulation par de puissantes et compétitives institutions financières, utilisant des opérations hautement spéculatives pour atteindre leur objectif qui consiste soit dans un déplacement ou l’acquisition du contrôle sur l’institution financière rivale.

Le présent effondrement financier n’a rien à voir avec les forces du marché : il est caractérisé par la guerre financière entre les spéculateurs institutionnels compétitifs.

Le marché du pétrole brut

Le commerce hautement spéculatif a poussé le prix du pétrole brut à des niveaux excessifs, atteignant un sommet en juillet 2008. Un point tournant fut atteint. La tendance du commerce spéculatif s’est rapidement renversée, menant à une plongée dramatique des prix du pétrole brut. (Voir la charte ci-dessous).

Ces institutions financières et/ou les investisseurs capables de manipuler le mouvement des prix du pétrole brut, ayant des connaissances antérieures et l’habileté pour déterminer le laps de temps de la montée spéculative et son effondrement subséquent, purent récolter de gros montants de profits durant le mouvement ascendant et descendant des prix du pétrole brut.

« Le mouvement des prix globaux sur les marchés commerciaux de New-York de Chicago n’a aucun rapport avec les coûts pour produire le pétrole brut. La spirale du prix du pétrole brut n’est pas le résultat d’un manque de pétrole. Il est estimé que le coût d’un baril de pétrole au Moyen-Orient ne dépasse pas $15. Le coût d’un baril de pétrole extrait des sables bitumineux de l’Alberta, au Canada, est de l’ordre de $30. » ( Pour plus de détails voir, Michel Chossudovsky, The Global Crisis : Food, Water and Fuel. Three Fundamental Necessities of Life in Jeopardy, Global Reserach, 5 juin 2008)

La restructuration de l’économie globale

Cette crise économique est la conséquence d’un processus de restructuration macroéconomique et financière qui a commencé au début des années 1980. C’est le résultat d’une structure politique : la réforme du commerce et du secteur financier sous l’Organisation mondiale du commerce, sans nommer l’imposition des réformes macroéconomiques mortifères du Fond Monétaire International, communément nommés : les programmes d’ajustement structurel. Cette restructuration a comme conséquence l’appauvrissement d’importants secteurs de la population mondiale.

La crise de la dette au début des années 1980 a déclenché une vague de fusions corporatives, achat d’actions et des banqueroutes. Ces changements à leur tour ont pavé la voie à la consolidation d’une nouvelle génération de financiers groupés autour de grandes banques marchandes, d’investisseurs institutionnels, de sociétés de courtage d’actions, d’importantes compagnies d’assurances, etc. Dans ce processus, les fonctions des banques commerciales se sont unis à celles des banques d’investissement et des courtiers d’action menant à la consolidation d’une poignée de conglomérats financier global

L’utilisation déréglementée d’instruments spéculatifs complexes a fourni à Wall Street les moyens d’étendre son empire financier global. Le motif principal de ce processus ne consiste pas dans la surveillance du marché boursier en soi. Il vise plutôt à contrôler les marchés lucratifs à travers des instruments spéculatifs : —produits dérivés, options, futures, fonds de placement à risque, etc.—où la possibilité de manipulation et de commerce interne est beaucoup plus grand.

La domination financière de Wall Street fut complétée à travers son contrôle institutionnel des canaux du commerce spéculatif. Ce contrôle lui fournit aussi, comme dans le cas de la crise asiatique, la base pour affaiblir le rôle des banques centrales, prenant ainsi contrôle des rennes de la politique monétaire, des marchés boursiers et des marchés de change. En 1997, pour la crise Asiatique seulement, plus de $100 milliards furent confisqués en quelques mois des voûtes des banques centrales d’Asie. Des assauts spéculatifs similaires furent ainsi réalisés en Russie en 1998 et au Brésil en 1999.

Ces événements furent suivis par des bulles spectaculaires et l’éclatement des actions de dot.com quand l’indice composé du NASDAQ a atteint un somment à plus de 5,000 en Mars 2000 et s’effondra par la suite, déclenchant un mouvement de vente de panique. (voir le graphique)

L’acte de modernisation des services financiers de 1999

En 1999, (The Financial Services Modernization Act (Grammm-Leach Bliley Act) fut adopté par le congrès états-unien. Dans le sillage de longues négociations, toutes les contraintes réglementaires des puissants conglomérats bancaires de Wall Street furent révoqués « par un simple coup de crayon ».

Sous les nouvelles règles ratifiées par le Sénat états-unien et approuvé par le Président Clinton, les banques commerciales, les firmes de courtage, les investisseurs institutionnels et les compangies d’assurance pouvaient désormais librement investir dans les affaires les uns des autres et également pleinement intégrer ou fusionner leurs opérations financières. La législation abrogea the Glass-Steagall Act of 1933, un pilier du « New Deal » du Président Roosevelt lequel fut mis en place en réponse au climat de corruption, de manipulation financière et de « trafic d’influence », lesquels facteurs avaient provoqué la faillite de plus de 5000 banques dans les années suivant la crise de l929. (Voir Marin Mc Laughlin, Clinton Republicans agree to deregulation of US banking system , World Socialist Website, 1 November 1999).

La frénésie des fusions

Plusieurs fusions de banques gigantesques (incluant National Bank Corp avec la Bank America et de Citibank avec Traverlers Group) furent réalisées et approuvées par le Conseil de la Réserve fédérale (en violation flagrante de la loi existante) avant l’adoption de 1999 du Financial Modernization Act.

Dans les années précédant l’inauguration de l’administration Bush, un processus d’intense rivalité financière s’est déployé. Le Nouvel Ordre Mondial, largement dominé par le capital financier états-unien, fut initié dans le but d’éclipser les conglomérats banquiers rivaux d’Europe de l’Ouest et du Japon de même que le scellement d’alliances stratégiques avec un « club sélect » des banquiers géants d’Allemagne et de Grande-Bretagne .

La préfiguration de ce qui s’annonce

La fusion des banques (réalisée avant la législation de 1999, en violation de Glass Steagall Act) ne fut que la pointe de l’iceberg, la préfiguration de ce qui s’annonçait. L’abrogation du Glass-Steagall Act avait créé un environnement favorisant une concentration sans précédent du pouvoir financier global.

Le contrôle effectif sur l’industrie des services financiers états-uniens au complet avait été transféré à une poignée de conglomérats financiers.

Ce qui prévaut aujourd’hui de facto est un système de réglementation privé. Le développement du « supermarché financier global » sera surveillé par les géants de Wall Street. Les banques d’État à travers les États-Unis furent déplacées ou avalées par les géants financiers menant à une série mortelle de banqueroutes dans les banques.

A leur tour, les pouvoirs de surveillance du Conseil de la Réserve fédérale, de plus en plus sous la domination directe de Wall Street, furent affaiblis de façon significative. Les géants financiers ont la capacité d’étrangler les affaires au niveau local aux États-Unis et d’éclipser l’économie réelle. En fait, à cause du manque de compétition, la législation de 1999, qui fut l’initiative du Sénateur Phil Gramm, autorisait les géants des services financiers (outrepassant le Conseil de la Réserve fédérale et agissant en collusion tacite les uns avec les autres) à établir la structure des taux d’intérêt comme bon leur semblait :

« En dépit des signaux de dangers imminents, la législation de 1999, semble totalement ignorer l’histoire des échecs du marché boursier depuis le début de la crise asiatique dans le milieu de 1997. Les répercussions sociales et économiques dans un système financier mondial intégré - pour ne pas mentionner les risques d’un effondrement financier global résultant de l’absence d’une réglementation financière - sont encore plus sérieuses aujourd’hui [1999] que durant les années suivant la crise de Wall Street de 1929. (Michel Chossudovsky, unpublished notes on the 1999 Financial Services Modernization Act, Legislation, November 1999).

L’architecture financière globale

Le Financial Services Modernization Act ne devrait pas être considéré de manière isolée comme un procédé domestique limité au paysage financier états-unien.

Les impacts de la législation s’étendent bien au delà des frontières du système financier états-unien. Les changements institutionnels qu’elle entraîne incluant la concentration et la centralisation du pouvoir dans les mains d’un petit nombre de géants financiers, ont contribué largement à la quête indéfectible de Wall Street pour la domination financière globale.

La bousculade mondiale pour s’approprier la richesse à travers la manipulation financière fut la force motrice derrière la restructuration de l’architecture financière globale dont la législation états-unienne de 1999 fut partie intégrale, installant le « modèle » d’une réforme financière dans les différentes parties du monde.

Quoique la législation de 1999 ne brise pas en soi les barrières des mouvements de capitaux, en pratique, elle autorise les joueurs clés de Wall Street à entrer dans les marchés de services financiers des pays en développement, à consolider une position hégémonique dans le système banquier global, en éclipsant et ultimement déstabilisant les systèmes financiers en Asie, en Amérique Latine et dans l’Europe de l’Est.

Le fonds monétaire international (FMI) et l’Organisation mondiale du commerce (OMC)

La déréglementation financière aux États-Unis, a exercé une influence décisive en « réglant le pas » d’une réforme financière globale sous les auspices du FMI et de l’OMC. La législation de 1999 fut une partie de l’agenda financier global, consistant à déréglementer les mouvements de capitaux, libéralisant le secteur bancaire domestique et les marchés de capitaux mondial sous les auspices de l’OMC et ouvrant les marchés de services nationaux aux conglomérats financiers globaux.

La législation fut mise en oeuvre concurremment à la réorganisation du commerce global et de l’architecture financière selon l’agenda de l’OMC. Sous l’Accord général des services commerciaux, GATS (sigle anglais), les pays en développement se sont engagés à la complète libéralisation des services financiers. En d’autres mots, les gouvernements nationaux, déjà contrôlés par leurs créanciers externes, seraient incapables d’empêcher les géants de Wall Street d’entrer et d’avaler leurs banques nationales et leurs institutions financières.

En conjonction avec l’Accord des Services financiers et le GATS, la législation bancaire de 1999 adoptée aux États-Unis, autorise une poignée de conglomérats banquiers à pouvoir déstabiliser le paysage financier domestique des pays en développement.

Le balayage déréglementaire du système bancaire états-unien conféra des pouvoirs sans précédent aux conglomérats financiers de Wall Street pour acquérir et s’approprier des institutions bancaires tout autour du monde.

La tendance était vers un supermarché financier global contrôlé par une poignée d’institutions financières globales qui pénètrent et imprègnent la structure des économies nationales.

Deux ententes majeures (négociées sous l’OMC) ont contribué à « enchâsser les droits » des banques globales dans la loi internationale, équivalent (selon les critiques) à concéder « des droits fondamentaux » aux banques et annulant ceux inscrits dans la constitution nationale. Les clauses de ces deux accords : tant l’Accord général sur le commerce des Services (GATS) que l’accord financier des Services (FTA) servent formellement à démanteler les derniers obstacles au mouvement de capital, signifiant ainsi que la Bank of America ou Citigroup peuvent aller où cela leur plait, provoquant la banqueroute des banques nationales et des institutions financières.

De plus, avec le support du FMI, les conglomérats de Wall Street et leur partenaires européens et japonais renforcèrent et consolidèrent leur rôle comme institutions créancières majeures, finançant de façon routinière la dette publique, supervisant la conduite des politiques budgétaires de l’État, émettant des prêts syndicaux aux corporations industrielles en difficulté, supervisant la privatisation des Sociétés d’État qui ont été mises à l’encan dans le contexte de sauvetage par le FMI , etc.

Guerre financière : les pouvoirs de la tromperie

Les armes utilisées à Wall Street sont les connaissances antérieures et l’information interne, la capacité de manipuler conjointement avec la capacité de prédire les résultats, la diffusion d’informations trompeuses ou fausses sur les événements économiques et la tendance des marchés. Ces procédés variés sont décrits comme les pouvoirs de la tromperie, lesquels sont utilisés habituellement par les institutions financières pour tromper les investisseurs.

Cet art de la tromperie est aussi dirigé contre les compétiteurs banquiers, qui misent sur les produits dérivés et les marchés futurs, dans les actions, les changes et biens commerciaux.

Ceux qui ont un accès à de l’information privilégiée, (politique, intelligence, militaire, scientifique, etc.) auront immanquablement l’avantage dans la gestion de ces transactions hautement spéculatives, lesquelles sont la source d’énormes gains financiers. La CIA a ses propres institutions financières sur Wall Street.

À son tour, les corridors de banques privées et off shore, facilitent aux institutions financières le transfert de leurs profits comme bon leur semble, d’un endroit à un autre. La procédure est aussi utilisée comme un filet de sécurité qui protège les intérêts d’acteurs financiers clés incluant les directeurs généraux, les actionnaires majoritaires, etc. des institutions financières en difficulté. D’importants montants d’argent peuvent être transférés au moment opportun, avant la disparition de la compagnie sur le marché boursier. (e.g. Lehman, Merrill Lynch et AIG).

La Federal Reserve Bank of New York et ses puissants contributeurs disposent « d’informations internes » sur le l’évolution de la politique monétaire des États-Unis. C’est une bonne position pour prédire les résultats pour miser dans des opérations très lucratives sur les marchés des produits dérivés. Cela a créé un conflit d’intérêts évident, parce que ces informations préférentielles concernant certaines décisions déterminées de la direction de la Réserve fédérale rendaient possibles de tirer des profits de plusieurs millions de dollars comme institutions bancaires privées.

Les contacts avec les services de renseignements des États-Unis, avec la CIA et les services secrets, avec le Pentagone sont essentiels pour la conduite du commerce spéculatif, car ils permettent aux spéculateurs d’avoir des renseignements privilégiés sur des décisions de politique extérieure ou de sécurité nationale qui affectent directement les marchés financiers. Un exemple : ils ont acheté des actions des compagnies aériennes dans les jours précédant les attaques du 11 septembre.

Une guerre interne va être entreprise à l’intérieur du système financier :

Lehman Bros connaîtra une banqueroute, Merrill Lynch va être acheté…

Le gouvernement va acquérir les gigantesques entreprises de prêts hypothécaires Fannie Mae et Freddie Marc.

Bear Stearns est à la dérive, les actions de la plus grande compagnie d’assurance américaine, AIG, s’effondrent le 9 septembre de 22,19$ à 4,00$ au moment de la fermeture de la Bourse le 16 septembre, une baisse de plus de 80% de sa valeur.

Goldman Sachs, en collaboration avec JP Morgan Chase, négocie avec le Trésor pour obtenir un prêts de 85 milliards de dollars pour AIG qui sera financé par la Réserve fédéral de New York.

Qui va ramasser les pots cassés ? Et que nous prépare l’avenir ?

Il est probable que le processus de fusions et d’acquisitions mènera à une centralisation sans précédent du pouvoir financier, où la Bank of America, JP Morgan Chase et la Federal Reserve Bank of New York joueront un rôle prépondérant.

L’effondrement poussera à la disparition de nombreuses banques et institutions financières qui disparaîtront complètement du paysage financier ou qui seront rachetées par les géants de la finance.

On s’attend à ce que la Bank of America achète Merrill Lynch, ce qui conduira à la formation de la plus grande institution financière du monde, en concurrence avec Citigroup et JP Morgan Chase. Il faut souligner que bien que Citigroup et JP Morgan Chase sont des institutions rivales, des liens matrimoniaux entre les familles Rockefeller et Stillman les unissent.

Durant ces deux dernières décennies, la Bank of America s’est développée et s’est convertie en un géant financier par une série de fusions et d’acquisitions. En 2004, elle a acheté la FleetBoston Financial ; en 2005, elle a acheté le géant des cartes de crédit MBNA ; en 2007, elle a fait l’acquisition de Lasalle Bank Corporation et Corporate finance, de la banque hollandaise ABM Amro. Le 14 septembre 2008, la Bank of America a annoncé son intention d’acheter Merrill Lynch pour 50 milliards de dollars. Nous assistons à l’affrontement d’institutions financières importantes qui se développent grâce à des fusions et des acquisitions de géants financiers de taille mondiale.

Le désastre financier de Wall Street bénéficie en grande mesure à la Bank of America et à JP Morgan Chase, qui est une composante de l’empire Rockefeller, aux dépens de Lehman Brothers, Merrill Lynch, Goldman Sachs et Morgan Stanley. Lehman Brothers s’est déclaré en faillite, pour le Chapitre 11, le lundi sanglant du 15 septembre. Les pertes de Lehman sont de 639 milliards de dollars.

Pertes potentielles

Citigroup INC a perdu 15% de sa valeur, à 15,24$, la chute la plus profonde depuis juillet 2002 (le 15 septembre)

American Express Co, la plus grande compagnie de cartes de crédit a perdu 8,9% , a 35,48$ (le 15 septembre)

Goldman Sachs, a perdu 12% depuis avril 2000, à 135,50$, la plus grande chute depuis avril 2000. La baisse fut la conséquence de ventes à découvert (le 15 septembre)

Morgan Stanley, la plus grande compagnie d’assurance, si ce n’est Goldman Sachs, a perdu 14%, à 32,19$ Cette baisse fut la conséquence de vente à découvert.

En 2000, JP Morgan a fusionné avec la Chase Manhattan, ce qui a conduit à l’intégration dans une entité unique de JP Morgan Chase, Chemical et Manufacturers Hanover. Bear Searns a été acheté en 2008 JP Morgan Chase suite à son effondrement. Cet empire bancaire est contrôlé par la famille Rockefeller, et ses actifs dépassent les 1600 milliards de dollars.

Avec des actifs de 1700 milliards de dollars, l’avenir de Citigroup n’est pas assuré. Il affronte de sérieuses difficultés financières qui pourraient le mener à la banqueroute. Les prix de ses actions ont chuté ces derniers mois, comme ceux de Fannie Mae. La débâcle de Lehman a renforcé l’effondrement du prix des actions de Citigroup.

Cela signifie que la faillite de Lehman provoquera le non paiement de prêts massifs en rapport avec les cartes des clients de Citigroup et de NY Mellon, tant dans les institutions bancaires que pour les investisseurs individuels.

(par Michel Chossudovsky)

Article original en anglais, Global Financial Meltdown, publié le 18 septembre 2008.

Traduction de l’anglais, Françoise Breault, Presse gauche.

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