22 septembre 1792 Proclamation de la République par la Révolution française

jeudi 23 octobre 2008.
 

A) Le 22 septembre 1792, premier jour de la République française

Alors que la date de la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, devient Fête nationale, celle de la proclamation de la République reste peu présente dans la mémoire populaire. Une éclosion constituée d’une succession d’événements politiques.

Le 22 septembre 1792, deux jours après Valmy, la France devient une première fois république. Dans un pays qui craint l’invasion, dans Paris qui vient de connaître les massacres de septembre, l’incertitude est forte ; à la Convention, les députés savent que, pour l’emporter, il leur faut gagner la guerre contre la Prusse et l’Autriche, imposer le régime nouveau à l’Europe et, surtout, transformer les citoyens en républicains. L’entrée en république n’est pas l’oeuvre d’un jour !

Pendant longtemps, nombre de patriotes sont restés méfiants envers ce régime. En hommes du XVIIIe siècle, ils ont soutenu que les citoyens peuvent être libres sous un roi, à condition que la souveraineté soit reconnue au peuple. Plus qu’au souvenir des républiques de Rome et d’Athènes, plus qu’à l’exemple américain, c’est par la dénonciation croissante de la duplicité royale que l’idée de république a fait son chemin. Rares sont ceux, tel Desmoulins, qui se sont montrés séduits avant l’été 1791 et la fuite manquée du roi. Après Varennes, d’ailleurs, beaucoup pensent remplacer Louis XVI par une régence en faveur du dauphin, ou un changement de dynastie qui profiterait aux Orléans. La république n’est que l’un des possibles. Un an plus tard, elle s’impose avec l’entrée en guerre, les défaites militaires, les choix politiques du monarque, puis la prise des Tuileries (10 août) et ses suites.C’est ainsi, par la rupture avec le roi, que commence l’entrée en république. Élue au suffrage universel masculin, la Convention l’a affirmé avant même le 22 septembre et sa décision de dater les actes publics « de l’an premier de la République française ».

De quelle république s’agit-il ? La veille, plus de la moitié des conventionnels sont à Paris. Ils veulent ouvrir leurs travaux par des décisions symboliques. Les échanges sont denses, mais n’évoquent pas directement la république… Danton parle de la future Constitution, et obtient que l’Assemblée s’engage à la faire sanctionner par le peuple. Un peu plus tard, à la suite d’une proposition de Manuel, relancée par Collot d’Herbois, la Convention prononce l’abolition de la « royauté ». Le pas majeur est franchi, et personne ne s’y trompe ; le soir même, le ministre de l’Intérieur Roland invite les administrateurs du pays à proclamer la République. Mais de quelle république s’agit-il ? Dès octobre, Robespierre appelle à la vigilance : « Aujourd’hui que l’ennemi commun est terrassé, vous verrez ceux que l’on confondait sous le nom de patriotes se diviser nécessairement en deux classes. Les uns voudront constituer la république pour eux-mêmes, et les autres pour le peuple, suivant la nature des motifs qui avait jusque-là excité leur zèle révolutionnaire. »

L’Incorruptible veut une vraie démocratie, une république faite pour le peuple, rien que pour lui. Avec la Montagne, il l’emporte et dote la France de la Constitution la plus démocratique de son histoire, précédée d’une déclaration qui reconnaît le droit à l’instruction, à l’assistance et à la résistance à l’oppression (juin 1793).

Mais cela ne suffit pas. Les conventionnels travaillent encore à l’adoption d’un grand plan d’éducation et d’un code civil, jugés essentiels pour peupler la France de républicains. La guerre intérieure et extérieure, puis l’entrée dans le gouvernement révolutionnaire ne leur permettent cependant pas d’achever leur oeuvre. Même l’application de la Constitution est reportée au retour de la paix. Pour autant, malgré la terrible guerre civile et la justice révolutionnaire, l’organisation de fêtes, la publication de catéchismes républicains et la mise en recueil des « actions héroïques et civiques » des Français rappellent que la construction de l’esprit républicain n’est pas oubliée.

Dans les années suivantes, la fondation de la République est fêtée chaque année, au même titre que le 14-Juillet. Étrangement, la célébration survit pendant l’ensemble de « la Première République » qui, malgré son nom, est pourtant une succession d’expériences profondément différentes les unes des autres. Après les tensions de l’an II, la date du 22 septembre n’est pas reniée par la refondation républicaine de 1795, dont la Constitution est pourtant précédée d’une Déclaration des droits et des devoirs, qui dit sa méfiance envers le peuple ; elle n’est pas davantage reniée par la république consulaire naissante, si favorable à l’exécutif. La préservation de la fête dit la fidélité affichée à un régime que les hommes de 1793, de 1795 et de 1799 ne conçoivent cependant pas de la même manière ; si le 22 septembre (1er vendémiaire) continue d’être symbole d’entrée en république, il a peu à peu cessé d’être une promesse d’esprit républicain. Bientôt, l’idée même de république s’efface… pour mieux renaître en 1848, en 1870, en 1944.

Lettre du ministre de l’Intérieur Roland, 21 septembre 1792 « Vous allez, messieurs, proclamer la République ; proclamez donc la fraternité ; ce n’est qu’une même chose. Hâtez-vous de publier le décret qui l’établit, faites-le parvenir dans toutes les municipalités de votre département ; annoncez le règne équitable, mais sévère de la loi. Nous étions accoutumés à admirer la vertu comme belle ; il faut que nous la pratiquions comme nécessaire ; notre condition devenant plus élevée, nos obligations sont aussi plus grandes et plus rigoureuses. Nous obtenons le bonheur, si nous sommes sages ; nous ne parviendrons à le goûter qu’à force d’épreuves et d’adversité, si nous ne savons le mériter. II n’est plus possible de le fixer parmi nous, je le répète, que par l’héroïsme du courage, de la justice et de la bonté ; c’est à ce prix que le met la République. »

Hervé Leuwers Professeur à l’université Lille-III, directeur des Annales historiques de la Révolution française. Dernier livre paru : Robespierre, Fa yard, Paris, 2014.

B) LES 21 22 SEPTEMBRE 1792 NAISSAIT LA RÉPUBLIQUE, 220 ANS APRÈS ELLE AGONISE !

- par le M’PEP

Un peu d’histoire

Depuis sa fuite à Varennes (21-22 juin 1791), Louis XVI est assigné à résidence au palais des Tuileries mais reste le roi et n’hésite pas à user du droit de véto que lui donne la Constitution du 3 septembre 1791.

Le 20 avril 1792, l’Assemblée vote à l’unanimité (moins sept voix) la déclaration de guerre à l’Autriche, l’armée française, désorganisée par l’émigration de nombreux officiers nobles, connaît ses premiers revers militaires. Le 18 mai, la situation est si catastrophique, que Lafayette, ainsi que les autres généraux, sollicitent le roi pour demander la paix : une trêve est conclue. Le 6 juillet, la Prusse entre en campagne aux côtés de l’Autriche, l’Assemblée proclame « la Patrie en danger » le 11 juillet suivant.

Le 25 juillet, le duc de Brunswick, général des armées austro-prussiennes, donne au quartier-général de Coblence le « Manifeste de Brunswick », qui part le 26 pour arriver à Paris le 1er août et publié dans le Moniteur et le 3 août dans le Journal Officiel. Dumouriez l’imprime et le fait distribuer aux soldats. Il demande la restauration de la monarchie absolue, menaçant, sinon, « d’une vengeance exemplaire et à jamais mémorable, en livrant la ville de Paris à une exécution militaire ».

Cette déclaration provoque des effets inverses à ceux escomptés. Le 10 août, une foule de sans-culottes, renforcée de fédérés (volontaires montés de la province), prend d’assaut le palais des Tuileries, tuant près de 600 gardes suisses, (400 du côté insurgés), et appelle à la chute de la monarchie. La famille royale est contrainte de se réfugier dans la salle du Manège, qui abritait alors l’Assemblée législative. Louis XVI est suspendu par décret et incarcéré au Temple. Une Convention nationale, élue, est chargée de rédiger une nouvelle Constitution.

La peur d’un nouveau mouvement antirévolutionnaire fait éclater de nouvelles violences. Du 2 au 7 septembre, des émeutiers s’introduisent dans les prisons de Paris et de province (Orléans, Meaux, Reims, Versailles) pour, avec ou sans jugement sommaire, en tuer les prisonniers (environ 1 200), essentiellement des prêtres réfractaires (70%), des criminels de droit commun (15%), des prisonniers politiques dont des nobles.

Longwy capitule le 22 août et Verdun le 2 septembre. Les Prussiens franchissent la forêt d’Argonne le 14 septembre, la route de Paris leur est ouverte. Ils sont arrêtés le 20 septembre à Valmy, par Kellermann et Dumouriez (qui ne poursuivit pas les Prussiens et passa à l’ennemi en 1793) dans des conditions obscures. La nouvelle de cette victoire a un retentissement considérable. Le 21, la Convention tient sa première séance et abolit la royauté. Le texte du décret est très bref : la Convention nationale décrète à l’unanimité que la royauté est abolie en France. Il porte la date du 21 septembre 1792 an IV de la liberté. Le lendemain, il sera « collationné à l’original » (vérifié) sous la date du « 22 septembre 1792, l’an premier de la république françoise ». Dans la marge gauche du document est écrit : « En vertu du Décret du 10 août 1792 le 22 septembre 1792, l’an Ier de la république françoise au nom de la nation » pour rappeler la suspension du roi décrétée par l’Assemblée législative après la prise des Tuileries par les sans-culottes.

La date du 21 n’a pas été choisie, mais elle tombe bien, symboliquement, car il s’agit de l’équinoxe d’automne où les durées du jour et de la nuit sont égales.

220 ans après, que reste-t-il de la République ?

L’Union européenne impose insidieusement l’ « Europe des régions », du droit des minorités qui n’existent pas en France : on est Français ou pas, de la « charte européenne des langues régionales ou minoritaires » alors que le français est la langue des Français depuis 1539. La souveraineté nationale est remise en cause quand plus de 80% de nos lois nous sont imposées par Bruxelles, que la souveraineté monétaire nous a été confisquée au bénéfice de l’euro (pour information le Franc a été crée le 5 décembre 1360 pour payer, aux Anglais, la rançon de Jean II dît le Bon, franc signifiant libre).

Et maintenant nos représentants, députés et sénateurs, se proposent, sous l’injonction du gouvernement de gauche putatif, de mettre fin à notre souveraineté budgétaire en votant le TSCG (Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance économique) qui pérennisera l’austérité pour les Français et la prospérité des rentiers.

C’est la souveraineté populaire qui est ainsi remise en cause, la démocratie que l’on bafoue.

Pauvre France et pauvres Français ! Se réveilleront-ils un jour ? De préférence avant qu’il ne soit trop tard !


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